Mai
04
2018

Une dernière étape bien mouvementée

Paris - 71'005 km - J 326

Avant d’écrire un article sur notre ressenti six mois après notre magnifique aventure, nous vous avons dépoussiéré des fonds de tiroir le dernier épisode de notre voyage. Nous vous souhaitons une très bonne lecture et vous remercions d’être restés fidèles à notre blog durant ces onze mois fabuleux.
Assis dans l'avion, nous regardons l'itinéraire affiché sur nos petits écrans de siège. La courbe n’en finit plus au-dessus de la terre. On se voit déjà enchaîner films sur films. Après le premier, l'avion virtuel n'est pas encore au-dessus de l'Australie, ça va être un très long vol…
16h40, 5 films et 2h de sommeil plus tard, on atteint notre première escale ; Doha. Et puis, c'est reparti pour six nouvelles heures en direction du vieux continent.
Atterrissage à Charles de Gaulle et on retrouve très vite le désordre propre à nos voisins français; la file d'attente pour le passage de douane s'étend de toute part, personne n’y comprend rien entre les queues pour les passeports biométriques, français ou étrangers. La sortie de l'aéroport est tout autant chaotique; il n’y a plus aucun taxi et notre Uber peine à avancer dans les embouteillages à la périphérie de l'aéroport. Bref, bienvenue à Paris !

Notre logeuse, une Airbnb, nous permet d'accéder à la chambre dès notre arrivée. On doit être discrets et on ne doit pas être vus ensemble. Nous comprenons que ses colocataires provisoires ne sont pas déclarés. A peine débarqués dans notre chambre, nous nous écroulons sur le lit. Le décalage et les heures sans sommeil du vol ont eu raison de nous. Il est 9h, on se réveillera à 16h, parés à revoir Julien. Ce dernier prépare une exposition dans la capitale française depuis une semaine et c'est le timing parfait pour notre débarquement mais surtout l'occasion de boire des coups en bonne compagnie.

Nous retrouvons notre comparse de l’île de Java à quelques pas de notre logement et c’est avec une énorme émotion que nous nous retrouvons, ici, en Europe Sans plus attendre, Emma commande du bon vin français et David une Suze ! Presque une année sans apéro à la Suze, vous imaginez ?!?

Le lendemain, c'est le 1er mai. Et le 1er mai en France, c’est comme un dimanche à Delémont ; rien n’est ouvert… Néanmoins, nous trouvons une boulangerie. Nous aurions de tout façon parcouru tout Paris pour retrouver le délicieux petit-déjeuner français avec ses croissants au beurre, sa baguette croustillante et un bon café (non soluble !). Et comme le shopping n’est pas possible aujourd’hui, rien de mieux que d’aller flâner aux Buttes-Chaumont et profiter du soleil printanier. Et oui, il y a 48h, nous commencions l’automne et maintenant nous revoici au printemps !

Nous avions décidé de rejoindre Julien après le défilé du 1er mai sur une terrasse dans le quartier latin, en théorie, loin des manifestations. Mais dès la sortie du métro, nous avons l’impression d’être arrivés dans un état en guerre avec des policiers armés jusqu’aux dents dans tous les coins de rue et quantité de fourgonnettes de CRS tous feux et toutes sirènes enclenchés. Pour atteindre la fameuse terrasse de notre rendez-vous, nous devons suivre des déviations dans des petites ruelles, croiser des groupes de dizaines de « robocop » et nous faire contrôler les sacs pour « entrer » sur la petite place publique.

Nous nous prélassons sur une terrasse au soleil en buvant un apéro bien mérité. Quand le serveur nous apporte nos verres, il nous dit en rigolant ; « Je vais vous encaisser l’addition de suite, on sait jamais avec tous ces CRS. » Il faut dire qu’il a eu fin nez le garçon. Quelques minutes plus tard, un groupe de casqués s’éloigne de la place et un manifestant, guère malin disons-le, s’écrit « Rentrez chez vous ***** » en leur balançant sa canette d’alu. Il n’en faut pas plus pour envenimer la situation ; les CRS font demi-tour pour faire face aux manifestants et décident de bloquer la sortie de la place. Après une première somation, un premier spray au poivre est diffusé par la police. A ce moment, nous sommes moins sereins et nos yeux commencent à piquer. Après la seconde somation, ça dégénère ; les CRS balancent les lacrymogènes et commencent à charger sur les manifestants. Tout se passe très vite, d’abord un mouvement de foule qui renverse les tables et les chaises des terrasses et ensuite une attaque de gaz dans nos voies respiratoires. Nos verres volent et nous nous réfugions dans le restaurant avec les yeux en feux et de la peine à respirer.
Certains manifestants venus s’abriter à l’intérieur ont du sérum physiologique et des sprays à base de citron pour adoucir l’effet du poivre. A l’extérieur, c’est une scène digne d’un film qui se déroule sous nos yeux rougis ; les CRS matraquent des pauvres gens qui n’ont pas réussis à se protéger et ils continuent même si ces derniers sont au sol. Nous avons peur de nous faire embarquer et de finir notre aventure au poste.

Dès que le chaos a cessé, après quelques arrestations et heureusement pas la nôtre, nous décidons de quitter le quartier pour nous remettre de nos émotions. Toutes les sorties de la place sont gardées par des groupes de CRS, il n’est plus possible d’y venir. Une jeune dame s’insurge contre les forces de l’ordre en leur criant : « Vous n’avez aucun droit de nous empêcher d’aller ici, nous sommes un pays libre ». Après cette épisode, nous avons plus l’impression d’être dans un état policier que libre. Nous nous sommes fait la réflexion que si un touriste chinois arrive le 1er mai à Paris sans connaître le contexte, il doit vraiment se poser des questions…

Nous avons traversé la moitié de la planète sans la moindre embûche et il faut que ça soit à Paris que nous rencontrons le plus de problèmes.

Nous terminons tranquillement cette folle journée dans une brasserie à se faire plaisir à manger un bon bout de viande. Ça aussi ça nous avait manqué !

Au réveil, Emma motivée décide d’aller faire un footing le long des quais jusqu’au parc de La Villette. Après un long moment, David reçoit un coup de fil d’Emma lui demandant de descendre lui ouvrir la porte. Par mégarde, elle a perdu la clé de l’appartement durant sa course. Le problème, c’est que notre logeuse, n’avait que ce double en plus de la clé originale qu’elle utilise et nous ne pouvons pas ouvrir la porte de l’immeuble sans… Bref c’est la nouvelle galère. Décidemment, Paris ne nous réussit pas. Nous décidons alors de refaire le tracé effectué par Emma dans un sens puis dans l’autre. Impossible de retrouver la clé.
De retour bredouilles à l’appartement, nous cherchons un serrurier pour faire un double mais notre logeuse ne veut pas ; elle veut voir elle-même avec le propriétaire de l’immeuble.
Bref, nous ne voulons pas gâcher nos derniers jours de voyage à courir après un serrurier et partons faire du shopping. Notre garde-robe « sac à dos » à bien besoin d’être changée ! Et quel plaisir de pouvoir s’acheter de nouveaux habits après avoir porté les trois mêmes T-shirts.

Nos dernières heures parisiennes, nous les passerons à profiter des cafés, faire du shopping, à visiter le Palais de Tokyo et, comme tout touriste, faire un selfie avec la Tour Eiffel (vous pouvez le voir dans notre nouvelle vidéo en ligne !).

Vendredi 4 mai est le dernier jour de notre voyage. 327 jours après notre vol pour St-Pétersbourg, nous voilà déjà en direction de notre Suisse natale. Et pour ce faire, nous avons choisi de prendre le bus de la gare de Paris-Bercy à Belfort. Huit heures de trajet pour nous rappeler nos folles traversées déjà si lointaines.

Personne n’est au courant de notre retour. En fait si, trois confidents ; Julien et Emilien, complices de ce qui va suivre et Joyce, notre chauffeuse de Belfort jusqu’à Delémont.

Depuis quelques mois, David et des contemporains préparent leur fête de 30 ans. C’est une grande organisation prévue sur trois jours. Des séances régulières sont agendées avec l’équipe des organisateurs. Jusqu’à présent, David les suivait à distance avec Skype. Ce vendredi 4 mai, une réunion était prévue mais en l’absence de deux personnes et du manque d’avancement depuis la dernière entrevue, le reste du groupe voulait l’annuler. Après l’insistance de Julien et David, elle est finalement maintenu chez Line. Le prétexte est en place pour voir débarquer dans la plus grande surprise deux backpackeurs à la réunion. Et quelle joie de retrouver toute cette équipe et passer une super soirée en leur compagnie.

Le lendemain, la surprise est pour nos familles qui ne savent toujours pas que nous sommes revenues en Suisse. Pour bien accentuer le secret, nous envoyons le matin sur nos groupes WhatsApp familiaux une photo de la tour Eiffel.

Nous allons chez Emilien, le frère de David, qui est le seul au courant. Il a prétexté l’inauguration de sa nouvelle maison, fraîchement bâtie pour inviter toute la famille. Et à chaque coup de sonnettes, c’est nous-même qui allions ouvrir la porte. L’effet de surprise a été d’une très grande réussite.

Nous sommes tristes et heureux de notre retour.

Pour nous remémorer tous ces jours magnifiques de voyage, nous avons fait un selfie chaque jour à 14 heures. Vous trouverez le montage des 327 photos sur notre chaîne Youtube dans la vidéo « Selfies 14h ». Merci à toutes les personnes qui apparaissent dedans !
Selfies 14h

Le retour en Europe

Avril
29
2018

Un peu, beaucoup, passionnément… de stress

Auckland - 52'473 km - J 321

Au fond de notre esprit les deux foires du week-end régleraient notre problème de la revente de ce cher Edgar. Deux semaines après avoir commencé à inonder les groupes Facebook d’annonces qui se perdent après seulement quelques minutes dans le flux des autres annonces nous arrivons confiants à la première foire.

Samedi 21 avril :
7h45, on galère toujours autant pour rouler dans cette ville, la boucle est bouclée, on parque Edgar quasiment au même endroit où nous l’avons acheté il y a environ 83 jours.
Première impression : c’est bondé ! Les voitures s’alignent sur le petit parking, il n’y a pas d’ordre. On installe la table, les chaises et on peaufine les derniers détails. On est fin prêts à sortir tous nos arguments.
On déchante vite, il n’y a personne à qui déclamer quoi que ce soit. C’est uniquement les autres vendeurs venus se dégourdir les jambes ou observer la concurrence que nous voyons. Les quelques personnes qui arrivent ne visitent même pas Edgar. Entre pluie et éclaircies, on désespère et décidons de ne pas plier bagage à 12h, heure officielle de la fin de la foire.
Miracle, à 12h30 un couple fait son apparition alors que David nous cuit des pâtes. Il manque de s’ébouillanter mais Emma peut enfin leur faire son speech. On montre tout, ils font même un test de conduite qui parait concluant. On peut enfin déchirer un petit billet avec notre numéro dessus que nous avions si bien préparé.
Nous décidons de passer la nuit sur le parking de la Marina au centre d’Auckland. Lessivés nous sommes sortis de notre torpeur par un SMS. C’est le couple de ce matin qui souhaite faire passer un contrôle technique à Edgar. Nous sommes bien sûr d’accord et attendons leurs nouvelles. Finalement ils ne trouvent pas de garage disponible aujourd’hui. Nous convenons de le faire le lendemain à la foire du dimanche. Et oui, nous préférons quand même assurer nos arrières.
Le soir nous osons nous offrir une bière et nous cuisiner un bon morceau de viande pour « fêter » ce bon signe.

Dimanche 22 avril :
La nuit a été agitée, remplie de tergiversations en tout genre. A nouveau, nous arrivons avant 8h à la foire. Cette fois-ci l’emplacement est gigantesque, nous payons les 35$ d’entrée (5 de plus que pour celle du samedi) et nous nous retrouvons dans une lignée de voitures. On ne comprend pas trop les classifications basées sur des catégories de prix. Ici tous les particuliers viennent tenter de vendre leur voiture, ce ne sont pas seulement des voyageurs. La foire attire plus de monde mais très peu viennent voir Edgar, à nouveau.
Le couple de la veille tarde à venir, après un rapide coup d’œil et une petite discussion ils nous disent avoir vu un van moins cher non loin de là. Nous leur présentons les différences (qui sont significatives : 4x4, double batterie, plus d’espace intérieur et un meilleur aménagement, 60'000 km de moins, un moteur diesel qui revient moins cher, etc., etc.). On va bien sûr espionner l’« autre » van et on ne comprend tout simplement pas comment ils peuvent hésiter entre ces deux véhicules tellement différents. Leur temps de réflexion dure très long, on les voit discuter et observer l’autre véhicule un bon moment et même le conduire au fameux contrôle technique. A ce moment le ciel nous tombe sur la tête, notre mince espoir vient de s’effondrer. Il est 12h30, plus aucun acheteur ne se profile, les visages sont tristes autour de nous. De jeunes allemands ont finalement vendu à un garagiste, ils ont l’air soulagés mais l’humeur n’a pas l’air à la fête, on imagine que le prix de revente n’a pas été incroyable. Pour nous c’est un sacré coup dur, nous pension réellement repartir de ces foires avec des numéros et des offres. Le seul numéro que nous avons eu le malheur d’enregistrer est celui d’un revendeur qui fait le tour des désespérés à la fin de la foire.
Les autres propriétaires de camping-car sont dans le même état dépité que nous, tout le monde doit vendre au plus vite avant le départ.

Lundi 23 avril :
La soirée a été bien morose, on est fâché contre nous-même d’avoir misé autant d’espoirs, on est fâché contre le couple qui nous a fait miroiter une vente et on est surtout inquiets : dans six jours nous prenons l’avion.
Ce matin nous avons rendez-vous dans un garage situé à 30 km du centre-ville. L’indien qui le tient est intraitable, il nous en propose 4’000$ de moins que ce nous le vendons. Nous savons que c’est l’ultime solution mais elle nous fend le cœur rien que d’y penser. Ici les vans vendus à la dernière minute part des voyageurs désespérés s’entassent autour du garage. Après quelques réparations le revendeur peut les remettre sur le marché au début de l’été et faire un bon, voir un très bon profit dessus. Toute l’âme du véhicule se perd dans cet encombrement de tas de métal.
Nous croisons deux filles qui prennent l’avion le lendemain et qui tente de revendre leur voiture. Malheureusement pour elles, l’indien ne rachète pas de voiture…

L’après-midi, on se retrouve au centre pour faire une visite des auberges de jeunesses. On effectue un safari express pour coller ou essayer d’ajouter sur des panneaux d’affichages débordant notre petit carton d’annonce. Le parking coûte cher, les places limitées, on court, on se sépare et on a oublié la sensation d’écrire à la main. Nos petits cartons sont un peu minables mais nous n’avons que ça sous la main. Pas très optimistes sur la méthode nous visitons 5-6 auberges en mode course. A chacune d’elle, notre annonce s’empile dans un classeur avec déjà plus d’une cinquante d’offre de vente. On veut avoir le sentiment d’avoir fait tout ce que nous pouvons.
Nous tombons sur un couple d’australien qui marchait tranquillement dans la rue et qui se sont arrêter pour voir Edgar alors qu’on était parqué sur une place 15 minutes. Chaque petit espoir nous redonne le sourire et nous rêvons un peu vite.

Cette nuit on décide de dormir un peu plus loin, au parking de Block Bay. Nous avons lu que nous pouvons y dormir même si ce n’est pas officiel. Situé dans la périphérie d’Auckland, à 20km du centre, la plage de Block Bay est dans une impasse. Rien n’interdit de passer la nuit-là mais rien ne nous invite non plus. Dépités nous tentons le coup.
Une quantité invraisemblable de voiture vient faire demi-tour dans ce cul-de-sac. Parfois une voiture avec un ou deux jeunes restent. Ils écoutent de la musique fort, parlent, fument et mangent là en laissant tout traîner derrière eux. On n’est pas très rassurés…

Mardi 24 avril :
Un homme semble intéressé par le van, le hic, il habite à 100 km au nord. Nous décidons de faire un bout de chemin faute de mieux. Nous choisissons de « profiter» de cette journée en allant dans la réserve Shakespear située sur une péninsule en face d’Auckland. Avant d’entrer dans la réserve tout au bout de ce petit bout de terre nous traversons les quartiers très chics et résidentiels des petits bourgeois. Un bateau devant chaque maison, deux étages, des vrais toits en ardoises et non en tôle et des petits jardinets occupent chaque mètre carré.
Une fois devant la réserve nous pensons nous tromper mais non, la porte automatique et les grillages délimitent bien l’entrée d’une réserve naturelle. Les grillages sont sensés empêcher les rats et les opossums (entre autres) d’entrer et tuer les oiseaux locaux.
La diversité de la faune et de la flore est impressionnante, nous observerons, en une petite balade de 2h, tous les oiseaux déjà rencontrés en Nouvelle-Zélande et davantage. Nous verrons même des bébés Pukeko, des gros oiseaux bleus au bec rouge, avec des pattes énormes avec un petit air de dinosaure.
Plusieurs chemins sillonnent la réserve, la vue sur la ville d’Auckland est très belle. On peut reconnaître la sky tower au loin. On passe des pâturages avec les moutons et les vaches aux falaises du bord de mer en quelques mètres.
Le parc comprend des grills gratuits et de bonnes infrastructures pour les piqueniques, on prend plaisir à passer notre après-midi sans regarder nos téléphones.
Le soir venu, nous profitons quand même du wifi de la bibliothèque pour répondre aux messages et miracle nous pouvons organiser trois visites pour le lendemain !
Arrivés tard à la place de camping, nous reconnaissons le van « rival » de la foire de dimanche. On se planque un peu, pas question pour Emma de retomber sur le couple qui a récemment acheté le véhicule « ennemi ». Au final ce sont les anciens propriétaires qui profitaient du dernier jour avant leur départ le lendemain. Nous sommes quand même contents pour eux…

Mercredi 25 avril :
Une possible acheteuse nous téléphone plus vite que prévu, c’est en catastrophe que nous nous rendons dans un parking non loin de la sortie d’autoroute. Mel est américaine, elle travaille depuis 5 ans en Nouvelle-Zélande et notre van correspond à ses envies. Elle inspecte très attentivement chaque trace de rouille et demande conseil à un de ses amis maori qui l’accompagne. Pendant le test de conduite, David reste avec l’ami en question mais son accent est tellement présent qu’il ne comprend strictement rien ou preque.

Les deux prochaines personnes sont un couple de kiwi et nous ne comprenons pas tout ce qu’ils nous posent comme questions. On remontre tout, Brandon et sa femme sont enthousiastes et ils souhaitent faire un test mécanique le lendemain si possible. Comme ils vivent plus au nord ils ne peuvent pas venir à Auckland tout prochainement. Ils nous demandent de leurs redonner des nouvelles après la dernière visite et en riant de ne pas vendre Edgar entre-temps. La petite phrase s’insinue dans notre esprit et une petite lueur d’espoir renait. La perspective de laisser la voiture au monsieur indien s’éloigne…

Nous repartons ensuite en ville pour faire visiter à Kjled un backpackeur hollandais avec qui Emma a échangé de nombreux messages. Il est super motivé et recherche exactement ce qu’Edgar a à offrir. On a un bon feeling et il doit faire quelques calculs avant de nous faire une offre.

Patatra à 12h on reçoit un mail et notre offre sur le site d’enchères local a été remportée… Une seule et unique personne a misé 1 minute avant la fin. On n’y croyait pas vraiment, on l’a même un peu oublié… Nous avions mis un prix assez bas sur le site dimanche après le dépit de la foire aux voitures. On épluche les conditions barbantes et nous nous voyons obligés de respecter le deal. Bizarrement on n’est pas si soulagé, vendre à quelqu’un que l’on n’a pas vu est étrange, on redoute surtout une arnaque. Un SMS plus tard le gars répond sèchement qu’il a emporté et qu’il attend la voiture rapidement. Il habite à Raglan, presque 200km de là et nous ne pouvons pas lui amener ni nous séparer d’Edgar le jour-même faute d’un autre endroit où dormir.
Après quelques tergiversations, nous décidons finalement de nous voir vendredi.
La mort dans l’âme nous avertissons les potentiels acheteurs du jour et préférons ne pas leur demander combien ils offraient.
Nous imaginions profiter des derniers jours en louant une voiture ou un autre van mais malheureusement il n’est soit pas possible de louer un véhicule moins de 5 jours ou soit les bureaux sont fermés le dimanche, jour de notre départ et donc impossible de redonner les clés ce jour-là.
Nous devons réserver une auberge de jeunesse pour deux nuits en pleine ville histoire de ne pas être aussi isolés que lors de notre arrivée.

Jeudi 26 avril :
Notre dernier vrai jour de liberté est arrivé. Devant faire nos sacs et ranger Edgar nous décidons néanmoins de profiter une dernière fois de la plage. Direction Piha, du côté ouest, et ses belles et dangereuses plages de sable noir. L’endroit est très sauvage, il faut traverser un col dans une forêt dense avant de descendre vers la plage. La nage est très réglementée et les surfeurs ont la mainmise sur les côtes. Nous profitons de ce moment seuls sur la plage pour petit-déjeuner et simplement admirer de beaux paysages. Nous n’avons même pas envie de grimper sur le rocher du Lion qui git sur le sable telle un énorme félidé de 101 mètres de haut.
La journée passe vite et nous devons quand même boucler nos sacs, tâche ôh combien difficile. Miracle nous pouvons les fermer sans trop de mal !

Nathan, le nouveau propriétaire d’Edgar nous demande de nous retrouver à 100 km de là faute de pouvoir venir à Auckland avant samedi. Il est hors de question pour nous de repousser la passation et nous négocions le trajet retour avec lui. De toute façon les bus publics sont inexistants et ne parlons pas des trains, c’est notre seule solution pour rentrer en ville.

Vendredi 27 avril :
C’est le Jour-J, nous réglons les derniers détails, faisons une lessive, vidangeons les eaux sales et c’est un Edgar presque comme neuf que nous parquons à l’endroit convenu, une place devant une entreprise de stockage avec des boxes dans un petit bled.
Sueurs froides, personne n’est là et c’est avec 30 minutes de retard que débarque Nathan et son fils de 3 ans. Très cool, il fait un tour, fait rugir le moteur et nous paye cash… 7'000 $ ! Nous insistons pour passer à la poste locale afin de régler les papiers de changement de propriétaire mais Nathan ne veut pas trop tarder et les trois personnes qui attendent au guichet le font rebrousser chemin. Comme c’est lui qui nous ramène et qu’il est déjà assez tard nous acceptons qu’il dépose les papiers pré-remplis une fois chez lui.
Les 100 km dans sa voiture passent relativement vite même si la conversation ressemble à un échange de sourds tellement son accent est prononcé. C’est une fois nos sacs posés dans la chambre que nous réalisons vraiment qu’Edgar est vendu !
Mais que faire avec autant de cash néo-zélandais ? Nous passons ce qui reste de la journée dans un Western Union afin de convertir ces dollars et surtout vider Auckland de tous ses francs suisses !
Notre dortoir de quatre s’est rempli avec deux jeunes allemands qui sentent… le phoque ! On doit le dire, on préfère quand même partir à la recherche de vrais phoques plutôt que d’étouffer dans cette petite chambre.
Fatigués par tout ce stress accumulé nous nous réservons pour fêter cette vente à Paris en bonne compagnie.

Samedi 28 avril :
Il faut sacrément nous motiver à sortir aujourd’hui car le temps est épouvantable. Il pleut des cordes, le vent souffle en grosses rafales et il fait froid. Nous maintenons le projet d’aller à Devonport, petit quartier très typique accessible en ferry. La traversée est rapide mais mouvementée. Nous arpentons de long et en large la rue commerçante à la recherche de quelques souvenirs mais ne dénichons rien de spécial. Au retour le temps est toujours aussi tempétueux. Nous remontons la Queen street à la recherche d’un café sympa et ouvert… Tâche pas si facile à Auckland à …16h. C’est sûr, leur manie de fermer tous les commerces et les cafés si tôt ne nous manquera pas une seule seconde. Encore habitués à la frénésie asiatique, nous ne nous y sommes faits en trois mois. Le comble, les supermarchés sont ouverts tous les jours jusqu’ à 22h, on ne comprend pas encore tout à fait la culture kiwi.
Les sacs sont prêts, demain on embarque pour un vol de plus de 20h…Entre joie, tristesse et excitation nous passons une nuit pas si reposante (surtout avec les allemands qui n’ont toujours pas changé de chaussettes…).

Dimanche 29 avril :
Cette fois-ci nous prenons le temps et partons largement en avance, nous ne voulons pas reproduire notre aventure de Bangkok (lire « La boucle est presque bouclée »), Edgar nous a causé déjà assez de stress ces derniers temps. Le temps s’est dégagé !
Le tableau d’affichage des destinations nous fait rêver, on hésiterait presque à changer nos billets pour partir dans les îles… Bon, on imagine quand même que nos familles ne seraient pas si contentes…

Une nouvelle petite aventure parisienne nous attend pour quelques jours et surtout nous verrons notre ami Julien (le même qui était venu à Java (« Ne vous déplaise, en dansant la javanaise, nous nous aimions à Java ! »)!).
Promis on va racontera…

Les moutons de Nouvelle-Zélande

Avril
18
2018

La vingtaine est restée dans un trou de Hobbit

Hobbiton - 51'587 km - J 310

C’est au tour de David de fêter son anniversaire et pas n’importe lequel ; le premier d’une nouvelle dizaine. Contrairement à celui d’Emma, nous serons en nombre pour marquer le coup grâce aux comparses Claire et Louise.
Pour passer le cap et pour bien conclure cette dernière année de la vingtaine, un apéro s’impose. Un pack de bières et une bouteille d’un litre de gin s’invitent aux festivités. On garde la bouteille de champ’ pour la soirée du lendemain. L’alcool fort est difficile à trouver et très cher en Nouvelle-Zélande. Et chercher de la Suze, breuvage festif et très apprécié de David, est peine perdue.
Le gin to’ fera très bien l’affaire pour ce soir et on se dit déjà qu’avec un litre on risque de se le trimballer encore jusqu’à Paris…
Nous trouvons un camping gratuit au bord d’un lac (ou plus exactement un bras de la rivière Waikato gonflée comme celui d’un bodybuilder) où une compétition de ski nautique se déroule. Malheureusement pour la star de la soirée, ce sont les qualifications masculines. Par contre pour les filles, on dénote un intérêt soudain !

L’apéro débute dehors sous le soleil couchant et se reflétant sur le lac avec quelques accompagnements salés. La soirée devient vite froide côté température (c’est l’inverse pour le côté ambiance ;)) et nous décidons de poursuivre dans Simone, le campervan de Claire et Louise. Les verres se succèdent et la bouteille d’un litre de gin se vide rapidement. David qui amoncelle le point des années s’endort à la vue du contenu du gin volatilisé. Son réveil quelques minutes plus tard se passe de commentaires mais il résultera un constat flagrant après ces dix mois de voyage : l’alcool ne tient plus… ou David ne tient plus l’alcool…Une histoire qui ne risque pas de disparaître des esprits de ces dames et qui restera gravée dans les mémoires.

Hobbiton
Le lendemain, le jour J, David sent très fortement la trentaine courir dans sa tête… Pour ce jour d’anniversaire, la visite d’Hobbiton est au programme. Mais avant ça, une douche est la bienvenue et surtout un bon vieux McDo aide à remettre David sur pied.

Hobbiton est le village reconstitué pour les trilogies du Seigneur des Anneaux et du Hobbit. Il représentant le Comté, le village de Frodon, Sam, Bilbo et compagnie. Il est aussi un lieu incontournable pour tous les touristes passant par la Nouvelle-Zélande, fans ou non des films. Les décors, des maisons et des jardins sous les collines ont été conservés et maintenus pour en faire une attraction inévitable.
Lors du repérage de Sir Peter Jackson pour réaliser ses films, la vue aérienne des terrains de la ferme d’Alexander, vers la ville de Matamata, fut pour lui une révélation. Le lieu représente parfaitement les décors imaginés par Tolkien. En 1999, les premiers trous de Hobbits furent crées dans ces verts pâturages. Dix ans après, une nouvelle série de maisons y est construite pour le film « Bilbo le Hobbit ». Depuis lors un grand nombre de jardiniers travaille à entretenir les potagers et les plates-bandes agréablement fleuries.
Pour l’anecdote, dans le livre de Tolkien, les Hobbits se prélassent sous des pruniers. Malheureusement lors du tournage les pruniers étaient trop grands pour correspondre à la minuscule taille des Hobbits. Peter Jackson et son équipe (enfin surtout son équipe) ont arraché chaque feuilles des pruniers et des pommiers plantés pour les remplacer par des feuilles de pruniers synthétiques, importées de Taiwan ! Ceci bien sûr pour une scène de moins d’une minute dans les films.
Grâce à la visite guidée (ou pas en fait, faute à l’accent à coucher dehors du guide Louis) on en apprend davantage sur tous ces secrets de tournage un peu fous.

Malgré un prix très élevé, les tours organisés se succèdent toutes les dix minutes. Et pas besoin d’être un grand admirateur des films pour apprécier ce magnifique village. C’est simplement un voyage fantastique dans une magnifique paysage d’un vert étincelant. D’ailleurs plus de 20% des visiteurs n’ont jamais vu ou lu les aventures des Hobbits.
La gueule de bois est vite oubliée dans cette magnifique balade à travers ces habitations si particulières. Ces dernières sont la plupart simplement de portes accompagnées d’un petit jardin et aussi une représentation des différents métiers exercés par ses habitants : fromager, boucher, boulanger,… Comme l’a si bien dit un ami pour l’anniversaire de David « Il aura fallu 30 ans pour que David trouve finalement une maison à sa taille ! » (merci Brice !).
La fin de la visite se termine dans la taverne du Green Dragon comme pour Frodon et Sam après leur quête au Mordor avec une bière offerte. Ca requinque tout le monde (et oui Emma a aussi une légère gueule de bois, elle l’avoue aussi…).

Pour conclure cette journée anniversaire, nous retournons à camping du lac de la nuit précédent et sabrons le champagne. Un cookie à la poêle fera office de gâteau d’anniversaire. La trentaine commence bien finalement ! La soirée fut nettement plus sage que la précédente et fut surtout accompagnée d’un vrai repas (il paraît que ça aide de manger en buvant… on tachera de nous en souvenir en rentrant).

Bay of Plenty
La suite se passe sans Claire et Louise. Notre séparation se fait ici alors qu’elles prévoient de visiter la péninsule de Coromandel et que nous, nous nous dirigeons en direction de la Bay of Plenty. Une première visite d’Edgar vers Tauranga est prévue. Mais il s’avère que le potentiel acheteur nous fera un faux plan et nous n’aurons pas la possibilité de vendre les mérites de notre maison sur roues. Cependant, la baie est réputée pour ses magnifiques plages.
A Tauranga, nous goûtons les meilleurs (n’oubliez pas, en Nouvelle-Zélande, il faut toujours utiliser des superlatifs) Fish & Chips du pays et grimperons sur le sommet du Mont Maunganui culminant à 232 mètres. Le début de la balade commence sur la plage et se termine sur la pointe avec une vue imprenable à 360 degrés. La balade est sympa, le temps est à nouveau de notre côté et la mer prend de belle teintes turquoises lorsque le soleil pointe son nez.
Le stress de la vente continue son petit bout de chemin dans nos esprits et nous devons passer de plus en plus de temps devant nos écrans pour mettre toutes les chances de notre côté pour revendre Edgar. Cette petite marche sur le Mont Maunganui a été salvatrice et nous l’avons pleinement appréciée même si ce changement d’idée ne dure pas très longtemps.

Ville de Katikati
Sur le chemin du retour vers Auckland nous nous arrêtons à Katikati, un petit village en bord de mer. Notre objectif est surtout de trouver un petit coin sympa pour réparer les dernières petites bricoles dans Edgar. Et oui, c’est une vraie maison sur roues, il y a toujours quelque chose à faire. Nous avons pu dénicher une petite baie isolée mais qui n’est pas restée très tranquille bien longtemps.
A peine fini notre dîner, un vieil homme nous adresse la parole pour nous demander combien on vend Edgar (les pancartes « A vendre » sont bien en évidence). Après à peine 5 minutes un jeune maori se joint à la discussion. Très vite on se rend compte qu’il veut surtout nous vendre du… cannabis (produit à la mode ces temps, parait-il…) ! C’est assez drôle car il a placé sa question au milieu de notre discussion sur le van. Nous tentons de couper court mais il ne démord pas. David prendra quand même son numéro de téléphone sur l’insistance du jeune homme et par pur politesse. Le dealer se prénomme Chance, on s’est dit que c’était surement un signe !

On déménage vite fait de là pour ne pas trouver un endroit un peu plus tranquille. Au final nous ne visiterons même pas la petite bourgade faute de temps.
Emma ressort ses aiguilles à coudre, David est devenu un as de la colle forte, Edgar est entre de bonnes mains. Enfin on espère surtout trouver d’encore meilleures mains le lendemain à la foire de voitures à Auckland.
Le soir nous dormons dans le dernier emplacement gratuit à 60km de la ville. C’est drôle de se retrouver là car c’est là que nous avions passé notre première nuit avec Edgar !
La pénombre arrivant vraiment vite, David se voit obligé de donner un coup d’éponge sur la carrosserie de nuit, c’est mieux que rien. Au fond de nous on espère de tout cœur que tous nos efforts vont payer.
Le lendemain le réveil est prévu tôt pour être avant 8h devant les grilles de la vente. Le résultat de cette foire aux véhicules très prochainement sur notre blog !

La fine équipe à Hobbiton

Avril
16
2018

Ça sent le soufre cette histoire…

Taupo - 51'492 km - J 308

Taupo
Nous avons à nouveau un jour d’avance sur le programme et c’est par une journée bien pluvieuse comme la Nouvelle-Zélande peut en offrir que nous avons dégoté un bar servant du vin chaud ! Un strudel aux pommes, une bière et un vin chaud plus tard avec de la musique bavaroise, nous voilà bien réchauffés. Le lac Taupo sous la pluie ressemble au lac Léman sans les montagnes, en bref rien de bien excitant.
Voici pour le moment instructif : le lac Taupo est le plus grand de Nouvelle-Zélande et a été créé lors de la super explosion du volcan du même nom il n’y a « que » 26'500 ans. Une autre plus petite éruption aurait eu lieu à la fin du IIe siècle et au début du IIIe siècle. Plus de 200 mètres cubes de cendres ont été éjectés dans l’air. On a même retrouvé des écrits en Chine parlant d’un nuage rouge visible à des milliers de kilomètres à la ronde.
Le lac se situe maintenant dans le cratère de ce volcan. La région se trouve pile au milieu de ce que l’on appelle la « ceinture de feu du Pacifique », en bref c’est une région qui bouge !

C’est aussi le moment des retrouvailles ! C’est avec plaisir que nous retrouvons ces chères Claire et Louise, en compagnie de Simone leur nouvelle maison. Elles ont vécu quelques sacrées aventures avec elle (quel loueur digne de ce nom ne précise pas si le véhicule marche au diesel ou à l’essence ? Eh bien le leur, les filles n’ont pas eu de chance sur ce coup et elles ont fait connaissance avec un garage kiwi plus vite que prévu).
Cette fois c’est en une plus grande équipe encore que nous passons la soirée. Pauline et Antoine des amis français de Claire sont en vacances pour trois semaines accompagnés par Clément un PVTiste, cousin d’Antoine qui les a rejoints dans leur périple. Leur programme est bien chargé et les deux prochains jours sont dédiés à la région du lac Taupo et du Tongariro.
Un apéro permet de faire connaissance, heureusement les nouveaux venus ont loué un sacré camping-car permettant de tous nous caser.

Le lendemain nous partons à la découverte des Huka Falls, des chutes d’eaux au débit impressionnant ; il s’écoule de quoi remplir une piscine olympique toutes les 11 secondes. La rivière Waikato se déverse dans une gorge si étroite et avec un débit si important que l’eau se gorge d’oxygène, expliquant sa couleur si particulière. L’étroitesse de la gorge transforme l’eau en écume ! C’est simple, on ne peut pas décoller nos yeux de ces remous incessants d’un bleu turquoise et translucide en même temps.
Nous nous lançons dans une marche le long de la rivière, malheureusement le chemin traverse davantage la forêt que le bord de la rivière. Nous rebroussons chemin et poursuivons en direction d’un spa naturel.

Une quarantaine de minute plus tard sur ce nouveau chemin on aperçoit de la vapeur, des touristes dénudés et une source d’eau chaude ! Après quelques hésitations, on se lance tous à l’assaut de cette petite chute d’eau. A peine un pied trempé on se rend compte que l’eau est chaude et pas qu’un peu. Il suffit de s’éloigner un peu pour profiter pleinement d’une eau de source chaude. Plus on s’approche de la rivière Waikato plus l’eau est glaciale, on a tout loisir de choisir la meilleure place entre chaleur et un courant froid sur les jambes. En plus il fait beau, que demander de plus ?
De retour à nos voitures, nous passons à nouveau vers les Huka Falls mais cette fois-ci il n’y a plus un chat. Nous ne nous posons pas plus de questions jusqu’à ce qu’un gentil policier nous barre la route à la sortie du parking et nous dise : « Il y a eu un crime sérieux, nous prenons vos informations pour éventuellement vous contacter plus tard ». Louise, notre conductrice et pas trop à l’aise avec la langue de Shakespeare ne comprend que les mots « Serious crime » et en oublie de montrer son permis de conduire à l’agent. Après un petit speech de l’agent et nos papiers montrés nous pouvons revenir au campement. Nous lirons plus tard qu’une personne a été renversée par un chauffard qui s’est enfuit à pied… la police ne nous a pas recontacté pour nous questionner. De toute façon à cette heure-là nous étions en train de barboter.

Tongariro
Le soir venu, un apéro s’impose ! Et surtout de grandes discussions sur la possibilité ou non de faire le chemin de randonnée ultra réputé : le Tongariro Alpine Crossing !
La météo est formelle, le temps sera tempétueux, de forts vents sont annoncés au sommet et il y aura peu d’amélioration ces prochains jours.
Nous avons tous un jour de marge sur nos programmes respectifs mais pas plus. Cette randonnée, très touristique mais néanmoins difficile (il faut compter environ 7-8h de marche pour 19.4 km avec une belle ascension) n’est pas à prendre à la légère. Comme bien souvent ici le circuit d’une journée n’est pas une boucle. Un service de bus (payant) permet de nous amener au début de la randonnée et de repartir avec sa propre voiture à la fin de la journée. Ces derniers jours, avec la vague de froid dont nous vous parlions précédemment les bus ont été annulés. Des touristes ont dû être rapatriés en hélicoptère au sommet du Tongariro…charmant ! D’accord, ces touristes ont tenté l’ascension avec un enfant de 2 ans avec une météo incertaine mais si nous pouvions éviter de risquer d’être coincé à plus de 1'500 mètres d’altitude ça serait bien.
Cette autre « great walk » peut s’effectuer sur 3-4 jours dans le parc. La marche dont nous parlons traverse une étendue lunaire volcanique avant de grimper vers le cratère rouge, des lacs émeraudes, la région du Mordor et la fameuse montagne du Destin des Seigneur des Anneaux. Si vous voulez vous en faire une idée cliquez ici :
fr.kiwipal.com.
La météo étant vraiment très incertaine, même avec les applications spécialisées nous n’arrivons pas à savoir s’il sera ou non possible de marcher le lendemain.
Au grand damne d’Antoine et avec un espoir de miracle météorologique, nous nous levons tôt le lendemain pour être à 8h au centre des visiteurs au village de Whakapapa.

La nuit a été quelque peu agitée, il n’a pas arrêté de pleuvoir. Le matin malgré les rafales et les trombes d’eaux nous décidons quand même de nous rendre au centre d’informations situé à 60km de là. Sur le chemin la pluie, les bourrasques et le brouillard finissent de nous démoraliser… Une fois au centre, le verdict est sans appel : la marche, même partielle est trop dangereuse et fortement déconseillée. Nous passerons un peu de temps à errer dans le centre qui fait également office de musée.
Nous emmagasinons les images du volcan et des montagnes par temps clair dans notre tête. C’est simple, on n’aperçoit rien des sommets des volcans comme le mont Ruapehu qui les démine avec ses 2’797m d’altitude … La zone reste très active géologiquement parlant, une éruption, quoi que bien surveillée, est possible à chaque instant.
Dépités nous allons tous petit-déjeuner dans le camping-car et repartons de notre côté… Les nouveaux amis vont continuer en direction du sud pour leur périple et nous, en compagnie des filles, allons vers le nord.
Nous sommes très déçus de ne pas avoir pu gravir ces montagnes mythiques mais la sécurité prévaut et dans des conditions pareilles nous n’aurions tout simplement pas profité une seule seconde du paysage.
Une chose de plus qui figurera sur notre liste « de chose à faire » lors de notre prochain voyage en Nouvelle-Zélande !

Rotorua
Cette ville, très touristique (!) est très particulière car construite dans une zone extrêmement active géologiquement parlant. C’est simple toute la ville sent le soufre. Des parcs avec des geysers entourent la ville (mais les geysers sont « activés » manuellement par un employé). Dépenser 50$ pour voir un faux geyser ce n’est pas notre truc. Une fois oublié les attrapes-touristes, il reste quelques endroits gratuit à visiter tels que le village maori typique de Ohinemutu. De la vapeur sort des bouches d’égout, de l’eau bouillonnante forme des mres étranges, le béton se craquelle, en bref on sent que la terre est bien vivante ici.

Nous visiterons la forêt de Redwood, là, des séquoias immenses à l’écorce rouge permettent des balades magnifiques. Nous prenons un chemin permettant d’admirer un parc géothermal depuis un point de vue en hauteur. Les mares sulfuriques jaunes sont impressionnantes.
Sur la route en direction du nord nous nous arrêtons à un cratère avec un lac très bleu et à une grande piscine de boue bouillonnante hypnotisant.

A Rotorua, nous aurons l’occasion de manger du hangi. Il s’agit d’une méthode de cuisson traditionnelle maorie. Nous le mangeons dans un petit restaurant familial qui ressemble davantage à un fast-food (qui ferme ses cuisines à 19h30). Le plat est servi dans une barquette en alu cuit à la vapeur qu’il faut retourner dans son assiette. Là, de la viande surmonte des légumes tels que de la choucroute, des patates douces, des pommes de terre, des carottes le tout agrémenté de sortes de panure. On l’avoue ce n’est pas franchement bon ni vraiment mauvais. La viande est super tendre mais ça s’arrête là. Même la « spécialité » qui l’accompagne – du pain frit – n’est pas franchement incroyable. Comme le dirait la maman d’Emma : « ce n’est pas pour rien que ne trouve pas de livre de cuisine maorie… ».
On l’a sûrement déjà dit mais les spécialités néo-zélandaises ne sont pas très bonnes pour la ligne ni la santé. Du frit, du gras, des glaces, des pies… d’ailleurs toutes les villes sentent la frites. Après 8 mois de riz en Asie, on commence presque aussi à saturer niveau gras…
La région est pleine de surprise mais malheureusement nous avons quelques impératifs qui nous obligent à remonter encore.

Route en direction du Tongariro

Avril
13
2018

On s’est fait kidnapper !

Cape Kidnappers - 51'352 km - J 305

De retour dans la capitale Wellington après 3 heures de ferry, nous entamons nos derniers instants néo-zélandais et, du fait, ceux de notre voyage… Ne pensons pas à ça maintenant, on a encore le temps !

On profite du bateau et de notre temps libre pour tenter de faire un programme de ces dernières semaines mais surtout de nous activer pour écrire les annonces pour la vente d’Edgar. Et oui, c’est aussi bientôt la séparation avec notre bon vieil ami et nous savons que cette période n’est pas la plus propice pour la vente de campervan : « Winter is coming ». Nous essayons de chasser la déprime de fin de voyage et aussi celle lorsque l’on constate le nombre d’offres pour des véhicules similaires au nôtre, à des prix très bas.
Seule la vue de quelques dauphins par Emma suffira à lui remonter un tant soit peu le moral. David lui reste morose et désespère vraiment de ne pas en apercevoir.

Wellington
Pour nous remonter le moral, nous avons un souper de prévu chez des Kiwis. Pour le lien de connaissance, c’est compliqué mais voilà pour faire simple : Fabienne, la maman d’Emma est devenue très amie (et Emma aussi) avec son ancienne voisine, Laetitia. Cette voisine, baby-sitter d’Emma et amie de longue date a fait ses études avec une autre Fabienne à Vevey. Celle-ci a croisé la route de Tim lors d’un voyage en Nouvelle-Zélande il y a plus d’une dizaine d’années. Après avoir vécu ensemble à Lausanne et mis au monde leur fille Lisa, ils sont repartis au pays des grands espaces, cher au cœur de Tim. Sammy est née en Nouvelle-Zélande quatre ans plus tard. Leurs deux filles possèdent un passeport à croix blanche et un néo-zélandais mais ne parlent pas vraiment français. La petite famille vient d’emménager aux alentours de Wellington après avoir dernièrement vécu à Nelson sur l’île du sud.

Après avoir été mis en contact par Laetitia, ce sympathique couple nous invite chez eux et nous propose même une place à côté de leur maison pour garer Edgar et passer la nuit-là. Ils vivent à Lower Hutt, dans un petit quartier résidentiel sur une colline à moins d’une heure du centre de Wellington.
Leur accueil est très chaleureux et nous apprenons plein de choses sur le quotidien des néo-zélandais. Tim est un ranger et se fait un plaisir de nous raconter son passionnant métier principalement dans la forêt.
C’est un vrai Kiwi ; il aime le surf, la chasse et la nature. Nous sommes vraiment accueillis les bras ouverts et c’est drôle de nous sentir comme à la maison chez de parfaits inconnus. Les discussions oscillent entre le français que seule Fabienne parle à la maison et l’anglais que nous baragouinons tant bien que mal. La soirée se passe en toute simplicité et nous fait vraiment du bien. Nous déjeunerons même avec les filles le lendemain. Nous les remercions encore de tout cœur et nous réjouissons de les voir s’ils passent prochainement en Suisse !

En « descendant » l’île du Nord, nous avions suivi la côte ouest. Pour la « montée », nous décidons de suivre la côte est. Wellington ne nous réussit pas vraiment question météo. Lors de notre passage à l’anniversaire d’Emma, c’était la tempête, cette fois-ci il pleut des trombes d’eau. Que nous regrettons la mer turquoise et le soleil caressant nos visages à Nelson !
Ce jour-là, nous profitons de visiter, par hasard, une exposition sur les secrets de la Joconde (est-ce un signe de notre futur petit séjour à Paris ?). Quoi qu’il en soit nous sommes maintenant incollables sur les détails de ce chef d’œuvre. La suite de la journée oscille entre la rédaction des articles, diverses tâches administratives et les annonces d’Edgar.
Nous ferons une petite étape à Rivendel, l’endroit qui correspond aux monde des Elfes dans le Seigneur des Anneaux. C’est ici que tout un village elfique a été érigé pour la trilogie. Aujourd’hui il ne reste plus rien des décors d’origine. Une seule arche a été rajoutée comme rappel. Cependant des panneaux explicatifs bien fichus nous renseignent sur quelle scène a été tournée où (il faut se tourner à 75° ouest, devant l’arbre N°145 pour avoir la même vue que sur la scène XY). L’endroit est très bucolique et le feuillage d’automne ressemble à celui du film, nous nous serions bien promené d’avantage sur les chemins s’il ne pleuvait pas…encore !

Camping Alfredson Domain
Nous repérons un endroit isolé où passé la nuit entre Wellington et Hawke’s Bay, notre prochaine étape. Nous sillonnons de très petites routes dans des collines vallonnées, nous sommes les seuls hormis quelques fermiers avec leurs tracteurs ou leur quad. Des moutons, des vaches, un paysage digne du Jura nous entoure. La pluie s’est remise à tomber, nous arrivons en fin de journée devant un petit domain fermé par une barrière. Nous nous engouffrons dans ce petit parc, les moutons courent pour nous éviter et reviennent brouter autour de nous une fois le moteur éteint. C’est simple, il pleut des seaux, pas question de nous balader, un simple aller-retour aux toilettes à 10 mètres est une épreuve. La nuit tombe de plus en plus vite et à 18h30 il fait nuit, la pluie n’arrange rien. Nous nous pelotonnons car la vague de froid qui arrive de l’Antarctique est belle et bien présente. La température a chuté et nous n’avons franchement pas chaud même habillés de toutes nos couches.
Nous passerons la soirée devant un film d’épouvante, seuls dans un parc plein de moutons au cœur d’une tempête. La nuit ne fut pas des plus agréables, on plaint même les moutons…

Brasserie Tui
Bonne nouvelle, le lendemain matin le ciel s’est dégagée. Nous avons réservé une visite de la brasserie Tui qui est sur notre chemin. Nous pension être seuls mais à notre grande surprise, c’est avec un groupe de retraités en croisière que nous nous retrouvons ! Il faut le dire nous sommes tombés sur une bonne offre sur BookMe et ce sont surtout les trois bières de dégustation à la fin qui nous ont attiré. La guide prend son rôle au sérieux, nous devons mettre des gilets jaunes et elle n’hésite pas à faire participer les seniors. C’est assez marrants de voir ces papy et mamy regardant un clip promotionnel montrant de jeunes femmes à moitié nues. Et oui, apparemment la brasserie est connue pour ses pubs assez affriolantes pour ces messieurs et humoristiques. La bière est bonne mais on note une nette différence entre cette « grande brasserie » et les petites plus artisanales de Nelson.
Nous passons toutefois un bon moment dans leur taverne chaleureuse à profiter de leur wifi ;).


Cap Kidnapper
Après avoir dégusté et attendu que ces bières ne nous fassent plus d’effet, nous reprenons la route en direction de Hawke’s Bay. La région réputée pour ses vignobles. Pour notre premier stop, ce n’est pas les vignes et la dégustation de vin qui nous attire mais les fous australs. Ces oiseaux de mer vivent généralement dans des lieux inaccessibles par l’homme. Sauf au cap Kidnapper, à quelques kilomètres des villes de Hasting et de Napier où ils se prélassent dans l’herbe au-dessus d’une falaise. Environ 20'000 fous sont dénombrés dans cette colonie.

Mais pour atteindre le cap, ce n’est pas si accessible que les magazines touristes le laissent entendre. Bien sûr, il existe toujours la version payante ; un tracteur vous y conduit en suivant un chemin privé. Pour la version randonnée, voici quelques points à respecter :
  • Marcher sur la plage uniquement en marée basse
  • Ne pas marcher lors de vents tempétueux et lorsque la mer est agitée
  • Compter 5 heures de marche
  • Partir du point de départ 3 à 4 heures après la marée haute
  • Revenir du cap au plus tard 1h30 après la marée basse

Il faut donc faire très attention aux marées et aux conditions météorologiques. Pour le second point, on l’a déjà constaté, en Nouvelle-Zélande, il ne faut pas se fier aux prévisions météo. Et pour le premier point, on se renseigne sur les mouvements marins et apprenons que la marée haute est à 2h du matin et la basse à 8h. On vous épargne les calculs d’apothicaires mais on se rend vite compte que si on veut faire la randonnée, il faudra se lever avant le soleil. Et c’est ce que nous faisons le mercredi 12 avril ; réveil à 5h45 !

Une fois réveillés, on s’habille comme si nous allions visiter les esquimaux du Groenland. Nous avons grelotté durant la nuit et les jours précédents étaient passablement froids. De plus, on le sait, les vents du bord de mer peuvent être glacials. Bonnet, gants et grosse veste enfilés, nous pouvons débuter notre marche aux lueurs du crépuscule. Dès nos premiers pas, on se rend compte que ça ne sera pas facile, le chemin se fait sur de gros galets et pour les parties plus « dures », c’est du sable en pente. Par contre, la météo est avec nous ; les nuages se dissipent en même temps que le soleil monte en direction du zénith.

Le parcours longe les falaises et la mer. Il est étroit, on se sent prisonniers et presque claustrophobes dans ce paysage oppressant. Sur notre gauche, se dressent les falaises de plusieurs mètres de haut, d’une roche friable prête à s’effondrer à tout moment. Plusieurs gros rochers et graviers jonchent le sable, témoins de récents effondrements. Et sur notre droite, un océan sans fin.
On comprend vite le nom du cap « Kidnapper ». On sait qu’il ne faut pas trop tarder pour faire l’aller comme le retour pour ne pas être kidnappé sur ses terres. A chaque vague, nous avons l’impression que la mer tend ses bras pour nous attraper. A plusieurs reprises, nous faisons un bond pour éviter l’écume caressant nos pieds. Gelés comme nous sommes au départ de la marche, ces quelques sprints pour éviter une vague nous réchauffent vite.
Quand la vague se retire sur le roulement des galets, nous entendons presque la mer nous parler et nous attirer à elle. Bien décidés à ne pas nager aujourd’hui, nous ignorons ses appels et continuons notre chemin sans pour autant marcher trop près des murs de roches.

A un kilomètre et demi du cap, nous tombons face à la première difficulté : un pied de la falaise se jette directement dans la mer sans laisser de place à une quelconque plage. C’est bientôt l’heure de la marée la plus basse mais les vagues recouvrent à flots irréguliers le passage. Nous décidons de déchausser. La mer est glacée.
De l’autre côté, rebelote, une nouvelle crique se termine par une paroi rocheuse. L’escalader nous paraît trop dangereux. De ce côté, les vagues sont plus grandes et plus violentes. On voit quelques mètres plus loin l’escalier en bois permettant de grimper au-dessus de la colline pour atteindre le sommet du cap.
Nous sommes devant un dilemme : prendre le risque de continuer, être sans aucun doute trempés, voir les fous australs et le panorama incroyable du cap mais avoir le malheur d’être kidnappés et surtout prendre le risque de revenir trop tard. Nous regardons l’heure et constatons que la marée basse est dans une demi-heure. Après un rapide calcul, le temps d’aller au cap, d’admirer les oiseaux et de revenir au même point, la mer sera encore plus haute qu’actuellement. Si on galère maintenant, on n’ose imaginer dans une heure…

Nous ne tentons pas le diable et évitons de comprendre mieux que nécessaire la raison de la nomination de ce cap et revenons sur nos pas. Tant pis pour les fous australs.
Nous en verrons un seul, dans son nid avec des restes de duvet d’oisillon. Ce très grand oiseau sera notre petite récompense et tant pis pour ses 19'999 copains à quelques encablures de là. On a aussi lu que la saison prenait fin tantôt, alors qui sait peut-être que tous les autres copains sont déjà repartis ? (On se rassure comme on peut, n’est-ce pas ?!).

Après avoir repassé la partie immergée, nous nous installons sur la plage au soleil pour sécher nos pieds et surtout petit déjeuner nos tartines (petit clin d’œil aux amis belges).
Nous croiserons trois groupes de touristes qui tenteront d’atteindre le cap. On se demande vraiment comment ils y sont parvenus s’ils ont continué. Même en revenant dans les bonnes heures certaines parties étaient sportives, la mer monte vite et il n’y a tout simplement pas de possibilité de remonter sur la falaise si on est pris au piège. Il faut juste attendre la prochaine marée basse… toutes les 6 heures.

Le retour est long mais le soleil nous réchauffe, on peut enlever presque toutes nos couches. La marche sur les galets met à rude épreuve nos mollets et pieds (ces derniers n’ont pas retrouvé toutes leurs sensations après leur baignade en eau glacée…) et sommes contents d’atteindre Edgar aux alentours de 11h. Il nous aura finalement fallu presque 5h pour cette randonnée que nous conseillons plutôt en été. Avec ces températures, être mouillés et continuer de marcher au bord de la mer nous paraît vraiment risqué.

Une sieste bien méritée fut un vrai bonheur et nous a vite fait oublier notre déception de ne pas avoir atteint « notre » cap. Au final, nous aurons évité de nous faire kidnapper de justesse et nos parents éviteront de payer une rançon aux secouristes. On n’y pas été assez fous pour les fous d’ici !

Napier et Hastings
Ces deux villes sont réputées pour leur architecture art-déco très présente et bien restaurée. Napier est plus grande et est située en bord de mer. La balade sur le front de mer est agréable, les bâtiments sont en effet assez jolis et très différents de ce que l’on peut voir habituellement dans les villes « classiques » néo-zélandaises.
Hastings possède moins de charme et nous avions lu qu’un marché de nuit avait lieu tous les mardis. Nous avons attendu et tourné dans la petite ville jusqu’à l’heure dite mais le prochain marché n’est pas prévu avant des mois. A part quelques endroits au bord la mer cette ville n’avait pas un énorme intérêt pour nous.

Nous avons toutefois visité le Pic de Te Mata situé tout près du Cap Kidnapper pour nous faire une idée générale de cette baie. On lit que la région est réputée pour ses vignobles et nous n’en avons pas vu tant que ça en roulant.
Deux possibilités s’ouvrent à nous : monter en haut du pic en voiture ou le faire à pied.
Pour une fois, la flemme, le manque de motivation en cette période morose ou peu importe nous avons décidé d’y monter avec Edgar (et oui on veut aussi le faire profiter pour ses derniers jours avec nous) à la mode asiatique. C’est-à-dire : jamais sans ma voiture. On a un peu honte en croisant les marcheurs et en se retrouvant avec des seniors et des… chinois.
Une fois là-haut, le vent nous fait presque décoller mais la vue en vaut la peine. On n’aperçoit juste pas nos copains les fous australes mais toute la baie, les vergers et les quelques vignes. Nous retrouvons le paysage typique néo-zélandais que nous aimons tant avec les centaines de petites collines vertes et les montagnes au loin. Le temps incertain fait gronder de lourds nuages noirs sur l’horizon. On redescend fissa notre colline pour continuer notre route.
Après une super douche à Napier, un petit tour en ville et un tout petit peu de shopping (vive les soldes d’automne pour la laine mérino), on remonte direction le nord pour retrouver nos comparses de Nelson.

Cape Kidnappers

Avril
08
2018

Apéro à la belge !

Nelson - 51'085 km - J 300

C’est après un passage en mode course que nous arrivons le dimanche de Pâques à Nelson, ville principale de la région Malborough. Nous avons un jour d’avance sur notre programme et on ne comprend pas bien comment ça s’est fait. Le lendemain, nous devons aller chercher les ex-collègues et amies d’Emma à l’aéroport mais aujourd’hui, on va profiter du beau soleil pour se prélasser sur le gazon au bord de la baie de la mer de Tasman.

Le jour précédent, nous voulions acheter un kiwi en chocolat pour marquer le coup en ce weekend pascal. Le seul supermarché de Westport avait été littéralement dévalisé de tout produit contenant un milligramme de chocolat. Même plus un Kinder Surprise ! Très déçus, on se dit qu’on fêtera Pâques l’année prochaine en famille et tant pis. Néanmoins, nous tentons de nous arrêter dans un Four Square (équivalant néo-zélandais d’un Pam) dans un tout petit village. Par miracle, il reste UN kiwi en chocolat ! On saute dessus et on profite d’acheter des œufs pour en faire des mimosa au saumon (pas de crabe dans cette superette pour faire comme chez la maman d’Emma) et un bon pâté plus ou moins français avec ce qu’il se rapproche le plus d’un pain croustillant.

Donc, au milieu de notre coin de gazon, nous mangeons notre repas de fête et partons à la chasse au kiwi. Le tout suivi d’une agréable sieste au soleil, après plus de mille kilomètres en sept jours, elle est la bienvenue !

Le lundi de Pâques, nous allons chercher Claire et Louise à l’aéroport de Nelson. A nouveau, comme avec nos précédentes retrouvailles lors de ce voyage, nous sommes super heureux de les revoir !
Pour deux jours, elles ont réservé une maison dans laquelle elles nous invitent avec un autre couple d’amis belges de Louise. Elles ont pensé qu’après tous ces mois et toutes ces nuits dans un camper-van, on serait contents de retrouver un certain confort. C’est sûr qu’on est contents ! Pas besoin de courir après une place de camping, de chercher une douche chaude publique, de dormir sur un lit en mousse, ni de vivre dans 6m2 !
Le soir nous rencontrons leur couple d’ami belge Nina et Jonathan (Titus pour les intimes). Et comme tout bons belges, ils aiment boire de la bière et faire la fête. L’apéro des retrouvailles et des nouvelles rencontres fût bien arrosé de bière et de vin. On a vite été pompettes, il faut dire qu’on a perdu le rythme durant ce voyage…
Titus et Nina sont des PVTistes, c’est-à-dire qu’ils ont un permis vacances-travail d’une année qui leur permet de voyager avec l’argent qu’ils gagnent ici. De très nombreux touristes ont des PVT, on en croise partout et on les envie un peu… en tant que suisse, eh bien, on n’y a pas droit. Voilà un des résultats indirects de ne pas faire partie de l’Europe.
Enfin bref après quelques échanges on se rend également vite compte que cette vie ne fait pas toujours rêver. Les salaires sont très bas et payés à l’heure. Les gens travaillent beaucoup et dans des domaines difficiles (récoltes de fruits divers, boulangerie, bars, restaurants, etc..). Le hic, quand on est en couple et qu’on ne travaille pas au même endroit c’est que les horaires ne concordent pas forcément. Quand l’un finit sa journée pendant que son conjoint est parti travailler en voiture il n’a tout simplement plus de « chez-lui » !
Malgré ces inconvénients, le fait de ne pas dépenser d’argent et avoir le luxe de visiter la Nouvelle-Zélande sur une année est une sacrée chance.

Le lendemain, rien de trop prévu, ça tombe bien, on peut faire la grasse mat’. Pour la blague on a tellement changé de rythme que dormir jusqu’à 9h, on appelle ça désormais une grasse mat’(et pour ceux qui connaissent Emma savent que c’est vraiment un grand changement) !
On déjeune ensuite tranquillement sur la terrasse de la maison et on prend une douche chaude illimitée.
Notre objectif de la matinée est de trouver de toutes nouvelles chaussures à Edgar. Les siennes avant commencent sérieusement à être usées. Après plusieurs visites de garages, nous en trouvons un qui peut nous commander les pneus pour le lendemain. Le garagiste a dû aller vérifier trois fois la référence de la gomme pour être sûr tellement il trouvait invraisemblable de mettre des pneus aussi grand sur ce type de véhicule… Et oui Edgar chausse grand ! On n’y connaît pas grand-chose et malgré la surprise du garagiste on prend rendez-vous.

On retrouve les filles à l’office du tourisme pour décider du programme dans le parc d’Abel Tasman. Ce parc situé au nord-ouest de Nelson renferme une des « Great Walk », ces fameuses grandes marches sur plusieurs jours très connues et surtout très touristiques. Il faut réserver sa place dans une Hutt ou un emplacement de camping longtemps à l’avance, on abandonne donc l’idée de dormir une nuit dans le parc.
Le choix est difficile, on souhaite faire un jour de canoë et un jour de marche mais les possibilités sont très, très nombreuses. Sur les bons conseils des amis belges qui ont effectué la marche sur 3-4 jours on finit par se décider.

En fin d’après-midi nous avons rendez-vous à Mapua, à quelques kilomètres de Nelson, pour déguster de la bière artisanale à la brasserie « Golden Bear ». Titus travaille la journée dans les vignes et Nina, elle fait des sandwiches dans une boulangerie. Jour 2 avec cette équipe, apéro numéro 2. Ensuite on continue la dégustation dans une autre brasserie chez « Sprig and Fern » et on en profite pour manger un bon burger. Une soirée comme celle-là ne peut que se terminer avec un nouvel apéro de retour à la mais On reprend le rythme !

La région de Malborough a un climat particulièrement ensoleillé avec très peu de pluie. Les vignes font concurrence aux vergers. C’est aussi un des rares endroits où l’on peut récolter du houblon. Ce qui en fait évidemment le lieu parfait pour les micro-brasseries et les amateurs de blondes, brunes et rousses que nous sommes.

Le jour suivant, les filles vont à la plage pendant qu’on amène Edgar chez le garagiste. Nous profiterons de l’attente pour passer au marché, faire une lessive, aller chez le coiffeur-barbier (pour David, Emma n’a pas encore sa moustache qui la démange) et visiter le musée de Nelson. Une super exposition du National Geographic y est installée et présente les 50 photos qui ont marqué l’histoire du magazine. Chaque instantané est agrémenté d’une légende racontant son contexte et son histoire expliquée par le photographe. C’est prenant et nous passerons plus d’une heure dans la salle. On en a presque oublié d’aller récupérer notre cher Edgar !

Le soir, nous ne verrons pas les amis belges qui ont une journée éprouvante au travail et notre camping se trouve trop loin du leur pour se rejoindre. On fera quand même un rapide apéro mais cette fois dans le camping-car prénommé Bobby que Claire et Louise ont loué pour trois jours.
On a changé d’heure et la nuit tombe vite, heureusement que Bobby est plus grand qu’Edgar, on peut tenir à quatre facilement sans être attaqués par les bourrasques de vent qui sont arrivées en une minute.

Abel Tasman
Le troisième jour une marche longeant la baie de Tasman est au programme.
On se lève tôt, la route pour accéder à notre point de départ n’est ouverte que de 6h à 9h du matin suite à la tempête Gita (celle qui devait nous empêcher d’aller dans le Northland mais qui a fini par toucher l’entre-deux îles). Après 2h de route en comptant l’attente pour les travaux nous arrivons à Totaranui situé au nord du parc.
Le début est sur la plage magnifique d’un sable doré pour ensuite enjamber une petite colline au travers de la forêt. Depuis le point de vue en hauteur, le paysage ressemble aux calandres marseillaises (dixit Claire). Nous devons rebrousser chemin à Awaroa car il faut traverser une crique accessible uniquement à marée basse. Ça ne fait rien car nous ne comptions de toute façon pas marcher plus de 4 heures.
Plage, forêt et à nouveau plage seront les ingrédients pour cette balade sous un ciel sans nuage. Le soleil est de la partie et on apprécie vraiment ce retour tant attendu.
Après les 13 kilomètres aller-retour, l’appel de la mer est trop fort. On a bien transpiré et on tente une baignade. L’entrée est glaciale mais une fois que l’on est dedans, c’est agréable, ça délasse les pieds et les jambes.
Le soir, un nouvel apéro en compagnie de Nina et Titus clôt cette belle journée. Il ne faut pas aller se coucher trop tard, le kayak nous attend pour toute la journée du lendemain !

A nouveau on est debout aux aurores pour se diriger à Marahau pour notre journée de kayak. L’instructeur, pas très pédagogue perd vite patience quand il constate qu’on n’a pas très bien retenu (et écouté, disons-le) ses instructions. Il nous a montré comment sortir et retourner l’embarcation si nous devions chavirer. Après une petite mise en pratique sur terre nous pouvons enfin aller à l’eau. Il nous refait faire quelques exercices de bases mais nous ne comprenons pas où il veut en venir à part nous pointer du doigt et crier.
Très vite, il devient oppressant et il pleurniche : « Mais vous ne m’avez pas écouté ce matin ??? ». Après quelques exercices sans vraiment comprendre ce qu’il voulait, il abandonne et nous laisse partir en mer. Morts de rire après ce sketch on se lance dans les eaux calmes de la mer de Tasman. On est bien équipés : gants, vestes coupe-vent spéciales canoë, fusées de détresse, pompe à eau, réserves d’eau, piquenique, carte de la région… on n’espère pas avoir besoin de trop de chose à part notre piquenique !

Après quelques coups de pagaies et un temps pour se synchroniser, nous arrivons aux îles Fisherman et Adèle. Ces dernières accueillent des colonies de phoque à fourrure. Nous pouvons nous approcher des rochers où ils se prélassent ou se baignent. Plus loin sur l’île d’Adèle, dans une petite crique on tombe nez à nez avec des dizaines de bébés phoques. Ils aiment jouer et après avoir jaugé les nouveaux visiteurs, ils viennent vers les kayaks, passent au-dessous et ressortent de l’eau quasiment sur nos embarcations.
Le ballet aquatique est tout simplement unique et nous serions restés toute la journée à observer leurs galipettes si la faim ne se rappelait pas à nous. On empoigne nos pagaies en quête d’une plage sur laquelle accoster. On trouve vite notre bonheur et on piquenique les pieds quasiment dans l’eau. On surveille les embarcations un peu inquiets que la marée montante ne les emporte. On n’ose pas imaginer la tête du responsable de ce matin si on lui disait qu’on avait perdu un kayak… !

Les heures s’écoulent vite, nous nous dirigeons vers notre point de départ. Après quelques tergiversations, on retrouve le bon endroit. Personne n’avait vraiment pensé à regarder à quoi ressemblait la baie en partant. Depuis la mer est en marée haute et rien ne ressemble plus à une baie qu’une autre baie.
On a vraiment apprécié pouvoir nous balader librement sans guide tout au long de cette journée. Rien que l’idée d’être pressés par un guide qui souhaite tout nous montrer en un temps délimité (surtout du genre de ce matin) nous hérisse les poils.
En fin d’après-midi, nous allons rejoindre Nina et Titus pour un barbecue bien garni à leur camping. Après l’effort du kayak, de bons morceaux de bidoches sont les bienvenus. Vous l’aurez deviné, ce bon souper est accompagné d’un apéro digne de ce nom.

Le 7 avril est le moment de nous séparer, Titus et Nina vont continuer leur aventure encore 6 mois et peut-être même continuer en Asie, on leur souhaite de magnifiques découvertes ! Claire et Louise repartent en avion vers Auckland avant d’entamer la visite de l’île du nord. Ça tombe bien on a prévu de se retrouver à mi-chemin.


Malborough sounds
Ces cinq jours auront été riches en partage et en émotions et surtout remplis de soleil. Avant de reprendre le ferry le lendemain nous passons par les fiords de Malborough. Malheureusement le soleil est reparti avec les filles.

On profite néanmoins du joli paysage et d’un camping perdu pour profiter de cette nature sauvage. En chemin on s’est laissés tenter par un plateau de dégustation de moules à Havelock, cité réputée pour ses crustacés longs de 10 cm et d’un joli vert. On a pu déguster les moules de toutes les manières possibles, marinées, épicées, frites, fumées, à la crème et au vin blanc, à l’ail et en soupe. On s’est bien régalés même si devoir couper une moule tellement elle est grande est un peu perturbant.
Sur la route, on fait un petit arrêt à Pelorus Bridge, un des lieux de tournage du Hobbit. C’est ici que la scène des tonneaux dévalant la rivière a été tournée. On retrouve la même atmosphère et la petite gorge est magnifique. L’eau est verte et transparente en même temps, on n’a qu’une envie, s’y baigner. Après avoir trempé un orteil on s’est vite rhabillés.

A Picton, nous avions lu que des raies étaient visibles depuis le port. Après avoir arpenté le quai c’est au retour que nous avons la bonne surprise de croiser plusieurs raies à longue queue d’une envergure d’environ 1m ! On les voit presque aussi bien qu’en plongée, petit plus on aura le loisir d’observer un beau poulpe venu chasser dans les rochers à fleur d’eau. Définitivement la Nouvelle-Zélande et ses merveilles nous étonneront toujours.

Résumé Malborough:
  • Jours : 7
  • Kilomètres parcourus : 561 km
  • Marche sur sentiers balisés : 13 km en 2h50
  • Nombre de douches chaudes : 2
  • Kayak : 4h30
  • Nombre d’apéros : 7

Journée en Kayak dans la baie Tasman

Mars
31
2018

L’ouest en un coup de vent

Franz Josef Glacier - 50'524 km - J 292

L’échéance du ferry approche et surtout la date des retrouvailles avec Claire et Louise deux amies et ex-collègues d’Emma. N’ayant jamais vraiment écrit de programme nous essayons de le faire pour la fin de notre périple sur l’île du Sud. Après d’intenses réflexions, des tableaux et quelques désaccords nous nous rendons compte que ça ne marche pas pour nous. Emma se sent piégée par un itinéraire trop rigide et David se tire les cheveux car Emma bouleverse tout en une remarque. Enfin bref on va continuer comme depuis les neufs derniers mois et on verra bien, c’est-à-dire au jour le jour.

Col de Haast
C’est à peine remis de nos émotions du saut en parachute que nous prenons la route en direction de la « West Coast ». Pas celle de Snoop Doog mais celle de Franz Josef.
De Wanaka au bord de mer, nous traversons des paysages très différents les uns des autres.
Ce jour-ci nous avons une chance incroyable avec le temps, la route longeant le lac Hawea nous offre un panorama à couper le souffle avec une végétation sèche et les belles montagnes tombant dans le lac. Après quelques kilomètres on surplombe le lac Wanaka. A cet endroit la route n’est pas large et on embrasse du regard les deux lacs qui se rejoignent presque. Les touches de verts se font de plus en plus perceptibles, la végétation change subversivement passant des tussocks, aux grands hêtres australes. On quitte ensuite définitivement les grands lacs pour entrer dans la vallée anciennement glacière de Haast et son col à 563 mètres d’altitude. Ici, c’est la forêt humide qui domine. La gorge est profonde et la route sinueuse. On comprend pourquoi construire cette route a pris plus de 85 ans ! Débutée en 1880 elle a été terminée en 1965. Auparavant, pour les maoris qui empruntaient ce col pour rechercher du jade, le voyage durait un mois. En 2018 il ne faut que 2h avec quelques arrêts pour se dégourdir les jambes devant de belles chutes d’eau.
Après 146 km nous apercevons enfin la mer !

Sur le chemin, nous faisons une halte pour déguster les « whitebait » que l’on peut traduire par blanchaille. Il s’agit de bébés poissons d’une longueur d’environ 6 cm, très fins et surtout transparents. Nous nous arrêtons devant le cabanon d’une charmante dame qui nous explique comment les pêcher et les cuisiner. A l’époque les whitebait se péchaient par pelletées entre septembre et novembre, moment où ils remontent la rivière poussés par la marée montante. Aujourd’hui la pêche est plus difficile et les prix prennent l’ascenseur (comptez environ 90$ pour un kilo de poisson). Ayant raté la dégustation des huîtres à Bluff nous mettons un point d’honneur à déguster cette spécialité de la région. Même si, à 16h nous aurions plutôt voulu manger une bonne glace qu’une sorte d’omelette aux petits poissons blancs et aux gros yeux noirs.
Verdict : c’est très bon et c’est plutôt fin (si on enlève le toast au pain blanc tartiné de margarine dessous).

Fox Glacier
Notre objectif est de dormir dans un camping situé non loin du glacier Fox. Oui vous avez bien lu, nous roulons au bord de la mer pour ensuite nous rapprocher d’un glacier !
C’est la particularité de la côte ouest de l’île du Sud. Ici le Fox glacier, du nom de William Fox, premier ministre néo-zélandais en 1872 qui y donne son nom en toute modestie, naît à 2'600 mètres d’altitude pour terminer sa course à 300 m au-dessus de la mer. Apparemment il aurait même continué d’avancer depuis 1987, après 100 ans de recul. La région est extrêmement verte et donc… pluvieuse. La chaîne de montagne avec des pics à plus de 3'000 m emprisonne les nuages de pluie venant de la mer de Tasman et aliment ainsi les glaciers depuis le haut. Il pleut en moyenne 178 jours par an. En résumé vous avez une chance sur deux d’arriver sous une pluie battante.

C’est sous un soleil radieux que nous arrivons enfin au camping au bord de la plage. L’endroit est venteux mais reste agréable. Après quelques instants dubitatifs quant à la soi-disant vue sur le glacier et les montagnes depuis là, on lève suffisamment la tête et, une fois la zone dense tropicale on aperçoit les plus hautes et les plus blanches montagnes que nous ayons vu ici ! Les Alpes du Sud depuis la mer ! Et on aperçoit même le Mont Cook, notre copain qui jouait à cache-cache lors de notre séjour au lac Pukaki (lien article Mt Cook)

Le lendemain nous nous dirigeons vers le second glacier faute de pouvoir se rapprocher davantage du Fox. Les routes sont toutes fermées jusqu’à nouvel avis. En chemin, nous nous arrêtons au lac Matheson, devenu un vrai « attrape touriste ». Le lac avec ses eaux noires est supposé refléter parfaitement le glacier. Dans les faits, les canards, le vent et tout simplement la grande superficie du lac (qui ressemble à s’y méprendre au lac de la Gruère, les montagnes en moins) ne reflète pas grand-chose sauf quelques vaguelettes. Néanmoins la petite marche qui fait le tour du lac est jolie. Les très nombreux touristes sont trop pressés pour faire l’entier du chemin, nous sommes donc vite loin de la cohue du premier point de vue.

Glacier Franz Josef
Après cette petite mise en jambe d’une petite heure, nous reprenons la route avec Edgar en direction de l’autre grand glacier. Cette fois-ci la route est ouverte, nous pouvons grimper. Ah non, en fait la route est presque plate. C’est très étranger de se diriger vers un glacier et de ne pas emprunter un col comme on le ferait en Suisse. Le parking est presque plein mais la haute saison touristique touche à sa fin, on trouve aisément une place pour décider ce que nous allons faire. Plusieurs sentiers biens balisés permettent de profiter du paysage.
Au final nous monterons simplement voir le glacier. Cet endroit est l’un des plus touristiques de Nouvelle-Zélande et les mises en garde concernant les dangers de la montagne pullulent.
On s’engage dans la marche la plus populaire et, bonne surprise ce n’est pas si bondé. C’est sûr, on marche un peu plus vite que les familles indiennes ou les groupes asiatiques qui s’extasient devant chaque caillou ou qui marchent en pantoufles…
Le chemin est ultra facile, on longe le torrent à la couleur du lait (si cher aux néo-zélandais). Les eaux sont vivent et on imagine aisément que lors de très fortes pluies le terrain s’écroule si facilement. L’eau est mélangée aux particules de roches, les parois latérales de la petite vallée sont couvertes de verdures entrecoupées de cascades limpides et le glacier en arrière-plan forme un panorama unique.
Au bout du chemin, à environ 600 m du glacier une image de ranger taille réelle nous stoppe. On a la chance d’admirer le glacier en entier, quelques nuages nous narguent mais la beauté du lieu est à couper le souffle. Seul le bal des hélicoptères vient interrompre la quiétude du lieu. Et oui, les vols en hélico sont l’unique moyen de visiter le glacier en toute sécurité. Entre tourisme et écologie le pays a fait un choix ici…
Cette petite marche de 5.7 kilomètres au son des va-et-vient aériens ne nous a pas donné envie d’emprunter un autre sentier.
C’est comme si l’attrait touristique du lieu nous poussait à continuer notre chemin.

Greymouth
Nous avons poursuivi notre route jusqu’à Greymouth. A l’époque des pionniers, c’est l’or puis le charbon qui ont fait la renommée de la ville. Celle-ci vit autour de son port, le seul sur la côte ouest.
Dans la région de très nombreuses petites villes ont connu un développement incroyable grâce aux chercheurs d’or. Certaines sont passées de 18'000 habitants à la fin du XIXe siècle à 30 actuellement comme Charleston.
On va le dire tout de suite, Greymouth ne nous a pas particulièrement charmés. Nous avons surtout profité d’un bon emplacement en bord de mer pour essayer d’observer des pingouins - opération sans succès - et faire le grand ménage dans Edgar.

Pancake Rock
L’endroit porte bien son nom et a donné envie à Emma de manger des pancakes depuis qu’elle a vue cet endroit dans une brochure touristique.
Que dire de plus ? Des rochers creusés dans la falaise en forme de tas de crêpes, des centaines de touristes, une jolie vue et puis s’en va…

Westport
La même que Greymouth mais avec la pluie en plus et notre manque de motivation pour visiter vraiment la région. Et un petit blues qui s’installe, le stress qui débute pour vendre Edgar, le retour qui s’approche… La prochaine étape s’avérera pleine de rencontres, on ne vous en dit pas plus !

Résumé West Coast: :
  • Jours : 7
  • Kilomètres parcourus : 1’057 km
  • Marche sur sentiers balisés : 25,5 km en 5h15
  • Nombre de douches chaudes : 2
  • Chute libre : 45 secondes

Franz Josef Glacier

Mars
28
2018

On saute dans l’inconnu

Wanaka - 49'595 km - J 289

Attaché à un bel inconnu c'est le slogan
Monter dans un avion et ne pas atterrir avec
Quelle drôle de sensation
Alignés en rang d'oignon
Des inconnus entre les jambes les uns des autres
Admirer le paysage, sourire à David
Réaliser qu'il est derrière moi
Je ne tremble pas
Dans une bulle, un déni pour stopper l'imagination galopante
Ne rien dire à ses proches
Pas de décompte
La porte comme un rideau se déroule
La vue se brouille, ah non c'est la buée des lunettes en plastique
Tant mieux, pour rester dans la bulle
Je sens le bel inconnu tout contre moi
C'est normal on est attachés, serrés, il le faut !
Le premier sort, s'accroche à l'extérieur de l'avion
Un binôme puis deux
Aspirés dans le ciel
Une tape sur le bras, on doit se mettre en mouvement
À cet instant j'arrêterais tout
Pas le temps
Se rappeler la position
La tête en arrière au creux de l'épaule du bel inconnu, les pieds sous l'avion, les mains sur le harnais
Même pas le temps de prendre sa respiration
Un mouvement et c'est la chute
La bulle éclate
On est hors de l'avion
Là, je réalise
On tombe ça va vite, très vite
La chute est vertigineuse, littéralement
45 secondes
Un tour complet à l'horizontale
Se rappeler de lever la tête
Voir les montagnes comme jamais auparavant
Crier, hurler
Aucun son ne sort
On va trop vite?
Plus de voix ?
La bouche est sèche, il faut respirer
La peur de ma vie
Un cri à la vie, à la mort
Au bonheur
À ma chance
Des larmes de joie, de peur
Confier sa vie au bel inconnu
La confiance prend une autre dimension
"Bienvenue dans mon monde"
Pour lui 10x par jour mais toujours autant de plaisir
Pour moi une première, la dernière ?
Ne jamais dire jamais
Un nouveau monde s'ouvre à moi, à nous
La chute est longue, enfin le parachute s'ouvre
Le soulagement, on ne peut plus s'écraser
On tourne, on penche, ce n'est pas plus calme
Le ventre fait des galipettes
Je vois David plus bas
Ça rassure
Vivre le lâcher prise
Voir, s'émerveiller, hoqueter, respirer
D'une main experte le masque s'écarte, le harnais de desserre
Mais la peur revient
Être décrochée
Non la raison prend le dessus et puis
Advienne que pourra
On tourne on tourne
David atterri
La terre se rapproche vite
En même temps trop loin
Tendre les jambes
Atterrissage en douceur
Être libérée du bel inconnu
Tomber dans les bras de mon bel inconnu connu
Remercier
Le bel inconnu a fait son travail
Il se prépare pour le prochain inconnu
Marcher, enlever l'équipement
Je tremble plus qu'avant le départ
Sourire sans s'arrêter
Essayer de raconter par téléphone
Rassurer sur la photo envoyée juste avant de partir
On tente de reprendre notre journée
Impossible le cœur bat encore à mille à l'heure
C'est fini
Ce n'est que le début
Se sentir vivante
Les mots prennent du sens
J'espère garder en mémoire cette terreur
Et surtout le sentiment de la surmonter
Invincible.

Saut en parachute

Mars
27
2018

A la recherche de l’Anneau

Glenorchy - 49'537 km - J 288

La suite du programme est de remonter l’île par la côte ouest. Et avant d’arriver sur les bords de mer, nous suivons les traces des Hobbits et de leurs compagnons.

Le lac vers lequel nous avons passé la nuit est le lac Mavora et il est connu par des fadas du « Seigneur des Anneaux ». Plusieurs scènes des mythiques films ont été tournées dans les environs. Nous allons retrouver cette ambiance et pourrons marcher sur les pas des Hobbits alors qu’eux étaient poursuivis par les dangereux Uruk-Hai ou sur les traces d’Aragorn qui était à la recherche de Pippin et Merry.

Beaucoup d’endroits partout en Nouvelle-Zélande sont des emplacements des films des trilogies tirés des romans de Tolkien. Les fans y accourent mais rédigent ensuite des commentaires tels que : « Ça ne ressemble pas du tout », « Ce n’est qu’un champ privé » ou « Juste une forêt ». Peut-être que ces personnes ont oublié que le premier film a été tourné en 2001, il y a maintenant plus de 17 ans et que la nature change ? Grâce à l’application Camper Mate nous pouvons retrouver assez précisément les lieux. C’est sûr parfois il faut pas mal d’imagination pour resituer la scène et il y a eu beaucoup de travail sur ordinateur post-production mais parfois ça saute aux yeux. On s’est même fait le petit plaisir de revoir les films en version longue pour se rafraîchir la mémoire lors des soirées pluvieuses.

Revenons au lac de Mavora. Pour y accéder, on emprunte une longue route de gravier. Nous avons échappé de justesse à un fort orage et quelques grêlons ont caressé Edgar. Les montagnes se rapprochent, la route traverse une petite vallée avant d’entrer dans une forêt. L’espace de camping est immense, après s’être enregistré et payé les quelques dollars dans la boîte d’honnêteté nous pouvons trouver le meilleur endroit le long du lac.
La forêt avec ses hauts arbres en légère pente, le sol d’une mousse particulière et les bordures du lac nous renvoient assez bien dans l’atmosphère de la trilogie et des passages qui y ont été tournés. Emma se dira même qu’elle suit lui traces de son béguin d’adolescence et que cet endroit la rapproche un peu du beau Elijah Wood.
A nouveau c’est très drôle de lire les commentaires des gens qui essayent de retrouver l’emplacement exact du tournage au beau milieu d’une forêt. Pas de chance il n’y a pas de panneau. Nous on préfère faire fonctionner notre imagination. C’est les scènes tournées par ici qui nous ont attirées là mais l’endroit vaut la peine en tant que tel. La rivière est magnifique avec son large lit et ses eaux calmes. Nous sommes à nouveau stationnés sous des pins mais les aiguilles font moins de bruit que la dernière fois. Les oiseaux nous font la cour, ils sont partout et s’en donnent à cœur joie. On adore se réveiller sans réveil et se prélasser quelques instants en les écoutant.

Nous quittons à contrecœur le lac Mavora en compagnie d’un auto-stoppeur et de ses deux compères du moment. Ils effectuent tous trois la longue marche qui relie le Cap Reinga, tout au nord de l’île du nord à Bluff le point opposé. Leur longue marche les a conduit ici et il faut le dire la route de gravier pour revenir en terre civilisée n’est pas très intéressante ni très passante. On les pousse jusqu’à la grande route suivante. Nous aurions volontiers continué de discuter avec Vincent de ses projets mais malheureusement nous allons dans des directions différentes. On lui souhaite bonne chance pour les kilomètres qu’il lui reste à parcourir à pied.

L’Anneau nous conduit aux alentours de Queenstown. Nous profitons de nous arrêter dans cette dernière mais nous nous rendons vite à l’évidence qu’elle n’est pas faite pour nous. La ville est une copie des stations huppées helvétiques sur le modèle de Verbier, Gstaadt ou Zermatt. Les boutiques de luxe et les grands hôtels pimpants bordent le lac et les touristes asiatiques font leur grand retour. Les hôtels et appartements de vacances sont plus nombreux que les maisons et les agences de voyages ont pignon sur rue. Queenstown s’est auto proclamée capitale de l’aventure et de l’extrême (rafting, saut en parachute, bateaux rapides, luge sur route, téléphérique, etc.)… Nous hésitons toutefois à monter à pied sur la colline couverte de hauts sapins et emblématique de la ville mais la vue là-haut n’a pas l’air si jolie, la météo est capricieuse et nous devons faire notre lessive.

A quelques kilomètres des rues chics, nous nous parquons dans un camping pas trop cher. Et oui, dans les endroits très touristiques tous les campings gratuits ont peu à peu fermé. Le non-respect des touristes aura bientôt la peau du camping libre.

Depuis là, une marche d’environ une heure et demie nous permet d’observer le lac Wakatipu avec les montagnes environnantes se jetant dedans. La couleur du lac est magnifique avec des teintes bleues peu communes même avec un ciel partiellement couvert. Sur le chemin, nous arrivons dans une ancienne carrière utilisée pour la bataille entre les hommes de Harad et ceux du Gondor. Depuis le même poste d’observation que Frodon et Sam, on s’imagine très bien les énormes Oliphants se mouvoir. Plus loin, on retrouve Gollum se disputant avec Sam sur la façon de cuisiner le lapin.

Nous continuons la route scénique longeant le lac Wakatipu en direction de la petite bourgade de Glenorchy. Depuis là, nous nous enfonçons dans les terres et devenons de plus en plus petit au pied des montagnes devenant de plus en plus hautes. La vallée a été principalement utilisée comme base pour Isengard. Et même après avoir été stoppé par un mouton au milieu de la route, nous avons presque cru voir chevaucher Gandalf en direction d’Isengard.

Une balade dans une jolie petite forêt débouchant sur le lac Sylvan nous rappelle fortement le lac Mavora. C’est très similaire avec le sol moussu très vert et une tranquillité apaisante. Ce n’est pas pour rien que certaines scènes situées géographiquement aux mêmes endroits dans le film ont été tournées dans ces deux lieux. Après, il faut le dire, ce sont des forêts très typiques de la Nouvelle-Zélande et on a déjà eu passablement l’occasion de les observer.

De l’autre côté de cette vallée séparée par le Mont Alfred, nous devons suivre une route en gravier et traverser quelques ruisseaux (heureusement Edgar est rehaussé et 4x4), ascendants de la rivièreDart, pour atteindre le Paradis.
Et oui, la commune se nomme « Paradise » et en passant, on a pu admirer la jolie robe de mariées rouge d’une dame chinoise se prenant en photo avec son mari devant le nom de la localité. Au bout de la route sans issue nous arrivons dans un endroit tranquille au pied d’une chaîne montagneuse enneigée surplombée par le Mont Earnslaw (2'830 mètres). Le col de Caradhras dans le « Seigneux des Anneaux » est représenté par le versant nord-ouest de ce dernier. Nous serons les seuls stoppés ici pour passer la nuit (avec les incontournables mini-vampires que sont les sandflies). Seuls au pied de ces grandes montagnes blanches nous nous sentons vraiment minuscules. Le ciel est dégagé et la nuit venue nous pouvons contempler depuis Edgar le magnifique ciel étoilé. La température commence sérieusement à se rafraîchir…

Une agence locale organise des tours spéciaux « Seigneurs des Anneaux » et en une demi-journée, les visiteurs peuvent admirer les paysages des films avec un guide dans de grosses Jeep. Le matin sous une pluie diluvienne, en sortant des toilettes, David se retrouve au milieu d’un groupe de geeks passionné par la présentation de l’épée d’Aragorn. On se dit qu’avec le temps qu’il fait aujourd’hui, des seaux d’eaux et une brume épaisse, ils ne verront pas grand-chose de la beauté Isengard… Pour une fois, nous avons eu la bonne idée de visiter le coin avant la tempête. Aujourd’hui c’est simple on ne voit plus rien ! On croise les doigts pour que les ruisseaux d’hier ne se transforment pas en torrents avec les trombes d’eau qui s’abattent depuis le milieu de la nuit. Par chance, la route est encore praticable.

La météo s’améliore même et les nuages cèdent leur place au ciel bleu pour l’après-midi au moment où nous arrivons dans la ville d’Arrowtown, à quelques kilomètres de Queenstown. Comme beaucoup de villes en Nouvelle-Zélande, Arrowtown a attiré les chercheurs d’or. Son succès actuel est qu’elle a conservé son authenticité en gardant ses bâtiments de l’époque des pionniers. Nous nous sentirions vraiment au XIXe siècle si la rue principale n’était pas bordée de tous côtés par les voitures parquées… Côté tourisme les villes néo-zélandaises ont encore un effort à faire pour bannir les voitures du centre historique.

Il semblerait que la rivière Arrow qui a enrichi quelques chercheurs dans le passé possède encore une petite quantité d’or. Nous ne tenterons pas notre chance en louant une batée et tant pis pour notre potentielle fortune. Nous irons voir aux abords de ces eaux aurifères l’emplacement où l’Anneau a été perdu et où Déagol le retrouve. C’est une jolie rivière et avouons-le, le lieu de tournage aurait très bien pu être aussi la Sorne ;).
Bizarrement c’est au cœur de cette petite bourgade que nous nous verrons vraiment les prémices de l’automne. Les saisons étant inversées l’été et les longues soirées cèdent la place à l’automne. La forêt se pare de magnifiques couleurs. C’est une redécouverte pour nous qui n’avons plus vraiment vu les saisons changer depuis de très nombreux mois. On est presque ravis de voir des feuilles jaunes et oranges !

Si vous êtes comme nous un peu ou beaucoup passionnés par les trilogies de Sir Peter Jackson et que vous visitez la Nouvelle-Zélande, on vous invite à visiter les références de quelques points de tournage avec leurs coordonnées sur le site de wonder-trip.com.

Après avoir vu plusieurs lieux de tournage, nous regrettons qu’il n’y a pas plus d’explications sur les scènes tournées ou juste un petit écriteau avec l’image correspondante du film. Nous irons voir sur l’île du Nord Riverdell et là, les explications sont intéressantes et on peut plus facilement se repérer par rapport au film. Comme dit en introduction, les paysages changent et nous sommes très bien que les retouches par ordinateur modifient grandement l’appréciation.

Notre nuit se fera autour d’un terrain de criquet. Le responsable a trouvé le bon filon et loue pour 5 malheureux dollars les abords de son beau terrain. Ici il faut suivre les très nombreuses règles de la maison mais c’est franchement pas grand-chose comparé à la qualité des équipements avec des douches chaudes gratuites, un frigo et un congélateur qui nous permettent de garder nos produits au frais et surtout un grand et beau lavabo pour faire notre vaisselle. Ces quelques facilités sont un réel luxe pour nous.
Nous nous préparons même un souper digne du dernier repas d’un condamné : des späzlis maisons avec une sauce aux champignons frais, des boulettes de viande et une bière !
La préparation en mode camping n’est pas évidente mais les späzlis sont meilleurs que ceux que nous avions tenté de préparer dans notre ancienne cuisine toute équipée ! Emma et sa passion de la cuisine sont au taquet (et David le marmiton aussi).

En fait c’est un peu notre dernier repas avant la grande aventure qui nous attend le lendemain aux aurores. Mais ça on vous le racontera au prochain épisode !

Forêt néo-zélandaise

Mars
23
2018

Coup de mou pour Edgar

Te Anau - 49'467 km - J 284

Après une super balade à cheval sur la plage et dans les pâturages, nous nous rendons dans l’endroit le plus pluvieux du pays (et peut-être même du monde) ; le Fiordland. Selon le descriptif de la région, il pleut deux fois par semaine, une première fois pendant trois jours et une seconde durant quatre jours. Charmant, on se réjouit !

Pour nous, c’est un peu comme un retour en Suisse ; des montagnes, des forêts et des lacs. La première étape est au lac Hauroko, ignoré par la plupart des touristes. Les 40 kilomètres aller-retour sur les chemins en gravier en refroidissent plus d’un. Mais pas Edgar (et nous en l’occurrence). Ce lac est le plus profond du pays avec 438 mètres de fond et est entouré de montagnes couvertes de forêts tombant à pic dans le lac à la forme torturée. C’est aussi un repère pour les chasseurs ; nous en croisons trois revenant d’une virée matinale avec trois beaux cerfs sur leur… bateau !

La petite randonnée que nous avons prévue autour de ces eaux calmes est une grimpette dans la forêt pour atteindre un point de vue sur la crête. L’effort à travers les nombreuses racines et le terrain glissant et boueux vaut le détour ; à l’horizon, d’un côté, on aperçoit la mer et de l’autre les montagnes sans fin revêtant leur manteau de forêt. Quelques sommets sont déjà blancs de neige. Malheureusement, les nuages viennent vite semer les troubles fête et cachent vite les cimes enneigées.

De retour au bord du lac, les voraces sandflies nous assaillent. Après avoir trouvé sur Internet une solution « maison » contre ces bestioles, nous nous en badigeonnons des pieds à la tête. Même avec la solution presque miracle nous devons trouver un autre endroit pour piqueniquer, les bestioles sont vraiment trop agressives.
Le camping proche du lac est désert. La plupart du temps, les emplacements sont bondés (par exemple, à Orepuki, plus de 50 véhicules y étaient stationnés). Du coup, on profitera de cette quasi solitude pour y passer deux nuits. Un grand parc rempli de cerfs et de biches est attenant à l’espace de camping. Les braiements viennent régulièrement interrompre la tranquillité des lieux mais heureusement, la nuit ils mettent la sourdine ! On préfère quand même observer ces bêtes dans leur enclos que mortes sur les bateaux des chasseurs…

Le lendemain, on décide de ne pas faire une randonnée trop longue car David n’est toujours par rétabli de son orteil endommagé à Raglan à cause du surf. Et encore, après la marche du lac Hauroko, même bien protégé, son gros orteil s’est rouvert. Bref, les courses matinales et les longues expéditions sont à proscrire du programme pour l’instant.

Nous agençons, une journée marathon pour le lendemain. Après ces quelques jours très tranquilles en partie forcé par la pluie on a la bougeotte. Départ prévu avant le lever du soleil !

Au programme : une petite marche d’une heure sur le Mont Burns, plus au nord dans le Fiordland. Mais d’abord, sur le chemin, une grotte retient notre attention.
La Nouvelle-Zélande pullule d’enclaves souterraines et comme en Asie, ces lieux en deviennent des places incontournables pour les touristes. Dans le pays des kiwis, ce ne sont pas des bouddhas qui se cachent dans chaque coin mais des vers luisants.
Sur l’île du Nord, à Waitomo, la plus populaire, la visite approche les 100$ et il est même possible de descendre la rivière la traversant en rafting.
Pour nous aujourd’hui, c’est de la spéléologie amatrice à la « Clifdens Cave » sans entrée payante et avec comme seul équipement nos lampes frontales. Il faut un peu ramper par endroit et bien se baisser mais après chaque petit passage on tombe dans une grande chambre très haute de plafond.
Ça devient vite un labyrinthe et il ne faut pas perdre de vue les bandes réfléchissantes traçant le chemin. Par instants, on éclaire les parois puis on éteint totalement nos lampes pour apercevoir quelques petits points de lumières. C’est les fameux vers luisants ! C’est sûr que ce n’est pas la voie lactée vendue dans les grottes touristiques mais c’est déjà magique. Nous avons l’impression d’observer un ciel étoilé par temps couvert. Après plus d’un kilomètre dans le noir le plus total, nous arrivons à une piscine naturelle qui est traversable uniquement à la nage et nous rebrousserons chemin à ce niveau. Visiter cette grotte au petit matin, seuls en mode aventurier était vraiment une expérience sympa. Ils ne faut juste pas trop penser au long chemin sous terre que nous parcourons surtout en passant dans les endroits un peu serrés.

Ensuite, nous continuons notre marathon du jour et empruntons sur une quinzaine de kilomètres sur une route très endommagée et tout en montée jusqu’au Mont Burns.
De là, nous arrivons au pied du chemin de randonnée. La marche débute par la traversée d’une forêt bien particulière et magique. Les arbres bas sont couverts de mousse argentée. Au sol, les racines s’enchevêtrent pour créer des marches et sont couvertes de mousse verte pomme. C’est la première fois que nous marchons dans un tel paysage et c’est vraiment magnifique.
Une fois le rideau de forêt franchi nous voyons le Mont Burns, parsemé de neige et surtout un paysage à nouveau unique pour nos yeux. La végétation est composée de petit buissons verts foncés et d’autres buissons très touffus avec de longues tiges jaunes. Le chemin grimpe sur l’arrête d’une première colline. Très vite nous nous apercevons de petits lacs immobiles qui reflètent à la perfection les plus hautes montagnes et le Mont.
L’endroit est très paisible, au loin nous voyons une grande des Alpes du Sud. Le chemin n’est très vite plus balisé, il faut se frayer un passage entre les hautes herbes et faire attention au terrain marécageux.

L’envie de continuer sur des cimes plus élevées pour voir encore plus loin nous démange. David a pour objectif de toucher de la neige et part comme une fusée en avant. Le sommet est encore loin et il faut monter et descendre quelques belles collines avant de pouvoir atteindre le Mont Burns en lui-même.
Notre journée était, pour une fois, programmée comme un voyage asiatique. Les nombreux autres stops prévus nous font renoncer à continuer la randonnée.
David a finalement trouvé un peu d’or blanc et a atteint son but (sans devoir trop forcer sur son pied qui plus est). On a touché de la neige après plus d’une année !
Après avoir fait le plein de ce merveilleux paysage nous redescendons au parking.

Comme d’habitude David est au volant (et oui sinon il s’ennuie trop), la clé tourne mais là rien ne se passe. On se regarde et on comprend tout de suite que nous avions oublié les phares. Il fallait bien que ça nous arrive une fois !

Edgar, bien trop fatigué, ne démarre plus. Notre van est équipé de deux batteries et, en théorie, il est possible de passer sur la seconde pour forcer le démarrage. La manœuvre reste sans succès. Sans perdre une seconde, David se rue sur les nouveaux arrivants pour leur quémander un pontage de batterie. En haut de cette montagne, ce n’est pas le lieu de passage de beaucoup de promeneurs.
Les secouristes improvisés, deux couples dans la force de l’âge néo-zélandais, ont un gros 4x4 et viennent à notre aide. Par chance, nous avons des câbles de pontage alors qu’eux n’en n’ont pas. Après deux tentatives sur les deux batteries de la grosse jeep, Edgar reste endormi. On commence à sérieusement flipper et se dire que notre batterie est définitivement morte. On essaie d’imaginer, dans ce cas, comment on va faire pour se sortir de ce pétrin ; appeler une dépanneuse pour venir dans ce coin perdu de la montagne ? Qu’un de nous deux descende acheter une nouvelle batterie alors que la plus proche ville est presque à 50 kilomètres et remonte en stop ?
Après ces infructueux essais, les deux hommes venus à l’aide constatent que nos câbles sont trop usés et ne font plus assez contact. Ils vont chercher une pince, empruntent notre couteau suisse et rafistolent en deux trois mouvements les fils. Cette fois, on laisse bien charger la batterie avant de retenter d’allumer le contact. A la fin du suspense insoutenable, on tourne la clé et, enfin, Edgar se réveille et fait vrombir son moteur !
Mille merci à ces promeneurs qui venaient simplement admirer le paysage un petit quart d’heure et à qui finalement nous aurons pris une heure de leur temps. Ces kiwis étaient vraiment adorables. Grâce à eux, nos câbles de pontage sont comme neufs !

C’est encore un peu chamboulés que nous entamons notre descente et continuons notre route vers le lac Manapouri, prochain stop prévu. Nous avions prévu de manger en bas du chemin mais nous ne voulions pas tenter le diable en éteignant notre moteur. On attendra avant de se sustenter, même s’il est déjà 14h30…

La partie la plus connu et étape incontournable des touristes (surtout chinois) est du lac Manapouri jusqu’au Milford Sound en passant par la ville ultra balnéaire de Te Anau. Les offres de croisières en bateau dans les fiords, survol en hélicoptère ou en avion pullulent mais ne nous attirent pas plus que ça. Leurs prix assez élevés et le côté attraction touristique ne nous enchante guère. On profitera uniquement du magnifique paysage en bord de lac. La vue des gros nuages de pluie dans les profondeurs du fiord nous confortent sur notre décision de rester sur la route, au sec. Nous avons peut-être passé à côté de quelque chose mais les fiords néo-zélandais resteront terra incognita pour nous et nous ne le regrettons pas.

La fin de la journée se termine comme elle a commencé : par de la route de gravier et dans un camping en bordure de lac avec une jolie vue sur les montagnes.

Résumé Southland et Fiordland :
  • Jours : 9
  • Kilomètres parcourus : 868 km
  • Marche sur sentiers balisés : 19,06 km en 6h17
  • Nombre de douches chaudes : 2
  • Cheval : 3h30

L'envers du décor
Saurez-vous trouver ce qui cloche dans cette photo ?

Mars
21
2018

Pas de phoques, pas de dauphins, pas de pingouins mais des chevaux !

Bluff - 48'934 km - J 282

Curio Bay
S’il existe une destination que les voyageurs en Nouvelle-Zélande se doivent de connaître (le mot se passe discrètement) est bel et bien Curio bay. A cet endroit, tout le monde se l’accorde il est possible de nager avec des dauphins Hector et de croiser la route de pingouins aux yeux jaunes et les petits pingouins bleus. Ca fait rêver n’est-ce pas ?
Cet endroit est, qui plus est, hors des sentiers battus habituels. Il faut emprunter une longue route en gravier chaotique pour y parvenir.
C’est donc plein d’espoir que nous arrivons dans cette fameuse baie. Bien sûr, si vous avez lu notre titre, le suspens n’a plus lieu d’être… Quoi qu’il en soit voici l’histoire.

Nous arrivons au milieu de la journée. Un parking, des panneaux explicatifs un peu partout, un café hors de prix et des touristes emmitouflés comme pour une expédition sur l’Arctique, voici notre première vision. Curio Bay nous paraît bien curieuse. On saute d’Edgar et là, les bourrasques de vent nous gèlent sur place. On enfile nos gants, nos bonnets, nos coupe-vent et notre détermination. Cette fois on comprend l’expédition du pôle Nord.
Premier constat l’endroit est touristique : partout on vous dit à quelle distance il faut se trouver des phoques, des lions de mer et des pingouins. Ça se chiffre en véhicules à moteur (pour un pingouin c’est deux autocars et pour un phoque deux voitures). Les chiens sont interdits, comme un peu partout dans ce pays d’ailleurs et pour illustrer ça, on vous montre une photo horrible d’un pauvre pingouin sanguinolent et probablement mort à cause d’un canidé.

Nous avons prévu de rester deux nuits, on se réserve la forêt pétrifiée pour le lendemain et il faut attendre la tombée de la nuit pour essayer d’observer les pingouins.
On se contente de faire une petite balade sur la petite péninsule balayée par les vagues et un vent à décorner un bœuf. On est trempés par les embruns et frigorifiés. Nous n’avons pas le courage de rester encore de longues heures à attendre la nuit et les hypothétiques pingus.
Des dauphins, pas de trace, la mer est beaucoup trop agitée, les vagues se cassent sur les falaises avec un grand fracas et des gerbes hautes comme deux voitures montent dans le ciel.

Notre fin de soirée fut glaciale (pas l’atmosphère dans la voiture, on vous rassure) mais à l’extérieur. On ne se donne même pas la peine de monter notre table de camping, on se contente de rester à l’abri et de regarder un film. On continue de vivre avec le soleil, à la nuit tombée hop au lit !

Le lendemain le temps s’est amélioré, le vent a pu faire déguerpir les nuages, le ciel est magnifique. On embarque les maillots de bains bien décidés à faire venir les dauphins à nous.
Après une petite marche sur la longue plage, on se motive comme on peut pour entrer dans l’eau. Malheureusement les auto-encouragements et les prières pour faire venir les Hector ne suffiront pas. Avec de l’eau jusqu’à la taille mais trempés par les vagues qui nous assaillent sans arrêt, nous sommes à nouveau frigorifiés.
Deuxième constat : fini les baignades dans l’île du Sud, la mer est vraiment trop froide.
Si on ne peut pas nager, autant prendre un peu le soleil ! Eh bien non, cette fois c’est un tout autre fléau qui nous arrive dessus. Les sandflies !
Nous en avions entendu parler mais nous pensions (presque) y échapper. Eh oui après avoir tout supporté en Asie ce n’était pas quelques mouches des sables qui allaient nous gêner. Que nenni ces petits moucherons sont de véritables Dracula. Ils sont tout le temps-là, on ne les entend pas, ils piquent avec férocité et leurs piqûres grattent affreusement. Fini la bronzette, en plus, le vent se lève.
Nous profitons quand même d’un petit pique-nique sur une butte à l’abri du vent pour essayer une dernière fois d’apercevoir Flipper et ses copains.
La forêt pétrifiée s’avère en fait être quelques troncs d’arbres fossilisés qu’il faut vraiment chercher… D’accord c’est intéressant et très, très vieux mais pas incroyable.

C’est au phare de Waipapa, à une poignée de kilomètres de Curio Bay que nous avons la chance de tomber nez à nez avec des lions de mer ! Fini les petits phoques, ici ce sont de vrais mastodontes sous nos yeux. Une première femelle fait le show sur le sable à quelques pas du phare. Et que ça se gratte le ventre, que ça s’envoie du sable sur le dos, ça baille, ça fait de la gym avec ses nageoires… un vrai show on vous dit. On est resté scotchés, cachés dans les buissons à observer cette magnifique bête.
Plus loin, une jolie plage nous tend ses bras, équipés de notre bonnet et nos gants on s’aventure sur le sable pour nous dégourdir les jambes. Au loin sur la pointe de sable nous pensons voir quelque chose bouger. Plus on se rapproche plus la forme grandit, là à quelques pas de nous on voit un énorme lion de mer, pas de doute cette fois c’est un mâle ! Mais quelque peu flemmard, à part un bâillement nous ne le verrons pas bouger. Un peu plus loin, ce que nous prenons pour 3 rochers à côté d’une colonie d’oiseaux se trouvent être trois autres lions de mer dont un petit en pleine sieste. Ils ne bougent pas d’un poil et nous retournons plutôt voir la première lionne qui continue son petit show.
Cet endroit était une belle surprise, surtout après la petite déception de Curio Bay.

Orepuki Beach
Ici nos projets sont tout autre ; nous allons (enfin) remonter à cheval. Après nos chevauchées fantastiques de Mongolie il était temps ! Nous avons repéré une ferme qui propose des sorties à la carte en tout petit groupe.
Pas de chance pour nous la soirée se gâte, la pluie s’invite. Nous nous pelotonnons dans Edgar pour affronter la fin de journée et la nuit tempétueuse. Notre karma n’est pas au top, la nuit et la journée s’avèrent tout aussi catastrophique. Nous ne voyons pas l’intérêt de rester au bord de la mer et migrons pour un endroit payant : La Taverne d’Orepuki. Le principe est simple, si vous consommez pour 12$ à la taverne, la nuit est gratuite sur le parking. La balade à cheval a été annulée pour la journée et reportée au lendemain si le temps le permet. Comme notre programme n’est pas si serré nous pouvons sans problème nous laisser cette chance.

Nous passons la journée, comme tous les autres campeurs, à pianoter sur notre ordinateur, surfer sur internet et surtout profiter de recharger les batteries de tous nos appareils électroniques. Cette journée nous a au moins permis de rattraper un peu le retard dans la rédaction des articles et nous avons même pu mettre en ligne quelques photos du Myanmar sur la blog ! Haaa ces photos de temples dorés nous réchauffent le cœur en cette journée pluvieuse. Après cette longue journée, nous nous ferons virer de la taverne à 21h.

Le lendemain, un rapide coup d’œil à la vitre nous rassure. Miracle, la météo s’annonce au beau-fixe. Un message de confirmation plus tard, nous arrivons à la ferme d’Elfi et son mari. Elle est allemande, lui kiwi, elle est venue en tant que touriste et n’est jamais repartie. Aujourd’hui ils gèrent une exploitation avec vraiment beaucoup de moutons et de vaches (désolé on n’a pas retenu les chiffres). Les troupeaux ici sont gigantesques, ils n’en vivent pas autrement. Ils possèdent une dizaine de chevaux, deux lamas, deux chiens de bergers hyperactifs et un gros molosse gentil. Emma avait repéré sur le site internet la présence de deux grands, très grands chevaux. Un Shire et un Clydesdale, les deux plus grandes races de chevaux au monde. Depuis toute petite elle rêve de monter un jour sur le dos d’un de ces gentils monstres. Le rêve est exaucé, sa monture du jour se nomme Beau et pèse près de 800kg. Ses sabots sont juste énormes, sa tête aussi, ça la change de sa petite Midway et son micro gabarit de Franche-Montagne. David lui monte un petit cheval arabe du nom de Amyr.
Nous avons choisi de faire une balade entre pâturages et mer d’environ 3h30.
Nous sommes juste avec Elfi et Hasting, un ancien cheval de course retraité qui a une bonne cadence et les deux chiens de berges. Ces derniers sont montés sur pile et doivent avoir couru l’équivalent d’un marathon pendant toute la virée. Avant d’arriver sur la plage nous devons traverser une rivière et, avec les fortes pluies de ces derniers jours le courant est fort et l’eau assez haute. Un des deux chiens n’arrive pas à traverser et nous devons faire un petit détour pour trouver un autre passage accessible pour toute notre petite troupe. Nous arrivons ensuite sur la très belle et longue plage de sable d’Orepuki.
Là, c’est le moment du galop. David maitrisant bien sa monture tente aussi un petit galop énergique. Emma fera plusieurs galops successifs avec Beau. Sa puissance est vraiment unique. Le souci, il n’aime pas rester tout seul devant et fait quelques petits demi-tours brusques quand il ne voit plus les copains. Comme toujours la sensation de galoper, qui plus est sur une plage, est incroyable.

Comme nous le disions déjà en Mongolie, la pluie aime bien s’inviter lors de nos sorties équestres. Nous voyons, au loin, le rideau gris s’approcher. Bien équipés nous continuons et nous ne serons même pas si mouillés. Nous avons dû forcer un peu l’allure sur le retour au bord de la plage car la marée montait, les vagues venaient caresser les sabots et le sable avait fait place aux galets. Les chevaux savent qu’ils peuvent vite s’enfoncer dans ce terrain meuble. Le cheval d’Emma a fait une petite variante en fonçant tête baissée sur le talus herbeux, malheureusement très friable. Plus de peur que de mal mais essayer de raisonner une bête avec cette force était quelque peu tendu. Surtout que les jambes d’Emma ne faisaient pas vraiment le tour de ses flancs donc les coups de talons n’avaient pas grand effet.
C’est bien fourbus mais très heureux que nous avons mis pied à terre sous le soleil !

Invercargill
Notre route nous a ensuite emmenés dans la ville d’Invercargill, une des villes les plus au sud du monde. Elle est très semblable aux nombreuses autres villes néo-zélandaises avec sa rue principale bordée de magasins. Ici, les bâtiments avec leur architecture victorienne sont en meilleur état et plus jolis qu’habituellement.
Ce sont des pionniers écossais qui, après s’être installés à Dunedin à une centaine de kilomètres de là, décident de fonder cette ville. L’architecte a créé un plan des rues sur un carré d’un mile sur un mile avec de très larges rues au nom de rivières écossaises. Très vite les importations de laine, de viande puis de charbon dès le 20e siècle en font une cité prospère. Les grands bâtiments commerciaux et les imposantes églises en pierre attestent de ce passé. Nous avons surtout profité d’un café sympa pour manger une petite glace dont ils ont le secret. Les villes ne nous ont jamais tellement attiré en Nouvelle-Zélande mais ici l’ambiance est très sympa et l’accueil chaleureux.

Nous passons dans une attraction toute particulière aux confins de la ville nommée Demolition World. Depuis plusieurs années, l’entreprise de démolition familiale, reconstruit patiemment un village très spécial. Au lieu de démolir les anciens bâtiments voués à finir en gravats, la famille les retape grossièrement et les dispose dans son grand terrain en mettant en scène de grands mannequins de magasins de toutes époques. L’effet est saisissant, on passe dans différentes époques et décors un peu loufoques et flippants. C’est le paradis des collectionneurs !

Bluff
Le périple continue encore et toujours plus vers le Sud. Nous voici à Bluff, la ville la plus au sud de la Nouvelle-Zélande continentale (l’île de Stewart se situe au sud de Bluff). La route, SH1 commence dans l’île du nord au Cape Reinga et se termine ici, 2'200 km plus loin. Autant le Cap Reinga nous avait charmé, Bluff nous a déçu.

Un point de vue permet d’embrasser le paysage à 360°. Au sud la vue s’étend sur l’île de Stewart et en premier plan, sur une langue de terre, la haute cheminée (137 mètres) d’une fonderie d’aluminium. Cette horreur consomme un tiers de l’électricité produite dans l’île du sud et 15% de la production nationale. Le pire, la production d’aluminium qui en résulte est importée en Australie. De l’autre côté nous apercevons aussi une dense forêt native.
La météo, est, on l’accorde, pas au beau fixe pour faire ressortir les couleurs de la baie. Le ciel menace.
Nous redescendons ensuite pour déguster un plat de fruit de mer dans un petit restaurant local. Malheureusement ils ne servent pas les fameuses huîtres plates de Bluff, les meilleurs du monde comme ils disent. Le plateau de fruit de mer, est…. frit ! Tout est croustillant, de la moule, au crabe, à la St-Jacques… un pavé de saumon est épargné et reste le meilleur que l’on ait mangé de toute notre vie. Même si ce n’est pas le plat le plus diététique, il est toutefois excellent. La friture est bonne et les aliments sont frais et de qualité.

Nous partons ensuite dans une petite marche digestive bien méritée débutant au Stirling Point le fameux panneau qui indique à quel point on est loin de chez nous, même avec des distance calculées à vol d’oiseau. Ici, c’est simple, après l’île de Stewart, c’est l’Antarctique !
Cette ville toute particulière entre ses gros bateaux à containers, sa fonderie, ses bunkers cachés dans la forêt pour parer les attaques de la seconde Guerre Mondiale n’ont vraiment pas le charme du Cape Reinga et ses légendes maories.
On croise les doigts pour que les nuages de pluie ne nous suivent pas dans les fiords de l’ouest !

Balade en cheval

Mars
16
2018

Qui a ajouté un filtre de couleur sur ce lac ?

Lac Tekapo - 48'599 km - J 277

Lac Tekapo et lac Pukaki
Fini la mer, nous mettons le cap sur les Alpes du Sud et surtout ses grands lacs.
Le lac Tekapo est le plus connu et le plus haut du pays. Avant d’arriver à destination le paysage change considérablement. Les vertes prairies ont fait place aux tussocks jaunes (des sortes de petits buissons avec de longues tiges) dans une large plaine bordée de hautes montagnes. A nouveau les habitations se font rares, la route trace son chemin en ligne droite, on se croirait dans l’ouest américain. A l’approche du village éponyme bordant le lac Tekapo, nous sommes surpris par le nombre de touristes (asiatiques). Et oui, le lac d’un bleu turquoise attire une foule immense. D’ailleurs les cars s’arrêtent tous devant la petite église en pierre bordant l’eau. La chapelle est charmante et sa baie vitrée donnant sur les flots donnerait envie à n’importe qui de venir aux offices du dimanche mais l’afflux de touristes nous fait vite déguerpir.

Nous prenons un peu de hauteur pour admirer le paysage. Un sentier monte jusqu’à l’observatoire du Mont John. La ballade est magnifique et les quelques kilomètres pour y parvenir sont vite avalés. La chance est de notre côté et nous avons une vue parfaitement dégagées sur toutes les chaînes de montagnes aux alentours. Bien sûr nous sommes moins impressionnés que les (encore eux) très nombreux touristes asiatiques montés en voiture par ce paysage bucolique. La combinaison : montagnes + lac + nature intouchée est assez typique de la Suisse mais ici les dimensions sont toutes autres et nous fascine néanmoins.

Après la marche, David tente la baignade dans le lac. Son aller-retour jusqu’à un ponton à la vitesse grand V ne suffit pas, il revient frigorifié. L’eau ne doit pas dépasser 12°C… Heureusement le soleil éclatant l’a vite réchauffé. Pour Emma, ça sera uniquement un bain de pied tout autant glacé mais bon pour la circulation.

Nous roulerons quelques kilomètres supplémentaires pour dormir dans un très grand camping aux abords direct du lac Pukaki, le grand frère du lac Tekapo. De notre place nous avons une vue plongeante sur le Mont Cook, la plus haute montagne de Nouvelle-Zélande avec ses 3’754 mètres d’altitude. La soirée est étonnamment chaude (pour une fois on enlève plus de couches qu’on n’en rajoute habituellement) et nous dégustons un pavé de saumon frais du lac acheté sur le chemin.

La région est réputée pour son ciel étoilé particulièrement pur – aucune pollution lumineuse ne vient entraver la contemplation des astres. Le hic, les centaines des camping-cars qui laissent leurs lumières allumées … nous polluent la vue. David tentera vainement de prendre quelques photos du ciel mais sans trépied, la tâche est quasi impossible. Nous filons vite au lit car une grande journée nous attend le lendemain !


Mont Cook
Après une randonnée d’échauffement au Lac Tekapo, nous entamons une nouvelle journée de trekking.

C’est avant le lever du soleil que nous réglons notre réveil pour débuter cette nouvelle journée. Nous programmons une longue marche de cinq à six heures et il faut encore faire quelques kilomètres pour atteindre le point de départ. C’est donc avec la lumière de l’aube que nous longeons le lac Pukaki avec comme point de mire le Mont Cook. Les couleurs sont tout simplement magiques avec l’orange matinal et le bleu turquoise du lac. Par chance nous verrons même le sommet se dégager un court moment !

Après 60 kilomètres, nous arrivons au pied du glacier du Mont Cook. Avant l’arrivée des européens, ce sommet était nommé Aoraki par les Ngai Tahu ce qui signifie « Perceur de nuages ». On vous le dit tout de suite, pour nous, il n’a jamais vraiment percé les nuages après le lever du soleil. C’est peut-être parce qu’il a perdu 10 mètres en 1991 suite à un éboulement ?!?
Selon la légende chez les Ngai Tahu, une tribu locale, les Alpes du Sud commencent avec Aoraki et ses 3 frères, les fils de Rakiinui (Ciel paternel) et Papatuanuku (Terre maternelle). A la création du monde, après la séparation du Ciel et de la Terre, les quatre frères décidèrent d’aller explorer ce nouveau monde avec leur waka (pirogue). Mais lors d’une terrible tempête, leur embarcation a fait naufrage et ils se réfugièrent rapidement sur la partie émergée de la pirogue retournée. Le vent glacial venu du sud fige les quatre frères tous regroupés d’un côté pour l’éternité. C’est ainsi que la pirogue forma l’île du Sud (Te Waka Aoraki) et les quatre frères les Alpes.
L’objectif de la journée n’est pas de gravir le glacier du Mt Cook, réservé uniquement aux alpinistes chevronnés pour une longue ascension non sans danger. Nous visons la cabane nommée « Mueller Hut », à 1'800 mètres d’altitude, ce qui correspond déjà à une ascension de 1'040 mètres.
Nous nous équipons comme pour une randonnée de trois jours, les sacs remplis d’eau, de barres de céréales, de sandwiches, des habits de pluie, des coupe-vent, de bonnets et de gants, de couches de pull, etc. On est parés, c’est parti !

La première partie, jusqu’à un point de vue du nom de Sealy Tarns à mi-parcours (1’250m), est un exercice avancé d’un cours de « step ». Pour l’atteindre, il faut monter les 2'200 marches à travers la paroi de buissons bas. C’est long, très long mais après une heure, nous y arrivons.

Le seconde partie, c’est la même distance que ce que l’on vient de parcourir. On se dit qu’en une heure c’est faisable (enfin surtout David, Emma elle maudit encore les marches). Mais la randonnée se transforme vite en un cauchemar ; la pente est en ligne droite (ils ne connaissent pas les parcours en lacets comme dans les alpes suisses ces néo-zélandais ???) dans un terrain boueux puis sur des cailloux glissants. Ensuite nous devons escalader d’énormes rochers (surement tombés lors d’un éboulement récent). On avance pas après pas, en faisant très attention où nous mettons les pieds. Chaque faux mouvement peut nous faire dégringoler en bas de la montagne. Nous lançons quelques coups d’œil rapides pour voir le paysage en contrebas mais surtout pas le sommet de la crête qui ne semble jamais se rapprocher.
Après deux heures dans ce calvaire alpin, nous atteignons enfin la crête mais nous ne sommes pas encore à la fameuse « Mueller Hut ». Réalistes, nous constatons rapidement que de l’autre côté, la tempête arrive. Le ciel est noir, le vent se lève, le glacier en face de nous se couvre de brume et le rideau de pluie a atteint l’autre côté de la montagne. Le Mont Cook est aux abonnés absents.
A peine le temps de récupérer notre souffle, de prendre quelques photos du paysage magnifique avec les langues de glace accrochées à la paroi en face que nous redescendons fissa. Et oui, nous abandonnons l’idée de parcourir les derniers 800 mètres jusqu’à la cabane. C’est sûr que la vue par temps ensoleillée ça doit être grandiose ; du côté par lequel nous avons escaladé, le paysage s’étend jusque dans la vallée et le lac et de l’autre s’élève le glacier Mueller, le Mont Cook et les autres sommets enneigés.

La descente se fait en mode sportif, le plus rapidement possible et est accompagné d’un fort vent pluvieux. Emma n’a même pas le temps de réfléchir à comment poser son pied sur ces cailloux qui dégringolent au moindre faux-pas. A mi-parcours, nous mangeons quand même notre pique-nique à moitié accroupis dans un buisson pour nous protéger de la pluie et du vent. Il nous reste encore les 2'200 marches à descendre. C’est un effort physique épouvantable et après plus de 3h30 de randonnée, les dernières 500 marches restantes sont un supplice pour les genoux et les jambes qui n’arrêtent pas de trembler… De plus, de fortes rafales nous poussent et nous devons nous accroupir pour ne pas finir emportés en bas de la falaise plus rapidement que nécessaire.

Arrivés 5h15 après notre heure de départ, 4h11 d’effort physique et l’équivalant d’avoir monté et descendu un immeuble de 200 étages que nous retrouvons le parking et Edgar. Au final nous n’aurons pas marché 6 à 8h comme les panneaux l’indiquait (enfin on a lu toutes les heures possibles et inimaginables pour monter à cette cabane… sur ce coup on ne pouvait pas faire confiance aux prévisions).
Nos batteries d’énergie sont vides et nous nous empressons de retourner à un camping pour les recharger. Cette randonnée aura été un beau challenge mais n’est définitivement pas du goût d’Emma qui déteste désormais les escaliers et surtout les montées en ligne droite dans des pierriers glissants. David lui aura aimé le défi sportif mais son grand âge ne lui permet plus de gambader aussi vite qu’un cabri.
Pour terminer en beauté nous pensions prendre une douche chaude bien méritée dans l’abri public. Pour 2$, nous avons eu droit à un mix entre eau bouillante ou glacée pour 5 minutes. Nous n’avons pas été délassés mais nous sortons néanmoins propres après cette journée bien remplie.
On se réjouit d’avance des courbatures !

Après cette longue journée nous avons trouvé un endroit charmant pour passer la nuit. Une belle forêt de grands pins avec le sol tapissé d’épines moelleuses et des champignons géants. Après un rapide coup d’œil, on réalise que ces magnifiques champis sont des amanites, on ne se fera pas un petit souper avec… L’endroit est parfait pour accrocher notre hamac et faire une sieste bien méritée. Cela suffit pour recharger nos batteries et nous pouvons ensuite nous lancer dans une partie endiablée de Kube avec des pives gigantesques ! David est prêt pour les championnats du monde. L’endroit est si tranquille que les oiseaux viennent nous narguer et voler très près de nous par simple curiosité.

Le grand hic de cette nuit fut la chute incessante des aiguilles de pins et de pives sur le toit d’Edgar. Tous les bruits sont amplifiés et la nuit ne fut pas si reposante. Emma qui adore le bruit de la pluie la nuit, n’est définitivement pas fan de l’incessante chute des aiguilles de pins. La prochaine fois on fera plus attention avant de se garer sous les sapins ;).

Nous quittons les Alpes pour nous diriger vers le sud et sur la route nous devons passer par un petit col ; le Lindis Pass. D’un coup la végétation devient toute jaune, plus rien ne pousse plus haut que quelques centimètres et les collines sont impressionnantes. La vue lunaire est magnifique surtout qu’elle n’est visible que sur quelques kilomètres. Très vite nous retrouvons les pâturages verts et les moutons.

Sur notre route, nous traverserons les villes de Géraldine. Petit clin d’œil pour celles qui se reconnaîtront.

Résumé Kaikoura et les Alpes du Sud :
  • Jours : 8
  • Kilomètres parcourus : 1'031 km
  • Marche sur sentiers balisés : 32,7 km en 9h21
  • Nombre de douches chaudes : 3
  • Course à pied : 5,2km pour 30 minutes

Mont Cook

Mars
12
2018

Au tour du Sud maintenant !

Kaikoura - 47'780 km - J 273

Un peu fatigués par l’attente puis la traversée un peu mouvementée en ferry (mais néanmoins magnifique) nous débarquons à Picton à la nuit tombée. Un peu stressés par le nombre de camping-cars et autres vans débarquant avec nous, nous visons un camping gratuit pas trop proche de la ville histoire d’avoir une place. Et oui, on lit que sur les nombreux emplacements aux alentours le nombre de véhicules dépasse largement la capacité maximum. On préfèrerait éviter l’amende à 200$...
On est finalement contents d’avoir fait quelques kilomètres supplémentaires car même après cette heure de route le camping est presque plein. David a, par chance, évité d’écraser un opossum ou un lièvre, chose si courante ici. Le matin les routes sont de vrais cimetières.
Notre premier vrai objectif est la ville de Kaikoura. Nous mettrons deux jours pour y arriver et surtout nous prenons notre temps. Heureusement pour nous la route principale, la SH1 en gros travaux depuis le tremblement de terre de 2016 est ouverte. Nous évitons le détour de 400 km par les terres.

Kaikoura
Kaikoura est mondialement connue et reconnue pour sa baie qui regorge d’une faune marine particulièrement riche. Ici le tourisme est axé sur les rencontres avec les phoques à fourrure, les dauphins Dusky, les albatros et les baleines. Les tours font tous envie. On peut nager avec les phoques ou avec plus de 200 dauphins, voir les baleines depuis la mer ou encore les airs. Après une intense réflexion autour d’une glace nous décidons finalement d’innover. C’est par les airs que nous décidons d’aller voir les baleines !
Une offre alléchante sur le site internet de Bookme nous a surtout convaincu. Ni une ni deux nous réservons notre vol de 40 minutes pour lundi matin.

La ville se situe sur une péninsule, de part et d’autre d’une colline. Il y a des milliers d’années cet endroit était une île mais les montagnes avoisinantes (pouvant culminer à plus de 2600m d’altitude) ont fait dévaler une telle quantité de roches que le bras de mer a été comblé et la péninsule a ainsi été formée.

Dimanche, nous partons à l’assaut de la randonnée qui fait justement le tour de cette péninsule, au programme environ 13 km de marche nous attendent sous un ciel radieux. Nous commençons par longer la rive nord où l’eau turquoise prend d’assaut les berges calcaires de la côte. A l’époque des premiers colons, nombre de bateaux ont été pris au piège. Les premiers pontons ont été construits vers 1843 et la pêche à la baleine a pris tout son essor. D’ailleurs le premier colon a avoir mis en place cette industrie, M. Fyff, a bâti sa maison sur des ossements de cétacés !
Après 45 minutes de marche nous atteignons une colonie de phoques à fourrure. On en croise même un sur un ponton tout près du parking, l’œil a peine ouvert lorsque nous le prenons en photo. Les touristes, il en a l’habitude celui-là !
Cette fois-ci nous devons moins escalader de rochers qu’à Wellington pour observer ces patapoufs. Nous avons même le loisir de voir de très jeunes phoques s’amuser comme des fous dans une petite piscine naturelle. Certains nous jettent quelques coups d’œil curieux mais ils ne semblent pas trop dérangés par l petite dizaine de paires d’yeux qui les scrutent à l’affut de leurs singeries. Nous retournons vite près de la berge car l’eau commence à monter et nous voulons garder nos pieds au sec.
Après avoir longé la plage, le chemin serpente pour arriver en haut de la falaise. De là un panorama incroyable se présente à nous : la baie en contrebas avec son eau si bleue contraste avec les montagnes vertes qui entourent la ville. Petit plus, on peut apercevoir les quelques restes de neige sur le Mont Fyff !
Nous passons ensuite dans un vaste pâturage puis redescendons dans la baie sud de la péninsule où une seconde colonie de phoque a élu domicile. Le sentier passe finalement dans la partie habitée de la ville puis monte dans une forêt de pins et revient en direction du point de départ. Cette boucle nous aura pris presque 4h30 de marche mais avec de nombreuses pauses photo. Le vent a permis de chasser tous les nuages, nous avons pu profiter d’une journée entièrement ensoleillée et chaude. On espère avoir les mêmes conditions pour notre vol du lendemain. Ici la météo est plus clémente qu’au nord de l’île car les montagnes protègent la ville des vents chargés de pluie venant de l’ouest. Seul le vent arctique refroidit passablement l’air.

Notre seconde nuit sera moins froide que la précédente qui nous aura littéralement gelés. Nous sommes restés dans le seul endroit gratuit de camping situé sur une plage réputée pour le surf mais battue par de vents tempétueux et nous n’avons plus du tout l’habitude des températures avoisinant les 10°C !
Après notre marche nous avons savouré une bonne bière locale et mijoté un bon petit souper avant de nous émerveiller encore et toujours des nuits étoilées magnifiques et nous endormir, bercés par le bruit des vagues à quelques mètres de nous.

Nous avons eu la chance de voir les deux levers de soleil sur la mer (et oui ici c’est plus facile qu’au Myanmar ou en Indonésie), pas besoin de se lever à 4h du matin : 7h13 c’est juste parfait. Nous pouvons donc valider notre défi de la huit de carreau. Nous avons bu notre café sur la plage devant un lever de soleil !

Lundi matin nous avons rendez-vous à 8h45 à l’aéroport local. Là, le commandant de bord nous accueille et nous montre brièvement les instructions de sécurité. Juste le temps de crocher le gilet de sauvetage à la taille et nous voici assis dans un petit avion. Nous serons quatre touristes, un couple de jeunes hollandais et nous, ainsi que le pilote et son copilote.
Les casques sont sur nos oreilles et l’avion décolle en quelques secondes. Le paysage est à couper le souffle. Très vite nous planons au-dessus de la baie et là, nous apercevons la première baleine, ou plus exactement un cachalot, spermwhale en anglais. Nous pouvons voir cette majestueuse créature nager et souffler l’air par son évent. Le pilote tourne au-dessus de l’animal pour que nous puissions pleinement profiter de la vue. Les changements de cap brusques font gargouiller l’estomac mais notre cerveau a trop à faire pour se soucier de ce problème. La baleine restera assez longtemps à la surface puis plongera dans les profondeurs. Celles-ci peuvent plonger jusqu’à cinquante minutes puis remonter une vingtaine de minutes maximum à la surface. Depuis les airs, nous nous rendons réellement compte de leur grandeur. Nous voyons les bateaux se rapprocher mais malheureusement pour certains l’arrivée coïncide juste avec le plongeon de la bête.
Ça nous rappelle que trop bien notre voyage en Islande avec le tour en bateau pour observer les baleines. En effet nous étions frustrés de n’apercevoir qu’un dos ou une nageoire au dernier moment (et en plus Emma était malade comme un chien).
C’est pour ces raisons que nous avons opté pour une « chasse à la baleine » par les airs ici et nous pouvons dire que nous ne regrettons absolument pas notre choix. Nous verrons au total trois baleines que nous avons eu le loisir de détailler pendant de longues minutes. Nous verrons plus brièvement une humpback whale et quelques dauphins. L’avantage de survoler la baie est que nous volons rapidement d’un point à un autre contrairement au bateau qui ont toujours un temps de retard après avoir reçu les coordonnées GPS fournis par l’avion. Bien-sûr des moments comme ça sont toujours trop rapides mais nous aurons profité de chaque secondes.
A la fin le pilote a fait un tour de la péninsule nous permettant de revoir le trajet parcouru le jour d’avant, les couleurs étaient toujours aussi époustouflantes.
C’est l’estomac finalement un peu secoué mais comblés que nous avons atterri une quarantaine de minutes plus tard. Cette expérience valait vraiment la peine !

A peine remontés dans Edgar, lors d’un arrêt obligé suite aux travaux, nous avons la bonne surprise de voir un grand groupe de dauphins faire des acrobaties à une centaine de mètres de la côte. Par chance nous sommes arrêtés assez longtemps pour les contempler depuis la route. Nous en verrons même un second groupe quelques kilomètres plus loin.

Nous continuons ensuite la route en direction de Christchurch, notre prochaine destination. La route s’enfonce dans les terres et le paysage ressemble énormément à la Suisse. Sur cette route déserte nous avons vraiment l’impression de conduire à l’envers. Nous traversons des champs moins verts que sur l’île du nord mais avec des moutons et des vaches çà et là, quelques bosquets de sapins et surtout très peu d’habitations à l’horizon.

Christchurch
Une fois aux abords de la ville nous nous dirigeons vers la Willowbank Reserve Experience. Il s’agit d’une réserve regroupant des animaux natifs de Nouvelle-Zélande et ceux ramenés par les premiers colons. Nous y allons surtout pour – enfin – voir des kiwis ! Belle surprise le zoo est très bien fait et nous faisons connaissance avec de nombreux animaux inconnus jusqu’à lors tels que des kakas, des perroquets vivant dans les montagnes de l’île du Sud (kaka signifie perroquet en maori) ainsi que de gigantesques anguilles d’eau douce nourries à la petite cuillère. Elles font carrément peur avec leur bouche grande ouverte !
Les kiwis, vivant principalement la nuit, sont gardés dans des enclos à part et gardés le jour dans une semi-obscurité. Il est très difficile au début de les voir car il fait quand même très sombre mais après quelques instants nous pouvons les observer. Emma en repérera 4 sur 5 ! Ces oiseaux sont vraiment très particuliers et surtout en voie d’extinction à l’état naturel.
Le pays prend très à cœur de les protéger et dans de très grandes zones on a pu voir fleurir les panneaux « interdits aux chiens » (car ils peuver tuer les kiwis en leur faisant peur) et des trappes à rats et à opossum dans chaque forêt. Le kiwi est l’emblème et le nom des habitants ici, ça ne rigole pas avec ces petites boules de plumes juchées sur deux pattes avec de minuscules ailes et pondant des œufs énormes. On est devenus presque incollable sur les kiwis !

Cette journée incroyable s’achève sur le port de la petite ville de Lyttelton à quelques kilomètres de Christchurch avec des souvenirs pleins la tête. Nous ne prendrons finalement pas le temps de visiter la ville de Christchurch qui doit être intéressante et en constante mutation, surtout après le très grand tremblement de terre de 2011.

#défiHuitdeCarreau : vivre un lever de soleil sur la mer avec un café

La chasse à la baleine commence !

Mars
06
2018

Un anniversaire à Windy Welly

Wellington - 47'568 km - J 267

Nous sommes le 6 mars et c’est l’anniversaire d’Emma ! Elle souffle ses 27 bougies aujourd’hui et comme cadeau elle a choisi de rendre une petite visite à une colonie de phoques.
Nous avions lu qu’un groupe de phoques à fourrure logeait à une cinquantaine de kilomètres de Wellington. L’endroit est assez perdu et tant mieux, on ne croise pas grand monde uniquement beaucoup de moutons. Après un petit sentier balisé, nous nous retrouvons à escalader quelques rochers. Et là, surprise, on aperçoit les premières silhouettes à plusieurs mètres de nous. Trop occupés à regarder au loin nous ne réalisons pas qu’un phoque est couché à deux pas de nos pieds juste derrière un rocher. En fait ils sont partout ! Plus on regarde et plus on en aperçoit. La plupart sont couchés telles de grosses limaces – dixit les petits cousins d’Emma. Certains prennent peur en nous voyant ou nous sentant et retournent fissa à l’eau. Les voir batifoler dans la mer est magique, ils sont aussi gracieux dans l’eau que patauds sur la terre. En parlant d’odeur on peut dire que l’expression « sentir le phoque » est tout à fait correcte. On apprend vite à repérer les animaux par l’odeur plutôt qu’à la vue.
Après avoir admiré ces animaux sauvages de tout notre soûl, c’est pressés par les nuages gris que nous rebroussons chemin. Et oui nous n’échapperons pas à une bruine qui a le pouvoir de tremper nos habits. Heureusement nous devenons prévenants et nous ne sortons jamais sans un imper !

Après avoir parqué Edgar dans le seul endroit gratuit de la ville (le parking bondé de la Marina), nous nous préparons et essayons de nous faire « beaux ». Notre garde-robe restreinte ne permet pas un grand choix avouons-le. Direction la Cuba street LA rue branchée de Wellington.
Les petites brasseries pullulent ici, on a l’embarras du choix et c’est l’endroit rêvé pour déguster de bonnes bières artisanales. Le seul hic est le prix… se rapprochant du prix suisse, le dépassant même parfois. Ça calme un peu nos ardeurs.
En ce jour de fête, nous soupons dans un très bon restaurant argentin nommé El Matador (clin d’œil aux copains actuellement en Argentine et surtout petit coup de blues de notre séjour là-bas en 2015 pour rendre visite à nos copains).
David offre le souper à Emma alors on s’autorise le biffe de chorizo, un vrai bon bout de viande parfaitement cuit au brasero accompagné d’un verre de rouge argentin – un cafayate, un bon souvenir. Que demander de plus ? Miam on en salive encore rien que d’y repenser. David se réjouit déjà de son anniversaire pour re-manger un steak. Il faut dire qu’on a un peu viré végétariens avec Edgar et ça ne plaît pas toujours à tout le monde…
Emma regrettera toutefois de ne pas avoir pu souffler ses bougies sur le traditionnel St-Honoré de chez Reuli avec ses proches… Elle se rattrapera à son retour !

La nuit aura été épique sur ce parking ouvert au vent. La ville est connue pour être une des plus venteuses du monde. La tempête a fait rage et Edgar a encore eu du boulot pour rester ses quatre roues. Le matin ce n’est pas facile de se motiver à sortir car la pluie et le vent ne s’arrêtent pas.
Nous bravons quand même la tempête pour prendre le bus et aller visiter le musée Te Papa. C’est un complexe gigantesque et qui regorge d’expos toutes plus intéressantes les unes que les autres (et gratuit) ! Nous ne sommes pas seuls et nous visitons l’expo sur la bataille de Gallipoli. La particularité ici est la reconstitution de soldats plus vrais que nature de taille monumentale et des décors digne d’un film. Pour cause, Sir Peter Jackson (le réalisateur du Seigneur des Anneaux) a mis en place cette expo avec les mêmes studios que pour les aventures de Frodon. On apprend tout de cette bataille de la Première Guerre Mondiale et de l’affrontement entre les troupes néo-zélandaises et australiennes contre les turcs en vue de la prise de Constantinople. La visite est très prenante et ferait s’intéresser n’importe qui n’aimant pas les musées au sujet. C’est passablement ému que nous ressortons et découvrons l’immensité du musée. Pour en savoir plus ou voir quelques exemples des décors c’est ici : www.gallipoli.tepapa.govt.nz.

Nous ferons un saut dans la partie sur les séismes et testerons le simulateur, nous passerons dans la partie d’histoire naturelle et verrons le plus grand spécimen de calamar géant du monde ! Le bébé pèse pas loin de 350 kg et mesure 3,50 mètres. On peut l’admirer sans son nouveau bocal de formol…
Après tout ça il est temps d’affronter la pluie (et oui encore, ça n’a pas arrêté) et d’aller boire un café puis une bière en ville et profiter d’un peu de wifi pour répondre aux nombreux messages reçus par Emma (merci encore à tous !!!).


Le lendemain nous avons rendez-vous avec le ferry, et oui l’aventure sur l’île du Sud débute. L’automne approche ici et nous voulons profiter un peu avant que les températures ne descendent trop.
Résumé Waikato / Taranaki / Welligton ou le bas du pays :
  • Jours : 13
  • Kilomètres parcourus : 1'372 km
  • Marche sur sentiers balisés : 16 km en 5h15
  • Nombre de douches chaudes : 3
  • Heures de surf : env. 8h sur 3 jours

Emma et ses amis les phoques

Mars
04
2018

Le Mont Fuji des Kiwis

Taranaki - 46'364 km - J 265

Forgotten World Highway
Après ces quelques jours de surf, nous continuons en direction du sud du pays. Le prochain objectif sportif, une randonnée sur le mont Taranaki. Pour arriver dans cette région, depuis Hamilton, le chemin le plus fréquent est de longer la côte jusqu’à la ville de New Plymouth. Comme vous le savez, nous n’aimons pas faire comme tout le monde et on décide de suivre la « Forgotten World Highway » qu’on peut traduire par « la route du monde oublié ».
Longue de plus de 150 kilomètres, elle traverse les montagnes et les vallons d’un vert surprenant. Ici, il n’y a pas âme qui vive ou alors très peu. On compte une maison tous les vingt kilomètres, un café au milieu du trajet et aucune station essence ou épicerie.
Ça monte, ça descend, on s’arrête, on prend des photos. A chaque sommet de collines, les paysages sont splendides. Certains tronçons de route se sont effondrés et d’autres sont en gravier. Des panneaux informatifs parsèment le chemin pour les sites d’intérêts. Nous ferons une courte marche à mi-parcours pour découvrir la chute du Mont Damper, la plus haute de l’île du Nord mais qui ressemble à la « Pissevache » valaisanne. Nous ferons L’arrêt touristique et dînerons à Whangamomona.

Whangamomona n’est pas uniquement un village de 30 habitants mais une République auto-proclamée indépendante depuis 1989 après un désaccord avec les bureaux locaux qui souhaitaient fusionner deux régions.
Chaque année le jour de la République est célébré et attire de nombreux touristes. Des activités telles que le lancer de bottes en caoutchouc ou le bain avec les anguilles y sont organisées. Qui dit République, dit nouveau pays visité. Nous irons donc faire tamponner nos passeports dans l’unique café-hôtel de la ville qui produit aussi sa propre bière. Une autre particularité est que l’équipe de rugby est la seule du pays à pouvoir porter le maillot entièrement noir.
Nous vous recommandons fortement de lire l’article Wikipédia de cette loufoque république et surtout sa liste de présidents ou sur le site plus complet en anglais de Backpacker Guide. Petit avant-goût, les animaux ne sont plus éligibles depuis Tai le caniche.

Mont Taranaki
Après cette longue journée, nous passerons la nuit au pied du Mont Taranaki, proche de la ville de Statford. Ce volcan a une forme conique parfaite (comme ceux qu’on dessine étant enfant) et il est possible d’y accéder par plusieurs petites villes tout autour de lui. Il est entouré à l’ouest et au sud par la mer de Tasman et à l’est et au nord par le fleuve Whanganui et une large plaine de pâturages.

Selon la légende, les dieux des montagnes, Te Maunga O Taranaki et Tongariro, étaient épris de la montagne voisine Pihanga avec son ravissant manteau de verte forêt. Profitant de l’absence de Tongariro qui avait les faveurs de la belle, Taranaki fit des aveux brûlants. Un duel s’ensuivit entre les dieux qui secouèrent la terre et crachèrent leur colère noire qui obscurcit le ciel. Tongariro, plus petit en hauteur, gagna le combat et les faveurs de Pihanga.
Taranaki, ivre de douleur et de colère s’arracha à sa terre natale en se dirigea vers le soleil couchant. Dans sa course, il creusa la rivière Whanganui qui sera une barrière naturelle et spirituelle contre son ennemi. Quand le volcan se couvre de brouillard et de crachin, c’est pour cacher ses pleurs de son amour (source : guide des Frogs).
Le matin, la météo ne semble pas à notre avantage pour la randonnée que nous avions prévu et nous trainons avec Romane, une française que nous avons rencontré la veille. On partagera notre petit déjeuner avec elle en attendant le réveil de son compagnon de voyage.
Après une hésitation et un peu de flemme, en plus le mont a l’air de pleurer sa belle aujourd’hui nous nous habillons chaudement. Finalement nous nous lançons dans une marche de 3 heures autour du volcan. Nous avons bien fait car au final, aucune goutte n’est venue nous perturber et nous aurons même la vue sur le sommet lors d’un petit moment furtif. Après deux kilomètres dans le bush et la végétation luxuriante nous atteignons le plateau où le vert est remplacé par les herbes folles d’une couleur jaune-orangée typique des lieux d’altitude. La marche est facile et nous avons une vue dégagée sur la plaine mais pas sur la mer, la pluie tombe de ce côté-là. Nous verrons même un joli lièvre gambader devant nous. Ça nous change de ceux écrasés sur le bord de la route habituellement…

Petite anecdote cinématographique, nous avons lu que, dû à sa forte ressemblance avec le Mont Fuji au Japon, certaines scènes du « Dernière Samouraï » ont été tournées ici ! C’est aussi un des rares endroits dans le monde où on peut skier et surfer le même jour en hiver.

Malheureusement, au plus grand désespoir d’Emma, nous ne verrons pas le Mont Taranaki comme sur la couverture du Lonely Planet avec son reflet dans le lac pour deux raisons ; il n’y avait pas encore de neige à son sommet et il n’a pas voulu enlever son écharpe et son bonnet de nuages.

New Plymouth et Whanganui
Le chef-lieu de la région Taranaki est New Plymouth. Cette ville a reçu le statut de la « ville la plus agréable à vivre au monde » en 2008 par LivCom. Nous y passerons une nuit et découvrirons une rue avec de sympathiques bars et restaurants pour prendre un verre. Nous irons aussi visiter le musée Puke Ariki qui retrace la formation du volcan et l’histoire de la région. N’ayant pas l’esprit pour un musée - de qualité et gratuit – nous boirons plutôt une bière sur une terrasse ensoleillée.

Notre dernière étape avant Wellington, tout au sud de l’île du nord, est la petite ville de Whanganui. Charmante, elle possède des rues très bien conservées de style colonial et elle est séparée par la rivière du même nom. Cette dernière a une forte valeur spirituelle pour les tribus maories.
Sur le versant sud est la colline Durie se dresse une tour en mémoire des combattants tombés au combat durant la Grande Guerre (14-18). Après avoir gravit ses 178 marches, une vue panoramique est offerte sur la mer, les montagnes, la ville et les plaines (mais pas le Mont qui pleure toujours).
D’ailleurs on est impressionnés par le nombre de statues et mémoriaux en l’honneur des soldats tombés lors des deux Guerres Mondiales. Chaque ville a le sien ou au moins une plaquette dans un parc. Soit en Europe on n’y fait plus attention soit il y en a beaucoup moins, mystère…

La suite se passe dans la capitale actuelle de la Nouvelle-Zélande et en plus pour un jour spécial pour Emma !

Le mont Taranaki

Février
28
2018

Attendre LA vague à Raglan

Raglan - 46'196 km - J 261

Une des villes étapes les plus connues sur l’île du nord est celle de Hamilton. Nous n’y passons qu’une nuit mais décidons de profiter de son marché des fermiers du dimanche matin. Nous avions beaucoup aimé arpenter celui d’Auckland et surtout pouvoir acheter des fruits et légumes frais à moindre prix. Fait étrange, au supermarché les prix sont doublés parfois même triplés. En semaine, nous essayons de nous arrêter sur la route dans les petites échoppes mais elles ne sont pas toujours en nombre.

Pour revenir à Hamilton, le marché n’est pas très grand mais l’ambiance est au rendez-vous : un groupe de musique de country joue, les enfants s’amusent et mangent des glaces à 10h du matin (ah oui nous ne vous avions pas dit, les néo-zélandais adorent les glaces et chaque petit magasin a son glacier attitré). Bref, nous faisons rapidement le tour des stands et achetons de quoi nous sustenter pour quelques jours. Heureusement que nous avons bien déjeuné car tout nous fait beaucoup trop envie.
Nous passons ensuite la journée comme un dimanche tranquille, en surfant sur internet et surtout décider de ce que nous allons faire pour la suite. Cette journée un peu off nous fait du bien et nous permet aussi de trier les centaines de photos du Myanmar (qui arriveront un jour sur le blog, ne vous inquiétez pas).

Cap le lendemain pour Raglan. C’est une petite bourgade connue internationalement pour le surf. Après quelques hésitations, nous décidons finalement de nous jeter à l’eau et de tester ce sport qui vend du rêve. En Indonésie, nous avions rencontré une fille qui en avait fait sur l’île de Java, nous avions déjà hésité avec Julien mais finalement nous avions plongé à Bali. Cette fille nous avait dit qu’il fallait au moins pratiquer une semaine pour se débrouiller. Son petit argument avait été la « coolitude » qui s’en suit en marchant sur la plage avec son surf sous le bras.
Les vagues de Raglan sont parfaites pour les débutants et les pros, c’est ce qui en a fait une destination appréciée de tous les surfeurs.

Distante d’une soixantaine de kilomètres de Hamilton, la ville se situe dans une large baie dans laquelle des orques viennent faire les fous jusqu’en janvier (zut, on aura loupé ça !). Les plages de surf se situent plus au sud, le long de la côte ouest.
Comme d’habitude, c’est dans la rue principale que tout se passe en Nouvelle-Zélande et ici elle se termine directement dans la mer. Les bars branchés et petits restos en font un coin sympa. Nous mangerons au « meilleur fish and chips » de Nouvelle-Zélande (ici cette appellation ne veut plus rien dire car tous les restos l’utilisent à tout va). Mais après en avoir dégusté quelques-uns nous pouvons dire que nous nous sommes régalés ! Le poisson ne peut pas être plus frais, on l’a vu être déchargé du bateau et c’est dans une grande cuisine ouverte que la famille essaie de suivre le rythme des nombreuses commandes. C’est tout simple mais efficace et les portions sont immenses. La nourriture typique néo-zélandaise est un mix entre les USA et l’Angleterre, entre hamburgers, fish & chips, pies (tartes), frites avec du bacon, glaces, etc. Tout est bon pour la ligne !

Surprise, le sable est noir et c’est la mer de Tasman qui gifle ses côtes. Après un rapide comparatif nous trouvons notre bonheur à la Surf School Raglan qui propose des offres combinées de logement et des cours de surf. Nous avons réservé pour trois jours et deux nuits chez eux. Nous pouvons donc garer ce cher Edgar dans un emplacement prévu et profiter de leurs nombreuses facilitées. Le hic : la pompe à eau est cassée ; la cuisine et les sanitaires sont à sec et hors d’usage. Nous devons donc marcher un bon petit bout de chemin tous les jours jusqu’à la partie principale du camping. Pour le prix, c’est un peu exagéré mais il n'y a pas de camping gratuit autour de la ville. C’est un peu amers que nous quitterons cet endroit car malgré leurs bons sourires et demi-vérités, les installations ne marchaient pas pendant nos trois jours là…

Enfin bon revenons au surf. Le premier matin est dédié à la théorie et un peu de pratique à « sec » puis direction la plage située à 6 km de là. Il faut redescendre la montagne car l’école et l’auberge sont situées dans une forêt bien dense sur les hauteurs. Un instructeur qui a le total look du surfeur, nous encadre, nous remontre les bases et essaye de nous « mettre dans la vague ». Après environ deux heures le verdict est sans appel : on galère !
L’après-midi est libre, nous le passerons à nous reposer, profiter du sauna et faire griller quelques saucisses pour le souper.

Le deuxième jour se passera moins bien pour Emma qui a frôlé l’amputation du 5e orteil avec la planche et qui ressentira encore des douleurs après sa mauvaise réception du jour avant sur la jambe. Nous avons réservé un forfait avec supervision c’est-à-dire que nous surfons dans un groupe et que l’instructeur s’occupe plus ou moins de nous en nous donnant quelques conseils et nous aide à prendre des vagues. David s’en sort pas si mal et arrive à se mettre debout. L’après-midi il sera le seul à re-tenter sa chance. Emma préférera soigner un peu son orteil et rester au chaud. Pas de chance aujourd’hui les nuages sont de la partie et le vent souffle fort. Il ne fait pas si chaud même avec une combinaison complète.
Après cette journée un peu maussade, Emma hésite même à continuer le dernier jour mais l’envie de tester et ne pas rester sur un échec sera plus fort !

Le troisième jour le ciel s’est dégagé, il fait beau, la mer scintille d’un vert émeraude magnifique. Nous prenons quelques vagues mais malheureusement elles ne sont pas très nombreuses. Nous passerons beaucoup de temps à nager à plat ventre sur place en attendant LA vague. Nous en avons quand même eu quelques bonnes et arrivons à tenir debout un petit moment.
Miracle, la frustration laissera même sa place au plaisir pour Emma. Parce qu’il faut le dire, le surf, ce n’est franchement pas facile et vraiment très ingrat.
En plus d’une bonne vague, il faut pagayer assez de vite pour que celle-ci ne vous aspire pas, arriver à être au sommet au bon moment, avoir assez d’équilibre pour poser un premier genou puis se lever et garder cet équilibre le temps que la vague se déroule.
En pratique c’est plus compliqué et nous avons bu de belles tasses, été propulsés tête la première dans de sacrés rouleaux, tombés dans l’eau peu profonde sur le sable bien dur ou encore été heurtés par la planche. En résumé on a été plus souvent couchés sur les planches ou la tête dans l’eau que victorieux et debout.

On comprend très vite pourquoi les surfeurs (et les surfeuses) ont un corps si athlétique… c’est vraiment physique ! Entre porter sa planche (ok les nôtres de débutants sont énormes), marcher dans l’eau peu profonde, encaisser les vagues qui arrivent en stabilisant sa planche, nager à plat ventre, se lever à la force des bras puis revenir, tomber, re-marcher, boire la tasse, encaisser 3-4 grosses vagues de suite en pleine figure et re-nager, tenter de se lever, etc…

Après cette matinée Emma a encore envie d’y retourner mais c’est malheureusement le manque de vagues et la fatigue physique qui nous fera arrêter après deux heures. Nous sommes quand même contents de cette grosse journée même si, cette-fois, c’est David qui s’est blessé en recevant son surf dans les côtes et qui s’est accroché l’orteil assez méchamment.
Une chose est sûre, nous ne pensions pas que nous pouvions autant nous blesser dans les vagues. Plus de peur que de mal pour nous mais nous redoutons déjà nos futures courbatures, ça va faire mal !

Cette expérience aura été à part et ce voyage nous permet vraiment de dépasser nos limites et tenter de nouvelles expériences. Notre seul conseil pour le surf : persévérer ! Et surtout, il faut au moins trois jours pour être un peu à l’aise mais même après ça, nous ne sommes de loin pas capables de rester debout sur un surf sur chaque vague. Continuerons-nous l’expérience ? C’est à voir !

Fini les vagues, cette fois c’est en direction d’un sacré volcan que nous nous dirigeons…

Les plus beaux surfeurs

Février
23
2018

Cap sur la pointe nord du Northland (partie II)

Cap Reinga - 45'798 km - J 256

Après avoir presque tout appris sur l’histoire d’Aoteara (le nom maori pour la Nouvelle-Zélande) et rendu visite aux raies géantes nous sommes fin prêts pour rouler aux confins du pays.

Far North
La nuit au bord de la plage fut tempétueuse mais heureusement Edgar a tenu le coup. Les 160 km jusqu’au Cape Reinga ne nous font pas peur.
La route pour aller au Far North n’est pas très intéressante, les pâturages se succèdent et les minuscules villages aussi. Il n’y a pas de station-service ni de magasin avant un certain temps.

Quelques kilomètres avant la destination la route commence sérieusement à monter et, d’un virage à l’autre nous apercevons la mer jouant à cache-cache avec les vertes collines.
Une fois sur nos pieds nous passons une arche musicale puis dévalons le sentier très bien balisé jusqu’au phare. Nous sommes tout simplement stupéfaits par la beauté du paysage que nous avons sous les yeux. En contrebas, sur la falaise se situe un phare blanc entouré d’une végétation particulière. Ici, avec les forts vents salés et les conditions sauvages, les arbres ne peuvent pas pousser comme ailleurs. Ils sont tous en format « bonzaï ».
Au-dessous, le spectacle est grandiose ; les eaux de la mer de Tasman rencontrent celles de l’océan Pacifique ce qui provoque un drôle de jacuzzi géant au milieu de l’océan. Les vagues déferlent avec force au pied des falaises.
Le paysage s’étend à perte de vue et la météo du jour offre des couleurs spectaculaires ; en face le ciel bleu se fond dans l’horizon de l’océan et à l’arrière, le ciel grondant s’engouffre dans les montagnes. Nous sommes d’accord pour dire que c’est un des plus beaux endroits que nous ayons eu l’occasion de contempler. Nous avons l’impression d’être au bout du monde, plus rien ne semble pouvoir exister au-delà.

Le lieu est particulièrement sacré pour les maoris car c’est ici que les âmes des morts s’envolent pour rejoindre leur terre d’origine appelée Hawaiki. Sur la petite plage en bas de la falaise se trouvent trois arbres penchés qui résistent tant bien que mal à cet environnement si rude. Ce sont là le dernier passage terrestre pour les âmes, une sorte de tremplin. Sur le chemin nous en apprenons davantage sur les croyances maories et ressentons cette atmosphère particulière aux endroits aussi sacrés. Cela nous rappellera l’île d’Olkhon sur le lac Baïkal et son énergie chamanique (lire notre article « Atmosphère chamanique de l’île d’Olkhon »).

Devant le phare se situe un panneau qui indique les différentes directions de certaines villes. Même si les distances sont mesurées à vol d’oiseau, nous prenons conscience à tel point nous sommes loin de chez nous.
Nous aurions pu rester là des heures à contempler ce paysage si incroyable mais le temps gronde de plus en plus. C’est à contrecœur que nous rebroussons chemin après en avoir enregistré chaque détail.

Pour retourner dans les terres du Northland, nous devons revenir sur nos pas car une seule route parcours ce « bout du monde ». Nous profitons de passer la nuit dans un camping magnifique perdu dans la cambrousse. Après une longue route en gravier, nous arrivons dans un grand pâturage bordé d’une rivière. En face un troupeau de chevaux paissent en toute tranquillité. A trois minutes à pied, une très longue plage de sable nous attend. Le sable ici est plus granuleux qu’à l’ordinaire, et, en y regardant de plus près nous voyons qu’il est composé de gros éclats de coquillages roses et dorés.
Nous en profiterons pour faire une belle marche pieds-nus dans le sable le lendemain, absolument seuls, et David réalisera le défi « courir tout nu sur la plage en criant PP est le plus gras ».
L’endroit sera si magique que nous y restons deux nuits afin de pleinement en profiter. Les tumultes de la rencontre des deux mers se fait encore ressentir, les vagues sont fortes. Nos baignades ressemblent davantage à une lutte contre les flots qu’à une brasse tranquille. Ce n’est pas grave on aime bien l’effet « machine à laver », on a l’impression d’être propres comme ça.

Sur la route du retour, nous nous arrêtons à la réserve Te Paki. Au milieu de cette nature verdoyante s’élèvent des dunes de sable blanc de plus de 300 mètres de haut. Les grimper nous rappelle notre aventure dans le désert de Gobi (article « Le désert de Gobi, mais où sont donc ces dunes ?») et l’épuisante montée. A nouveau, le sommet est très venteux, les grains de sable nous griffent les jambes et s’immiscent dans nos oreilles et nos yeux. Cette fois-ci la descente est plus facile : couchés sur le ventre sur une planche on dévale la pente à toute vitesse. Frissons garantis ! Après 3-4 montées-descentes, nous sommes exténués.

Il est possible de faire la suite de la route du retour par la plage « Ninety Mile » réputée pour sa longueur qui fait plus de 88 km (mais « seulement » 55 miles). Pour pouvoir rouler avec un véhicule sur cette plage, il faut attendre 2h après la marée basse pour que le sable ait bien le temps de durcir.
Après s’être renseignés sur les marées, on constate que ça ne correspond pas vraiment aux heures auxquelles nous voulions rouler. Mais David qui a entièrement confiance en Edgar décide d’emprunter ce chemin après seulement une demi-heure après la marée la plus haute. C’est crispés et passablement tendus que nous faisons 15 kilomètres sur du sable mou à 10 kilomètres/heure. Même avec ses 4 roues motrices, certains passages furent compliqués. On aura même une frayeur lorsqu’une vague viendra caresser les jantes. Finalement, la conduite sur sable n’a pas été aussi amusante qu’on pouvait l’espérer. C’est assez soulagés que nous remonterons vite fait sur la route dès la sortie suivante.

Waipoua Forest
Toujours sur la côte ouest, nous nous arrêtons une première fois à Koutu Boulder. A marée basse (cette fois nous sommes dans les temps) de gros rochers ronds sont visibles. Le plus grand atteint les cinq mètres d’envergure. Nous n’avons pas trop été impressionnés par ces roches qui ne sont globalement pas si incroyables. Nous aurions eu meilleur temps de prendre un panier et un couteau pour pêcher toutes les huîtres aux alentours…

Le second stop est dans la Waipoua Forest où s’élèvent les plus grands et les plus vieux kauris du monde avec une estimation à plus de 2'000 ans pour le plus ancien. Ces arbres, après les séquoias d’Amérique, sont les plus vieux feuillu encore existant dans le monde. Quand les colons britanniques les ont découverts, ils ont rachetés les terres aux Maoris et ont abattu en masse ces géants pour utiliser le bois pour la construction des mâts de leurs bateaux. A l’heure actuelle, il ne reste plus que 2% de forêt de kauris. Le site est enfin dûment protégé mais il a fallu attendre l’année 1956 pour que les anglais arrêtent de se servir de ce bois unique et daignent respecter le statut de réserve nationale établi en 1885. En 1998, la tribu Te Roroa à laquelle les pionniers ont racheté les terres obtiennent enfin une compensation et la restitution des terres auprès du tribunal de Waitangi.

Pour entrer dans la forêt il faut désinfecter et frotter ses chaussures puis marcher sur des passerelles en bois surélevées afin d’éviter de piétiner leurs fragiles racines. Malheureusement ils meurent d’une maladie transmise par les racines.

Le plus grand kauri du monde est le Tane Mahuta, Dieu de la Forêt. Il mesure 51 mètres de haut et sa circonférence de 13,77 mètres. Il serait âgé de 1'200 ans. Dans la mythologie maorie, c’est lui qui sépare la Terre-mère et le Ciel-Père.
Un peu plus loin dans la forêt nous découvrons d’autres arbres géants dont le Te Matua Ngahere, le Père de la forêt qui serait un contemporain de Jésus ! Certains évoquent même qu’il serait encore plus âgé. Ce papy n’est pas aussi grand que le précédent mais mesure tout de même 30 mètres de haut et 16.41 m de diamètre. Ces arbres sont dûment protégés avec des barrières et même avec gardien pour Tane Mahuta.
Un autre sentier qui s’enfonce profondément dans la forêt permet de se rendre compte de la richesse de celle-ci. On serpente, toujours sur une plateforme en bois, au cœur des bois. Cette fois-ci, on peut toucher le Yakas, le 7e kauri le plus grand du monde. Et, tout mysticisme mis à part c’est quand même super impressionnant de toucher un si vieil arbre.

C’est fou de se rendre compte visuellement de la taille de ces kauris car en lisant simplement les chiffres, on n’arrive pas à imaginer la grandeur. L’arbre sera de toute façon encore plus grand que vous ne pouvez l’imaginer. Tous les autres à côtés paraissent riquiqui quand vous voyez le Tane Mahuta !

L’aventure dans le Northland se termine par un passage dans la ville de Dargaville avec une bonne pizza et une super connexion wifi à la bibliothèque de la ville pour quelques Skypes. Nous reprenons pied dans la réalité après les frissons des dunes et de la forêt.
Nous aurons véritablement adoré cette région riche d’histoire et de légendes.
Cette fois c’est au sud que nous mettons le cap !



Résumé du Northland :
  • Jour : 11
  • Kilomètres parcourus : 845 km
  • Marche sur des sentiers balisés : 14 km pour 3.5h
  • Nombre de douches chaudes : 2
  • Course à pied : David 15.3 km pour 91 min / Emma 4.7 km pour 31 min
  • Nombre de plongées : 2 pour 90 min sous l’eau

#defiDuDeuxDePique : On profite des longues plages de sable en étant tous seuls pour réaliser ce défi

Phare du cap Reinga

Février
18
2018

Le Northland, l’origine d’un pays (partie I)

Waitangi - 45'230 km - J 251

« On commence par le Nord ? » « Non, il y a le cyclone Gita qui arrive… » « Bon, alors on finit par le nord ? » « Non, mes copines arrivent en fin mars, elles ne passeront sûrement pas par là… ».

Mais quand visiter le Nordland, partie la plus au nord du pays ? Le cyclone annoncé « Gita » semble repousser son passage sur les terres. Finalement, on décide de « remonter » l’île après avoir visité la péninsule de Coromandel ; c’est maintenant ou jamais. On a compris qu’avec la météo ici, rien n’était certain. On lit que la tempête ne sera pas là tout de suite. Le jour d’après que, finalement, elle ne va toucher que la côte ouest. Bref, nous décidons d’y aller et Inch’Allah.
Au final la tempête touchera le sud de l’île du nord et le nord et le nord-ouest de l’île du Sud (répétez cette phrase 10x sans vous trompez et vous aurez gagné un sugus) !

Le jour après notre visite de l’ancienne mine d’or (lire l’article sur Coromandel), nous roulons en direction du nord. Nous profitons des faires quelques dernières emplettes, en partie pour Edgar, à Auckland, passage obligé.

Après 220 kilomètres de route sous la pluie, nous arrivons à la plage de Ruakaka en même temps que le soleil. Que demander de plus qu’une journée à rouler sous la pluie et finir par un soleil rayonnant sur une plage de sable blanc ?

Côte Tutukaka
Le lendemain matin, on profite d’un café juste à côté de notre place de camping (sûrement le seul aussi de cette petite bourgade) pour avoir une connexion Internet. Au début, c’était pour Skyper et finalement, David en a profité pour regarder la débâcle du FC Bâle contre Manchester City (0-4)… Ensuite nous reprenons la route pour continuer le long de la côte est toujours en direction du nord.

Nous lisons que le meilleur spot de plongée du pays se trouve dans la région. Sans trop hésiter, nous décidons de nous arrêter à l’unique centre de plongée du coin pour nous renseigner. Mais après quelques hésitations (et oui les prix des plongées ne sont pas les même qu’en Indonésie…) nous réservons pour le lendemain. Nous trouvons un camping gratuit à seulement cinq minutes du centre pour passer la nuit. Normalement réservé pour quatre véhicules autonomes, la place de camping sera squattée par sept campeurs de plus dont une tente... Une bonne moisson pour les autorités si elles étaient venues à la chasse aux amendes.

C’est avec le sourire et la motivation que nous nous réveillons le matin pour préparer rapidement nos sandwiches du midi, notre petit-déjeuner qu’on avalera expressément dans la voiture et notre journée plongée ! Le centre est à Tutukaka (oui, les noms ne s’inventent pas ici…) après un peu de paperasse et la vérification de notre matériel nous pouvons embarquer sur le bateau avec une vingtaine d’autres passionnés des fonds marins ainsi que l’équipe de « Dive! Tutukaka » pour deux sorties en mer.

Durant la traversée entre la côte et les îles volcaniques de « Poor Knights », l’excitation augmente au fil des miles avec l’impatience de retrouver nos amis les poissons après plus de trois mois sans plonger. Les « Poor Knights Islands » sont une réserve naturelle et protégée. Le cadre est magnifique et même le commandant Cousteau a classé le lieu dans son top 10 de ses préférences (c’était une raison supplémentaire pour venir plonger).

Ici, c’est en combinaison complète et épaisse que nous allons explorer la mer, l’eau étant relativement froide. Ça nous changera des plongées en eau tropicale à presque 28°C.
Une fois descendus il nous faut un temps d’adaptation car les combinaisons changent considérablement notre flottabilité et il faut s’habituer à porter une cagoule. Heureusement, les combis sont efficaces, nous n’avons pas trop froid.
Nous retrouvons vite toutes nos sensations et nous nous émerveillons à nouveau de ce monde silencieux rempli de curiosités plus diverses les unes que les autres.
Les poissons sont différents de ceux rencontrés en Asie et les coraux ont fait place à de longues algues flottant dans le courant. C’est presque à en avoir le mal de « mer », avec les courants les longues algues défilent alors que les gros rocs de pierre ne bougent pas. L’effet est saisissant et à plusieurs reprises nous avons l’impression que c’est le contraire (comme quand on est dans le train et que c’est celui du quai d’à côté qui part). Nous découvrons aussi de très grandes éponges ainsi que de grandes cavernes à explorer.
Le site est connu comme étant le lieu d’accouplement des raies entre décembre et février. Nous verrons plusieurs raies pastenagues à longue et courte queue et des raies aigles à chaque plongée. Un moment magique nous sera offert lors d’un passage dans une grotte où trois raies y habitant nous frôlerons et nous tournerons autour. Nous verrons les plus grands spécimens de raies (malheureusement pas de raies mantas) que nous ayons jamais vus. Observer la manière dont elles se déplacent est magique. On dirait de grosses soucoupes volantes avec de gros yeux qui ressortent sur le dessus de leur corps et leurs « ailes » ondulent magnifiquement dans l’eau claire.
Ce qui distingue ce site de plongée est la présence de courants marins subtropicaux arrivant d’Asie et ramenant certaines espèces de poissons qui ne sont normalement pas censées se trouver dans des eaux si froides. Nous verrons par exemples beaucoup de murènes blanches et brunes, espèces totalement tropicales !

De retour sur le pont du bateau, Luke, le commandant, nous fera faire un grand tour des îles et nous passerons sous plusieurs arches formées dans les falaises des îles depuis des milliers d’années. Celles-ci sont juste assez étroites pour laisser passer le bateau. Nous visiterons même la plus grande grotte marine navigable du monde, nommée Rikoriko (et pas rico-rico comme Julien aime leur nourriture). Son plafond culmine à près de 35 mètres et son diamètre est immense (largeur de 80 mètres). Il paraît qu’une baleine est venue s’échouer là et que ses ossements sont visibles sous la mer. Ça doit être impressionnant de plonger là !

En fin de journée, après avoir de justesse trouvé le dernier emplacement disponible pour passer la nuit à côté d’une longue plage de sable doré. Un Kiwi en vacances nous demande si on veut un poisson qu’il a pêché ce matin et qu’il a en trop. Sans tout à fait comprendre nous acceptons (l’accent néo-zélandais est franchement pas si facile à comprendre). Le voilà qui arrive avec un énorme poisson vidé et préparé dans une poche de glace.
Nous le cuirons sur le barbecue public mis à disposition à côté de notre place de parc. Extra pour finir cette magnifique journée comme on les aime. Si on devait quand même avoir un regret, c’est que nous n’avons pas vu de dauphins qui sont régulièrement de sortie par ici (il faut bien trouver quelques points négatifs non ?!?).

Tout paradis a ses démons. Après que tout nous ait réussi le jour précédent, on se réveille envahis de fourmis. Et pas seulement une dizaine dans la corbeille de fruits et une autre dizaine dans la poubelle. Non, vraiment des milliers partout on vous dit ! Emma s’est réveillée et a vu une jolie trainée noire devant ses yeux… après avoir chaussé ses lunettes elle est sortie en trombe et a commencé la chasse. Le réveil de David n’a pas été très doux. Tous les placards, toutes les armoires et même sous les tapis à l’avant du van, aucun espace ne leur a échappé. On a passé deux heures à tout vider, jeter à contre cœur et réaliser un vrai génocide... Ils doivent avoir l’habitude ici car on a facilement trouvé un insecticide (écolo bien sûr !) dans la petite superette du coin.

Après avoir aspergé l’intérieur d’Edgar du produit meurtrier, nous nous rendons à « la piscine des sirènes » à quelques encablures à pied de notre plage. Après un peu d’escalade et une petite ballade nous voyons surgir de grands bassins creusés dans la roche par les vagues. A marée basse on peut se baigner dans l’eau emprisonnée et profiter d’une belle piscine privée parfois aspergée par les vagues plus hautes venant se fracasser sur les rochers. L’expérience en vaut la peine !

Le soir, à notre nouvel arrêt, un jeune couple d’anglais prépare des moules. A peine arrivés le gars nous montre ou c’est et nous accompagne même jusqu’aux rochers où elles y sont agrippées. Il faut faire vite la marée remonte, après un petit bain pour les cueillir et une belle casserole remplie nous tenterons d’apprendre à les préparer et les cuisiner avec le chef Google.
Bah oui, cuisiner des moules, on sait faire mais les préparer de A à Z une fois qu’elles sont pêchées c’est une autre paire de manche. Nous avons heureusement un beau couteau de pêche et nous grattons les coquilles avec vigueur. Malheureusement, seulement la moitié de notre récolte s’ouvrira durant la cuisson, faute à notre casserole trop petite et notre eau qui ne bouillait pas assez fort. La sauce au beurre à l’ail et persil d’Emma qui accompagnera l’autre moitié nous offrira toutefois un souper délicieux. En tout cas ici, on peut dire qu’on mange des produits frais !

La Baie des Îles
La suite se passe encore plus au nord à la Baie des Îles, le lieu le plus touristique de cette partie de la Nouvelle-Zélande et hautement recommandé par le frère d’Emma. C’est le berceau du début de l’histoire du pays. Les premiers Maoris ainsi que les premiers européens sont arrivés dans cette baie.
Notre visite commence du coté est avec la ville de Russell, à quelques kilomètres de la capitale historique Okiato. Elle a gardé de vieux bâtiments de style colonial. Nous nous arrêterons à la Mission Pompallier pour découvrir le quotidien des nouveaux arrivants européens. A l’époque, l’Evêque Pompallier imprimait des écrits religieux en anglais et en maori. Il fut un interlocuteur privilégié avec les natifs.
La maison faisait aussi office de tannerie. La visite guide fût intéressante.
Ensuite, une marche sur les hauteurs de Tapeka nous offre une vue imprenable à 360 degrés sur la baie. Dans certains commentaires sur le point de vue, des dauphins et même des orques auraient été observés. Pour nous, toujours aucun mammifère marin néo-zélandais… David commence à désespérer et crie au mythe.
Russel est actuellement un petit bourg tranquille et ses petites maisons bourgeoises en bois ne rappellent plus du tout le passé mouvementé de la ville. Dès 1809 elle était connue pour être le hell hole du Pacifique – le lupanar. Malfamée, elle fut le repaire de brigands en tous genres de passage dans ce petit port de ravitaillement. Charles Darwin en parlera même comme d’un refuge pour les rebuts de la société. (Mal)heureusement des prêtres catholiques et protestants arrivent pour vite remettre la ville sur le droit chemin.

De l’autre côté de la baie, nous passerons rapidement par Paihia, la ville principale de la baie des îles, devenue très touristique et ayant perdu tout charme. Bars, restos, hôtels et agences en tout genre ont pignon sur rue.

En face de Paihia, se trouve Waitangi. C’est ici que le traité du même nom a été signé le 6 février 1840 entre la couronne britannique et les chefs des populations locales. La signature de ce traité fut tumultueuse, il accorde la pleine souveraineté à la reine Victoria et officialise le statut de colonie de la Couronne britannique. Cela permet également de prendre de court les français ayant aussi des vues sur ce nouveau pays.

Un musée retrace toute l’histoire de la Nouvelle-Zélande et des avants et après de la signature du traité. On découvre que la version en maori du traité n’a pas tout à fait la même signification qu’en anglais. Certains termes du contrat n’existent tout simplement pas en langue maorie. Par exemple, l’achat de terre aux tribus ne signifie rien pour celles-ci car pour elles, la terre n’est que prêtée par la nature, l’homme peut en jouir un certain temps puis il la redonne. Les colons ont de grands projets et souvent au détriment des maoris, plusieurs guerres vont voir s’affronter les deux camps. Les anglais ne vont pas respecter certaines clauses du traité et déplacer la capitale à Auckland sans prendre en compte les signataires du traité. Les esprits vont continuer de s’échauffer. On vous laisse lire l’histoire passionnante mais complexe d’Aoteara ici : fr.kiwipal.com.

Grâce à une énergique visite guidée avec un grand groupe de personnes, nous plongeons au cœur de cette riche histoire. L’afflux incessant de touristes a obligé le musée à mettre en place des visites guidées toutes les demi-heures. Du coup le guide, très motivé récite avec emphase son texte dans son micro. Nous essayons tant bien que mal de suivre ce qu’il dit mais ce n’est vraiment pas facile car il ne fait jamais de pause (et l‘accent !). Nous n’avons pas vraiment le temps d’emmagasiner tout ce qu’il nous apprend. Heureusement nous pourrons encore lire toute l’histoire dans la partie historique du musée. Nous suivons le guide dans le grand parc arboré et voyons une grande pirogue de guerre, un waka de 35 mètres de long. Il s’agit d’une pirogue de guerre. Elle a été construite pour les 100 ans de la signature du traité et est utilisée chaque 6 février en vue de festivités.
Nous visitons la maison de James Busby, une magnifique maison coloniale nommée Treaty House et chargée d’histoire. Chaque visiteur est appelé à signer le livre d’Or comme lors de la signature du traité.
A la fin de la visite, un spectacle de bienvenue nous attend devant un marae, un bâtiment maori richement sculpté. Une troupe de jeunes danseurs et chanteurs nous accueillent avec des chants et des danses traditionnels.
Nous voyons le fameux haka et les grimaces terrifiantes en guise de bienvenue. On comprend vite pourquoi le dialogue a eu du mal à passer au début entre les deux peuples car certains pas de danse reprennent des mouvements de combat au corps.
Le spectacle a vraiment été une belle découverte, nous avions un peu peur de retrouver ce que nous avions vu en Chine avec les femmes aux longs cheveux (lire l’article « Les dents de dragon et la colère du dragon »). Mais ici, même si les représentations s’enchainent, on sent un véritable plaisir et une professionnalisation de la troupe.

Même si le prix de 50$ par personne peut paraître rédhibitoire pour ce musée, nous ne pouvons que le recommander. Entre le musée de qualité, la visite guidée, le spectacle et la grandeur du parc on s’y retrouve amplement. Nous y avons passé plus de 3h et c’est avec regrets (et la faim au ventre) que nous avons quitté cet endroit. Il faut aussi dire que nous n’arrivions plus à encoder aucune information à la fin. Malheureusement et comme d’habitude c’est la partie sur l’histoire actuelle que nous devons raccourcir. C’est vraiment très intéressant de voir qu’encore aujourd’hui les torts causés à certaines tribus maories viennent d’être reconnus. La colonisation britannique a transformé durablement ce pays. On peut s’amuser pendant longtemps à essayer de réécrire l’histoire avec des « et si ».

A quelques kilomètres de Waitangi, la ville de Kerikeri est moins fréquentée par les touristes mais propose de jolies découvertes. Plusieurs chutes d’eau l’entourent, nous irons voir la Rainbow Falls (chute arc-en-ciel) qui impressionne avec ses 27 mètres de haut mais nous ne pourrons pas nous baigner dans le bassin car l’eau y est actuellement polluée.

Au bord de la rivière, à l’ombre d’un grand arbre se cache une magnifique maison d’époque nommée Te Waimate Mission. C’est l’endroit où les premiers missionnaires britanniques s’installent en 1819. Un autre bâtiment tout en pierre est encore visible ainsi qu’une petite chapelle. L’endroit est un petit havre de paix entouré de verdure, d’un grand verger et de canards. Il est facile de s’imaginer la vie de ces premiers habitants allant à l’église en remontant le petit chemin de gravier entre les grands buissons de fleurs colorées.
De l’autre côté de la rivière on peut visiter un ancien village fortifié maori. Ici l’entente entre les deux peuples fonctionna tout de suite et Samuel Mardsen, le premier colon, pu faire prospérer le village de Kerikeri.

(source : le Guide des Frogs)

Sculture maorie

Février
12
2018

Les débuts épiques d’une épopée avec Edgar

Péninsule de Coromandel - 44'736 km - J 245

Dimanche 4 février, nous voilà presque partis pour explorer la campagne digne du Seigneur des Anneaux. Le petit souci, Emma a oublié de rendre la clé à Sophie, notre précédente logeuse (lire l’article précédent). Il faut dire que quand nous étions revenus du marché, les bras remplis de fruits et légumes frais, nos sacs avaient été sortis de la chambre et deux chinois y dormaient à midi… On a connu mieux comme « check out ». Nous nous en sommes rendus compte assez vite et nous pouvons ramener le trousseau sans trop de mal.

L’heure filant, nos projets doivent être revus et nous essayons de sortir de la très grande agglomération d’Auckland pour apercevoir un peu de campagne. C’est réussi, les premières collines d’un vert fluorescent nous saisissent, elles sont très vallonnées et les vaches s’en donnent à cœur joie.
Notre première nuit ne sera pas très glamour et se fera sur un parking dans un petit village appelé Tuakau. Peu importe, on se cuisine quand même un petit souper sympa et on apprivoise notre nouveau campervan.

Le lendemain, nous prenons véritablement la route et nous voilà dans la péninsule de Coromandel situé au sud-est d’Auckland. Nous traversons de belles forêts et, surprise, la route goudronnée se termine et nous découvrons les gravels roads, c’est-à-dire les routes en gravier qui sont relativement fréquentes dans cette région. La route n’est pas large, les virages se succèdent, les pentes sont ardues et la visibilité n’est pas franchement au top. David est au volant et il maîtrise plutôt bien le gabarit de notre nouveau bolide.

Notre itinéraire n’est pas très bien défini et nous commençons par la côte ouest pour revenir ensuite à l’est. Nous remarquerons aussi que nous n’avons pas vraiment pris le temps de faire l’inventaire du van. Samuel et Caroline nous ont laissé quelques provisions mais nous avons regardé trop rapidement et nous nous retrouvons avec uniquement un sachet de pâtes pour 3 jours… Nous apercevons que dans cette partie du pays, il est rare de trouver de petites épiceries et des stations essences (heureusement, on avait fait le plein avant de partir).

Notre van est self contained, ce qui signifie que nous avons une réserve de 25 litres d’eau et un bidon pouvant accueillir la même quantité d’eau grise. Il est équipé d’un petit lavabo et d’une pompe électrique. Emma s’est fait une joie de cuisiner avec les légumes frais du marché une bonne ratatouille. Le hic : cuisiner trois repas par jour et la vaisselle qui s’en suit consomme beaucoup d’eau… Notre réservoir commence sérieusement à baisser et aucune station de vidange et de remplissage ne s’annonce à l’horizon. Nous nous rendons compte que 25 litres d’eau, c’est peu pour la vie de tous les jours…
Après trois jours à longer des bords de mer fabuleux, nous avons finalement pu remplir les stocks, ouf !

Les endroits prévus pour les vans ou les camping-cars autonomes sont assez nombreux et nous retrouvons les adresses grâce aux applications sur smartphone. Les règles sont strictes et les patrouilleurs ont vite fait de vous coller 200 dollars d’amende si vous ne les respectez pas. Il faut parfois ne rester qu’une à deux nuits, partir avant 9h du matin, ne pas stationner en dehors des endroits balisés, etc. On lit que certains habitants n’hésitent pas à dénoncer les touristes. Les néo-zélandais tiennent particulièrement à leur nature et malheureusement certains touristes se fichent des règles. Nous sommes censés avoir des toilettes chimiques dans notre van. Cependant le premier propriétaire les a juste empruntés pour faire la certification. L’aspect positif est que nous économisons la place d’un gros cube de 50 cm. Cependant, la plupart des emplacements sont pourvus de toilettes même si parfois elles ferment à 21h.
Le fait de faire ses besoins dans la nature est vraiment très mal vu. Un kiwi rencontré à Auckland nous a fait un exposé dithyrambique sur les millions de touristes qui pouvaient potentiellement déféquer dans la nature (et ce, sans même enterrer leur petite affaire, vous imaginez !). En résumé on ne rigole pas avec Mère Nature.

Devant certains panneaux explicatifs, on a souvent été perturbés par le sens de certaines réglementations. Nous regrettons que la plupart des endroits soient limités à une nuit seulement.

Dans notre premier article sur la Nouvelle-Zélande, on vous a raconté comment nous sommes devenus propriétaires de notre maison pour les trois prochains mois. Il est de coutume de nommer son van surtout qu’il sera un compagnon de route qui nous accompagnera tout le long de ce voyage. Sans vraiment d’idées, nous avons fait appel à nos familles et amis. Après un petit sondage, notre van est devenu « Edgar le camping-car » après quasi-unanimité. Il faut avouer que notre entourage a une sacrée imagination et qu’il nous fut difficile de faire une présélection en vue du vote final. Pour vous donner une idée, vous pouvez aller consulter le lien Doodle. En tout cas, on a le choix pour nommer notre futur poisson rouge !
Ne vous étonnez pas si par la suite nous utilisons Edgar pour désigner notre van, ce n’est pas un auto-stoppeur que l’on aurait ramassé sur la route ;) !

On vous fait la visite virtuelle d’Edgar dans notre vidéo ici !

Nous découvrons dans la Péninsule de Coromandel tour à tour des forêts de kauris, de la jungle, du bush, des collines verdoyantes puis la mer qui apparaît avec des plages de sable blanc immenses ou parfois cachées dans de jolies criques.
Nous prenons encore et toujours un plaisir fou à nous baigner, jouer dans les vagues et même tester nos nouvelles chaussures de course lors de footings matinaux au bord de la plage. Nous prenons petit à petit un nouveau rythme de vie et décidons au jour le jour de notre itinéraire. Vous pourrez voir sur la carte ci-dessous notre parcours.


Walkaway Costway
Après avoir longé la côte est de la péninsule, nous nous retrouvons bloqués : et oui la route ne fait pas tout le tour car elle n’existe tout simplement pas ! Un chemin de randonnée permet de rejoindre la partie nord-ouest à celle de l’est. La randonnée dure environ 3h30 pour un aller. N’ayant pas de tente pour dormir une nuit de l’autre côté ni l’envie de randonner durant 7h ce jour-là, nous décidons de marcher « seulement » 4h40 en faisant l’aller-retour entre Stony Bay à Poley Bay sur 16km d’un chemin facile alternant entre forêt de kauris, falaises verdoyantes et petites baies isolées. Cette première grande marche nous a bien chauffé les jambes et les rencontres sur le chemin étaient toutes plus amicales les unes que les autres.
Avant le départ du chemin, une station de « nettoyage » est installée pour frotter ses chaussures et les désinfecter avec un produit spécial afin de protéger les kauris qui meurent d’une maladie attaquant leurs racines.
Cette région du far north Coromandel a été une magnifique découverte. Ses petites routes de gravier rebutent beaucoup de monde et tant mieux pour nous.
En redescendant nous sommes presque obligés de passer par les points d’intérêts plus accessibles aux touristes situés au sud de la péninsule.

La Chum’s beach est une petite plage cachée située non loin de la ville de Whangapoua et elle est connue pour être l’une des plus jolies de la région. On y accède à pied en longeant la plage, en escaladant les rochers à marée basse puis en traversant une forêt et en montant un petit chemin de terre assez raide et glissant ce jour-là. C’est après environ 2.5 km et 1h que nous arrivons sur la plage. Elle est en effet très jolie mais un peu trop touristique pour pouvoir en profiter pleinement.

Sur la route du sud, nous voulions voir les plages d’Otama et d’Opito mais nous avons dû renoncer car la pluie tombait drue et le détour ne valait pas la peine avec ces conditions. Elles sont pourtant connues pour être magnifique, tant pis pour nous !

C’est toujours sous la pluie que nous arrivons à Hot Water Beach, attraction très touristique et emblématique de la région. Le principe est de creuser dans le sable à marée basse pour que de l’eau de source souterraine, atteignant les 60°C, surgisse dans le trou. Ça, c’est la théorie et les photos dans les brochures. En pratique, vous arrivez sur une plage bondée de gens essayant vainement de creuser des trous avec la pelle louée pour l’occasion ou munis de tasses, casseroles, assiettes. Les quelques personnes dans un « trou » rempli d’eau vous regardent vous démener. Nous allons très vide déchanter car la zone dans laquelle la source jaillit est assez restreinte, trop de monde est entassé et creuse à tout va.
Miracle, sous notre mine triste, un couple de seniors nous laisse leur piscine ! Ils ne l’ont pas creusée eux-mêmes mais c’est un sacré bon boulot ; nous pouvons être quasiment couchés côte à côte et recouverts d’eau chaude. Un peu trop chaude par endroit, nous nous brûlons presque les pieds et les mains en agrandissant notre jacuzzi. Cette fois, c’est nous qui pouvons narguer les pauvres hères tout autour.
La marée commence sérieusement à monter et les vagues détruisent les constructions alentours, nous avons vraiment un bon endroit protégé. Après avoir eu le caleçon de bain suffisamment rempli de sable fin nous repartons sous la bruine. Malheureusement la douche à disposition se situe dehors et ne permet pas d’enlever son maillot… Ça pique un peu.

Notre route continue toujours plus au sud et nous allons visiter Cathedrale Cove située vers Hahei. Il s’agit d’une plage rendue célèbre par le film Narnia grâce à son arche de pierre gigantesque. Normalement l’eau est turquoise et les falaises ainsi que l’arche se reflètent dans les vagues mais ce jour-là le temps est tout gris. Nous marchons les 7km aller-retour en admirant le paysage mais un peu déçus de ne pas le voir sous son meilleur jour.

Nous faisons aussi connaissance avec la météo capricieuse néo-zélandaise et trois jours de pluie presque non-stop n’auront pas été des plus agréables. Nous sommes toutefois très contents d’avoir un van un peu plus grand permettant de « vivre » et de cuisiner dedans. Ce temps pluvieux nous permet d’améliorer un peu Edgar et de réparer quelques petites bricoles (le velcro est le meilleur ami d’Emma, ça lui rappelle son boulot) !

Pour terminer en beauté cette belle péninsule, nous prenons la route et traversons la Gorge de Karangahake. Ici, une ancienne mine d’or se visite et de nombreux chemins bien balisés la traverse. Nous passons dans d’anciens tunnels de la mine à la seule lueur de nos frontales, suivons les rails des wagonnets, traversons sur des ponts suspendus et nous baladons dans une très jolie forêt. Certaines sections des tunnels ne sont pas comblées et on peut se « perdre » dans des culs de sacs dans le noir, frissons garantis ! Nous avons aussi pu emprunter un tunnel de 1km de long en ligne droite dans une semi obscurité. Il s’agissait de l’ancien passage pour le train. Bizarrement un groupe de dames chantaient à l’autre bout et une joggeuse qui courrait dans notre direction a donné une ambiance très particulière à ce lieu. On vous publie la vidéo ! Ce kilomètre a paru interminable ! Au final nous avons parcouru près de 10 km sous une météo encore capricieuse.

Nous n’avons sans doute pas commencé par la région la plus facile avec notre tout nouvel ami et maison Edgar. Nous manquons encore un peu d’organisation et les gravels road ne pardonnent aucune erreur de rangement ; ça secoue tellement que tout termine sa course par terre et sans dessus-dessous. Vivre à deux dans un si petit espace lorsqu’il pleut et ne pas réussir à faire sécher ses affaires est une bonne expérience pour les nerfs. Heureusement après 8 mois de voyages, on commence à être habitués à se marcher dessus.
Une routine s’instaure doucement, mais où va-t-on poursuivre notre route ? Les possibilités sont infinies !

Résumé :
  • Jour : 9
  • Kilomètres parcourus : 615 km
  • Marche sur des sentiers balisés : 38.3 km pour 10h36
  • Nombre de douches chaudes : 1
  • Course à pied : David 9.3 km pour 58 min / Emma 6 km pour 53 min

Marche pour Cathedral Cove

Février
04
2018

Notre maison n’est plus sur notre dos mais sous nos pieds

Auckland - 44'121 km - J 237

Dès le premier pas posé sur le sol néo-zélandais, nous prenons rapidement la mesure du changement de continent. Ces trois mois dans ce pays promettent de belles aventures très différentes de celles vécues jusqu’à présent.

C’est un peu fatigué du long trajet en avion de 17 heures avec 2 escales (Kuala Lumpur et Gold Coast, Australie) que nous atterrissons à Auckland en fin de journée le 1er février 2018. La mésaventure de Bangkok est déjà oubliée même si, il faut l’avouer, se tromper d’aéroport ce n’est pas donné à tout le monde.

La chance a été de notre côté sur ce coup-ci et nous espérons qu’elle restera avec nous. On vous le disait dans l’article précédent, David a tendance à « légèrement » stresser à chaque départ, eh bien sur ce coup il fut servi.
Nous pourrions écrire un manuel sur « Comment se créer un ulcère en moins d’une heure ? ». Trompez-vous d’aéroport dans la plus grande ville du pays, ne partez pas si en avance que ça alors que vous avez tout l’après-midi de libre, réalisez votre erreur en sortant du métro, essayez de demander à n’importe quel employé quel est le nom de ce foutu aéroport et qu’aucun n’arrive à vous répondre, sentez monter le stress alors que le flux de passager vous englouti, tombez finalement sur une hôtesse d’accueil pas rassurante en disant que le taxi n’est pas aussi rapide que le bus, courrez dans les étages pour trouver le bus-navette, ayez quand même un peu de chance car vous en attrapez tout juste un alors qu’ils partent toutes les 20 minutes, essayez de tout votre cœur de faire ralentir ce palpitant en regardant la circulation folle de l’heure de pointe sur les échangeurs géants, se demandez si le vieux bus bringuebalant tiendra le coup dans les montées, vous dire que « ma fois si on le loupe, il n’y a pas mort d’homme », bondissez du bus à peine arrêté, essayez de ne pas perdre sa tendre moitié en arrivant dans le bon terminal, ne pas défaillir en voyant les files d’attentes pour l’enregistrement et voir qu’avec Air Asia il n’y a que des asiatiques qui enregistrent des tonnes de sacs, cartons et trucs en tout genre, réalisez mi-amusés que vous êtes suffisamment en retard pour qu’un gars vous fasse passer devant tout le monde car vous êtes vraiment en retard au final, respirez enfin car vous savez que vos sacs seront dans l’avion puis attendez bêtement devant votre porte que votre avion daigne arriver.

Passons donc sur cette erreur toute humaine mais bien stressante et penchons-nous sur notre arrivée à Auckland sous une pluie diluvienne (qui nous rappelle celle de Bangkok le matin de notre départ) : « voyage pluvieux, voyage heureux » pourrait bien devenir notre devise pour ces prochains jours.

Les logements dans la ville sont rares et chers, les auberges de jeunesse ressemblent à des clapiers et en faisant quelques recherches, les commentaires négatifs sont plus nombreux que les positifs. Rien ne nous enchante véritablement. Nous nous sommes vite tournés vers AirBnb et Sophie, une dame d’origine chinoise, nous a ouvert la porte de sa maison (ne vous disions pas que nous tombions toujours dans Chinatown ?!).
Ce que nous n’avions pas réalisé c’est que ladite maison se situerait à 30 minutes en train du centre, à 2.4 km de la station de train la plus proche Et que les bus ne sont pas très nombreux. Sophie, son compagnon, sa nièce, son fils et une autre dame de sa famille habitent tous dans une petite maison banlieusarde typique d’ici. On se croirait aux États-Unis. Les maisons sont presque toutes de plain-pied, en bois peint en blanc, de grandes palissades les entourant et avec un gros 4x4 ou une jeep dans le jardin. On a assez vite compris que les habitants ne se déplaçaient pas vraiment à pied dans ce quartier, on sera souvent les seuls piétons à marcher pour rentrer à la maison.

Disons le tout de suite, nous n’avons pas vraiment cherché ni eu le temps de visiter la ville d’Auckland, notre objectif principal était de trouver un camper van, c’est-à-dire un van utilitaire aménagé afin d’y dormir. C’est LE mode de déplacement le plus utilisé en Nouvelle-Zélande pour les backpackeurs et c’est celui qui offre le plus de liberté. Pour nous le choix s’est vite tourné vers l’achat d’un camper van « self contained », c’est la formule magique qui permet de passer la nuit gratuitement dans des endroits bien spécifiques. On vous en parlera dans le prochain épisode et on vous donne tous les détails pour acheter son camper van dans la section « partique ».

Dès le premier soir nous avions pris contact avec un vendeur de vans. L’objectif secondaire est de de rester le moins longtemps possible à Auckland. Nous avions réservé trois nuits chez Sophie et nous n’espérons pas devoir retrouver un autre logement.
La première visite ne s’est pas avérée très concluante, nous avons vu trois utilitaires quasiment vides et assez vétustes. Nos critères ne sont pas très précis sauf la certification « self contained » et une certaine praticité à l’intérieur. Nous n’avons pas envie, ni le temps de devoir aménager entièrement un véhicule.
La deuxième visite aura été une perte de temps totale, c’était le seul rendez-vous prévu depuis plusieurs jours et la personne a réussi à nous poser un lapin. Nous avons perdu plus de deux heures pour rien. La ville étant étendue, les trajets en train peuvent vite s’avérer assez longs, surtout si comme nous vous ne connaissez pas le système de transports en communs.
Par chance nous arrivons encore à caser une visite en fin d’après-midi, cette fois-ci c’est un van complétement aménagé et même suréquipé qui se présente à nous (planche de Stand up Paddle, cuisine au top avec une multitude de rangements, un hamac, des jeux, pas trop de kilomètres au compteur, des pièces de mécanique fraîchement changées et un bon entretien). Le seul hic c’est qu’il est manuel. Le couple d’allemands qui le vend est charmant mais malheureusement pour nous ils ont décidés de passer le week-end à un festival et ne vendent la voiture qu’à partir du mardi 6 février, un poil trop tard…

Le lendemain nous casons une visite avant la foire du samedi matin. A ce moment-là nous craquons presque pour ce van, il est plus petit que l’autre, bien entretenu, automatique, assez simple et possède plusieurs fenêtres de toit permettant d’observer le ciel la nuit. Le plus, le couple de République Tchèque est prêt à entamer les démarches le jour même !
Nous voulions quand même comparer d’autres modèles et nous décidons d’aller à la « Car Fair » d’Auckland. Il existe deux foires tous les week-ends, celle du samedi est la plus petite. Les particuliers peuvent venir vendre directement leur véhicule, on peut procéder à des contrôles techniques et remplir tous les papiers sur place.
Au début nous avons du mal à nous intéresser véritablement à un modèle, tout le monde a des arguments bien rodés et ce n’est pas facile de comparer des vans aménagés plus ou moins intelligemment, des moteurs, des kilométrages, des pièces neuves et des autorisations complétement différents les uns des autres.
Tout le monde veut vendre son véhicule avant de partir donc les arguments sont affutés. Après un moment, on discute avec un jeune couple français qui revend leur van après 5 mois de voyage. Ils sont prêts à le laisser rapidement. Il est plus grand que la moyenne, 4x4, automatique et possède un intérieur bien aménagé. Après un rapide test de conduite sur route on se tâte, on réfléchit et on pèse les pours et les contres entre celui-ci et celui de ce matin. On choisira finalement celui de Caroline et Samuel et remplissons directement les papiers de changement de propriétaires ! On se trouve un peu fou, acheter un véhicule ici est vraiment très facile. Il suffit que chacune des parties remplisse un document puis qu’elle le présente dans une poste ou un organisme agréé, paye 9 dollars et le véhicule a changé de propriétaire ! Il n’est même pas nécessaire de le faire ensemble ni le même jour.
C’est donc sous une pluie battante que nous arrangeons les modalités de paiement et décidons d’une heure approximative pour la livraison du véhicule le lendemain. Il est 13h samedi 3 février et nous sommes (presque) propriétaires d’un van ! Le vœu est exaucé nous n’aurons pas à passer une nuit supplémentaire dans la capitale.

Le jour d’après, nous profitons du marché du dimanche à l’hippodrome d’Avondale, à côté de chez Sophie, pour faire le plein de légumes et de fruits frais. Pour une fois que nous ne devons pas galérer avec les bus ou le train. Nous allons payer nos 9 dollars de changement de propriétaires et nous installons nos affaires en début d’après-midi.
Nous faisons quelques courses rapides et prenons la route en direction de la péninsule de Coromandel.
Vous le verrez dans notre prochain article, c’est un peu en jeunes chiens fous que nous nous lançons dans ce road-trip…

Selfie avec notre nouvelle maison

Janvier
31
2018

La boucle est presque bouclée

Bangkok - 34'546 km - J 233

C’est dans un train presque luxueux que nous avons passé notre avant-dernière nuit asiatique. Et franchement quel confort par rapport aux bus de nuit ! Même si c’était plus confortable que le transsibérien, nous nous rappelons avec nostalgie ces jours hors du temps passés à bord de cette mythique ligne de train (pour lire ou relire c’est par ici : Transsibérien, partie I). Et d’ailleurs le transsibérien en hiver est déjà sur notre liste de projets futurs.

Revenons à la moiteur thaïe, après une nuit presque paisible dans le train de nuit entre la petite Nong Khai et la grande Bangkok nous arrivons plus excités que jamais. En effet dans un peu de moins de 24 heures nos quitterons le continent asiatique !
Notre passage dans la capitale thaïe n’a rien de touristique. C’est pour nous l’occasion de passer chez Décathlon pour refaire notre garde-robe pour l’aventure kiwi et profiter des tarifs bons marchés de la poste pour envoyer un dernier paquet. Mais c’est surtout l’heure de tirer un bilan de ces mois riches de grandes et petites aventures. N’arrivant pas à mettre en forme un texte cohérant nous avons préféré mettre pêle-mêle nos ressentis, questionnements ou réflexions en tout genre. Attention même si pour David ça ressemble plus à une conclusion générale, il ne s’agit que de points écrits à chaud le jour de notre départ de Bangkok. Nous verrons bien si dans trois mois on peut en reprendre certains ou pas !

  • David est toujours stressé par les départs et les transports (il aura d’ailleurs largement de quoi stresser quelques heures plus tard) ;
  • Emma continue d’être toujours aussi maladroite et se blesse souvent ;
  • David oublie des objets partout et tout le temps. Son sac en englouti certains dans quelques compartiments secrets qu’il fait ensuite réapparaître selon sa volonté. Par contre la jambe de son pantalon détachable perdue au lac Inle a véritablement préféré rester là-bas comme sa casquette en Mongolie ou les innombrables lunettes de soleil « Rayban » à 5 CHF achetées durant ce voyage ;
  • On se pose encore plus de questions : pourquoi on voyage, qu’est-ce que ça signifie être un touriste, qu’est-ce que l’authenticité, comment voyager de manière responsable, respectueuse des traditions, rester libre mais ne pas endommager les lieux, comment le monde va faire face à la masse de touristes chinois, … ;
  • L’inventeur de la peinture dorée a fait fortune au Myanmar, nos yeux n’en peuvent plus de voir du doré partout (tout comme avec les dorures des églises orthodoxes en Russie) ;
  • L’influence chinoise est partout dans les villes asiatiques. Et comme par hasard on tombe toujours sur l’hôtel le moins cher qui est situé dans Chinatown ;
  • On s’énervera toujours du manque d’aide de certaines personnes, leur NON puis leur tendance à nous ignorer alors que nous sommes toujours à côté d’eux, OUHOU on n’est pas devenus invisibles ! ;
  • On remercie les nouvelles technologies même si elles ont leurs limites ;
  • On a fait des rencontres incroyables et on regrette que ces moments soient si éphémères ;
  • On a passé des semaines avec des gens inconnus qu’il nous semblait connaitre depuis toujours ;
  • On a appris des nouveaux jeux de cartes comme le poker mongole (avec des belges) ou le Katu-Katu indonésien (avec des indonésiens cette fois-ci);
  • C’est agréable de se laisser guider au gré des envies, accepter l’inattendu et se laisser porter ;
  • Les sourires inattendus et les HELLOOO criés dans la rue en se croisant des gens nous donnent le sourire pour la journée ;
  • Les selfies devant tout et n’importe quoi des touristes asiatiques et en particulier coréens (avec bien entendu la bouche en bec de canard et les doigts en V) ;
  • Le manque de considération que les asiatiques ont avec leurs déchets et les retombées écologiques sur leur magnifique nature. On ne sait pas comment cela peut continuer ainsi…;
  • Petit point donneur de leçons : on ne pardonne pas aux gens de ne pas trier leurs déchets quand ils en ont l’occasion !
  • Les plats très épicés alors qu’on avait demandé « little spicy » nous enlèvent le sourire, c’est un fait, on ne s’habitue pas au fort;
  • Ouf fini les crachats partout et ce bruit répugnant de raclement de gorge (à la fin, on y faisait même plus attention, tellement c’est tout le temps…). Le pire : les crachats rouges des birmans…;
  • Fini le bruit incessant. On apprend à ne plus y prendre garde mais il n’y a pas un endroit sans bruit - circulation intense avec klaxons à tout va, les prières dans la rue au haut-parleur, les échoppes scandant les promotions, les grillons (si si c’est vraiment bruyant ces bébêtes) ;
  • La tranquillité, la nature à l’état pur de la Mongolie en fait vraiment un pays unique ;
  • Chauffeur de taxi reste un métier vraiment particulier. Les gars, il faut arrêter si vous n’aimez pas ça et si en plus vous n’avez aucune idée de l’endroit où on veut aller, que vous nous prenez quand même, qu’on vous guide de A à Z et que vous nous laissiez beaucoup trop loin en nous engueulant presque ;
  • La conduite à « l’asiatique » ne va pas nous manquer ; on klaxonne pour dire qu’on arrive, on tend le bras par la fenêtre pour tourner, on essaye d’aller le plus vite possible, on évite les nids-poule et autre obstacle sur la route… ;
  • David va conduire à la mode asiatique en revenant, il a trouvé son surnom : El Asiatico ;
  • David a un sens de l’orientation encore plus développé qu’avant même si parfois c’est quand même Emma qui avait raison… ;
  • On a adoré retrouver nos proches en voyage, vivre un peu avec eux de manière différente ;
  • On a eu du plaisir à skyper nos copains et nos familles, avoir un peu le cafard en raccrochant et vite aller boire un verre pour se réjouir des futurs moments avec eux ;
  • On est de temps en temps nostalgiques de la Suisse ;
  • On a l’impression d’avoir mûri et en même temps on continue de s’émerveiller comme des gamins (ok plus devant chaque stupas ou temple ces derniers temps) ;
  • Emma continue toujours de saluer chaque chien croisé sur les routes asiatiques, si elle fait ça avec chaque mouton en Nouvelle-Zélande on n’est pas sortis de l’auberge ;
  • Emma pense constamment à refaire tout le voyage à cheval, surtout après les galops en Mongolie (et faire monter David dans chaque pays) ;
  • David ne dit pas qu’il a en fait adoré galoper dans les steppes mongoles car il avait le cheval le plus rapide ;
  • David va monter un business de bière artisanal en Asie parce que c’est une honte d’avoir à boire que de la Lager (avoir le choix entre seulement trois marques par pays). Vivement la Nouvelle-Zélande et ses « Craft Beer », bières artisanales, à chaque coin de rue ;
  • On a autant bien mangé au Laos que mal en Mongolie, sur ce coup on est contents de ne pas avoir inversé les pays ;
  • D’ailleurs l’ordre des pays dans lequel on entame son voyage a une vraie incidence sur nos ressentis ;
  • On a gouté des aliments qu’on aurait jamais essayé en Europe comme les insectes (enfin si au Paléo quand on était jeunes) ou les produits laitiers à base de yak mais ça on n’avait pas le choix ou les boyaux tout justes sortis de la bête… ;
  • Les premières semaines de voyage gardent le goût tout particulier de l’euphorie et de la sidération ;
  • Les mois qui suivent deviennent plus réels mais on doit continuer à se pincer chaque jour ;
  • Souvent on se réveille sans savoir où on dort et qui est l’autre personne à nos côtés. Non on rigole la dernière partie n’est pas vraie ;) ;
  • Lors de trajets en taxi ou en bus en voyant défiler les rues, le paysage notre cerveau n’arrive plus à situer l’endroit où l’on est ;
  • Cette sensation est comme un « déjà vu », un pur moment de déconnexion qui s’en va aussi vite qu’il est arrivé ;
  • On devient accro à cette sensation et se sent vraiment très petits dans ce monde ;
  • Emma adore et déteste n’avoir qu’une garde-robe restreinte… Alors aujourd’hui je mets le T-Shirt N°1 ou N°4 ? Ah ben pas le choix ils sont tous sales… ;
  • On a trouvé que le meilleur régime est de porter tous les jours un sac de 15kg sur le dos et faire des kilomètres de marche pour voir LA chose à ne pas manquer (et de ne pas rester 8h derrière un ordinateur ou le volant d’une voiture…) ;
  • On a réalisé que perdre l’appétit en Indonésie c’est vraiment traumatisant - Nasi Goreng ou Mie Goreng ? ;
  • David est convaincu que l’activité la plus sensationnelle est de s’envoyer en l’air … à 233m ;
  • On se dit qu’on a parfois pas d’allure dans nos habits devenus trop grands et un peu troués ;
  • On se rend compte que la distance Vevey-Jura est minuscule ;
  • On se demande si notre cerveau peut saturer… ;
  • Images, sons, odeurs il nous manque beaucoup de mots pour vous faire partager véritablement nos ressentis ;
  • Peut-être que nos cerveaux égoïstes le font exprès, qui sait ? ;
  • Pardonnez déjà le « blanc » quand vous nous demanderez de raconter les meilleurs moments et les pires ;
  • Nous décollons pour un deuxième voyage dans le voyage, comment allons-nous aborder ce gros changement culturel ? ;
  • Le pire ? On aura l’ennui de ce joli bordel qui nous agace maintenant ;
  • Une vie n’est pas suffisante pour vivre tout ce qu’on aimerait ;
  • La procrastination ne devrait pas arriver en voyage, on ne sait jamais de quoi sera fait le lendemain - d’ailleurs dans la « vraie vie » non plus ;
  • Le voyage d’une vie ? NON on espère qu’elle sera encore remplie d’aventures tout aussi folles ! ;
  • Sommes-nous contents de quitter le continent asiatique ? Oui, on peut le dire, le riz et les temples ont en a marre. Mais il y a tellement d’autres choses que nous regretterons ;
  • La date de retour a été posée, chut on ne vous la dira pas parce qu’on ne veut pas rentrer ! ;
  • On réalise qu’en fait on a triché qu’on ne peut s’empêcher de rajouter pleins de points à cette liste et se dire qu’elle est déjà sûrement trop longue.

Abstraction à Bangkok

Janvier
29
2018

Dernier passage de frontière asiatique

Nong Khai - 34'028 km - J 231

Après nos deux jours dans la capitale, nous quittons le Laos pour revenir en Thaïlande pour la troisième fois dans ce voyage (notre passage de frontière résumé dans la section « pratique »). Nous programmons une nuit dans la ville frontière de Nong Khai. Au départ, nous voulions simplement la traverser et pour prendre le train depuis là. Mais lors de notre trekking à Luang Namtha (lire notre article « Trekking et canoë dans la jungle laotienne avec la gueule de bois »), Marc nous a conseillé d’y rester au moins un jour, ce que nous faisons donc.

Nong Khai est une ville toute en longueur qui longe le Mékong, frontière naturelle entre le Laos et la Thaïlande à moins d’une heure de bus de Vientiane (2 heures avec les attentes aux frontières). Il est aisé de se balader avec des bicyclettes à travers la ville.

Nous devions impérativement imprimer nos billets de train pour Bangkok et malheureusement notre auberge ne possédait pas d’imprimante. Notre mission, une fois les bagages posés était de trouver une imprimante. Mais impossible de trouver un copieur ouvert ce dimanche et les hôtels auxquels nous demandons répondent systématiquement non. Sans vraiment de raison même si nous voyons une imprimante derrière le comptoir de la réception. Après avoir arpenté la petite ville en vélo et surtout essayé d’expliquer notre problème aux habitants qui n’en n’avaient strictement rien à faire nous abandonnons pour ce jour-là.
Finalement, c’est Roger Federer qui nous viendra en aide ! Assoiffés, nous décidons d’aller suivre le finale de tennis de Melbourne entre le suisse futur N°1 et le croate Cilic dans un bar. Sans vraiment y croire, nous demandons quand même aux deux dames qui travillent là si elles savent où on peut imprimer nos titres de transport. On leur montre sur le téléphone lesdits billets sur lesquelles c’est écrit en rouge/gras/souligné qu’il faut la version papier des billets et ce en thaï ET en anglais. Elles ne comprennent vraisemblablement pas grand-chose, et demandent à un client (sûrement très régulier) de nous aider. Par chance, le vieux néo-zélandais (un signe avant notre suite d’aventure ?) connait bien un internet-café où il se rend régulièrement pour s’occuper de sa paperasserie. Nous notons scrupuleusement ses instructions qu’il nous répétera au moins quatre fois. Miracle en quelques secondes nos billets sont imprimés le lendemain matin pour cinq bahts la feuille. Ouf, un souci de moins !

Après ce petit stress nous pouvons partir explorer l’attraction majeure de Nong Khai : Il s’agit d’un parc de statues géantes nommé Salatkaewkoo situé à quelques kilomètres de la ville. La ballade jusque-là en vélo est agréable et suit le Mékong.
Ces statues ont été créées par l’artiste Luang Poo Boun Leua Sourirat avec l’aide de volontaires durant plus de vingt ans. Il est né en 1932 et est décédé en 1996. Selon la légende, il est tombé dans une grotte dans sa jeunesse où il rencontra l’ermite Keoko, son mentor spirituel. Il se définissait lui-même comme un chaman mystique et ses statues sont d’inspirations bouddhiques, indouistes et il adorait les serpents. Lors d’une interview, un journaliste voulait savoir s’il était de religion bouddhiste et il aurait répondu qu’il ne pouvait pas l’être comme il était mi-humain mi-animal… On peut même voir sa dépouille embaumée dans un grand globe de verre au sein d’un bâtiment regorgeant de petites statues et de tous les objets lui appartenant avant sa mort.
Il a construit toutes ses gigantesques statues en béton - qui était le matériau le moins cher et en briques. Aujourd’hui on se demande comment certaines tiennent encore debout même si quelques-uns de ses disciples s’en occupent encore. Les plus grandes mesurent plus de 6 mètres de haut et les détails sont très réalistes. Cobra dressés avec des figures de Bouddha couchés, assis, debout, des animaux mystiques et plus encore sont des exemples de ce jardin exubérant.
Il y a plus d’une centaine de statues et un ensemble très particulier retrace la « roue de la vie ». Notre auberge nous avait donné une sorte de diagramme expliquant l’œuvre. Toutes les étapes de la vie humaine (de la naissance, au mariage, à l’adultère, la réconciliation, la mort, etc.) sont traitées. L’œuvre est complexe et plusieurs niveaux s’enchevêtrent, heureusement que nous avons l’explication car autrement nous n’y aurions rien compris.

Globalement ce musée à ciel ouvert vaut le coup d’œil, la petite ville de Nong Khai est très agréable et l’auberge dans laquelle nous avions réservé (Mut Mee) qui fonctionne comme une communauté était parfaite pour profiter de la chaleur au bord du fleuve. On aura été impressionnés pour la dernière fois en Asie par les monstrueux poissons-chats qui vivent dans les petits étangs du jardin et qui sont sur-nourris par les thaïs. A coup de sacs de pain de mie de 500g par personne on n’ose imaginer la quantité en kg par jour pour ces grosses bébêtes. On se demande même si d’aventure quelqu’un tombait s’il se ferait gober comme les petits pains…

Après ces dernières découvertes nous sommes prêts pour boucler la boucle comme on dit : direction la minuscule gare de la ville pour un train de nuit direction Bangkok !

Sculture du parc Salatkaewkoo

Janvier
27
2018

Une capitale et c’est tout !

Vientiane - 34'012 km - J 229

N’avions pas nous écrit dans notre article « Rangoun, le rendez-vous manqué » que nous arrêtions de prendre des bus de nuit ? Eh bien, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Alors, on décide de faire le trajet de Luang Prabang à Vientiane en bus de nuit, mais version VIP cette fois, avec couchette double (selon le descriptif de l’agence qui nous vendra les billets). Heureusement qu’on ne mesure pas plus de 170cm et qu’on est en couple parce que leurs couchettes c’est un lit mesurant 1m60 de long et 1m20 de large dans un bus qui brinqueballe dans tous les sens.
Pour nous, ça ne nous dérangeait pas d’être serrés, il fallait seulement être synchronisé quand l’autre se tournait dans un sens. Mais pour des gens qui ne se connaissent pas du tout, ça créer une certaine proximité. Nous avons failli être séparés et partager la couchette chacun avec un homme laotien suite à l’erreur de la guichetière. Heureusement ils ont fini par comprendre que nous ne bougerions pas et qu’ils n’avaient pas le choix. Un des deux monsieur âgé d’une soixantaine d’années nous a même parlé en français, enfin les quelques mots dont il se souvenait. Il était marrant et nous faisait quelques blagues lors des multiples stop au millieu de la nuit.
Bon on vous le dit tout de suite ce ne fut pas une nuit idéale mais le fait d’être couchés aide à somnoler et c’est plus confortable que nos 14 heures assis au Myanmar.

Les attractions touristiques de Vientiane sont des temples et un parc avec des statues de Bouddha. Nos deux jours dans la capitale laotienne sont pour nous plutôt une étape de transition avant de retourner en Thaïlande pour notre vol en fin du mois.

Nous ne voulons pas courir dans toute a ville qui n’est pas très charmante d’ailleurs. Alors on en a profité pour faire quelques emplettes d’habits, passer chez le coiffeur et trouver des bars qui diffusent les matches de Federer à l’Open d’Australie.

Nous irons tout de même au centre COPE (Cooperative Orthotic and Prostetic Enterprise). Vous vous demandez sûrement ce qu’est ce drôle lieu avec un nom pareil ?! En fait il s’agit de « l’attraction » la mieux notée de la ville.
On vous explique : le Laos durant la guerre du Vietnam a été le pays le plus bombardé de l’histoire entre les années 1964 et 1973. On parle d’une bombe toutes les 7 minutes ! L’armée américaine a largué plus de 260 millions de bombes à sous-munitions au Laos (contre « seulement » 97 millions au Vietnam). La plupart de celles-ci n’ont pas explosé à l’impact. Au total cela représente un chiffre de 80 millions (environ 30%) d’engins potentiellement explosifs enterrés dans le sol laotien. On imagine facilement les dégâts humains de cette guerre à l’époque. Malheureusement, encore aujourd’hui des milliers de gens sont touchés par ces explosifs. Ils sont en effet de la taille d’une balle de pétanque et peuvent exploser à cause de la chaleur d’un brasero, d’un coup de pelle malencontreux dans un champ ou lors de la recherche de leur métal. De nombreux paysans (dont des enfants) gagnent une bouchée de pain en recherchant des débris de métal pour les revendre malgré le haut danger d’explosion.
Le COPE est une coopérative laotienne fondée en 1997 qui fabrique et distribue des prothèses et des appareillages aux victimes de ces bombes.
L’exposition est incroyablement bien montée et c’est avec émotion que nous apprenons tout de cette guerre dite « secrète » entre les troupes américaines, thaïlandaises, sud-vietnamiennes et philippines contre celles de l’armée nord-vietnamienne aidée par les forces communistes qui sont l’Union Soviétique et la Chine.
Différents reportages montrent comment des spécialistes ont su créer des prothèses à moindre coût et parfaitement adaptées aux nombreux besoins des usagers dans ce monde rural difficile. Un travail de cartographie et de déminage est également en cours dans les campagnes touchées. Ils quadrillent une surface énorme mètres par mètres à l’aide des documents anciens des frappes aériennes et des détecteurs de métaux, un travail de titan ! Des prothèses ont même été conçues sans pièces métalliques afin que les personnes amputées puissent participer à la recherche des bombes aves les détecteurs à métaux (et oui si la prothèse bip à chaque pas ce n’est pas pratique).
Le centre montre même le travail des physiothérapeutes et des ergos sur le terrain ! Le must (pour les ergos qui lisent), ils utilisent les protocoles de V. Ramachandran pour la thérapie du miroir et font même de la rééducation sensitive (mais là, je ne crois pas que M. Spicher soit cité).
L’expo ne montre pas simplement de pauvres gens amputés sans activité ou rôle dans la société, non il montre comment ils ont su surmonter ce handicap, reprendre une vie normale et surtout le degré de résilience dont ils ont su faire preuve. Emma qui a l’habitude de voir des prothèses est impressionnée par la « simplicité » de celles fabriquées ici. Elle sont loin de tout ce qu’elle a pu voir en Suisse mais elles répondent aux besoins des usagers. Elles sont surtout plus élaborées que celles créent par les gens eux-mêmes avec les moyens du bord (en bois, en métal grossier, en tissu…. on n’ose pas imaginer les points d’appuis !) faute de connaître ou d’avoir accès aux spécialistes de la COPE et de la Croix-Rouge. Cependant, depuis plusieurs années des équipes mobiles sillonnent les campagnes reculées pour rendre de la dignité et de la mobilité aux gens en ayant besoin grâce à des prothèses, des orthèses ou tous autres appareillages relatifs à la vie quotidienne. Ces services sont gratuits !
Si vous voulez en savoir plus, lire les histoires de vies des survivants ou tout simplement faire un geste on vous invite à aller jeter un coup d’œil sur le site internet en anglais copelaos.org.

Nous profitons encore de notre séjour en Asie pour nous faire masser une dernière fois. Après avoir demandé ce qu’était le massage laotien – same as thai massage – fut la réponse de la masseuse, comme le massage thaï, nous nous sommes empressés de choisir un massage plus doux. Cette fois plus question d’être comme des pantins désarticulés !

#défiDeLaDameDeCoeur : Emma, tu es la reine, un massage t'est du
#défiDuRoiDeCoeur : David, tu es le roi, un massage t'est du

Prothèses exposées au COPE

Janvier
25
2018

La culture gastronomique française au milieu de l’Asie du Sud-Est

Luang Prabang - 33'790 km - J 227

C’est après des premiers jours au Laos en mode course que nous arrivons à Luang Prabang, deuxième grande ville du pays. On décide d’y rester quatre nuits pour nous reposer et profiter de cette charmante petite ville. Nous trouvons une auberge centrée après avoir comparé et surtout essayé d’en trouver une libre dans le centre. Ici les prix sont facilement le double qu’au nord du pays, ça nous habitue gentiment à la Nouvelle-Zélande.

La cité est facile à visiter : elle est composée de trois rues parallèles; une première longeant le Mékong, une seconde qui est animé des cafés, bars, boutiques, agences de voyage et du marché la nuit puis une troisième, derrière une longue colline comprenant des restaurants.

Dans la rue des cafés, il ne faut pas beaucoup tendre l’oreille pour entendre du français (mais malheureusement plutôt de la bouche de touristes que des locaux). Le Laos a été longtemps sous l’influence française. Il fût sous protectorat français dès l’année 1893 pour échapper à l’absorption par le Siam. La France rendra ensuite la souveraineté au pays en 1954. A la suite des deux guerres d’Indochine, l’Hexagone a continué de soutenir le pays jusqu’en 1974 et jusqu’à la fin des conflits armés touchant le pays jusqu’en 1986. Actuellement, la plupart des restaurateurs sont d’origine française. Et ce n’est pas pour nous déplaire !
Après ces 8 mois en Asie, retrouver le goût des vrais croissants au beurre, de la baguette avec du pain croustillant, des œufs au plat et non pas frits des deux côtés et des pâtisseries est une bonne surprise. Tant pis pour les kilos perdus durant ces derniers mois ! Nous avons même pu commander à la boulangerie « Le Banneton » une galette des Rois à la frangipane. Nous en avions rêvé le 6 janvier, on se rattrape le 24 janvier.

Pour nous donner bonne conscience, on se rend aux chutes « Kuang Si », point touristique de la région, à une vingtaine de kilomètres de Luang Prabang. Nous avons négocié dur pour le transport en minivan avec treize autres personnes à l’aller et onze au retour. En effet, le chauffeur n’a pas eu la patience d’attendre les deux australiens qui ne sont pas revenus à l’heure (avec maximum 20 minutes de retard), on trouve ça un peu cavalier de la part du chauffeur. Surtout qu’il a bien insisté pour qu’ils payent l’aller-retour juste avant de nous déposer. Comme c’était la fin de la journée le chauffeur n’avait même pas l’excuse d’avoir une autre course. Enfin bref la réputation des laotiens en a pris un bon coup ce jour-là…
Revenons aux chutes, elles sont un vrai havre de paix... enfin si ce n’était pas rempli de touristes ! Avant d’arriver aux différentes cascades on peut visiter une sorte de zoo avec des ours de la région (les ours noirs à collerette en voie de disparition et en réhabilitation ici). Ce qu’on croise surtout c’est une quantité de panneaux interdisant la baignade dans certaines zones. Ces chutes, en plus d’être d’un bleu incroyable se déversent dans des piscines naturelles dans lesquelles les plus téméraires se baignent. Téméraires, oui, car l’eau ne doit pas avoir plus de 16°C. Nous avons tous deux tenté l’expérience et c’est… revigorant ! Heureusement, notre dessert du jour a vite fait de nous faire oublier ce froid : la fameuse galette des Rois pour laquelle David fut couronné dès la première bouchée. Il a porté dignement sa couronne au milieu des touristes.
Il est aussi possible de monter jusqu’au sommet de la chute à travers un chemin un peu escarpé dans la forêt. La marche est assez courte mais très belle.
Décidément au Laos durant ce séjour on doit se dépêcher. En négociant le taxi le vendeur nous avait assuré que nous pourrions rester trois heures aux chutes, nous étions rassurés. Mais voilà que le fameux chauffeur n’a rien voulu savoir et qu’en arrivant il nous a signifié qu’il repartait deux heures après. La première douche froide. Au final nous avons eu le temps de monter au sommet, nous baigner, manger notre mini galette des Rois, prendre quelques photos et lancer un coup d’œil aux ours. Malheureusement ce n’est vraiment pas notre tasse de thé ce genre de visite éclair.
Nous avions pourtant bien essayé de louer un scooter – gage de notre indépendance – mais hélas, apparemment au Laos il faut absolument laisser son passeport en caution (ou 300 dollars américains en cash, ce que nous n’avions pas sur nous). Ces deux solutions étant exclues pour nous. En effet s’il arrive le moindre pépin le loueur se retrouve avec un pouvoir phénoménal grâce à notre passeport. Nous ne voulions pas tenter le diable même si nous n’avons (presque) pas eu de problèmes en louant des scooters en Asie. Enfin relisez la (més)avanture d’Emma à Yogyakarta si vous ne vous en souvenez plus : « Un petit tour de scooter et puis s’en va… ».

Nous avions eu vent d’une bonne adresse et c’est en début de soirée que nous nous sommes rendus au village de Ban Phan Louang. Il se situe de l’autre côté de la rivière et nous devons franchir un pont en bambou. Celui-ci est payant, pratiquement comme tous ceux de la ville. Ce pont est particulier car éclairé avec une jolie guirlande. C’est une dame qui récolte l’argent et cela finance la reconstruction après chaque saison des pluies.
Nous avons mangé au « Dyen Sabai », un restaurant typique dans un cadre magnifique et avons goûté la délicieuse fondue laotienne.
Au centre de la table, au-dessus d’un brasier, est disposé un grand caquelon surmonté d’un cône en aluminium. Au sommet, on y place un bout de gras qui va fondre. Sur les côtés du cône, on y dispose les fines lamelles de viande (ou de poisson). Sur les bords, on verse le bouillon contenu dans une théière et on y fait cuire tous les légumes (chou, tomate, oignons, verdure,…), les nouilles et même des œufs cassés dedans. Ce fut tout simplement un délice !

Qu’avons-nous fait à part manger à Luang Prabang ? Nous avons bien sûr visité quelques très jolis temples mais vous le devinerez avec moins de vergue que la plupart des milliers de touristes ici et avons surtout adoré flâner, boire des cafés en contemplant le Mékong, faire quelques achats au marché de nuit ou tout simplement regarder vivre cette ville remplie d’histoire et d’influences bien différentes.
Dans les alentours, il est possible de visiter des grottes, d’autres chutes d’eau, des centres d’éléphants ou des villages typiques avec des tribus locales. Nous avions surtout envie de nous reposer et de ne pas nous sentir obliger de devoir faire des choses. Alors nous avons surtout préférer siroter un cocktail sur la terrasse de l’Utopia et boire une bière au Lao Friend pour soutenir des jeunes qui venaient d’ouvrir leur bar.

Elle fut très certainement une des plus agréables que nous avons pu découvrir durant ce périple même si très touristique. La plupart des bâtiments dans le centre (les trois fameuses rues parallèles) sont bien conservés ce qui ajoute un charme considérable à la ville.
Luang Prabang fut pour nous un retour aux saveurs gustatives et culinaires qui nous a parfois manqué durant ce voyage. Nous savons que c’est avec plaisir que nous y retournerons lors d’un prochain voyage pour explorer le sud du pays. Cette fois-ci nous avons trop peu de temps pour continuer de suivre le Mékong. On vous raconte la suite après une énième nuit en bus !

Chute de Kuang Si

Janvier
21
2018

La descente du Mékong en mode touristique

Pak Beng - 33'668 km - J 223

Une attraction que nous voulions faire durant ce voyage et une des raisons qui nous a conduits au Laos, c’est de descendre une petite portion du mythique fleuve qui est le Mékong.
Le parcours classique et proposé par les tours opérateurs depuis le nord du Laos est de descendre en deux jours le fleuve de la ville de Huay Xai jusqu’à Luang Prabang. Deux jours de bateau, ça nous paraissait trop long alors nous avons décidé de prendre le navire à mi-chemin, à Pak Beng.

Depuis Luang Namtha jusqu’à Pak Beng, il nous fallait passer par la ville d’Oudomxai si nous ne voulions pas revenir sur nos pas. La route entre ces deux villes est réputée comme la plus praticable du Laos car elle a été construite et financée par les Chinois qui l’utilisent pour transiter les marchandises de la Chine en Thaïlande. Mais ça, c’était en 2006. Maintenant, des nids-de-poule toujours plus grands obligent les véhicules à slalomer. L’étroitesse de la route à travers les montagnes rend le trafic difficile pour tous ces camions chinois. Nous avons même vu un poids-lourd en fâcheuse posture avec sa remorque dans la rigole provoquant une embouteille en pleine montagne. Malgré ça, nous parcourons les 120 kilomètres en quatre heures. Ca nous rappelle drôlement les routes birmanes et les passagers à l’estomac fragile. Heureusement cette fois-ci pas besoin de lancer des sacs par la fenêtre.
Nous arrivons midi à la station de bus et on se dit qu’on trouvera un moyen de continuer notre itinéraire jusqu’à Pak Beng dans l’après-midi. Nous désenchantons rapidement ; seulement deux bus par jour partent pour Pak Beng, un à 8h30, l’autre à 10h, aucune correspondance l’après-midi. Non vaincus, nous tentons le stop en plein soleil après avoir recopié le nom de notre destination en laotien sur un bout de carton. Après deux heures, nous nous rendons à l’évidence qu’il faudra attendre le lendemain pour le bus public. C’est simple presque aucune voiture ne passe par là et les quelques camions ne nous font pas franchement rêver.
Alors, comme on est là, profitons de découvrir Oudomxai.

On va le dire tout de suite et ne pas faire durer le suspense, il n’y a pas grand-chose à faire dans cette ville !

Le lendemain, direction le terminal de bus pour nous rendre à Pak Beng, bourgade au bord du Mékong. Une petite cent-vingtaines de kilomètres nous en sépare mais sur les routes laotiennes, ça devient une longue virée. A nouveau on slalome, on est balancés de toute part et cette fois-ci, plus qu’une autre, le bus est surchargé. Les gens doivent s’asseoir soit par terre ou sur des petits tabourets en plastique entre les couloirs du minibus.
On en profite pour admirer la nature par la fenêtre (enfin on essaye de ne pas être frigorifiés car le voisin la garde grande ouverte).
Le village de Pak Beng est tout en pente et tout en longueur et est constitué principalement d’auberges et de restaurants. En effet, c’est l’étape intermédiaire pour le tracé classique de la descente du Mékong entre Huay Xai (frontière thaïe) et Luang Prabang. Les touristes empruntant ce tour s’arrêtent uniquement ici pour passer la nuit. Les bateaux accostent vers les 17h et avant cette heure, pas un chat dans les rues. C’est très étrange de trouver un endroit qui vit uniquement entre la fin d’après-midi et le matin… L’avantage pour nous qui sommes arrivés à midi est que nous avions le choix de la chambre et un restaurant privé pour passer quelques Skype.

Le matin, c’est la cohue au port pour embarquer et remplir les bateaux. Ensuite, la croisière se passe tranquillement en descendant cette mythique rivière, loin de l’ambiance du film Apocalypse Now. Le matin, la brume s’accroche aux arbres, l’air est frisquet, nous nous pelotons sur nos sièges de voiture pour nous réchauffer. Peu à peu le soleil va percer cette couche de nuage (aussi dense qu’à Delémont en hiver) pour faire apparaître le ciel bleu. Sous nos yeux défile une jungle luxuriante parsemée de quelques petites habitations. Nous croisons quelques pécheurs, des enfants qui se baignent et nous saluent avec de grands gestes. Le bateau brinquebale à son rythme, parfois le commandant nous crie de ne pas bouger de nos sièges – cri aussitôt relayé par sa femme qui s’assure que les touristes turbulents restent assis afin que le passage dans les rapides se passe sans encombre. Les eaux peuvent être parfois bien tumultueuses et nous ne donnons pas cher de nos vies si ce bateau longiligne devait se retourner.
Le seul hic pour nous fût un arrêt où des dizaines d’enfants ont accourus vers l’embarcation pour vendre divers bracelets et colliers. La plupart des touristes présents se sont empressé d’agripper leur appareil photo pour fusiller les jolies petites filles typiques du Laos. On se serait tout simplement cru au zoo…

Après huit heures de navigation, quelques manœuvres périeuses dans les rapides et un bruit de moteur constant, nous sommes contents de mettre le pied à terre et finalement heureux du choix de n’avoir navigué qu’une seule journée. Le canoë dans la jungle à Luang Namtha nous a aussi rempli la tête de magnifique paysages autour de cette eau brune si caractéristique.

Croisière sur le Mékong

Janvier
19
2018

Trekking et canoë dans la jungle laotienne avec la gueule de bois

Luang Namtha - 33'428 km - J 221

Après une traversée de frontière entre la Thaïlande et le Laos sans la moindre difficulté (lire notre passage de frontière dans la section pratique du blog), nous arrivons dans la petite bourgade de Luang Namtha, dans le nord du Laos. Quand on vient ici, c’est pour mouiller la chemise dans la brousse ; on a le choix tout est à la carte ou presque.Comme nous n’avons que deux semaines de visa dans ce pays, nous allons voyager en mode « express » et choisissons le package deux jours « 1 jour canoë, 1 jour trekking ».

Pour le canoë, nous retrouvons trois personnes qui finissaient leurs deux jours de randonnée. Les agences s’arrangent pour greffer les nouveaux venus aux personnes en cours de route. Nous embarquons depuis un petit village local construit de maison en bambou. Nous rejoignons donc Peter un jeune hollandais, Thani une espagnole et Dimitri un belge qui parle la langue de chacun d’entre nous. Notre guide, Kham qui part devant avec Peter, nous laissera nous débrouiller derrière sans vraiment prendre le temps ni se préoccuper de notre niveau de canoë. Le seul conseil « pagayer ensemble dans les rapides ! ». Heureusement, nos vieux réflexes sont vites revenus et nous avons la nostalgie des jours d’été au Doubs. C’est parti pour 20 kilomètres sur un confluent du Mékong.
Pour le repas de midi, c’est poisson. En tout cas, c’était le menu prévu. Kham se met à la pêche au filet. Après plusieurs tentatives infructueuses, c’est au tour du chauffeur de tuktuk qui nous a rejoints de tenter sa chance, également sans succès. Nos estomacs commencent à s’inquiéter… Heureusement, le chauffeur était passé le matin au marché pour acheter deux poissons accompagnés de « sticky rice », un riz collant, spécialité locale. Le repas est quelque peu frugal mais délicieux.
Nous avons mis un peu de temps pour nous coordonner sur le canoë mais nous avons réussi à ne pas nous retourner dans les rapides. On a eu quelques frayeurs en se cognant la tête dans les bambous à fleur de l’eau mais on a surtout adoré observer la jungle de si près.
De beaux passages calmes nous permettaient d’écumer l’eau qui commençait à remplir le canoë après chaque rapide. Nous sommes prêts pour la descente des gorges de l’Ardèche avec les loulous Adri et Val !

En fin d’après-midi, c’est avec les bras à la Popeye que nous quittons nos amis de navigation et nous nous rendons dans un village où nous dormirons chez l’habitant avec notre guide. Dans la plupart des villages, les ethnies ne se mélangent pas. La scolarité est effectuée jusqu’en primaire et pour certains jusqu’au secondaire. Ensuite, la seule vocation professionnelle se résume à « jungle office ». En gros, tailler des bambous, faire un peu d’artisanat et aider son voisin. Nous dormons dans un plus grand village où plusieurs ethnies cohabitent, il compte environ 300 habitants.

Par chance, ce jour-là, une nouvelle maison vient d’être construite. Elle a été bâtie en une journée et tous les villageois ont mis la main à la pâte. Le mot « maison » est un peu exagéré dans ce cas ; quatre parois en bambou tressé sur des fondations en bambou et un toit en tôle forment l’unique pièce d’environ 25 mètres carrées. La règle est simple ; le début des travaux doit commencer au lever du soleil et tout doit être fini au coucher sinon ça porte malheur.
Pour l’inauguration, la tradition veut que chaque habitant du village passe à tour de rôle pour manger et boire avec le nouveau locataire. Et pour la boisson, on vous explique : des jarres en terre cuite sont remplies à ras-bord du whisky local, une sorte d’alcool de riz fermenté. Une paille est attachée à un morceau de bambou et plus il est enfoncé, plus le taux d’alcool est élevé.
Le principe est de boire à la paille pendant que le « serveur » verse une tasse d’eau dans la jarre et il ne faut pas que le liquide déborde du récipient. Et chacun, à tour de rôle, passe à l’épreuve. On peut dire que notre tour est passé souvent… On pense que ça les faisait bien rire de voire ces deux blancs tirer sur ces pailles en essayant de garder un visage impassible. Il faut le dire c’était vraiment ignoble, ils appellent ça « whisky » mais c’est la seule notion d’alcool qui rappelle ce nom. Sinon ça sent très fort la fermentation et dans une petite jarre des bulles éclataient à la surface.
On peut vous dire que c’était fort en alcool, difficile de dire le pourcentage mais ça tirait drôlement !
Sans oublier qu’entre chaque tour, il faut boire des verres de bière en shot… On ne va pas vous cacher qu’à 20h, Kham a décrété qu’on devait tous aller au lit. Heureusement car on était franchement cuits.
Kham, était déjà bien lancé après les deux premières bières, alors quand il a commencé avec le whisky, on ne comprenait plus rien à son anglais. Il riait tout seul à ses histoires et surtout difficile de dire s’il traduisait n’importe comment les blagues des habitants ou si ça n’avait vraiment ni queue ni tête mais on n’a strictement rien compris.
Il s’est aussi mis à chanter accompagné d’un gong frappé par une tong ! Les habitants n’ont pas une culture de la musique et c’était le seul à chanter. On ne peut pas dire que c’était très mélodieux mais ça a mis l’ambiance.
Pour ne rien aider à notre cuite, le repas offert était une sorte de soupe que nous avions vu mijoter l’après-midi : des abats d’une chèvre. Le goût ultra épicé ne masquait pas du tout l’odeur de la bête, même la salade était immangeable, beaucoup trop pimentée. Les deux cuillérées que nous avons prises par politesse et les trois bouchées de sticky rice n’ont pas été suffisantes pour éponger tout l’alcool ingurgité. Pour reprendre les mots de David : « on a vraiment l’impression de rouler une pelle à une chèvre avec ce plat ! ».

Nous estimons que le défi du cinq de trèfle « Partagez un sac plastique d’alcool de riz avec une paille » est réalisé même si c’est dans un jarre. On a dû boire au total l’équivalent de quatre tasses.

Le lendemain, le réveil fût dur, tout aussi dur que le matelas sur lequel nous avons dormi en tout cas (dormi n’est pas vraiment le terme approprié surtout avec les quelques frayeurs au milieu de la nuit que nous ne vous raconterons pas ici). Le petit déjeuner ne nous a pas aidé à nous requinquer. On vous laisse deviner la composition de ce repas. Et oui, du sticky rice ! Accompagné cette fois d’un œuf frit et d’un bout de peau de bœuf carbonisé. Si vous avez déjà essayé de mordre et d’avaler votre porte-monnaie (ou votre sac Gucci), vous connaissez déjà le délicieux goût de la peau de bœuf. Pour les autres, tentez de manger votre ceinture, vous verrez… Le tour un peu croustillant a un léger goût de BBQ et l’intérieur est vraiment caoutchouteux. Heureusement pour nous, un chat affamé a réussi à mâcher notre morceau.

Bref, c’est avec des petits nains au travail dans la tête que nous quittons tôt le village pour notre journée de randonnée dans la jungle. Comme pour le canoë, l’agence a joint un groupe de six autres personnes à notre tour. Nous devons aller les chercher, passer au marché pour les provisions et ensuite nous rendre aux abords de la jungle pour débuter notre marche.

Notre groupe est composé de Marc, un jeune retraité français expatrié à la Réunion, de Patrice et Claudy, un couple de retraités français adorables, de Marina et Vincent un jeune couple amoureux de la nature et de Marcus, un allemand globe-trotteur. Sim, une laotienne, nous accompagnait aussi comme assistante-cuisine de Kham. Cette dernière était vêtue avec des habits de ville assez chics et portait surtout des tongs avec des chaussettes. Ce détail est important à retenir.
Le parcours se devait être facile, en effet Kham avait souligné l’âge de Claudy (qui approche de la septantaine mais qui est en pleine forme). Au final le chemin choisi fut loin d’être si « facile ». Ce n’est pas un peu de grimpette dans la jungle qui fut le plus compliqué mais surtout les chemins glissants et raides, les traversées de rivières en équilibre sur des troncs. Si Emma s’est retrouvé que deux fois les fesses parterre, Marcus et Marc ont presque fini plusieurs mètres en bas du talus. On lève notre chapeau à Claudy pour sa bravoure. Presque toute l’équipe était crottée tellement le terrain était humide et boueux.
Kham s’arrêtait souvent pour nous montrer différentes plantes plus ou moins comestibles (Emma se souvient encore de la fleur qui anesthésie la bouche, David aurait voulu une plante contre le mal de tête mais ce n’était pas au programme…).
Nous avions un peu soucis de passer une journée avec tous ces gaulois mais la journée fut très drôle et chaque personne apportait son petit plus. On a tout appris de la Réunion avec Marc pour qui nous n’avons pas marché suffisamment aujourd’hui. Il s’attendait à marcher pendant 8 heures, pourtant il avait signé pour 4 jours. Il aura le temps de faire chauffer ses jambes. Et nous, nous étions franchement contents de ne pas avoir dû marcher pendant 8 heures ! Marina aura traduit avec attention les légendes compliquées de Kham aux séniors. Claudy et Patrice nous auront régalés avec leurs voyages au Népal, dans les Andes et plus encore. Emma aura parlé politique, cannabis et voyages avec Marcus, l’allemand qui n’a pas tant aimé son voyage en Nouvelle-Zélande car les paysages ressemblent trop à l’Europe. Ça tombe bien on pourra bientôt se faire une idée.
On termine la journée exténués et courbaturés mais heureux d’avoir exploré la jungle et surtout avec les adresses mails et les propositions d’hébergement de Patrice et Claudy dans le sud de la France et de Marc à la Réunion !

Après le canoë et une randonnée dans la jungle avec la gueule de bois, on est contents de déguster un bon filet de bœuf – frites et de nous coucher. Notre aventure continue le lendemain en direction du Mékong.

#DefiCinqDeTrèfle : partagez de l’alcool de riz avec une paille

Descente en canoé

Janvier
16
2018

Bienvenu chez les nordistes thaïs…

Chiang Rai - 33'228 km - J 218

Après qu’Emma se soit plus ou moins séparée de ses copines de Chiang Mai, nous arrivons à Chiang Rai située à 160 km de sa voisine (et prononcer Raï, comme la musique de Khaled). Et le nord on le sent bien ici, il fait un froid de canard. Oui oui on vous entend vous moquer gentiment, quoi du froid en Thaïlande ?! D’accord pas aussi glacial qu’en Suisse en pleine vague de froid mais le thermomètre affiche quand même 10°C, c’est simple on porte tous nos habits chauds. Le hic, les restaus, bars, cafés et même notre hôtel ne sont pas isolés. La palme va à notre hôtel qui n’a pas de vitres. Il fait un peu frisquet la nuit. Heureusement que l’on n’a pas choisi la nouvelle tendance ici : dormir dans une tente sur le toit d’une auberge de jeunesse ! Les tentes sont grandes, le lit à l’air plus confortable que le nôtre (et l’est certainement) mais c’est un peu cher pour dormir quasiment dehors.

On a surtout attendu un peu de soleil avant d‘entamer les grandes visites autour de Chiang Rai, malheureusement il ne fera son apparition que lors du dernier jour avant le départ.

La ville en tant que telle n’est pas aussi sympa que Chiang Mai, le centre-ville est petit et malgré le confort sommaire de notre hôtel on est très contents d’être au centre. On trouve des bars sympas, des cafés, des boulangeries, un marché de nuit et une gare routière régionale à deux pas. De nouveaux hôtels avec un bon rapport qualité-prix sont tous situés dans la périphérie, c’était hors de question pour nous. Nous avions vraiment le temps alors nous ne nous sommes pas pressés pour voir les attractions de la région en réalisant un bon tri. Les agences pullulent de tours (la visite des 11 meilleures attractions en une journée ne nous faisait vraiment pas rêver).

La tour de l’horloge qui s’illumine et sonne à partir d’une certaine heure une fois la nuit tombée vaut la peine d’être vue au moins une fois. On dirait une miniature de celle exposée dans l’exposition des horloges à la Cité Interdite de Pékin. Elle est dorée, brille de mille feux, est éclairé en différentes couleurs et a la même sonnerie que le collège de Delémont !

Le marché de nuit qui a lieu tous les soirs est très sympa mais ne varie pas vraiment d’un autre marché de nuit (et de ce qu’on trouve à celui de Chiang Mai). Par contre le marché du samedi soir est tout simplement géant. Il s’étire sur presque 4 km.

La ville vit au rythme de fête des fleurs durant tout le mois de janvier. Un grand parc a été paré de fleurs en tout genre. Le tout est un peu too much mais les fleurs restent magnifiques. On peut admirer des fleurs de chez nous comme des tulipes, des lys, des géraniums et beaucoup d’autres sortes. Le soir quelques concerts ont lieux rendant l’endroit bien animé. On assistera même au concert sûrement d’une star de la pop asiatique qui était l’idole des jeunes filles.

Cette région dite du « Triangle d’Or » située entre le Myanmar et le Laos, est habité en partie par la tribu Karen (clin d’œil à la belle-sœur ;)). Il est toujours difficile de savoir s’il est « bien » d’aller visiter des villages typiques vivant encore comme dans une époque qui nous parait éloigné. Nous avions déjà eu cette discussion concernant la tribu des Tsataans en Mongolie (lire l’article Le Nadaam ou la fête du slip, une fierté toute mongole). Ce voyage aura changé notre vision de la consommation que l’on se fait des attractions touristiques. Pour nous aller voir les femmes-girafes, ça sonne un peu comme aller au zoo… Idem pour aller caresser un tigre drogué ou monter sur le dos d’un éléphant. Petite parenthèse sur les éléphants dans le nord de la Thaïlande : les agences pullulent et vendent soit le nourrissage et un bain avec les éléphants soit un tour sur leur dos. Pour nous c’était tout vu nous refusons d’encourager le commerce du tourisme avec les éléphants. Certaines agences prennent vraiment soin et réhabilitent ces grands pachydermes. La qualité a un prix et il vaut mieux réserver. Si notre rêve avait vraiment été d’aller les voir de plus près nous l’aurions fait de cette manière mais nous avons tout simplement passé notre tour.
Pour revenir au peuple Karen, un musée nous aide à y voir plus clair. Malheureusement il est carrément dépassé… Les graphiques s’arrêtent en 1996, les coupures de journaux datent de cette époque, les objets sont plus poussiéreux que le dessous de notre lit à l’hôtel et les explications sont un peu « simplistes ». Par exemple un petit encadré mentionne le fait que les enfants peuvent jouer sans avoir besoin de piles et de batterie, et oui je cite « […] ici pas besoin de Playstation 2, les enfants s’amusent avec ce qu’ils trouvent (sic) ». Bref un brin moralisateur tout ça. Ils encouragent aussi les touristes à aller voir des mahout (dresseurs d’éléphants) car sinon ils n’auront plus de travail et devront aller dans la capitale avec leur animal et la vie là-bas est très dangereuse. On se dit, ok pour quoi pas… Mais pourquoi pas non plus encourager les dresseurs à arrêter de dresser les éléphants par la force, les enchainer, les briser et créer un autre mode de communication entre les humains et les animaux sauvage ?
Notre besoin de culture n’aura pas été très bien assouvi sur ce coup-ci…

La maison noire ou Baam Dan
Après deux jours ou nous n’avons pas beaucoup bougé David a eu la bonne idée de louer des bicyclettes pour nous rendre à la maison noire. Voulant éviter de suivre la route principale on s’est quelque peu perdus en chemin mais nous avons découvert de jolis coins déserts. Une fois arrivés devant la Baam Dan c’est un peu le choc ! Des minibus partout, une sono qui hurle des chansons pour enfants en thaï, une entrée payante (alors que nous avions lu que c’était gratuit)…. En effet, l’artiste Thawan Duchanee (1939-2014) a fait construire un ensemble d’une trentaine de bâtiments dans son village natal. Aujourd’hui décédé, sa « maison » est devenue un musée. Le plus grand bâtiment est très impressionnant, il est construit comme un grand temple chinois tout en bois très foncé. A l’intérieur on trouve des trônes faits en corne de buffles, des peaux de crocodiles entières, des bouddhas, des toiles géantes. Ça continue ensuite dans les divers petits pavillons qui ressemblent tantôt à des chambres d’amis couvertes de peaux de bêtes, des salles de bain où les coquillages vides, les poissons coffres et autres peaux de raies remplissent l’espace. Ici c’est le cauchemar des vegans ! Sans rire, il doit y avoir des milliers d’animaux morts (ou ce qu’il reste de leur peau, coquille, corne…). On notera la peau d’un loup, d’un ours, de lynx, de renards, de crocodiles (par centaines) et des crânes et cornes de bœufs en nombre incalculable. Tout est démesuré et l’ensemble donne une atmosphère glauque et fascinante à la fois. Le temps grisâtre donne une ambiance encore plus glauque à notre visite. Malheureusement on n’a pas beaucoup d’informations sur l’artiste et son travail (hormis qu’il est mondialement reconnu, bon merci ça doit être pour ça que son jardin est rempli de touristes et qu’il ressemble à Confucius avec sa longue barbiche blanche). Après avoir arpenté le jardin et exploré le moindre petit recoin (ce que les touristes en tour n’ont pas le temps de faire, ouf on était tranquilles) nous avons quand même apprécié ce lieu empreint de mystère. Les gravures sur bois sont fantastiques, le style traditionnel thaï flirte avec la modernité. Le seul bémol serait que la majorité des lieux sont fermés, on ne peut apercevoir les intérieurs que depuis les vitres (ou tout le monde laisse des traces de doigts). On est sorti un peu mal à l’aise vis-à-vis de toutes ses espèces d’animaux mortes à la vue de tous. D’où viennent t’ils et ont-ils été tués pour « l’œuvre » de Thawan Duchanee ou les a-t-il rassemblé au fil des ans ? On espère juste que ça ne donne pas trop d’idées de déco aux touristes asiatiques.., On connaît leurs penchants pour les animaux en voie de disparition…

Le retour en vélo fut encore plus charmant car nous avons traversé des champs d’ananas. Le paysage était magnifiquement vallonné (on remercie nos vieilles bicyclettes d’avoir trois vitesses). Sur une colline un peu plus haute nous avons aperçu un bouddha blanc géant assis. Ni une ni deux nous sommes allés le voir de plus près. Le bouddha est tout nouveau et il n’est pas encore ouvert au public. Apparemment il sera possible de monter dans sa tête. Un temple blanc ainsi qu’une pagode ont également été érigés sur la colline. Nous n’avons pas eu beaucoup d’informations mais apparemment tout est flambant neuf (et pas terminé). Les pots de peintures et les sacs de plâtres trainent encore ci et là dans le temple. Les moines adorent construire de nouveaux lieux dédiés à Bouddha mais ce qu’on a pu observer c’est que bien souvent les financements manquent et le travail n’est pas franchement bien « fini »…. On se demande vraiment comment tous ces nouveaux temples vont vieillir.

Le pendant de la maison noire est le temple blanc, Wat Rong Khun, se situant au sud de la ville et érigé par l’artiste Chalermchai Kositpipat en 1997. David s’était préparé mentalement à une horde de monde, Emma non. Ce fut le choc en arrivant, le temple est situé dans un village à côté d’une route principale, l’entrée est aussi devenue payante et c’est Europapark ! Il y a encore plus de monde, avec pleins de groupes de chinois. Le temple est majestueux avec ses sculptures lugubres en guise d'accueil (des mains tendues qui jaillissent du sol comme pour nous attraper et nous attirer dans les enfers). On visite le temple à la queue leu leu et on a à peine le temps d’apprécier les fresques murales où Spiderman, Pikachu, Ironman, Yoda et Jack Sparrow (entre autres) côtoient bouddha. Attendez, on rembobine. Vous avez bien lu, oui tous ces personnages sont peints à l’intérieur du temple. Ça n’a pas l’air de choquer ou de questionner plus que ça les gens venus saluer le grand bouddha au centre du temple. D’ailleurs on avait aussi pu apprécier ce genre de gravures sur le nouveau temple d’argent à Chiang Mai. On échafaude quelques théories un peu fumeuses (dans des milliers d’années, les archéologues, tu crois qu’ils penseront que c’est des nouvelles divinités ou des personnages de l’époque ?). Nous n’aurons définitivement pas tout compris à la culture bouddhique à la sauce année 2010. L’artiste estime que son œuvre sera uniquement terminé 30ans après sa mort. Le temple est financé par la vente de ses tableaux, décalé mais toujours en relation avec le bouddhisme.

Ensuite c’est un peu du f**** de g*** selon les mots d’Emma qui ne sera pas très réceptive à cette visite aujourd’hui. On va dire que c’était à cause d’une réminiscence de fièvre. On tombe sur d’autres petits bâtiments blancs ou dorés, des fresques ultra kitsch, des boutiques de souvenirs, des cafés, des porte-bonheurs à acheter et à accrocher. Ca construit un peu partout pour créer un flux de visiteurs (selon les mots David). Soit l’artiste est vraiment mégalo, soit les promoteurs sentent vraiment l’argent mais le côté artistique que nous ressentions à la maison noire s’est définitivement perdu ici.

Cette fois-ci nous avons loué un scooter et nous nous arrêtons ensuite au Singha parc. Ce parc est énorme et très bizarre. Hormis le signe géant représentant un lion (de la marque de bière éponyme) où les touristes se prennent en photo, le parc est composé de plusieurs restaurants, une tyrolienne, un mini zoo et des plantations de thé. Une route principale sillonne le parc mais il nous est impossible de bifurquer sur les petites routes secondaires beaucoup plus charmantes. Pas grand monde ne se promène dans ce parc géant pourtant très joli mais absolument pas fait pour les piétons. On peut louer des vélos mais le prix est très cher pour seulement une heure (150 baht par heure alors qu’une bicyclette coute 60 bahts pour une journée en ville ou 200 bahts le scooter la journée…). On se perd même sur les routes et finissons dans un petit village lambda.
Nous renonçons à aller visiter la plus grande chute d’eau de la région située à 20 km de là et faisons une sieste sur l’herbe surplombant les plantations de thé. On profite de la première apparition du soleil en 4 jours !

La Villa royale Doi Tung
Voici un endroit pour lequel nous n’avions lu que du bien. Nous embarquons dans un bus public partant toutes les heures. Après 1h15 de trajet, le bus nous largue au bord d’une route, de là il faut grimper au sommet de la montagne. Nous sommes les deux seuls touristes et les taxis essayent de nous avoir (500 bahts la montée ou 70 pour une moto taxi par personne, sachant que notre billet de bus nous aura coûté 30 bahts…). David tente de tendre le pouce et là, miracle, après à peine 30 secondes, un couple thaïlandais nous fait signe de monter dans le hayon de leur pickup. C’est parti pour une montée un peu mouvementée. Une fois au parking, des navettes gratuites amènent les touristes en haut. Nous choisissons de marcher les 1.6 km sous l’œil étonné de nos chauffeurs. Une fois en haut nous commençons par visiter le jardin. Celui-ci est certes magnifique mais reste… un jardin de plantes de chez-nous ; gueules de loups, cosmos, pensées, chrysanthèmes et géraniums qui se partagent les plates-bandes.
La Princesse Mère a réalisé ce jardin afin que les habitants d’ici puissent voyager. En effet ces fleurs sont bien exotiques pour un asiatique habitué aux orchidées sauvages.
L’autre particularité de l’endroit est bien sûr la Villa Royale construite et habitée par la Princesse Mère à la fin de sa vie. Le style est un mélange entre l’architecture thaïe traditionnelle et un chalet suisse (c’est voulu). La visite est très protocolée, on doit attendre son tour, mettre ses chaussures dans un petit sac, enlever son couvre-chef, ne rien photographier et ne rien toucher. On a même droit à un audio-guide en français un peu soporifique mais instructif. En résumé la Princesse Mère, la grand-mère du roi actuel Rama X, a passé la fin de sa vie ici à jouer à la pétanque avec ses gardes de corps, policiers et personnel de maison, à tricoter et inciter les femmes à tricoter et broder des mouchoirs pour les travailleurs des montages en hiver, créer des cartes de vœux avec des fleurs séchées, lire des romans policiers en anglais et en français (elle était fan d’Agatha Christie), simplifier les préceptes bouddhiques pour les distribuer au peuple thaï, regarder les étoiles et devenir une as en astrologie, prendre soin de ses géraniums et de ses dents (elle avait un cabinet dentaire dans sa maison). C’est sûrement grâce à elle que les thaïlandais ont de si belles dents d’ailleurs. L’atmosphère et le décor nous rappelle vraiment l’intérieur de chez nos grands-parents. La Princesse Mère avait beau être une figure très importante pour le peuple (elle a sorti les femmes de la région du travail du sexe, a fait développer les compétences artisanales et développé un savoir-faire textile), elle restait une grand-mère avec des occupations de grand-mère ! A son décès, l’audio guide nous apprendre que « dans tout le pays aucun n’œil n’était sec ». Ça vous donne une idée de la voix du type dans l’audioguide.

Notre mini séjour en Thaïlande se termine déjà, finalement nous aurions pu y rester 30 jours sans visa en passant par les frontières terrestres (ce qui est nouveau pour les suisses) mais nous décidons d’aller explorer un peu le Laos. C’est assez drôle de se dire que pour un pays que nous ne voulions pas visiter lors de notre voyage, nous y auront passé le plus longue séjour d’Asie avec plus de quarante jours cumulé… Et nous y reviendront dans 14 jours !

Les mains nous attirent au temple blanc

Janvier
10
2018

Le mal du pays

Chiang Mai - 33'068 km - J 212

Après un mois de décembre en bonne compagnie au Myanmar notre objectif est de faire un saut de puce au Laos. Et oui, pour une fois nous avons une date butoir ; nous un vol pour Auckland depuis Bangkok le 31 janvier. Avec les jeux des jours de visa disponibles, nous prévoyons de traverser le nord de la Thaïlande pour nous rendre au Laos.

Une longue journée de transition nous attend entre Hpa-An (Myanmar) et Chiang-Mai (Thaïlande, à prononcer comme la moutarde de « Maille »). Départ à 7h et arrivée à 19h30… Pour les détails du passage de la frontière, on décrit tout dans notre section « pratique ». Nous avons donc prévu de rester 15 jours en Thaïlande entre les deux grandes villes connues du nord.

La conséquence de ces longues heures de transport, un peu de fatigue accumulée et des températures nettement plus fraîches au Myanmar font qu’Emma s’est fait de nouvelles copines, j’ai nommé Mme Migraine et Mme Fièvre. Son séjour à Chiang Mai ne sera pas des plus inoubliables… Après trois jours de migraines et de la fièvre, il faut passer par la case « docteur ». C’est la première (et on espère dernière, David va vite toucher du bois) fois que l’on doit faire appel au corps médical durant le voyage. Par chance, nous sommes dans une grande ville avec beaucoup d’expatriés et de touristes qui chutent en scooter. Résultat l’hôpital est ultra moderne. En moins de deux heures, le diagnostic est tombé ; une infection de la gorge : 3 jours d’antibios, du repos, des anti-douleurs et en cadeau un joli masque. Le médecin a très vite fait le tour de la question même si Emma n’a jamais été aussi mal de toute sa vie pour une simple infection. Non non, il ne faut pas consulter le Dr Google… On croise les doigts pour que tout se remette au mieux.

Mais Chiang Mai n’est pas connue seulement pour ses hôpitaux, les temples sont aussi pas mal. La concentration de lieux de culte au mètre carré est impressionnante. On en compte presque plus qu’il n’y a d’églises à Venise.
Le centre-ville se trouve dans une enceinte jadis fortifiée, maintenant il ne reste que quelques ruines des murs. Après tous ces mois en Asie, on ne va pas vous le cacher mais on ne s’émerveille plus autant devant un temple. Bien sûr l’architecture est toujours différente et ce sont les détails qui font parfois une grande différence.
Au gré de nos ballades dans la ville nous passerons devant certains temples connus et d’autres moins (c’est souvent ceux-là que nous préférerons). Nous irons quand même voir les plus connus (et oui on ne peut pas s’en empêcher).
Le temple d’argent est assez récent et il est magnifique avec ses parures argentées, le gros hic : l’intérieur est interdit aux femmes (un panneau explique que les femmes, selon la croyance, pourraient détruire certaines reliques de leur simple présence). Ça finira de faire fulminer Emma qui se consume déjà sur place avec sa fièvre.
Le plus connu de la ville est très certainement le Doi Suthep situé sur une petite montagne au-dessus de Chiang Mai. Nous avions lu sur le blog de Novo Monde que la marche pour y grimper valait vraiment la peine, en plus elle passe par un temple niché dans la jungle. Pour Emma c’était mission impossible et David ne voulait pas faire tout le chemin tout seul. Nous avons donc essayé de faire comprendre au chauffeur du taxi collectif de laisser descendre David à mi-chemin afin qu’il aille voir le fameux temple pendant qu’Emma l’attendrait quelque part. Le temple caché a tenu ses promesses, David a été émerveillé par sa beauté (oui oui malgré notre degré de « lassitude » des temples !). Par contre le temple Doi Suthep n’avait rien de si incroyable à nos yeux. Il était surtout noyé de touristes. Emma finalement réussi à trouver un banc à l’ombre pour attendre David agoniser toute seule au milieu de la foule qui n’en avait rien à faire, tout en espérant qu’il la trouve dans cette grande enceinte. Avec du recul, la stupa dorée était vraiment impressionnante et les grands escaliers de 306 marches également.

Vu le niveau d’énergie et le manque d’envie de courir partout nous décidons d’aller nous faire masser. Comme à Khao Lak, c’est une vraie torture. Les membres sont retournés dans tous les sens, mais il paraît que c’est pour notre bien… Cette fois-ci on se dit que c’est vraiment le dernier massage thai ! En plus ça n’a pas aidé pour la crève…
Nous irons aussi au cinéma après plus de 6 mois sans s’assoir dans une salle de projection (la dernière fois était pour voir Spiderman à Oulan-Bator). Nous avons vu le remake d’un film de notre jeunesse : Jumanji. Un moment très particulier a été le passage, en plein milieu des publicités d’avant-film, d’un montage de photos du nouveau roi sur une musique traditionnelle thaïe où tous les personnes présentent dans la salle doivent se mettre debout. Les offenses au Roi sont vraiment très mal vue et répréhensibles par la loi, en bref on ne rigole pas !

Et finalement, nous irons nous baigner dans une ancienne carrière appelée aujourd’hui le « Grand Canyon ». La journée au bord de l’eau a été très agréable, à faire du Stand Up Paddle et des sauts depuis la falaise à environ 6 mètres (enfin que David entendons-nous bien). Nous nous sommes bien marré quand un petit groupe de lady-boy est arrivé et qu’ils tentaient de faire le saut depuis la falaise. L’un d’eux a même fait un sacré show en criant à tout va « Miss Thaïlande » puis en s’éloignant à toutes jambes du bord. Il a quand même fini par sauter après avoir rameuté toutes les personnes présentes autour et dans l’eau.

Emma se souviendra surtout de cette ville comme d’un moment pas très agréable. En effet même si les visites ont été espacées sur cinq jours certaines ont vraiment été difficiles. La ville est jolie même si très touristique. Nous aurions pu aller explorer de petits villages (plus ou moins) typiques mais nous avions aussi besoin de nous reposer après ce petit marathon birman. La ville est très touristique et manque un peu d’authenticité mais pour nous, trouver un petit déjeuné correct avec un vrai café ce n’était pas du luxe.

Une porte vers la guérison

Janvier
04
2018

Ça se passe à l’intérieur !

Hpa An - 32'818 km - J 206

On termine vraiment bien notre passage au Myanmar avec Hpa-An et sa région. Après les hauts lieux touristiques de Bagan et du lac Inle où les magnifiques paysages sont incontestables nous décidons d’explorer les alentours de cette petite ville peu connue.
Avec Hpa An, on retrouve l’authenticité de la vie quotidienne birmane, bien loin de ce que nous avions découvert auparavant. Bien sûr, n’imaginez pas qu’il n’y a aucun touriste, mais on sent vraiment une autre ambiance.

Dès notre arrivée, après deux heures de bus depuis Moulmein, on déniche une petite chambre sans chichi. A croire que passer une nuit dans un bel endroit remonte la gauge de tolérance pour les hôtels car avec du recul cette chambre était vraiment décrépite et sans évacuation d’eau pour la salle de bain ! On vous laisse imaginer l’humidité.
Enfin bref, sitôt posé nos sacs on enfourche un scooter pour nous rendre avant le coucher du soleil à la « Bat Cave » : la grotte aux chauves-souris. Le spectacle est tout simplement à couper le souffle. Au crépuscule, des millions de chauves-souris sortent d’une petite cavité d’une grotte dans un nuage noir et cela durant plus de trente minutes. Ensuite on peut apercevoir la nuée de chiropteras qui forme un long ruban dans le ciel et au-dessus des montagnes partir en chasse. Afin qu’elles évitent de voler dans les câbles électriques à proximité de la grotte, une femme tape sur un bidon vide à un rythme régulier, ce qui ajoute une ambiance très particulière à ce moment magique. Un point de vue (avec une stupa au sommet bien évidemment) permet d’embrasser la vue à presque 360° sur le fleuve et les montagnes alentours. Comme d’habitude c’est pieds-nus que nous grimpons sur le point de vue. Miam on marche dans le guano des petits Batman, ce n’est pas super appétissant. Heureusement que les habitants du village le récolte pour fertiliser leurs champs, sinon il y en aurait encore plus…

Le meilleur moyen d’explorer les alentours est de louer un scooter. Pour notre premier jour, nous commençons par la visite de Kyauk Ka Lat. Sur un gros rocher est érigée une stupa dorée, le tout sur un petit lac à côté d’un monastère en pleine construction. C’est très beau avec le reflet du rocher sur l’eau bleue. Il n’est pas possible d’atteindre le sommet qui est réservé aux moines. Dans le monastère juste à côté, on peut découvrir un moine embaumé en position du lotus dans une cage de verre. Nous n’avons pas réussi à dire s’il était embaumé à la « Lennine » ou reproduit en cire à la « Grevin ». Nous n’avons pas tenté d’observer ce haut personnage sous toutes les coutures, pour nous le mystère restera entier.

Pour la suite de notre journée, nous nous rendons dans le parc Lumbini et ses centaines de bouddhas en position assise, perdus au travers de hautes herbes. Un « fun cable » qui est en fait un télésiège à plat permet de les observer. Ca nous rappelle surtout qu’au même moment, les skieurs s’amassent sur de « vrais » télésièges en station. On s’amusera surtout à dire bonjour aux touristes birmans très impressionnés par cette installation et qui nous rendent nos bonjours avec gaieté.
Depuis le parc, une randonnée grimpe au sommet de la plus haute montagne de la région, le mont Zwegabin. L’idéal est de commencer l’ascension tôt le matin pour ne pas souffrir de la chaleur. Notre objectif n’étant pas l’effort physique pour aujourd’hui (surtout que nous sommes partis avec très peu d’eau pour changer). Nous montons uniquement les 400 premiers mètres du chemin (pour 200 mètres de dénivelé…) jusqu’à un monastère. La vue depuis ce point s’étend déjà sur les magnifiques paysages du pays Karen. Les rizières d’un vert éclatant partagent le terrain avec quelques vaches qui paissent attachées à un poteau ou dans un modique pâturage.

Notre arrêt pour le dîner se fait à une piscine naturelle mais avec des bassins séparés homme-femme. Nous constaterons par la suite que la plupart des piscines sont compartimentées : un grand bassin et plus joli pour les hommes et un plus petit et souvent à l’écart pour les femmes. Petite parenthèse gastronomique, nous gouterons les meilleurs spaghettis végétariens du voyage dans un petit restaurant qui ne paie pas de mine.

La suite de la journée se fera dans les grottes Saddan après quelques kilomètres de route en terre rouge. Pour ce passage souterrain, le plus touristique de la région, les birmans y sont allés fort dans l’éclairage « disco ». Ca nous rappellera la grotte « Europapark » chinoise et sa boutique de souvenirs au milieu du parcours. Pour le chemin retour, il est possible de prendre une petite embarcation suivant une étroite rivière. Le trajet d’environ une demi-heure est splendide et fait découvrir ces paysages encore d’une nouvelle façon.

Après cette longue journée, c’est rouges de poussière et avec les pieds sales (on reste toujours pieds-nus) que nous trouvons un petit bassin naturel pour la baignade qui cette fois-ci est mixte !

Cette journée en résumé dans notre vidéo digne d’une nomination aux Oscars ici.

La seconde journée sera dédiée à l’exploration de grottes, toujours aussi remplies de bouddhas et de stupas, de chauves-souris et de bassins naturels. Nous zigzagons entre les crottes de chauves-souris et les crachats dans une semi obscurité. Nous avions lu que la plupart des grottes étaient très glissantes et dangereuses mais maintenant elles sont toutes bien aménagées et sécurisées.
A nouveau, sillonner ces petites routes sur un scooter permet de profiter et de s’imprégner de la vie locale.
Pour plus d’informations, nous détaillons nos itinéraires de visite de Hpa-An dans la section Pratique du blog.

L’aventure en Birmanie, ah non Myanmar on a dit, se termine ici, la suite se passera à nouveau en Thaïlande !

Sortie des chauves-souris de leur grotte

Janvier
01
2018

L’aventure continue en 2018

Moulmein - 32'771 km - J 203

Peut-on faire la fête au Myanmar à Nouvel An ? Il semblerait que non… Premièrement les restaurants et les bars ferment à 22h30. Ce n’est pas vraiment le principe d’une soirée de Nouvel An, surtout pour faire sauter les bouchons de champagne… Deuxièmement, perdre sa clé d’hôtel à 23h et la rechercher partout dans la ville, ça casse l’ambiance… Bref, pour nous le passage en 2018 s’est fait dans une chambre d’hôtel avec TV5 monde en fond et une bière !

Mais avant d’en arriver là, re-situons-nous dans le contexte ; après avoir laissé Adrien et Valérie à Rangoun nous avons pris un bus en direction du sud-est. Nous arrivons à Mawlamyine ou Moulmein, l’ancien nom, après un court trajet en bus (7h, ça passe vite). Il nous sera plus facile d’appeler la ville Moulmein question prononciation... Rudyard Kipling y passa quelques jours et George Orwell y habita quelques temps.
À l'époque l'endroit devait être plein de charme mélancolique. Aujourd'hui les jolis bâtiments coloniaux sont en piteux état. On trouve les mêmes petites guérites de tabac à chiquer que partout ailleurs, des échoppes vendant tout et rien (surtout rien... on aura vu les plus grosses peluches de notre vie). Les déchets sont omniprésents, les petits canaux qui se déversent dans le fleuve ne sont que plastiques. Les gens jettent sans vergogne. On essaie de ne pas leur jeter la pierre ; le système est mauvais, ce n'est pas leur faute si les poubelles sont rares et le tri inexistant. Malgré tout Emma ne peut refreiner sa colère en voyant une femme parmi tant d'autres, jeter de manière si désinvolte tous ses déchets par la porte du bus...

Ici, bizarrement, les auberges les moins chères sont situées vers le terminal de bus à plusieurs kilomètres de la ville. Nous irons trouver une chambre en ville directement après avoir lu le nom d'un endroit bon marché sur un blog. Nous atterrissons à l'Aurora Guest House. Les chambres avec lits jumeaux sont à 12$ avec ventilateur et sans petit déjeuner. La chambre ressemble plus à une cellule de prison de 6m2 sans fenêtre et avec des lits ultra durs. En plus, les murs sont en papier. On est le soir du 30 décembre, le courage nous manque pour aller chercher mieux.

En allant nous promener le long du fleuve on trouve une terrasse sur l'eau pour admirer le coucher de soleil. Un peu plus loin, toujours au bord de l'eau nous tombons sur le « night market ». Les stands de brochettes sont alignés et vendent quasi tous la même chose : poissons entiers, poulet, bœuf, porc, fruits de mer et d'autres choses non identifiables. L’endroit est sympa et on goûte aux fameuses brochettes en ne tentant pas le diable et les choses « non identifiées ».
Un peu plus loin, on remarque un grand hôtel avec une jolie vue sur l'eau et on tente de demander leurs tarifs. Et oui, Emma aimerait bien quand même dormir une nuit dans une belle chambre confortable, il faut dire que notre cellule de prison ne fait pas rêver pour le 31 décembre. Il ne reste que la chambre la plus chère, la meilleure… on s’octroie cette petite folie à 50 dollars. D’ailleurs cette nuit nous aura été offerte par les généreux dons de Noël (encore merci aux donateurs ;)).
La vue de la chambre est magnifique, depuis le 5e étage le panorama à 180° sur le fleuve et la ville en contrebas est vraiment sympa. Ce retour d’un peu de confort ne fait pas de mal et c’est vraiment sans tristesse que nous quittons la cellule de prison.

Le dernier jour de l’an, nous partons visiter une attraction très particulière aux alentours de Moulmein ; il s’agit du bouddha géant couché construit en 1992 d’après la volonté d’un moine. Avec ses 180 mètres de long, le Win Sein Taw Ya est le plus grand du monde. La construction n’a pas été aboutie et malheureusement le bouddha déjà commence sérieusement à avoir besoin déjà d’un coup de neuf. On ne se fait pas prier pour visiter l’intérieur du bouddha. Des statues et des moulages presque grandeur nature ont été érigés sur quatre étages. Les statues retracent l’histoire de Bouddha. C’est très kitsch et carrément flippant par moment, surtout le passage des enfers avec de grands démons transperçant avec des lances les pauvres humains. Le hic c’est que tout tombe en décrépitude, on se sait plus bien ce qui reste à construire ou ce qui est déjà cassé. L’entrée est gratuite mais on peut faire une donation. Nous avons choisi de financer une nouvelle plaque de carrelage pour la robe du bouddha.
En face de celui-ci on peut voir le visage d’un autre grand bouddha en cours de construction. On ne sait pas depuis combien de temps il est dans cet état mais on doute qu’il soit achevé un jour. Tout autour de cet endroit on peut voir des statues et diverses sculptures bouddhiques avec un goût toujours aussi étrange pour les couleurs pétantes. A l’entrée du parc, 500 moines d’environ 3m de haut faisant l’aumône sont alignés le long du chemin. Ce n’est pas « beau » mais le nombre est impressionnant.

L’autre curiosité de la ville de Moulmein est son temple avec une stupa géante dorée sur une colline au-dessus de la ville. La vue est très jolie pour le coucher du soleil et la stupa scintille à la lumière rasante de la fin de journée. Ca rattrape un peu celle de Rangoun que nous avons raté ! Elle inspira aussi Kipling dans le poème « The Road to Mandalay » :

“By the old Moulmein pagoda
Lookin’ lazy at the sea
There’s a Burma girl a-settin’
and I know she thinks o’ me“


On notera aussi la présence d’un bouddha tressé en bambou dans un temple plus petit au pied du monastère, il est moins impressionnant niveau taille et scintillement mais le savoir-faire du tressage est magnifique.

Une fois le soleil couché, nous mettons nos plus beaux habits en batique indonésien pour aller souper. Mais elle n’a pas été très glamour, tant pi ce n’est qu’une soirée comme une autre car sans copain avec qui boire des coups le niveau de fête est différent !
On ne peut qu’espérer que l’année 2018 soit aussi incroyable que celle que nous venons de terminer, en tout cas c’est tout ce qu’on demande.

Les charmes de Moulmein auront fait leur petit effet sur nous. Malheureusement nous n’avons pas retrouvé cette mystérieuse clé magnétique perdue à 23h. Ces quelques heures d’avance par rapport à la Suisse nous auront permis de souhaiter la bonne année à nos proches tranquillement.
C’est tous tristes que nous quittons ce joli hôtel et sa vue magnifique pour la petite ville de Hpa-An située à quelques kilomètres seulement.

Win Sein Taw Ya

Décembre
30
2017

Rangoun, le rendez-vous manqué

Rangoun - 32'610 km - J 201

Il est 4 heures du matin, le trajet en bus s’est avéré compliqué et les 14 heures de voyage se fond vraiment ressentir. Le taxi négocié durement avec deux russes nous dépose devant notre hôtel que nous avons pour une fois déjà réservé. Les grilles sont fermées devant l’entrée… Tous les cafés aux alentours sont fermés. Emma qui attend que David fasse le tour du quartier essuiera une tentative de croquage d’orteils par un rat courageux. Entre les moustiques féroces, les chats indolents qui ne réagissent pas au bal des rats autour d’eux et les odeurs du caniveau ces trois heures d’attentes sont terribles.
La journée s’annonce sans fin… à 7h, le gérant ouvre les portes et nous signale que notre chambre n’est pas disponible avant 11h... On s’affale sur le canapé de la réception. 9h, une famille québéquoise avec un enfant d’à peine 7 ans court partout et deux amis italiens accidentés de scooter discutent à forte voix sans prêter une seconde d’attention aux deux cadavres sur le sofa à côté d’eux… C’est trop de bruit pour le manque de sommeil… Direction un café calme. De retour à 11h à l’hôtel, la chambre n’est pas prête. On est patients. Finalement, midi, une sieste est la bienvenue. Bienvenu à Rangoun !

Petite parenthèse sur les routes au Myanmar : nous n’aurons jamais vu de routes en si mauvais état. Pourtant ils essayent de les remettre à neuf ou du moins tentent de les goudronner mais ce n’est pas gagné.
D’abord, il faut extraire des pierres des falaises alentours. Quand les parois rocheuses jouxtent la route c’est plus facile. Les ouvriers utilisent quelques marteaux-piqueurs puis des pioches pour casser la roche en plus petits morceaux. Les femmes s’occupent plutôt du gravier. Il faut étaler ces pierres et ce gravier sur la route de terre puis étendre le goudron. Celui-ci est fabriqué directement au bord de la route dans des demi-barils qui cuisent sur des braseros. Les barils finirons abandonnés sur le bord de route jusqu’à… l’éternité. Ensuite un rouleau compresseur essaye d’aplanir tout ça.
Parenthèse dans la parenthèse : On n’en parle pas vraiment mais les déchets sont un autre très grand fléau du pays, pire que tout ce qu’on ait vu jusqu’à présent.
Revenons sur la route. Et voilà on obtient une route pas assez large pour croiser les véhicules venant en sens inverse, il faut croquer dans les bas-côtés en terre. La partie goudronnée est pleine de trous et les bus essayent de les éviter au mieux. Entre ces zigzags, les virages et l’envie de rouler le plus vite possible du chauffeur, les estomacs birmans ne sont vraiment pas assez accrochés. Durant chaque trajet en bus quasiment la moitié des passagers vomiront. Les nôtres sont habitués mais on est quand même contents d’avoir nos pilules magiques. On tentera d’en proposer à nos voisines mais elles les vomiront directement…
C’est après ce trajet que nous nous promettrons de ne plus jamais prendre de bus de nuit durant ce voyage…

Un peu reposés, nous revoilà à Rangoun. Adrien et Valérie ont un jour d’avance sur nous grâce à leur vol interne d’à peine une heure. Aujourd’hui ils font le tour de la ville avec un chauffeur privé. De notre côté, on ne sent pas l’obligation de voir toutes les recommandations touristiques populaires. On visite le parc du peuple (People’s Park) à côté de la pagode Shwedagon.
Cette dernière est le premier centre religieux du Myanmar et selon la légende, elle contiendrait huit cheveux de Siddhartha Gautama, LE bouddha. Pour tout vous dire, nous n’irons même pas la visiter… Nous avions rendez-vous avec nos amis là-bas pour le coucher du soleil moment où les rayons font briller de mille feux la stupa dorée mais le temps nuageux ne nous motivera pas. Des stupas on peut dire qu’on en a vu des centaines, toutes dorées toutes magnfiques. Nous sommes peut-être un peu blasés mais le courage nous manque.
Pour le parc, rien de bien exceptionnel si ce n’est le parc d’attraction. On se serait cru dans un parc fantôme, au début on pensait même que certaines montagnes russes ne fonctionnaient pas. Et si ce n’est pas l’adrénaline du grand huit qui fait peur ici, c’est la désuétude des installations. On passera notre tour…
La trentaine approchant (enfin surtout pour David) nous sentons quand même qu’après ces trajets en bus on a vraiment du mal à récupérer. Nous visiterons le marché de rue dans le quartier de Chinatown qui est très animé et sympa (enfin pas au petit matin quand vos estomacs crient famine et que les étals de viande fraîche et de poissons sentent fort dans la moiteur de la ville).

29 décembre, jour de la Saint-David mais surtout 200ième jour de voyage, déjà ! Comme c’est passé vite ! On vous a déjà fait un ressenti au milieu de notre voyage dans notre article des 6 mois, alors vous savez tout ! Est-ce qu’on signe pour les 100 prochains jours ? Oui, sans hésiter (et même davantage si on pouvait !).

Nos soirées, les dernières avec Val-Adri, sont super agréables. On boit des coups, on mange bien et surtout on rigole bien. A nouveau, c’est avec tristesse mais avec plein de magnifiques souvenirs qu’on les laissera filer pour rejoindre la grisaille suisse le 30 décembre… A l’année prochaine les loulous et merci pour cette aventure birmane !

Pour la blague, on a failli ne plus pouvoir rentrer dans notre auberge le dernier soir, les grilles fermant à minuit et nous sommes arrivés juste à temps, décidément cette ville n’est pas pour nous !

Nous reprenons notre chemin et continuons en direction du sud du Myanmar et ses villes moins connues pour le passage en 2018.

Rue de Rangoun
Crédit photo @Val-Adri

Décembre
27
2017

Noël à la plage sous les cocotiers

Ngapali - 32'350 km - J 198

Le Myanmar n’est pas du tout connu pour ses plages de bord de mer et pourtant plusieurs milliers de kilomètres de plages de sables blancs longent la côte de la mer d’Andaman. Le problème, c’est qu’elles sont difficiles d’accès.

Adrien et Valérie ont choisi Ngapali comme lieu de repos pour passer Noël. Si nous avions choisi notre itinéraire, on pense que nous aurions esquivé ce lieu car notre mois de farniente en Thaïlande n’est pas si loin. Mais pour des vacances de Noël, rien de tel qu’un petit bain de soleil et de mer pour oublier la fraîcheur des jours précédents et surtout la vague de froid en Suisse ! Et on peut le dire on ne regrette pas du tout cette belle découverte.

Après Bagan, il nous fallait trouver un moyen d’atteindre la côte sud-ouest. Le trajet en bus dure plus de 20 heures et aucun bus direct n’existe… Nous serions arrivés le matin du 24 décembre et on sait qu’après un bus de nuit, c’est dur de récupérer. Pour éviter de passer la veillée de Noël complètement morts, on a pris l’avion avec Valérie et Adrien. Nous avons gagné environ 19h de trajet par rapport au bus, on peut le dire : il n’y a pas photo ! Malheureusement les billets ne sont pas très bons marchés car Ngapali Beach est une destination un peu plus huppée et moins classique au Myanmar. Petit plus, pouvoir admirer la ville de Bagan depuis le ciel durant un petit moment, c’est splendide !

La ville de Ngapali s’étend sur une dizaine de kilomètres et la guest house que nous avions pu réserver tant bien que mal avec le wifi à Bagan se trouvait en fait à plus de 3km de l’hôtel de nos amis. Pour quelques jours de plage ça tombe mal d’être si loin. En plus notre auberge n’a pas de wifi, ça devient difficile de communiquer. C’est un peu mal à l’aise qu’on arrangera une annulation gratuite avec nos hôtes pour pouvoir changer d’endroit. Sur la côte les hôtels de luxe se succèdent, on est le 23 décembre et tout est rempli. On désespère un peu surtout que, comme nous l’avons déjà découvert, les nuitées au Myanmar sont nettement plus chères qu’ailleurs en Asie (presque 20 CHF pour une chambre très simple, avec salle de bain partagée, sans eau chaude et un wifi qui ne fonctionne pas).
Finalement nous trouverons une petite perle dans un hôtel nouvellement construit et surtout à 5 minutes à pied de chez nos amis. Le petit plus, nous serons même surclassés !

Nos amis ont réservé dans un magnifique hôtel et l’avantage avec les grands complexes c’est qu’ils ne sont pas regardant. On a ainsi pu squatter les chaises-longues très confortables et même les linges sans aucun problème. On devient des as du squattage d’hôtel (on se souvient encore très bien de la magnifique piscine de nos mamans en Thaïlande et des cocktails sirotés bien au frais !).
Nous avons pu participer à la soirée du 24 décembre organisée par l’hôtel avec un spectacle de marionnettes, des cantiques chantées par les employés et surtout un magnifique buffet de nourriture ! Durant une heure si on payait 12USD on pouvait commander de l’alcool à volonté, eh bien on ne s’est pas gênés !
Normalement nos repas de Noël en famille durent toute la journée mais ici les clients, à majorité asiatique ont englouti les entrées/plats et desserts en une heure montre en main. On a vraiment été surpris par la vitesse à laquelle la soirée s’est déroulée. A 22h tout était fini.
Le lendemain on est allé se faire plaisir en mangeant un joli homard dans un petit restaurant près de chez nous, verdict : c’était excellent !
Nous avons aussi découvert le restaurant qu’un ancien cuisinier de l’hôtel de nos amis a ouvert récemment. On a dégusté les meilleurs œufs Bénédicte de notre vie ! D’accord il fallait toujours attendre minimum 45 minutes même si on était les seuls clients. On avait le temps et surtout manger un morceau de baguette croustillante et une béchamel onctueuse au pays des nouilles huileuses c’est divin. On y est retourné deux fois, c’est dire…

A Ngapali nous n’aurons pas visité la Pearl Island ni pris part aux autres excursions proposées. Nous nous serons contenté de bien manger, bien boire, bronzer, nous baigner dans une eau magnifiquement claire et pas trop chaude, nous balader le long de cette plage interminable et simplement profiter de la « magie de Noël » sous les cocotiers !

On vous l’avoue aussi on a eu un coup de blues, surtout que le réseau n’a pas forcément permis de joindre nos famille quand nous le voulions pendant les fêtes de famille mais la présence de nos amis ont largement contribué à nous redonner le sourire.

Malheureusement il faut penser à repartir de ce petit paradis et ça ce n’est pas une mince affaire non plus, mais ça on vous le raconte au prochain épisode !

#defiHuitdeCoeur : fêtez Noël avec nous en Birmanie

Balade sur la plage à Ngapali
Credit photo @Val-Adri

Décembre
23
2017

Les incontournables levers du soleil de Bagan

Bagan - 32'041 km - J 194

Impossible de venir au Myanmar sans passer par Bagan. Et ce passage obligé ne date pas d’hier mais depuis déjà des siècles. La cité était la capitale du royaume Pagan (le Myanmar actuel). Il fût le plus grand empire d’Asie du Sud-Est avec celui d’Angkor des Khmers. A l’époque, avec plus de 10'000 monuments, la ville était un lieu de pèlerinage incontournable. La plupart des temples encore sur pied datent de l’âge d’or de la ville quand le 42e monarque Anawratha régnait entre 1044 et 1077. En 1287, l’Empire mongol fait tomber Bagan. Par la suite, les sanctuaires ne sont plus très entretenus, ni par les différents empires ni par les colons anglais. Il faut attendre le tremblement de terre de 1975 pour qu’on se rende compte des merveilles historiques et culturelles que la région possède et l’intervention de l’Unesco. Dans les années 90, cette dernière quitte le lieu suite à la politique du pays très critiquée. Il faudra attendre un nouveau séisme en 2016 pour revoir l’organisation et aussi l’augmentation exponentielle du tourisme. (source :routard.com)

Alors que Adrien et Valérie gagne un jour de visite en arrivant en avion, nous prenons un bus de jour depuis Nyaung Shwe pour 8 heures de route dans les sillons de la montagne. L’estomac a du mal à suivre, surtout pour nos voisines qui vomissent quasiment à chaque virage (dans un sac en plastique, qu’elles balancent par la fenêtre juste après).
Arrivés à Bagan, nous ratons le coucher du soleil, événement clé avec les levers. Tant pis, on en verra d’autres.
David remarque qu’il a oublié son pull dans le bus et oui, il ne fait pas beaucoup plus chaud à Bagan le soir qu’au lac Inle. Après avoir demandé à la réceptionniste de notre auberge d’appeler la compagnie, la polaire réapparait comme par magie à notre retour du souper...

Le point d’orgue de Bagan, c’est sans conteste le lever du soleil sur les temples. Le premier matin, nous accompagnons Valérie et Adrien au départ de leur vol en montgolfière. Nous les canardons de photos et nous nous dépêchons de trouver une bonne place sur un temple pour observer ce spectacle splendide. A notre arrivée, assez proche du terrain de lancement, le soleil a déjà pointé le bout de son nez mais nous sommes à l’heure pour la féérie ; on voit s’éparpiller une vingtaine de ballons au-dessus des ruines et des temples à la lumière de l’aube. C’est à couper le souffle. Il n’y a pas assez d’adjectifs pour décrire ce paysage. A ce moment, nous comprenons que Bagan est un lieu de passage immanquable. Le moment le plus magique reste celui où les rayons oranges du soleil percent la brume matinale et viennent se poser sur les pointes des stupas en pierre.

C’est gelés mais ravis que nous enfourchons nos bécanes. Tous nos déplacements dans la ville se font en e-bike, un scooter électrique. C’est pratique et écologique (en tout cas pour éviter la pollution dans la ville). Bagan est composé d’environ 2'500 sanctuaires, il faut faire des choix ! Armés d’une carte nous essayerons de voir les temples les plus remarquables indiqués par les guides ou par de gentils serveurs. La manière la plus sympa reste quand même de se perdre un peu dans les méandres de petites routes sablonneuses et tomber par hasard sur des merveilles cachées.
Le rythme est intensif car durant trois jours nous nous sommes levés à 4h pour voir le soleil se lever, on retournait ensuite petit déjeuner à l’hôtel ou dans un café puis soit on se reposait soit on continuait de visiter les environs. L’après-midi rebelote pour admirer la lumière rasante du crépuscule. Le seul hic est de devoir rendre les e-bike à 19h car ils doivent être chargés durant au moins 9h. Nos amis ayant un hôtel loin du notre nous n’avons pas toujours pu souper avec eux car la ville de Bagan s’étend sur plusieurs kilomètres de long et est divisée en trois parties : Old Bagan, New Bagan avec ses jolis nouveaux hôtels de luxe et Nyaung U, qui regroupe les pensions les moins chères. On vous laisse deviner dans quelle partie nous avions posé nos sacs à dos…

En résumé, à Bagan on croise beaucoup de touristes agglutinés sur les temples (même si c’est interdit et que récemment une femme s’est tuée en tombant) mais c’est vraiment un endroit magique ! Adrien et Valérie ont adoré leur excursion en montgolfière, de ce qu’on a pu voir le service est très professionnel (pick-up à l’hôtel, petit déjeuné avant le décollage, casquette offerte à la fin et staff aux petits soins). Tout ça a un prix, il faut compter environ 300 USD pour 30 minutes de vol. Pour nous c’est un petit peu hors budget mais même avec du recul on ne regrette pas cette folie. On se réserve pour la Nouvelle-Zélande et des sensations un peu plus fortes.

Montgolfières au-dessus des pagodes

Décembre
20
2017

La perle bleue du Myanmar

Nyaung Shwe - 31'817 km - J 191

C’est tout excités que nous arrivons au Myanmar car nous allons retrouver nos amis, Valérie et Adrien. Leurs vacances étaient prévues avant qu’on décide de partir en voyage, leur excitation était aussi à son comble ! Nous avions prévu de nous retrouver au Lac Inle après leur visite à Mandalay et surtout leur trek de trois jours entre Kalaw et le lac.

Nous avons quitté Kuala Lumpur le 15 décembre à 7h40 et sommes arrivés au Lac Inle à 6h du matin le 16. Ce voyage fut long et stressant surtout à l’aéroport de Kuala Lumpur, où les files d’attentes sont interminables et le temps trop court. Une fois à Rangoun nous sommes tombés sur le chauffeur de taxi le plus sympa du monde (en tout cas de notre voyage) pour nous amener à la gare routière afin de prendre un billet pour un bus de nuit jusqu’à Nyaung Shwe. La gare routière ressemble davantage à un village encombré de bus en tout genre, petites échoppes et un embrouillamini de véhicules allant dans tous les sens. Ajoutons des chiens, des moines qui font la quête, une sono à fond, des vendeurs de pacotille, des pièces de moteurs éparpillées et nous voilà au milieu d’un beau chaos.
Le chauffeur nous amène directement à la meilleure compagnie de bus, « JJ express ». Malheureusement tous les bus sont complets, il est 10h du matin et on commence un peu à stresser. Pour une fois, on a réservé un hôtel pas trop mal pour nos trois nuits au lac.
Ni une ni deux le chauffeur nous emmène plus loin et il faut lire le birman pour comprendre que c’est un comptoir de bus. La chance nous sourit, il reste deux places pour le bus de nuit qui part à 18h. Notre chauffeur nous avance même l’argent pour les tickets car nous n’avons juste pas assez de liquidités avant de nous amener à un changeur d’argent. Il nous propose même de nous amener dans un café climatisé non loin des bus pour que nous passions la journée au calme.
Nous aurions pu aller un moment en ville mais il faut près de 1h30 en taxi pour y aller et compter pas loin de 7'000 kyats par trajet (alors que le ticket de bus en coûte 15'000). En bref ça ne valait pas forcément la peine de faire autant de trajet pour visiter la ville et le réveil à 4h du matin commençait à peser. De plus, nous avons prévu de revenir à Rangoun à la fin du mois.

Arrivés tôt le matin à Nyaung Shwe (après avoir dû négocier un taxi car le bus nous a largué à plusieurs kilomètres), dans la brume matinale, nous constatons très vite qu’il fait très froid ! Nous sommes impatients de nous faufiler sous la couette pour nous réchauffer et rattraper quelques heures de sommeil perdu durant le trajet de bus.
Dans la ville, nous tombons nez à nez avec une file de moines recevant les offrandes quotidiennes donnée par les habitants (principalement du riz pour leur seul repas de la journée). Un gong sonne tous les jours vers 5h30 pour annoncer leur venue. Ce premier tableau birman sera complétement surréaliste. Malheureusement notre chambre ne sera pas prête avant 11h du matin, nous tenterons donc de dormir sur le canapé de l’auberge, qui a apparemment l’habitude et nous donne même des couvertures.

L’après-midi, nous visitons le petit village où nous venons de débarquer et retrouvons nos amis vaudois pour le souper. Comme toujours, les retrouvailles passent vite et la soirée est déjà terminée. Nous les retrouverons le lendemain à leur hôtel pour une journée d’excursion sur le lac.

Sur le lac, nous nous attendions à énormément de bateaux de touriste et presque un embouteillage sur les eaux. Finalement, on constate que ce n’est pas le rush touristique comme nous avions pu le lire sur certains blogs. On s’était déjà fait cette réflexion en flânant en ville. Ce n’est pas pour nous déplaire ! Nos amis nous proposent de profiter avec eux de leurs excursions en bateau. La seule contrainte est d’être à 8h30 à leur hôtel situé à une dizaine de kilomètres de la ville. Nous testerons tous les moyens de locomotion et le taxi voiture reste le plus confortable, en effet la route est pleine de bosses et en tuk-tuk nos fesses en prennent un coup !

Le premier jour est dédié à un tour général sur le lac, on va appeler ça le tour « classique ». De nombreux touristes refusent de faire ce tour car le guide vous conduit uniquement dans des boutiques où il touche un pourcentage. Nos amis ont réservé au travers d’une agence locale et qui garantit un certain niveau d’autonomie. Oui, nous avons visité les boutiques et fabriques dites « classiques » du Lac Inle, c’est-à-dire : le tissage des fibres de lotus, la construction de pirogues en bois, la confection de cigares et brièvement une forge.
Le tissu réalisé à partir de tiges de lotus est assez grossier mais c’est un travail de titan, on comprend tout de suite pourquoi les prix sont si élevés. Les mélanges avec de la soie sont jolis mais malheureusement les modèles sont vraiment démodés.
La dégustation de cigares à 10h du matin était épique et ils n’étaient pas trop mauvais, notre préférence allait au goût menthe et anis (ces derniers déclenche une certaine envie de Pastis chez David).
L’atelier de pirogue est impressionnant, d’une part la longueur des embarcations et de l’autre des outils à disposition. On verra deux jeunes gens en tongs, short et maillot de foot scier avec une longue scie à bras de fines planches dans une énorme poutre. Emma ose à peine imaginer les accidents de travail et le peu de rééducation qui doit suivre, aïe aïe aïe.
Nous profitons bien de ces visites mais nous ne sentons pas que le capitaine du bateau ni même les artisans nous poussent à acheter. Ils ont l’air juste content de nous présenter leur travail.

Nous avons l’occasion de voir les pécheurs traditionnels qui dirigent leur pirogue sur un pied, la technique est impressionnante. Nous avions aussi lu et entendu que de « faux » pécheurs étaient là pour les photos de touristes mais nous n’avons pas eu du tout cette impression pour ceux que nous avons eu l’occasion d’apercevoir.
De manière plus générale sillonner le lac est magique surtout quand les mouettes vous poursuivent en fin d’après-midi. Aux abords, de véritables potagers flottants sont disséminés, le désherbage prend une autre dimension ici !

Pour la seconde sortie sur le lac nous partons en direction de Sagar. Il faut traverser entièrement le lac Inle pour arriver dans un chenal et dans un autre petit lac. Le trajet prend presque deux heures mais il vaut la peine. On a le temps d’observer de belles scènes de vie quotidienne et surtout ce paysage de maisons sur pilotis et les jardins qui les entourent.
Nous verrons deux ensembles de temples vraiment incroyables. Après avoir vu des centaines de temples et de stupas au Myanmar ceux-ci restent dans notre top 3 car on sent qu’ils sont anciens et pas aussi tape à l’œil que certains. On croise à peine une dizaine de personnes durant toute la journée !
Des petites filles se feront un plaisir de nous confectionner deux colliers en lotus chacun. On goutera aussi une sorte d’alcool de riz et en achèterons mais nous n’aurons finalement pas l’occasion de boire la bouteille durant ce voyage, ce n’est que partie remise une fois en Suisse !

Lors de notre dernier jour, nous voulions explorer les abords du lac en vélo et avions prévu un itinéraire de 30 km avec un retour en bateau. Malheureusement nous tombons malades avec un début de grippe. Le simple fait (pas si simple en fait) de rejoindre nos amis à leur hôtel situé à 12 kilomètres fut bien assez éprouvant pour nous. La route en terre était pleine de nid de poule, il fallait faire attention aux camions et autres véhicules qui ne peuvent pas croiser sur cette petite route. Nos vieilles bicyclettes ont trois vitesses et heureusement mais même la seconde partie de route plus asphaltée ne changera pas notre niveau d’énergie. Nous finirons par monter sur un petit temple et profiter des bains thermaux sur la route retour. Ces bains étaient vraiment sympas et les quatre bassins à température différentes nous ont bien délassés. Le retour à notre hôtel fut un peu moins éprouvant.

C’est avec de très bons souvenirs que nous quittons le lac Inle et ses merveilles. Cette année le tourisme était nettement moins important et c’est vrai que nous imaginons bien que la magie peut vite s’évanouir face au bruit incessant des bateaux. Malheureusement cette ouverture au tourisme détruit peu à peu l’écosystème du lac qui s’empoisonne gentiment. La notion d’éco-tourisme n’as pas encore fait son chemin ici.

On continue sur notre lancée de temples-addict et on vous retrouve à Bagan !

Regardez notre vidéo Une journée sur le lac Inle !

Ruines de Sagar

Décembre
15
2017

Préambule sur le Myanmar

Rangoun - 31'388 km - J 186

Est-il « juste » de venir en Birmanie ?

Depuis plusieurs mois le monde a la tête tournée en direction de la Birmanie pour ce qu’on appelle la « crise des Rohingya ». Cet article est un peu différent mais permettra de mettre en contexte l’actualité et nos questionnements éthiques.

Il faut savoir que la Birmanie compte des centaines de groupes ethniques différents sur son territoire. D’ailleurs de quoi parlons-nous, de la Birmanie ou du Myanmar ?
Les birmans sont le groupe majoritaire du pays, appelés Bamar. Le nom « Birmanie » fait donc référence à ce groupe (Burma en anglais). C’est en 1989 que le nom officiel est devenu « Union du Myanmar » pour ne plus faire référence uniquement à l’ethnie majoritaire birmane. Le nom Myanmar apparaît dans des écrits anciens et regrouperait les différentes ethnies du pays.
En 2010, la junte militaire l’a, à nouveau transformé, pour devenir la « République de l’Union du Myanmar ». Le mot « Union » souligne la multi-ethnie de l’Etat. Le nom officiel est cependant controversé et non-reconnu par certains pays. Comme les opposants politiques ; par exemple sa voisine, la Thaïlande. La France continue d’appeler le pays « Birmanie », comme l’encourage à le faire Mme Aung San Suu Kyi, pour qui le nom de Myanmar a été décidé par la junte militaire sans demander l’avis du peuple birman. Le débat est vaste et nous avons décidé, pour notre part d’utiliser le nom de Myanmar dans nos articles. Pour les passionnés de langue française, ce texte de l’ambassade française est intéressant et l’usage du français veut que l’on appelle Birmanie car le nom Myanmar n’est utilisé depuis suffisamment longtemps pour apparaître dans la langue française : Birmanie ou Myanmar ? Le vrai faux débat

Bien sûr on vous raconte tout ça en raccourci mais c’est en cliquant sur la page Wikipédia que vous pourrez en savoir davantage Birmanie.

Pour revenir à l’actualité, le 25 août 2017, des rebelles de l’Armée du salut des Rohingya de l’Arakan (ARSA) ont attaqué une vingtaine postes frontières faisant douze victimes dans les rangs de la police. Ce groupe a été formé en 2016. La raison de ces attaques est la stagnation du dossier des Rohingya auprès des autorités.
Le peuple Rohingya se chiffre à environ 1 million de personne de confession musulmane sunnite. Ils vivent dans l’Etat d’Arakan (ou Rhakine), dans le nord-ouest du Myanmar dans un pays à 90% bouddhiste.
C’est en 1982, que la loi édictée par la dictature militaire, n’a pas reconnu les Rohingya comme faisant partie des 135 ethnies du pays, les rendant ainsi apatride. Ce que nous appelons « la crise des Rohingya » n’est pas nouvelle, elle existe en fait depuis des dizaines d’années.

Revenons à cette année 2017. Une forte répression armée a été la réponse du gouvernement, après les attaques du mois d’août. Elle a causé la mort de plus d’un millier de personne selon l’ONU (400 morts selon l’armée). Toujours selon l’ONU, des villages entiers sont brûlés, des femmes sont violées et des exactions sont commises de la part de la junte. Les observateurs sur place osent les mots « nettoyage ethnique ».

En septembre 2017, l’ONU estime à près de 379’000 le nombre de Rohingyas qui ont fui le Myanmar sur deux semaines pour trouver refuge au Bangladesh, pays limitrophe de l’état Rhakine. Mais de ce côté de la frontière, ils sont considérés comme des immigrés illégaux et vivent dans une misère absolue dans des camps. Ceux fuyant par la mer rejoignent la Malaisie, ce qui provoque le plus grand exode de la région depuis la guerre du Vietnam.

A nouveau, on vous encourage à aller lire le très bon article du Monde qui met en lumière la crise des Rohingya ainsi que les différents liens auxquels il renvoie.
lemonde.fr - Comprendre la crise des Rohingya en Birmanie -

Alors, en tant que voyageur, faut-il se rendre dans un pays qui pratique une telle ségrégation ? Si non, dans ce cas, il ne faut plus aller en Chine (Tibet et Cachemire), en Russie (Tchétchénie), en Israël (Palestine), etc. etc. Pour ne citer que les cas d’actualité mais on pourrait dresser une liste beaucoup plus longue. Nous nous sommes clairement posé la question, d’ailleurs de nombreux touristes ont annulé leur voyage au Myanmar pour la fin de l’année.

Bien sûr, nous ne cautionnons pas ce qui se passe au Myanmar (ni en Chine si on parle de liberté des droits de l’Homme et de la presse, ni en Russie – deux pays que nous avons traversé durant notre voyage). Toutefois c’est avec un regard éclairé et informé que nous avons quand même décidé de nous y rendre. De plus, nous avions prévu de retrouver nos amis là-bas, pour ce voyage qu’ils ont depuis si longtemps préparé. Y aller ne signifie pas encourager les massacres ni soutenir l’armée, ni même encourager l’omerta de Mme Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix, conseillère spéciale de l’Etat et porte-parole de la présidence qui n’a que peu pris la parole cette année.

Mais comment faire pour voyager de manière plus responsable ?

De manière plus générale, le Myanmar étant un pays « fraichement ouvert », quelques précautions sont à prendre en considération. Le Lonely Planet nous en donne quelques exemples ; ils nous encouragent à ne pas participer à des tours organisés groupés qui ne fait circuler de l’argent que dans un canal fermé, ne pas acheter tous ses souvenirs au même endroit, ne pas aller dans des hôtels appartenant à la junte, etc. Cette dernière est difficilement applicable car les propriétés sont souvent peu claires. En bref il faut surtout voyager de manière indépendante et essayer de distribuer son argent au plus de monde possible le long de son voyage.

A l’heure où nous écrivons ces lignes et nos récits à suivre sur le Myanmar nous sommes déjà hors frontières. Beaucoup de gens nous ont demandé si nous avions ressenti quelque chose de particulier lié à l’actualité brûlante. La réponse est non, pas vraiment. Nous avons effectué un circuit assez classique avec nos amis (Rangoun, Lac Inle, Bagan, plage de Ngapali et retour à Rangoun). Nous nous sommes ensuite rendus dans le sud après le départ d’Adrien et Valérie.
Généralement, on dit toujours que parler de politique avec les habitants est toujours assez déconseillé. Nous n’avons pas vraiment l’occasion d’aborder le sujet avec quelqu’un de confiance au Myanmar. Par contre l’histoire qui suit nous est arrivée dans nos toutes premières heures dans le pays :

A Rangoun, en attendant le bus, un moine bouddhiste s’adresse à David. Ses premiers mots sont, dans un anglais approximatif, « Toi, tu n’es pas musulman ? L’islam n’est pas une religion, les musulmans sont tous mauvais ». Surpris, David répond que tous les musulmans ne sont pas extrémistes et essaye d’argumenter. Le moine, sourd d’oreille, continue de décrier les musulmans de manière brutale. David en est resté choqué… En attendant, Emma qui assistait à toute la scène, n’a pas eu droit à un seul regard ni un geste…
C’est très étrange d’entendre de tels propos émanant d’un moine bouddhiste, chauve dans son habit orange. L’image que l’on se fait d’eux est plutôt sereine et paisible. Il est difficile de s’imaginer une telle rage et une telle haine venant de cette religion qui prône la recherche de son éveil intérieur. Mais après s’être renseigné sur des groupes extrémistes comme « Mouvement 969 », on se dit qu’on est tombé sur un moine de cette école extrémiste. D’ailleurs l’instigateur du mouvement habite à Rangoun.
Après des salutations, le moine s’est ensuite vite détourné de David pour pianoter sur son téléphone. C’est soulagé que nous sommes montés dans notre bus en s’assurant qu’il n’était pas du voyage !
Nous n’avons ensuite plus recroisé de moine tel que lui et n’avons pas non plus eu l’occasion de parler avec quelqu’un de cette situation – ce que nous regrettons un peu d’ailleurs.
Pour terminer, nous espérons que cet article ne sera pas censuré par le Myanmar qui a déjà infligé une peine de 35 ans de prison à un blogueur birman après avoir critiqué l’Etat…

Vous voilà donc avec quelques clés supplémentaires en main pour comprendre les récents événements. Nous espérons que vous aimerez nos articles en lien avec nos aventures à quatre dans ce magnifique pays qu’est le Myanmar… ah non la Birmanie… Enfin bref, nous continuerons d’adopter un ton léger et de l’humour même si nous sommes totalement indignés par le sort des Rohingya.


Décembre
15
2017

Saut de puce à KL en deux versions

Kuala Lumpur - 29'747 km - J 186

Parce qu’on n’a pas toujours la même manière d’écrire ni les mêmes avis, aujourd’hui on vous propose chacun notre vision de la ville.



KL vue par Emma
Kuala-Lumpur ressemble à Jakarta en plus snob. Les tours Petronas étaient les plus hautes du monde en l’an 2000. Tout est dit, maintenant elles sont ridicules, enfin surtout leur prix d’entrée, ridiculement exorbitant.

Ridicules aussi les décorations de Noël des centres commerciaux. Les gens sont hypnotisés par les lumières, les Pères Noël et tout le toutim des lutins. Business is business.

La ville sent l’argent. Enfin pas partout, c’est aussi un patchwork de cultures. On parle bien de patchwork car on n’a pas l’impression qu’elles se mélangent beaucoup. Un pied en Inde, dans les Emirats, en Chine, chacun son lieu de culte et sa nourriture.

Les indous font des fêtes n’importe quand à n’importe quelle heure ; cool au moins ils sont sympas on peut aller voir leurs cérémonies. Les guirlandes de fleurs sentent bon, les couleurs ravivent le quartier.

Pour changer on a atterri à Chinatown dans le pire hôtel ; horreur et damnation sauf pour le chat des lieux qui se fait plaisir dans les chambres… merci les odeurs et la chaleur.

Ville cosmopolite tropicale, KL ne remporte pas la palme du tri des déchets (pourtant qu’est-ce qu’on en voit des palmiers autour de la ville). Chaleur, détritus, le bon cocktail pour les minions rats. On commence à avoir l’habitude des Molly mais non je ne m’y fais pas.

La ville a grandi, les transports aussi mais on rajoute, on modifie des lignes. On n’y comprend rien, un métro qui est en fait un train passe toutes les 30 minutes, ah non finalement pas. On se trompe, on s’énerve, on a un bus à prendre, on sprint, on y croit plus et finalement on attend… le bus qui n’est pas celui qu’on a réservé. A quoi ça sert de réserver si on se fout de nos choix ? Bon ok j’arrête de me plaindre on est dedans.

KL ou la ville un peu passée de mode… on aura eu le temps de la voir, de nous perdre, de nous énerver, de mal manger, de mal dormir, d’être déçus, d’avoir eu trop chaud. C’est la vie on ne peut pas toujours être contents. Youpi on la quitte !

Ah ben non, on se stress, un peu, beaucoup, passionnément… comment 3h d’avance peuvent passer aussi vite ? Comment la file d’attente peut-elle ressembler à un serpent qui s’enroule dans tout l’aéroport. Après les rats les serpents, pas le choix on est pris dans son flux, on doit avancer, on est broyé. Œil de lynx du douanier, il s’en fout il a le temps, lui.
Summum du stress, il est 5h du matin, on essaye de respirer, se calmer. On ne peut pas se débattre dans le ventre d’un serpent. Remontés acides, oups on a dépassé quelques personnes… sorry sorry. Les chinois ne rigolent pas. Ce n’est pas notre faute s’ils voyagent avec un autocar de valises non plus.
On pense louper l’avion pour Rangoun, ça passe tout juste… à 10 minutes près. Le serpent nous recrache, lessivés.

On a les coudes fatigués à force d’avoir joué avec…
Sans rancune ma vieille, on était peut-être pas fait pour s’aimer, ne soit pas si jalouse de Hong-Kong voyons.


KL vue par David
Kuala Lumpur, c’est deux courts stops. Le premier après nos « vacances » à la plage en Thaïlande. Le grand écart… Le second après deux étapes malaisiennes reposantes et sportives à la fois.

Le choix de nos hébergements n’aura pas favorisé notre appréciation de la ville. Le premier, l’Happy Cat où il doit y avoir que le chat qui y est content. Le second, un dortoir pour quatre mais à chaque mouvement dans le lit, le grincement du métal réveille tout l’étage. Pas de chance dans nos choix ou généralité à Kuala Lumpur ?

La ville devait être belle jadis mais elle n’a pas réussi à suivre le rythme comme sa sœur Singapour. Les deux emblèmes de sa modernité d’il y a bientôt vingt ans, les tours Petronas et la KL Tower, n’éblouissement plus le regard. Lors de notre passage, nous sommes tombés sur une exposition temporaire présentant le futur de la ville à ses citoyens. De belles perspectives mais avec toujours un gout de retard. Après faut-il suivre les exemples des villes qataries ou des émirats ? Pas sûr…

Pour nous aérer l’esprit citadin, nous décidons de nous balader dans la forêt au pied de la tour KL. Mais la balade se transforme vite en labyrinthe quand, à chaque chemin emprunté, une barrière signale la fermeture de celui-ci. Après avoir arpenté durant des heures les sentiers de tous les styles possibles (avec du carrelage, en bois, en métal, avec des marches régulières et irrégulières, dans la boue, en pont suspendu…), nous sortons enfin de cette épreuve.

Deuxième tentative culturelle en Malaisie après la maison coloniale de George Town ; Lost in Chinatown. On en ressort dubitatif. Ce musée récent a pour mission de retracer les origines des immigrants chinois qui ont créé ses quartiers partout dans les grandes villes. A la base, nous avions l’impression que la visite allait être sous forme d’Escape Room où nous devions trouver des indices pour en apprendre d’avantage sur les différents Chinatown du monde et leur histoire. Mais non, c’est simplement des photographies de quartiers à différentes époques avec des textes rébarbatifs… L’étage inférieur est réservé à des photos avec le filtre « cartoon » sur des héros de comics ou des personnalités célèbres… Nous ne comprenons pas le rapport…
La visite des tours Petronas n’entre pas de notre budget alors, on se contente du « show » des fontaines qui se déroule en début de soirée. Déçu par la symphonie des lumières de Hong-Kong, vous serez encore plus désappointés par le spectacle son et lumière des fontaines Petronas…

Le mois de décembre, c’est la magie de Noël, pas vrai ? Mais où est la magie par 30 degrés ? Les centres commerciaux ont fait forts avec des décorations plus qu’exagérées... Mais que signifie Noël pour ce pays qui compte moins de 8% de chrétiens ? Un énorme sapin, dans le pays des palmiers, entouré de personnes habillés avec des qamis ou des saris, c’est spécial.

Les transports dans la ville, c’est encore une autre histoire… Pour limiter la circulation en ville, des bus gratuits sont proposés. Malgré ça, ils n’avancent pas, le trafic est encore trop dense. Les métros, on ne sait pas si c’est tous les cinq minutes ou tous les heures… Par contre, le joli monorail donne encore un petit air d’authenticité.
KL est une grande plateforme aérienne, il faut s’armer de patience à l’aéroport. On dirait qu’ils n’ont pas pensé au tourisme de masse chinois… Les files d’attente au check-in dépasse les entrées principales de l’aéroport (oui ce n’est pas imagé) ! Quand on espère enfin embarquer, une nouvelle file d’attente s’étend tout le long du couloir pour le contrôle de sécurité devant la porte d’embarquement… Il fait bon être assis dans l’avion !
Pour le bus, c’est autant le capharnaüm pour trouver où valider son e-billet, où se diriger pour l’embarquement et quel bus correspond à notre réservation.

Au premier regard, ce qui ressort, c’est la diversité culturelle de la population de Kuala Lumpur. On trouvera des chinois, des indiens, des arabes, des indonésiens, des européens… Et à chaque coin de rue, un lieu de culte correspondant à ces descendants d’immigrés ; une mosquée, un temple hindou, un temple taoïste, une église anglicane,… Et tous, vivant dans la paix et sans se soucier du culte de son voisin. Les guerres de religion semblent loin et incompréhensibles quand on se balade dans les rues de KL…

Après ces quelques jours accumulés dans la capitale de la Malaisie, on peut affirmer qu’on ne viendra pas vivre à Kuala Lumpur. A choisir de vivre en Malaisie, notre cœur balancera pour l’ancienne colonie britannique sur l’île de Penang ; George Town.

#defiTroisdeCarreau : s’inviter à un mariage

Centre commercial à KL avant Noël

Décembre
13
2017

Direction les hauteurs malaisiennes aux Cameron Highlands

Tanah Rata - 29'600 km - J 184

Pour nous rafraîchir de la chaleur de ces derniers jours en Malaisie, nous prenons la route. Direction les Cameron Highlands, où quelques décennies plus tôt, les colons anglais y venaient pour trouver un peu de fraîcheur. Le nom du lieu provient d’un certain anglais Sir William Cameron venus ici en 1885. Nous arrivons dans la petite ville de Tanah Rata et constatons que nous pourrons ressortir la polaire du sac à dos.

Plusieurs chemins de randonnées permettent de découvrir la densité de la forêt et sa beauté. Il y en a pour tous les niveaux ; plat le long de la rivière, extrêmement raide jusqu’à un sommet ou un entre-deux. C’est ce dernier que nous choisirons pour notre premier jour.
Les premiers kilomètres se font à travers des chemins assez plats dans une légère brume qui rend la forêt mystique. Pour cause, de la mousse recouvre le sol, les racines ressortent de terre et créer des marches naturelles. On s’attend à tout moment à croiser une fée ou un lutin caché derrière un arbre ou encore les géantes araignées du « Hobbit ». Le dernier kilomètre par contre est une vraie épreuve physique. Il nous faudra descendre à travers des pentes sablonneuses, grimper en attrapant les branches d’arbre, redescendre sur les pierres glissantes et remonter les talus de fougères. Après 2 heures pour faire ce dernier kilomètre, nous sortons enfin de la jungle, avec quelques égratignures pour Emma qui a glissé sur un petit mètre en bas d’un talus.
Nous écourtons cette randonnée (assez d’émotions pour cette fois…) et nous nous retrouvons dans une serre dans laquelle des fraises sont cultivées. En effet, le climat particulier de la région permet la cueillette des fraises toute l’année. De la laitue pousse aussi, c’est le comble de l’exotisme ici. Et c’est avec un grand plaisir qu’on commandera un milkshake et un sundae fraise (on fera l’impasse sur le smoothie à la salade par contre…).

Les Cameron Highlands sont très connues pour ses plantations de thé ; les journées ensoleillées et les nuits fraîches des hauts-plateaux sont propices à la culture du thé et notamment le thé de la marque BOH qui signifie Best of Highlands. Plus de 1'000 hectares sur trois parcelles assurent environ 70% de la production totale en Malaisie (source : www.thecalin.com).

Après avoir vu la circulation chaotique sur la seule route de la vallée, nous louons un scooter pour slalomer entre les files de voitures et atteindre la principale plantation de thé BOH. Le paysage est magnifique qui rappelle les rizières en terrasse de Guilin mais au lieu des tiges de riz, c’est un alignement de buissons bas bien taillés. Nous dégusterons ce fameux thé et apprendrons d’avantage sur sa récolte encore quasi manuelle à cet endroit.

Pour la deuxième partie de la journée, nous réattaquons la montagne avec cette fois un chemin sur l’autre flanc. Nous atteignons le sommet à 1'657 mètres avec un bon rythme en utilisant les marches naturelles entre racine d’arbre et redescendons dans la forêt à nouveau dans une brume qui donne une ambiance très particulière. Cette fois, Emma glissera sur du plat et complétera sa collection d’égratignures…

Ces deux jours aux Cameron Highlands auront été sportifs, rafraîchissants et appétissants. Nous pensions davantage marcher dans les plantations de thé mais finalement cette expérience dans ces forêts moussues fut encore meilleure. En plus on n’y a pas croisé grand monde. Il y aurait largement assez de chemins pour explorer la région encore plus longtemps. Malheureusement nous devons retrouver la chaleur et l’ambiance citadine de Kuala Lumpur, le temps nous est compté pour cette escapade malaysienne.

#defiQuatreDeCarreau : faire l’amour dans à un arbre : la forêt moussue est propice à la rencontre avec un arbre

Forêt moussue dans les Cameron Highlands

Décembre
12
2017

Quoi déjà six mois sur les routes ?!

Cameron Highlands - 29'600 km - J 183

Comme vous avez sûrement pu vous en rendre compte, nous avons un peu de retard dans la rédaction de nos articles. Et oui partager des moments uniques avec notre ami Julien puis avec nos mamans ne nous donnaient pas tellement envie de passer trop de temps sur l’ordinateur.
C’est le 10 décembre qu’on a soudainement réalisé que nous étions pratiquement à six mois de voyage, tout pile le jour de la publication de cet article, la belle occasion pour vous donner quelques nouvelles fraîches et surtout notre état d’esprit à la moitié de notre périple.

On vous écrit depuis la Malaisie où nous passons deux semaines après notre mois en Thaïlande. On fait vraiment un petit stop car nous rejoignons ensuite nos amis Adrien et Valérie au Myanmar qui viennent passer leurs vacances de Noël dans ce magnifique pays. On se réjouit déjà de les rejoindre le 15 décembre pour de nouvelles aventures !

Le temps passe à une vitesse supersonique, ces six derniers mois auront été un pur bonheur pour nous deux. On vous fait partager nos « petites » galères mais rassurez-vous rien ne nous est encore arrivé de trop grave (vite vite David doit toucher du bois !). On a l’impression d’avoir toujours la même curiosité en arrivant dans un nouveau pays et on ressent toujours cette petite excitation au fond du ventre à l’idée de faire de nouvelles découvertes. Nous n’avons pas encore rencontré l’ennui et c’est ce qui rend cet espace-temps totalement différent. Quel luxe non ?

Notre pause de presque un mois en Thaïlande dans la petite ville de Khao Lak nous aura fait du bien, elle arrivait à point nommé. Le simple fait de ne pas refaire son sac pendant un si long laps de temps était agréable. On a cependant senti qu’à la fin les jambes nous démangeaient à nouveau, on était prêts repartir.
On a aussi pu recharger nos batteries en voyant nos proches (malheureusement la maman de David s’est cassée le pied quelques jours avant venir en Thaïlande, sa venue a donc été annulée). On a aussi fait le plein de produits suisse (c’était Noël avant l’heure ; du fromage, du vin blanc, du saucisson, de la moutarde et du chocolat !). On vous racontera tout ça en détail bientôt !

On a bien sûr l’ennui de nos proches restés en Suisse mais pour l’instant on arrive à gérer cet éloignement et on se rattrape avec les Skype (d’ailleurs n’hésitez pas à nous écrire des messages ou des mails, ça nous fait toujours plaisir). Ce qui est difficile, c’est de rater les grands événements comme les anniversaires des 30 ans des copains, les mariages, les bébés, la construction de la maison du frangin et tant d’autres petites choses.

Nous avons dû réfléchir un peu plus sérieusement à la suite de notre voyage et nous pouvons déjà vous dire que nous passerons encore le mois de janvier en Asie entre le Laos et le Cambodge puis ça sera le grand départ pour la Nouvelle-Zélande. La date de retour reste TOP secret (parce qu’on ne la connait pas encore faut dire..).
Le retour en Suisse on y pense mais parce qu’on est un peu obligé, actuellement on n’a pas encore envie de se projeter dans le train-train du retour, on préfère rester dans notre galaxie hors du temps et des problèmes du quotidien.
Comme on le dit à nos amis, nos « problèmes » sont bien maigres, et oui c’est quand même difficile de savoir ce que nous allons faire à court, moyen et long terme ; qu’allons-nous choisir de visiter demain, dans quel restaurant allons-nous manger, on le boit où ce café ?
Changer de pays tous les mois ou presque ça demande aussi de la flexibilité mentale ; Il nous le faut ce vol retour pour entrer dans le pays ou bien on va se faire embêter à l’aéroport ? On divise par 4, 25, 3,2 cette fois la monnaie ? Quel est le fuseau horaire par rapport à la Suisse, +7h, +6h, +5.5h ? Attend comment on dit bonjour, merci, au revoir ? La grande place est là, la gare ici, ah oui les métros et les bus sont anarchiques…

On savoure chaque jour notre chance, conscients que ça ne va pas nous arriver si souvent dans la vie.

Quelles sont les questions fréquentes que l’on nous pose lors de nos rencontres ?

« Quel est notre coup de cœur ? »
Notre réponse : « La Mongolie avec ses étendues de plaines, sa culture et ses habitants. S’occuper de yaks dans une ferme mais aussi les jours passés dans le transsibérien, la grandeur de la Chine, la ville moderne d’Hong-Kong et ses expat’, les plages de sables blancs d’Indonésie et ses plongées exceptionnelles, les moments avec nos proches, … ».
En fait il serait plus simple de répondre à la question : « Qu’avez-vous le moins apprécié » et là, notre réponse est plus compliquée à trouver. Nous pensons que la masse de touristes chinois dans les sites touristiques chinois a été le plus pesant.
« Avez-vous l’ennui de votre pays ? »
Notre réponse après 6 mois est « oui ». Surtout des amis, des fêtes et en regardant les photos reçues ces jours, les balades dans la neige !
« Vous allez rentrer quand et où en Suisse ? »
On n’a pas envie de rentrer donc on n’y pense pas !
« Vous allez travailler dans quoi en rentrant ? »
*Joker*

Nous voulions surtout vous remercier pour vos retours sur le blog et la page Facebook, ça nous fait très plaisir d’avoir vos avis. Ce blog on essaye de le faire vivre au gré de ce voyage. Pardon pour nos articles parfois trop long mais on vit trop de choses extraordinaires et on a envie de tout partager (d’ailleurs il y a encore des choses qu’on ne raconte pas).

Pour résumer : on va super bien / on n’a pas envie de rentrer / on est heureux !

Street art à George Town

Décembre
10
2017

L’ancienne colonie britannique la plus photogénique d’Asie

George Town - 29'443 km - J 181

Avant de rejoindre nos amis au Myanmar nous avions une petite fenêtre de deux semaines et nous avons décidé de mettre le cap du côté de la Malaisie que nombre de voyageurs nous a conseillé.

Après quelques heures de bus depuis Kuala Lumpur et une traversée en bateau, nous arrivons sur l’île de Penang. La principale ville est George Town et elle nous a été fortement recommandée par Jasmina, une toulousaine rencontrée à Singapour qui y aura passé trois mois. Nous n’allons pas être déçus du conseil ! Mais pourquoi ?

D’abord, c’est le paradis des gourmands ! La cuisine malaysienne est influencée par l’Inde, la Chine, l’Indonésie (enfin bref tous les pays qui l’entourent) mais elle a su fusionner toutes les saveurs pour en faire ressortir le meilleur. Le marché de nuit nous régalera et nous n’aurons même pas le temps de goûter à tout ce que nous avions prévu. Des petits stands classiques de cuisine de rue aux foodtrucks on a un large choix pour manger à très petits prix.
La cuisine plus occidentale n’est pas en reste non plus, on s’est fait un petit plaisir en mangeant notre premier steak-frites du voyage (dans un restaurant qui ne sert que ça, au moins ils savent cuire la viande, ce qui est assez rare en Asie) ! Mais ce qui distingue vraiment cette ville au niveau culinaire, ce sont les gâteaux, cakes, cheesecakes, gaufres, croissants et viennoiseries en tout genre (euh oui on a mangé à peu près tout ça). Les cafés branchés et les salons de thé pullulent partout dans la ville, on n’a que l’embarra du choix. On va vous l’avouer, nous avons passé une très grande partie de nos après-midis à chercher le meilleur endroit pour boire un café et surtout lorgner sur le meilleur gâteau. Jasmina, en grande gourmande assumée, nous avait donné quelques (très) bonnes adresses et on s’est fait un véritable plaisir à aller les tester. Verdict : on conseille vraiment cette ville à tous les gourmands (les accros au salé seront aussi servis). Nous avons aussi mangé d’excellents sushis, bagels, coquillages cuits au wok et plus encore.

La ville vibre d’une énergie toute particulière. Le street art est partout. A chaque coin de rue, on tombe sur une nouvelle fresque murale encore plus belle que la précédente. Même en passant plusieurs fois dans un même quartier notre œil est toujours attiré par quelque chose de neuf. Les peintures sont vraiment uniques et ne se cantonnent pas à quelques graffitis illisibles avec des couleurs criardes, non ici ce sont de véritables œuvres d’art ! La ville est vraiment très photogénique et nous avons adoré nous balader et nous prendre en photo avec les trompes l’œil très réalistes. Emma qui aime (ok adore) les chats était servie car tout un quartier fait la part belle aux félidés. Elle a ainsi pu envoyer un petit reportage photo à sa maman ainsi qu’une carte quelque peu kitsch à Brice, un ami qui fêtait ses 30 ans, également fada des chats.
L’art ne se cantonne pas à la rue, de nombreuses galeries exposent des artistes locaux. Le soir venu la rue des bars s’anime et on peut pleinement profiter des concerts live.

Pris par quelques remords de ne finalement pas avoir visité grand-chose de culturel à part ses cafés et ses rues, nous avons décidé d’aller voir le musée colonial. Emma était tombé dessus en regardant Trip Advisor, les critiques étaient plutôt bonnes… Comment décrire cette expérience… ?
Une femme chinoise qui ne savait pas quoi faire de son argent a racheté une maison coloniale en plutôt bon état avec beaucoup d’objets de décoration. Elle a décidé de rajouter encore une quantité impressionnante d’objets coloniaux à l’intérieur. A l’époque ce sont les chinois expatriés qui ont surtout fait fortune en Malaisie. Leurs descendants sont appelés les baba et nyonya (hommes et femmes en chinois). C’est au XVe siècle que sont issus les premiers après le mariage de négociants chinois et de femmes malaisiennes. C'est à l’époque de la domination britannique que leur affluence est la plus grande.
D’ailleurs, pour impressionner les européens venant commercer avec eux, il fallait leur en mettre plein la vue. Et ça, ils savent y faire ; statues ultra kitsch de tigre en bois d’ébène, imitation de femmes grecques en marbre, vitraux immenses (mais attention il faut les colorer en rouge, la couleur la plus chère car réalisée avec de l’or !), porcelaine fine, collections de poupées qui font peur, etc. Enfin imaginez tous les objets et décors les plus kitsch que vous ayez vu de style rococo en Europe et vous les mettez tous dans cette maison.
Le clou est une maquette de bateau réalisée en clous de girofles (pardonnez le jeu de mot). A l’époque ceux-ci étaient une denrée très rare et les utiliser pour un objet de décoration était vraiment le comble de la richesse. Si cette maison était uniquement une vitrine du (mauvais) goût de l’époque, ça passerait encore mais non : la très chère dame avoisinant les 80 ans actuellement s’est fait photographier il y a quelques années (et / ou avec un bon logiciel de retouches) en robe de mariée et a accroché de gigantesques portraits d’elle dans toutes les pièces de la maison !
Bon d’accord la visite était intéressante, nous avons même bénéficié des explications en anglais durant le tour (sinon l’histoire des clous de girofles, nous ne l’aurions pas deviné), la maison est quand même grande, le jardin est très joli et c’est intéressant d’un point de vue historique mais le prix est quand même trop élevé… Elle a su garder le sens des affaires de ses ancêtres la mamie en robe de mariée !

La ville regorge aussi de temples de style chinois et de nombreuses maisons typiques comme la Blue House et la Green House qui sont aussi un témoignage intéressant de l’histoire de la ville.

Après cette expérience « culturelle », nous décidons d’aller nous aérer l’esprit hors de la ville de George Town. Malheureusement nous ne pouvons pas monter au sommet de la colline qui surplombe la ville. Une tempête a fait de gros dégâts et elle est interdite au public, tout comme le funiculaire qui y grimpe. On se rabat sur le parc national situé à une petite encablure au nord-ouest de l’île, accessible en bus. De là plusieurs marches sont possible. Nous en choisissons une un peu au hasard qui nous fera arriver sur une plage (on a pris nos maillots de bain, ça tombe bien). Il nous faut deux heures de marche et plusieurs litres de sueur pour arriver sur la « turtle beach ». Le chemin passe à travers la jungle et même s’il est assez bien balisé il n’est pas évident pour autant, il faut un peu batailler dans toute cette jungle. On ne l’a pas précisé mais il fait très chaud et humide en Malaisie, l’île de Penang ne fait pas exception, c’est aussi une raison pour laquelle on arpente aussi avidement les cafés… Après avoir quelque peu ramollis en Thaïlande lors de notre mois de repos, nous regrettons notre forme physique du tonnerre à Java avec Julien et nos ascensions de volcans.

Nous arrivons donc sur la plage bien décidés à nous baigner mais la déception fut grande en voyant de grands panneaux déconseillant fortement la baignade. Pour cause des méduses urticantes sont présentes. Il est vrai que depuis le ferry nous en avions vu un paquet mais c’était à l’autre bout de l’île. Apparemment plusieurs personnes sont décédées cette année sur cette plage, ça nous refroidit en un instant. On profitera quand même de nous reposer sur la plage (entre les cris insistants des capitaines de bateaux voulant nous ramener au point de départ) avant d’entamer le retour. On décidera de prendre un autre chemin et celui-ci sera encore plus sauvage. Nous découvrons le plaisir de grimper par-dessus des troncs, franchir des ruisseaux, passer entre des arbres à grosses épines (ce qu’on aura aussi l’occasion de tester lors de notre prochaine destination, chut on vous en dit pas plus).
Autant vous dire qu’après cette belle journée de transpiration on a encore plus apprécié notre bon souper et dessert ;).

En résumé l’île de Penang et surtout George Town fut un véritable coup de cœur, nous en aurons profité durant une semaine mais nous aurions pu y rester encore un bon moment. C’est peut-être notre tour de taille qui aurait moins apprécié…
Il y en a pour tous les goûts, on ne peut que conseiller cette destination qui allie gastronomie (ou du moins gourmandises au sens large), histoire avec ses maisons typiques coloniales, art de rue et expos sympas, vie nocturne bien remplie et douceur de vivre malgré ses rues encombrées de scooters et de voitures. On reconnait bien là la frénésie asiatique et surtout l’absence totale de trottoir. On ne compte plus le nombre de fois où on a failli se faire renverser par un véhicule. C’est un peu le seul point noir de la ville d’ailleurs. Enfin on notera aussi les «égouts » à ciel ouvert et les odeurs qui en suivent surtout par 35°C. Nos petits amis les rats sont aussi bien sûr de la partie… Comme les moustiques d’ailleurs… Mais pour combattre ses animaux, les autorités gazent les égouts et par la même occasion toute la rue. Il faut éviter d’aller faire sa lessive au même moment si vous voulez éviter d’être étouffé dans la lessiverie ouverte sur rue (David en garde un souvenir mémorable).

Rendez-vous pour la suite des aventures au prochain épisode dans les Cameron Highlands !

Pratique à George Town :
Pour petit-déjeuner : Mugshot café et ses excellents bagels fait maison, ses vrais croissants et viennoiseries
Pour manger : Pitstop café, Whellers Café, Steak Frites, le night market de la Chulia lane
Pour les gourmands : The Safe Room et ses glaces au gaz carbonique et ses gaufres
The Black Kettle pour ses pâtisseries plus chics et ses mets « français », la soupe à l’oignon est vraiment bonne
China House, le plus long café avec ses ambiances différentes et son buffet de gâteaux incroyables (mais ne pas y aller le dimanche c’est ultra rempli)
Passion Heart pour son décor très typique et sans chichi
Pour le soir : La Canteen avec ses concerts
La rue des bars Love Lane et son animation le soir
Pour être vraiment hype : Le café Narrow Marrow et l’espace d’art Hinbus

Street art "Susu Soya"

Novembre
30
2017

Des vacances bien méritées

Khao Lak - 28'819 km - J 171

Disons-le, au départ nous n’avions pas prévu de nous arrêter en Thaïlande lors de ce voyage. Trop touristique, destination pas chère du tout depuis la Suisse et surtout pas la petite étincelle dans nos cerveaux.
Toutefois, la maman de David et Mimi avaient prévu de passer de belles vacances au soleil au mois de novembre à Khao Lak. Nous ne pouvions passer à côté de cette belle opportunité de les revoir : un stop en Thaïlande était donc sur notre programme. Le plus : la maman d’Emma et Cathy, sa demi-maman, étaient aussi de la partie !
Nous avons finalement fait le choix « d’attendre » ces mamans à Khao Lak et de profiter de 15 jours avant leur arrivée pour nous reposer. Et oui après cinq mois sur les routes nous avions besoin d’un peu de tranquillité et de ne pas refaire nos sacs pendant un moment.

Khao Lak a donc été notre ville de villégiature durant 25 jours au total. La ville est scindée en deux et s’étale sur près de dix kilomètres autour d’une seule route principale. La plage est magnifique et s’étend aussi sur des kilomètres bordée de cocotiers. Ça nous a fait très bizarre d’atterrir dans une ville si touristique avec ses boutiques de souvenirs de pacotille, tous ces restaurants (dont beaucoup sont tenus par des allemands), pléthore de bar, salons de tatoos et des hôtels de luxe. Toutefois l’ambiance y est beaucoup plus sympa qu’à Patong, on peut siroter un petit cocktail en écoutant de la musique live un peu partout en ville. Les thaïlandais sont très accueillants et la nourriture est tout simplement délicieuse. Rien à voir avec les nasi goreng indonésiens. D’ailleurs ici on avait un sacré choix de mets non asiatique.

Khao Lak est aussi connue pour être un des endroits les plus touché lors du tsunami de 2004. Plusieurs petits musées se sont ouverts. Le travail de mémoire est important mais nous avons un peu l’impression qu’une sorte de business autour du tsunami s’est créer. Voir les mots « tsunami, photos, souvenirs » ensemble sur une pancarte est déconcertant et scandaleux. On ne va pas vous redonnez les chiffres affreux sur le nombre de disparus à tel ou tel endroit, la catastrophe était trop grande. Par contre on vous conseil de lire ou de relire l’article du Temps écrit dix ans après cette date funeste du 26 décembre 2004 : Les larmes de Khao Lak dix ans après le tsunami

Nous avons pris le temps de trouver une auberge tout près de l’hôtel des mamans et avons fait quelques repérages avant pour les emmener dans des coins sympas. Nous avons surtout profité de la mer et de la plage pour peaufiner notre bronzage, exploré une cascade, visité le parc national et nous sommes baladés dans la jungle toute proche de la ville. Nous avons aussi rattrapé notre retard dans nos articles (mais pas assez pour être à jour :)). Nous avons fait une croisière de plongée durant trois jours dans les îles Surin, que l’on vous racontera dans un article à part.
Se sentir un peu chez soi c’est sympa même à des milliers de kilomètres, se faire un petit déjeuner sur son petit balcon, faire 2-3 courses, explorer les environs à vélo, lire durant des heures et boire des cocktails en regardant le coucher de soleil, c’est un joli luxe que nous avons vraiment savouré.

Bien reposés, nous attendions le 19 novembre avec impatience. Malheureusement, comme déjà évoqué dans l’article sur nos six mois de route, la malchance s’est invitée quelques jours avant le grand départ pour la maman de David. Avec un pied cassé et une opération, la venue en Asie était impossible. Ce fut un sacré coup au moral pour toute la troupe.

Comme promis à Catherine et Mimi nous avons profité de chaque instant et leur avons envoyé pleins de photos de notre séjour.
La baignade dans la cascade naturelle de Ton Than avec son eau presque froide et ses jets puissants nous aura délassé les épaules et musclé les zygomatiques.
La Coconut Beach est devenue notre Stamm malgré la pluie certains jours. Cette plage bordée de dizaines de cocotiers permet de se détendre dans un décor de rêve. Transat confortables, cocktails et nourriture abordable, balançoire sur la plage pour faire de jolies photos et personnel au petit soin étaient au rdv. On a même eu l’occasion de se baigner dans une eau turquoise sous une pluie torrentielle pour nous laver les cheveux, si ça ce n’est pas une expérience unique ?
Malheureusement quand nous avons fait découvrir cet endroit à l’oncle d’Emma et son amie Kookaï venus nous rejoindre durant trois jours, la mer était remuée et quelques puces d’eau nous ont attaqués… Tout de suite le charme redescend en flèche.
La petite plage et le bar tout près de l’hôtel de ces dames nous a aussi permis de faire quelques parties endiablées de cartes tout en sirotant des Gin Tonic.

Nous voulions aussi partager une partie de notre expérience vécue sur notre bateau de croisière aux îles Surin avec ces mamans pour qu’elles puissent aussi observer quelques poissons. On retourne chez notre ami Marcus (lire l’article « La croisière s’amuse ») pour organiser une journée de snorkeling. Pour ce tour, ce n’est pas sur un bateau de Wicked que nous embarquons mais sur un speedboat.
C’est une organisation thaïe pour la préservation de la culture Moken qui gère ces tours. Les Moken sont une communauté de « gitans des mers » qui vivent sur les îles de la mer d’Andaman et qui ne sont ni thaïlandais, ni birmans. Après le tsunami de 2004 de très nombreux Moken sont décédés et ont tout perdu. Depuis lors, le gouvernement thaï a décidé de leur donner une île afin qu’ils puissent construire des maisons sur pilotis. Les Moken continuent de vivre grâce à la mer et sont les spécialistes de la pêche en apnée.
Nous verrons vite que cette excursion est bien huilée. Après deux heures de minibus, les touristes sont accueillis avec un en-cas, on essaye le matériel et on embarque sur un speedboat.
Deux sorties sont prévues le matin dans les eaux cristallines. Pour Cathy, c’est sa première expérience de masque-tuba et c’est avec appréhension qu’elle se lance à l’eau. Mais après une demi-heure à découvrir la vie subaquatique, le résultat est comme avec Julien en Indonésie, le sourire se lit sur ses lèvres.
Les poissons sont au rendez-vous ! Nous avions choisi de retourner dans les îles Surin plutôt que d’aller dans les îles Similan car il y a normalement moins de touristes. Nous sommes très contents d’avoir opté pour ce choix car même si nous plongeons avec 3-4 bateaux, on n’ose pas imaginer le nombre sur les autres îles.
A midi nous débarquons sur une île où tout est fait pour que les nombreux touristes puissent faire une pause de midi efficiente. On a quand même l’impression que c’est un peu l’industrie. Nous recroisons avec plaisir les trois amis français rencontrés à notre auberge.
La troisième sortie sera plus mouvementée, le mauvais temps arrive. Lors du retour nous embarquons d’autres touristes et nous serons bien mouillés à cause des vagues qui s’écrasent sur la coque.

Un séjour à Khao Lak ne serait pas complet sans aller assister au « meilleur show » de la ville (et il faut le dire le seul) : le Mo-Mo Cabaret. Ce spectacle d’une bonne heure, super kitsch nous en met plein les yeux. Sa particularité, les artistes sont toutes des ladyboys ! La musique est ultra forte, le playback s’arrête, les danseuses ne suivent pas toute la chorée, les transitions musicales sont nulles, etc. mais on passera un joli moment quand même.

Vous l’aurez compris ces « vacances » dans le voyage étaient très reposantes et nous avons pu profiter au maximum de partager ces super moments avec Fabienne et Cathy. Le petit plus fut sans doute le petit apéro au vin blanc et saucisse sèche sur la plage grâce au paquet apporté de Suisse ! Miam on s’est régalés.
Entre nous, cette petite parenthèse thaïe nous aura fait reprendre quelques kilos, entre l’énorme plaque de chocolat, les cloches en chocolat de Noël, les saucisses, le vin… et le fait de ne plus porter nos sacs de 14kg ! Pas grave, on s’est fait plaisir !

Nous avons aussi rencontré trois jeunes français, Lou, Antoine et Seb. Les deux garçons sont des étudiants en médecine partis quelques mois durant leurs études. Lou est une jeune baroudeuse qui s’est jointe aux garçons pour une petite expédition nature sur les îles avoisinantes. On a partagé une jolie soirée au Thaï Bar avec eux. C’est un petit bar charmant et vraiment perdu dans la campagne. Ils ont tellement aimé cet endroit qu’ils ont eux-mêmes créé un flyer pour la soirée de la dark moon. On a aussi bu notre seconde bouteille de blanc lors d’un petit apéro avec Lou.

Nous avons aussi eu l‘occasion de profiter de la très belle piscine des mamans au sus et à la vue des employés de l’hôtel… ahhhh toucher du bout des doigts à un peu de luxe durant ce voyage ça fait quand même du bien. On gardera à l’esprit le conseil de l’oncle d’Emma qui « nous encourage à ne pas trop dormir dans des taudis quand même ». S’il savait dans quoi nous allions tomber à Kuala Lumpur… !

Il n’y a pas de mot pour décrire ce séjour, il suffit parfois de petits rien partagés au bout du monde pour qu’ils suffisent à notre bonheur.

Un verre avec la famille

Novembre
13
2017

La croisière s’amuse

Ko Surin Nuea - 28'919 km - J 154

Nous profitons, entre deux changements d’hôtel à Khao Lak, de réserver une croisière de plongée aux Îles Surin. C’est Emeline, notre monitrice de plongée à Una Una (lire notre article Des milliers de poissons plus tard…) qui nous avait parlé de ces croisières car elle avait travaillé sur un bateau.

Après avoir écumé tous les centres de plongée, nous tombons sur Marcus, un canadien fort sympathique qui nous fait une proposition pour trois jours en mer dépassant toute concurrence (il nous dira même de ne pas dire le vrai prix s’il arrivait qu’on nous le demande). Le centre de plongée se nomme « Wicked Diving » et nous ne pouvons que le recommander. Il propose aussi des plongées à Komodo, en Indonésie. Un magnifique voilier promettant de découvrir des endroits inexplorés et de vivre une vraie aventure mélangeant plongée, navigation, et plus encore. Tiens, ça fait germer une petite graine dans nos cerveaux… Il faudra par contre qu’on économise un peu et qu’on totalise 100 plongées chacun. Mais nous nous sommes fait la promesse d’y aller un jour.

Le départ est prévu le vendredi 11 novembre en fin de soirée. Avant, nous essayons notre équipement au centre qui est ensuite rangé avec soin dans des caisses nominatives. Premier constat ; le matériel est très professionnel et en très bon état. La remarque peut paraître logique mais c’est le meilleur matériel que l’on ait vu en Asie.

Nous embarquons dans un minibus qui mettra deux heures pour rejoindre le port de Ko Phra Tong dans lequel notre bateau de croisière nous attend. Une fois levé l’ancre, on est parti pour notre nouvelle aventure en mer ! Nous faisons rapidement connaissance du staff et des autres plongeurs. Les pilules contre le mal de mer sont en libre-service et il est fortement conseillé d’en prendre tout de suite. Après la répartition des groupes pour les futures plongées (nous plongerons avec Lucy, une américaine et Mann, notre dive master), nous découvrons notre cabine; 2 mètres carrés avec un lit superposé et la climatisation à fond. Le moteur se situe juste sous notre cabine, le bruit ne cesse jamais. Nous n’attendons pas plus longtemps pour tester nos couchettes car le réveil est prévu à 6h30 et de longues journées nous attendent. Et oui nous avons signé pour 10 plongées en trois jours !

Jour 1
Après une nuit très courte, nous avons juste le temps d’engloutir un café et une banane tout en écoutant le premier briefing sur la plongée du matin. Nous sommes déjà sous l’eau à 8 heures. Le site de plongée se trouve aux abords de la dernière île thaïe dans l’archipel des Surins. Quelques kilomètres plus au Nord c’est déjà le Myanmar.

Dès sortie de l’eau et la combinaison suspendue, nous pouvons déjeuner copieusement ; nous aurons besoin de force pour les trois autres plongées de la journée. Un nouveau briefing nous est donné par le staff sur le projet que la compagnie développe à côté des plongées loisirs. 10% de l’argent gagné durant les croisières est utilisé pour apprendre aux enfants à nager, respecter la faune et la flore sous-marine et surtout la protéger. Wicked offre même la possibilité aux adultes de se former à la plongée et devenir dive master à moindre frais. Malheureusement, les moniteurs sont trop rarement des gens du cru faute d’argent pour financer les cours.

Nigel le responsable de la croisière nous feras également un briefing sur l’écologie et détaillera certains aspects qui nous paraissent tout bonnement rudimentaire, mais qui semble malheureusement encore abstraits pour certain. Par exemple, éviter à chaque fois de demander un sachet en plastique en allant faire les courses ou éviter d’utiliser des centaines de bouteilles en PET alors que des fontaines à eau sont à disposition. Sur le bateau, les produits de toilette sont 100% biodégradables, zéro bouteille plastique est utilisé et tout est trié avec soin. Nous constatons avec plaisir que la mentalité du centre de plongée correspond à nos convictions et nous sommes contents de notre choix pour cette croisière.

La suite de la journée est composée de trois autres plongées, respectivement à 11h, 14h et 17h. Entre chaque on déguste les excellents plats des cuisinières qui œuvrent dans une minuscule cuisine et on se repose sur le pont supérieur après avoir consciencieusement remplis nos carnets de plongée.

Jour 2
Au deuxième jour, nous sommes sur le site de plongée le plus populaire des îles et même un des plus connu des plongeurs dans le monde : Richelieu Rock. Cet endroit n’a pas été découvert par le commandant Cousteau comme la légende le voudrait mais l’a rendu populaire. Depuis lors le lieu est incontournable des plongeurs.
Nous aurons la chance de pouvoir y plonger deux fois. La première, à peine sorti du lit à 7h40 et la suivante à 11h. L’avantage de sortir tôt le matin, c’est qu’il n’y a pas encore la cohue des dizaines de plongeurs. Nous pouvons nager en toute tranquillité avec notre groupe sans devoir éviter tous les mètres un plongeur et risquer de perdre son groupe. En plus, à l’aube les poissons chassent encore. On peut apercevoir les maquereaux et les thons attaquer les énormes bancs de poissons plus petits qu’eux. Ce ballet aquatique est magique.

Le spot est clairement un des plus beaux que nous ayons vu. Le site est situé proche de l’île Koh Tachaï. Il y a des poissons partout et en nombre incalculable. On ne sait plus où donner de la tête ; des énormes bans de maquereaux, de poissons titans, des murènes aux yeux blancs, des barracudas, des milliers de minuscules poissons transparents et même plusieurs sèches. En plus de cette masse vivante, les coraux sont gigantesques et la navigation entre les rochers est superbe. La topologie est très différente de ce que nous avons déjà vu. On slalom entre d’énormes bloc de roche. Le courant par endroit très fort, il nous ballote un peu comme des marionnettes on se sent vraiment comme des poissons parmi les milliers qui nous entourent. La particularité du site est la présence de coraux mous de couleur rouge-violette, il y en a partout sur les rochers, c’est incroyable.

La plongée de l’après-midi a été plus difficile avec beaucoup de courant, il faut davantage de sang froid pour ne pas paniquer lorsqu’on nage à contre-courant et qu’on n’avance pas ou lorsque qu’on frôle la paroi rocheuse pour s’abriter. Nous sommes contents d’avoir de l’expérience et d’avoir plongé récemment car en étant débutant c’est vite un combat et on ne profite pas du paysage. On plaint d’ailleurs un peu le grand groupe qui passe son certificat Advanced car entre chaque plongée ils ont des cours de théorie et des chapitres à potasser. De notre côté on est juste crevés et on profite de se reposer entre chaque sortie en mer.

La dernière plongée du jour est faite de nuit. Nous avions déjà tenté l’expérience à Una Una (voir l'article sur Des milliers de poissons plus tard…) mais, comme pour la première, c’est avec une légère appréhension que nous nous lançons dans les eaux noires. A nouveau, l’expérience est superbe et nous découvrirons encore de nouvelles scènes de la vie aquatique dont notamment les chasses des murènes et des pieuvres. Durant une grande partie de cette plongée, un gentil poisson-lion nous accompagnera en nous suivant d’un peu trop près.

Jour 3
Pour la première plongée de notre dernier jour, on a battu le record d’immersion matinale : entrer dans l’eau à 7h04 ! Nous verrons encore des pieuvres parfois cachées dans des rochers avec seuls deux gros yeux visibles ou sorties de leur cachette, posées sur une pierre. Observer leurs changements de couleur lorsqu’elles se déplacent est hypnotisant. Emma voulant s’en approcher d’un peu trop près, s’est presque retrouvée avec un masque enduit d’encre…
Pour notre dernière plongée nous aurons la bonne surprise de tomber sur cinq requins à pointe noire déboulant sous nos yeux !
Malheureusement nous n’aurons pas la chance de voir des raies mantas ni des requins baleine. En effet, la saison commence à peine et elle battra son plein en janvier. Les spots de plongées des îles Surin sont reconnus comme étant des lieux propices à l’observation de ces grands animaux. Dommage…

Nous avons adoré cette expérience sur le bateau et pouvons dire que trois jours et dix plongées sont suffisants. Alors que nous descendons du bateau, d’autres personnes y restent pour continuer la croisière pour trois jours supplémentaires. La fatigue accumulée et les quelques petits désagréments liés aux plongées successives (ampoules qui ne se soignent pas du tout au contact de l’eau de mer, rhum à cause de la climatisation de la cabine qui reste à fond, le bruit du bateau la nuit, les tympans qui en prennent quand même un coup) nous font dire que nous avons pleinement profité.
L’ambiance était super, nous avons fait la connaissance de personnes d’horizons très différents et les facilités sur le bateau vraiment au top. Nous ne pouvons que recommander cette croisière pour les amoureux de plongée.

C’est à nouveau avec plein d’images plein la tête que nous nous coucherons exténués dans notre nouvelle maison à l’hôtel Les Fleurs !

Les sèches des îles Surin

Novembre
05
2017

La ville de tous les vices

Patong Beach - 28'736 km - J 146

Alcool, débauche, sexe, créatures de la nuit, drogues, fiesta et décor de rêve voilà qui ferait un bon lancement pour Zone Interdite à Patong.
Comme d’habitude on s’y prend à la dernière minute et c’est en cherchant un hôtel à Phuket que nous tombons sur une bonne offre à Patong beach… oui ça nous disait vaguement quelque chose mais nous n’avions pas trop l’esprit à chercher davantage, surtout après avoir quitté Julien quelques heures auparavant à Jakarta.

C’est donc le 4 novembre que nous débarquons à l’aéroport de Phuket en quête d’un bus pour rejoindre cette fameuse destination. Ce fut la croix et la bannière pour trouver un transport. En fait il n’y a que des mini bus à un prix fixe qui partent une fois rempli au maximum (et surtout avec un tas de bagages qui manque de nous tomber dessus à chaque virage). Il y a quelques dizaines de kilomètres mais le trafic est dense et le chauffeur arrive à s’arrêter dans une agence pour nous vendre des tours… le pire ; certains touristes (russes) en achèteront alors que tout le monde attend sur eux. Nous mettrons plus de deux heures et une heure d’attente à l’aéroport pour rejoindre la ville.

C’est déjà passablement fatigués et énervés de ce voyage que nous arrivons à Patong. Dans le bus Emma a eu le temps de lire davantage sur la ville et le tableau qui se dessine nous fait craindre le pire.

Nous avions réservé 3 nuits dans un dortoir de 6 personnes. A notre arrivée en soirée, trois hommes russes boivent des bières en compagnie de deux magnifiques créatures (homme ou femme, on ne sait plus bien). Notre « chambre » donne directement sur la terrasse. La porte coulissante ne ferme pas à clé, l’insonorisation est nulle et les fêtards n’ont pas l’air de vouloir décoller de sitôt. Ni une ni deux, Emma commence à râler et demander une autre chambre. Il est vrai que David n’a pas non plus confiance en la sécurité de la chambre. La gentille employée n’entre d’abord pas en matière puis nous fait visiter le 3e étage qui ne doit plus être en service depuis longtemps. Nous visiterons 3 chambres différentes mais aucune n’est vraiment acceptable ; eau brune qui coule du robinet, tapis moisi, lampe cassée, coffres forts fermés de l’intérieur, draps avec des tâches… Nous nous rendrons vite compte que l’hôtel répond à la demande de certains clients venus spécifiquement à Patong pour faire de nouvelles expériences….

Après une nuit reposante (au moins les lits sont bons) nous profitons de la plage. Celle-ci est très belle et s’étend sur plusieurs kilomètres. Malheureusement les jets skis, le parachute ascensionnel et divers sports nautiques sont à l’honneur. La tranquillité n’existe pas à Patong. La ville se réveille toutefois en milieu d’après-midi pour ne se coucher que tard le soir. Bars à gogo, boutiques de souvenirs, salons de tatouages, alcool pas cher, shows exotiques et danseuses en petites tenues, voilà ce que sont venus chercher les gens qui atterrissent ici. On a un peu l’impression d’être des extra-terrestres mais nous prenons ce séjour comme une expérience « ethnosociologique » comme dirait la maman d’Emma. Nous raccourcirons quand même d’un jour l’expérience.

Comme quoi même après cinq mois de voyage on peut encore se tromper de destination…


Novembre
03
2017

L’Indonésie, c’est fini !

Jakarta - 26'906 km - J 144

Après 45 jours en Indonésie et plus particulièrement sur les îles de Sulawesi, de Java et une petite incartade à Bali voici venu le temps de notre bilan.

Le séjour s’est terminé à Jakarta avec Julien dans la même auberge qu’à l’aller, et oui, comment passer à côté du petit-déjeuner typiquement indonésien ? Un bon bubur et un nasi goreng ça n’a pas de prix au réveil. Le nasi goreng vous devriez savoir ce que c’est à force de nous lire en train de nous en plaindre. Pour rappel pour ceux qui font vraiment semblant de ne pas s’en rappeler ; il s’agit d’un riz frit avec parfois quelques légumes, parfois le riz est jaune, blanc ou rouge et il est surtout épicé avec beaucoup de glutamate. Le bubur est une sorte de riz trop cuit collant agrémenté de lamelles d’omelette, de pousses d’oignons frais et de sauce noire sucré (parfois il y a de l’ail séché saupoudrée dessus). Miam !

Nous retournerons même au marché aux puces à deux pas de là toujours à la recherche d’un vinyle de gamelan pour un ami de Julien. On tombera sur quelques bons vieux disques.
Pour finir on mangera dans un restaurant typique de Sumatra où dès qu’on s’assied, la table se remplit de dizaines d’assiettes. On comprendra plus ou moins qu’on paye ce qu’on mange (sans trop savoir ce que c’est) mais tout sera délicieux !

Nous accompagnerons Julien à l’aéroport, bien tristes de le voir partir après avoir vécu trois semaines palpitantes. C’est donc avec un gros pincement au cœur que nous rejoignons une petite guest house non loin de là pour passer notre dernière soirée indonésienne. Nous partons tôt le lendemain direction Phuket en Thaïlande.


L’Indonésie aura été une incroyable découverte. Comme mentionné plus haut nous n’avons visité qu’une petite partie de cet archipel qui dénombre pas moins de 18'306 îles dont 6'000 inhabitées, ça laisse une sacrée marge ! Nous sommes réellement très contents d’avoir pu prendre notre temps. La majorité des gens (et oui pas tout le monde a la même chance que nous, on le comprend) ne passe que quelques jours par île pour voir le maximum de choses et voyage en mode course tout le long. Cela doit être épuisant, surtout avec tous les levers de soleil et les nuits sans sommeil. Ironie mise à part, même pour nous, ces deux visites de volcans au lever du jour furent merveilleux mais éreintant, l’idée même de les voir les deux en trois jours comme proposé dans la plupart des tours nous paraît vraiment inconcevable.

Nous avons eu les yeux écarquillés lors de chacune de nos sorties en mer. Découvrant toujours de nouvelles espèces sous-marines. David a rattrapé son retour sur Emma sur les certifications de plongée.
Nous avons joué aux robinsons sur les îles Togian, perdues au milieu d’une mer azur parfois déchainée.
Nous avons été témoins de rites ancestraux quelques peu sanglants lors des funérailles au Pays Toraja.
Nous aurons dépassé nos limites en grimpant sur des volcans, bravant la jungle, le désert volcanique, les herbes brûlées, les échelles à flanc de falaise.
Nous ne nous serons jamais autant levé au milieu de la nuit ni passé autant de nuits blanches pour profiter de levers de soleil magiques.
Nous aurons eu les peurs de notre vie sur des scooters dans la circulation folle.
Nous avons mangé des quantités de riz, de nouilles, d’œufs au plat, de poisson et de poulet et de glutamate.
Nous avons découvert des cultures riches et tellement différentes d’une île à l’autre.
Nous avons fait la connaissance de personnes réellement intéressées à partager quelques phrases ou un plus long moment de discussion sur nos cultures si différentes.
Nous avons eu la chance de partager des moments uniques avec un ami venu nous rejoindre à 11’300 km de la Suisse.

En bref, nous avons adoré prendre le temps de visiter ces deux îles magnifiques (plus une petite partie de Bali) et nous réjouissons déjà de revenir un jour pour explorer les autres merveilles indonésiennes.

PS : Plus d’un mois de retard ? Mais que font-ils ??? Et oui, écrire des articles, ça prend du temps, mais on va tout faire pour que vous puissiez nous suivre sans trop de délai. Nous devons encore trier les photos, elles seront tout bientôt en ligne, patience !

Carte postale d'Indonésie

Novembre
01
2017

Des volcans, on en redemande !

Kawah Ijen - 26'065 km - J 142

Le second volcan le plus populaire de l’ile de Java est l’Ijen. Mais Jamie, c’est quoi l’Ijen au juste ? Et bien c’est un volcan gris, appartenant à la ceinture de feu du Pacifique, sous forme d’une caldeira d’environ 15 kilomètres de diamètre, d’une altitude minimale de 850m et maximale de 2799m. Il est situé dans la province de Java oriental, à l’est du détroit de Bali, vers la ville de Banyuwangi. Il est composé de plusieurs cônes et de cratères volcaniques dont celui qui nous intéresse ici ; le Kawah Ijen. Ce dernier signifie en javanais « cratère vert » et il abrite le lac le plus acide de la planète. Voilà pour l’instant Wikipédia, nous pouvons revenir à notre récit !

Après avoir bien reposé nos jambes sur les plages balinaises, nous choisissons de prendre un tour organisé pour gravir le volcan Ijen. Le départ de Pemuteran (Bali) se fait en soirée et l’ascension du volcan est prévue pour le milieu de la nuit, à l’ouverture du parc national à 1h du matin. Interrompus par le trajet en voiture jusqu’au ferry, puis par la traversée en ferry et la montée en jeep jusqu’au pied du chemin de randonnée, nous n’avons pas vraiment le temps de recharger nos batteries avant cette expédition.

Nous sommes dans les premiers à partir du camp de base et entamons l’ascension qui devrait prendre environ une heure. La pente est raide est le sentier de terre est uniquement éclairé avec nos lampes de poche. Nous pouvons voir tout le long de la montée, les petits points de lumières des touristes dessinant le chemin. Au sommet du cratère du Kawah Ijen, nous avons la possibilité de descendre à l’intérieur pour aller observer les flammes bleues. C’est la grande particularité de ce volcan, uniquement visible la nuit. Elles proviennent de l’extraction du soufre. Depuis le haut, l’air est déjà difficilement respirable, nous devons mettre nos masques de protection pour continuer le parcours. Plus le temps passe, plus il est difficile de supporter les gaz acides. Les yeux commencent à pleurer et, même avec le masque, la déglutition devient difficile. La descente est compliquée avec un chemin étroit taillé grossièrement dans la roche et sans autre éclairage que nos frontales dans cet air saturé de soufre. Enfin en bas, quelques flammes jaillissent de la roche avec une surprenante couleur bleutée. Selon le vent, les vapeurs de souffre nous arrivent en plein dessus et on ne distingue plus les flammes. Nous déciderons de remonter assez vite car la masse de touriste arrive et le chemin est vraiment embouteillé à présent.

Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Si nous devions refaire le choix de descendre dans le cratère pour observer ces fameuses flammes bleues, nous n’irions pas. Pour deux raisons distinctes ; premièrement à cause des travailleurs. Ici, plusieurs mineurs extraient les minerais de soufre qu’ils placent dans deux paniers en équilibre sur leurs épaules. Le chargement pèse de 30 à 50 kg par panier et un mineur va faire deux allers retours par jour. Cet or jaune est vendu quelques centimes suisses le kilo. Bien entendu, eux, ils ne portent ni masque ni lunette et en plus de porter cette charge, ils doivent faire le chemin en slalomant entre la horde de touristes. Ce n’est pas une vie, surtout de nos jours… Fait étrange ce métier est réputé en Indonésie, les jeunes hommes qui risquent leur santé sont vus comme des sortes de héros…

Retenons deux sites web décriant ce problème ; le premier un blog de voyage « Passeport pour le monde – Indonésie : les combattants du Kawah Ijen » et le second un reportage écrit sur Arte « Ijen, du soufre au selfie ».

Deuxième raison, à cause de notre santé. Nous avons inhalé des particules toxiques (dioxyde de carbone, sulfure d’hydrogène et dioxyde de soufre) même en portant des masques. En 1996, une bulle de gaz sulfureux a éclaté de la surface du lac et a tué onze « porteurs de soufre »… La beauté des flammes ne vaut pas le déplacement à notre avis pour ces raisons.

Après notre expédition dans le cratère, nous continuons de grimper pour observer le lever du soleil. Comme pour le Bromo, les couleurs sur les montagnes environnantes changent à chaque instant pour offrir un spectacle magnifique. Néanmoins, nous sommes congelés car la température est très fraîche. Notre guide allumera un feu pour nous réchauffer avec quelques branches et surtout quelques déchets trainant par là. Une fois le soleil levé et la brume levé au fond du cratère nous pouvons apercevoir la belle couleur bleutée du lac. Nous pouvons enfin attaquer la descente !

Tout au long du chemin des porteurs avec une petite charrette proposent leurs services de « taxi ». Nous verrons un touriste se faire hisser au sommet par trois porteurs. Deux devant qui tirent sur une corde et un derrière qui pousse la charrette. Comme déjà dit la montée était vraiment raide et glissante, des nuages de terre nous font déraper à la descente. Les quelques 3 km doivent être un supplice pour ces porteurs. Nous entendrons quand même que le prix pour se faire amener au sommet est vraiment exorbitant, ce qui les vaut à notre avis !

Le retour jusqu’au parking où nous attend notre chauffeur est plus facile qu’à l’aller, nous voyons le chemin et c’est que de la descente. Mais les jambes sont lourdes de fatigue et nous pensons qu’à une chose maintenant, c’est dormir !

Il est 8 heures du matin quand nous quittons le parc national et il faudra une heure pour arriver à l’aéroport où nous avons un avion prévu à 16h. L’aéroport de Banyuwangi est le plus petit aéroport que nous avons vu ; il est composé d’une piste d’atterrissage, d’un contrôle de sécurité, d’un guichet d’enregistrement et d’une minuscule salle d’attente. A l’extérieur, quelques bancs sont installés à côté d’une cantine qui propose des soupes et des nouilles instantanées… Nous tenterons tant bien que mal de dormir quelques heures sur les bancs en métal mais pas facile au milieu des passagers indonésiens qui n’hésiteront pas à s’assoir quasiment sur nos jambes. La chaleur, le bruit, le monde dans ce petit espace en plein air et nos corps transpirants et poussiéreux auront presque atteints nos imites de patience… Au final, l’avion sera reprogrammé une heure plus tard et partira avec une autre heure de retard.

A Jakarta, nous avions prévu de faire une fête comme c’était notre dernière soirée avec Julien. Mais après notre nuit blanche et nos quelques heures de sommeil sur un banc d’aéroport, nous n’avons pas trouvé la force de sortir… C’est avec une légère déception que nous irons nous coucher.

Il faut les masques de protection pour descendre au Kawah Ijen

Octobre
31
2017

L’Indonésie ? Ah oui Bali, je connais !

Pemuteran - 26'020 km - J 141

Demandez à quelqu’un qui est allé en Indonésie quelle(s) île(s) il a visité. Il y a de très fortes chances que sa réponse soit Bali. Cette dernière est la destination la plus prisée des touristes du monde et elle ne cesse de se populariser avec les ouvertures directes avec l’Australie et la Chine. Entre fêtes à gogo et temples hindouistes (seule île à majorité hindouiste d’Indonésie), elle charme tout le monde. Même le double attentat tragique de 2002 dans une boîte de nuit dans une ville du sud du pays ayant tué 202 personnes dont majoritairement des touristes n’a pas freiné l’essor du tourisme. A l’époque toutes les communautés de l’île ont fait un véritable front commun pour aider l’île à se relever de cette épouvantable attaque. Et ça a marché, aujourd’hui l’île est plus populaire que jamais, grâce surtout à l’accueil et la gentillesse des balinais.

Au début, son côté ultra touristique ne nous a pas motivé à nous y rendre même si la plupart des personnes croisées en Sulawesi en venait et n’ont fait que nous la conseiller. On se disait : « on va quand même pas faire comme tout le monde et aller à Bali ?! ». De plus, David y était déjà allé il y a presque 20 ans et se rappelait que déjà à cette période, il y avait plus de touristes que de locaux. Ceci n’enlève en rien les magnifiques souvenirs gardés avec sa famille et « Les Vorpes » des rizières et aussi des temples avec une coutume inconnue à l’époque pour un jeune garçon de 10 ans. Rappelons pour les parents de David qui l’ont surement oublié, l’excursion jusqu’au volcan où le petit David avait régurgité son déjeuner à peine digéré tout le long du bus…

Bref, Bali n’était pas sur notre programme initial. Et le proverbe dit bien qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Donc après deux semaines en ville et quelques jours de montagne, on décide d’aller se dorer la pilule à Bali. L’île de Java n’a pas la réputation de sa voisine pour le repos sur le sable blanc.
Après quelques clics nous trouvons la destination idéale : le petit village de Pemuteran tout au nord de Bali. Après une heure de traversée de ferry et une petite heure de bus nous voilà dans un autre monde.

L’objectif de ce passage balinais est de donner un teint un peu plus « vacances » aux pâleurs de Monsieur B. Nous allons même pouvoir l’initier à notre passion de ces derniers mois : la plongée. Après les hauteurs du Bromo, voici les profondeurs de la mer de Bali.
Nous profitons de la plage et du projet unique au monde de restauration des récifs de corail pour commencer l’initiation de Julien par le snorkeling. L’éco projet testé ici essaye d’accélérer la croissance du corail grâce à un micro courant électrique sur des structures en métal situées au fond de l’eau. Le résultat est probant et de multiples poissons, coraux et anémones vivent désormais en harmonie avec de drôles de structures aquatiques. Cela passe par des vélos, un bouddha entouré de têtes d’éléphant, des dômes et d’innombrables autres formes.
Le projet s’appelle Bio-Rock et vous pouvez en apprendre d’avantage ici : biorockbali et même parrainer le projet.

Après deux jours de farniente nous décidons d’embarquer sur un petit bateau de plongée pour deux sorties en mer aux alentours de l’île aux Cerfs (Menjangan en indonésien), les fonds marins sont très bien préservés et offrent une bonne variété de poissons. C’est sûr que ce n’est pas aussi impressionnant que ce qu’on a pu découvrir en Sulawesi mais chaque plongée est unique. La mine réjouie de Julien de retour sur le bateau après ses deux plongées de baptême fait plaisir à voir ! Pour une première il s’est vraiment bien débrouillé, peut-être a-t-il attrapé le virus de la plongée ?

A Bali, nous reprenons goût de manger. Fini les Nasi Goreng, les Mie Goreng ou autre Gado-Gado. Bonjour les poissons frais, les salades, les pâtes, les pizzas et le retour du porc ! Et oui, les îles de Sulawesi et de Java sont musulmanes. Pas de risque de fêter la Saint-Martin là-bas. Un bon émincé de porc cuit dans des feuilles de bananier, ça fait plaisir aussi !

L’ambiance est aussi très différente de ses cousines, une fête traditionnelle se prépare et nous avons le plaisir de voir chaque petit temple devant toutes les maisons se parer de beaux tissus, de fleurs et d’ombrelles colorées. On commence à comprendre pourquoi les gens aiment autant cette île même si le sud avec sa capitale Denpasar doit quand même être un véritable enfer à touristes venus faire la fête. Une douceur de vivre existe ici que nous n’avons pas rencontré à Java.

Nous visiterons un temple hindou colonisé par les singes. Ceux-ci sont vraiment en nombre et ne craignent pas beaucoup l’homme, ils traversent la route sans peur. On aura quand même une frayeur après qu’un petit groupe ait tenté de se rapprocher un peu trop près en montrant les dents. On rendra vite notre sarong avant de tourner les talons.

Ici nous profiterons pleinement de la bonne nourriture, d’un joli hôtel avec une (petite) piscine, des bières à un prix correcte et de la dolce vita au bord de l’eau. N’oublions pas les massages balinais qui sont, particuliers… les tapes sur les fesses resteront une expérience singulière.

« Et alors l’Indonésie ? » « Et bien, Bali, c’est très beau ! »

Direction l’Ijen ! Qu’est-ce donc ? Eh bien lisez la suite…

Projet Biorock

Octobre
27
2017

L’inévitable volcan javanais

Bromo - 25'833 km - J 137

Après ces quelques jours passés dans la belle ville de Yogyakarta, nous continuons notre route direction l’est. Malgré notre très mauvaise nuit dans le train entre Jakarta et ici, nous retentons l’expérience pour le trajet jusqu’à Malang, ville de Java oriental. Cette fois, on choisit une classe supérieure. Après 7 heures de train, la nuit n’a pas été beaucoup plus réparatrice que le voyage précédent. A Malang, nous devons encore trouver un bus pour Probolinggo, ville en bord de mer au pied du massif du Tengger. Depuis là, un dernier trajet nous attend pour atteindre le petit village de Cemoro Lawang pour y passer la nuit. Le problème, c’est que le bus « public » de quinze personnes ne part pas tant qu’il n’est pas complet. Nous sommes patients mais après 6 heures d’attente, nous convainquons sans trop de problème les autres touristes de payer un peu plus pour arriver avant la nuit tombée à destination.

Nous nous croyons en Valais, ça mont drôlement, il pleut et le brouillard envahi la vallée. Une fois arrivés nous nous retrouvons dans un hameau à flanc de montagne avec des vendeurs de bonnets (très) insistants et un peu flippants. La température est fraîche et contraste avec ce que nous avons connus depuis ces derniers mois asiatiques. On a bien fait de garder un pull !

On va retenter notre chance avec le lever de soleil, on espère que la pluie s’arrêtera vite ! Après notre longue journée de transition, nous nous couchons tôt et réglons le réveil à 2h45 du matin.

Au milieu de la nuit, nous marchons environ une heure sur une route goudronnée mais raide pour atteindre notre point de vue. Un petit sentier escarpé permet ensuite de quitter les grands groupes de touristes montés en jeep ou à cheval.
Le jour pointe timidement le bout de son nez, chassant les étoiles. La star des volcans indonésiens apparait de plus en plus clairement : le Bromo ! Ce dernier surplombe une mer de brouillard. Il a une forme conique typique et un panache de fumée sort de son énorme cratère de 10km de diamètre. Ce volcan a vraiment la forme de ceux qu’on dessinait étant enfants. Les couleurs changent à chaque instant et nous sommes émerveillés. Malgré le froid nous prenons le temps de savourer ce lever de soleil magique. Peu à peu la brume disparaît à son tour (ainsi que les touristes pressés par leur guide) révélant une plaine lunaire au pied du volcan.

Nous sommes quasiment les derniers à partir de notre point d’observation et nous descendrons le chemin réservé aux fermiers locaux. D’ici, nous voyons au loin des centaines de Jeeps parquées au pied du volcan. Pas pressés d’arriver dans la cohue touristique nous marchons tranquillement et prenons le temps de nous arrêter pour manger un nasi goreng. Il est 8h du matin et c’est avec joie que nous reprenons quelques forces.
Une fois le flot de véhicules parti, nous grimpons les 250 marches jusqu’au sommet du volcan et à nouveau la vue est à couper le souffle (et pas seulement en raison des vapeurs de souffre s’élevant du cratère). Nous ne pouvions pas mieux tomber, ce premier lever de soleil javanais était juste parfait !

Julien avait émis l’envie d’escalader le volcan Semeru, le plus haut de Java qui culmine à 3'676 mètres d’altitude. Sa particularité est qu’il crache environ chaque quart d’heure un petit nuage gazeux Malheureusement, les conditions météo parfois compliquées en ce début de saison des pluies et le manque d’équipement pour affronter le froid durant les trois jours d’ascension nous ferons renoncer. Nous décidons toutefois de marcher jusqu’au village au pied du Semeru, d’y passer la nuit puis de revenir le lendemain.

Pour y arriver, nous devons passer par le parc national que David est réticent à payer. Le prix est dix plus élevé que pour les indonésiens et très cher par rapport au prix de la vie locale. Ajoutons qu’on ne sait pas à qui va vraiment l’argent, surtout lorsqu’on questionne les gardiens du parc. Après une rude discussion, Emma et Julien le résonnent et soulignent que nous avons déjà esquivé le péage pour visiter le Bromo le jour précédent…

C’est donc délestés d’une partie de nos affaires (et d’une modique somme d’argent !) que nous nous lançons dans cette marche. La première partie traverse le désert volcanique, la végétation fait peu à peu son apparition. De belles fougères et du fenouil se plaisent dans ce sable noir. Après une légère hésitation quant au chemin à prendre nous décidons de monter directement à flanc de la montagne et finissons par trouver l’entrée du petit sentier en zig zag. Là, la végétation est complétement brûlée, nos pieds et jambes sont très vite noirs de suie (enfin c’est surtout Julien qui ressemblera à un vrai ramoneur arrivé en haut).

Nous voilà à Ranupani, un village tout en longueur et entourés de champs de patates, d’oignons et de choux que les agriculteurs cultivent en terrasse. Malheureusement nous ne trouverons nulle part dans nos assiettes ces denrées…
On doit descendre tout le village pour trouver une maison d’hôte ouverte. L’architecte du village doit avoir fait un stage en Italie et aimer le style rococo baroque car les façades se composent de grandes colonnades en planelle colorée. Le village entier est en travaux et l’ambiance est assez particulière. De très jeunes garçons conduisent des motos à toute vitesse dans la seule rue principale et les vieux les regardent sans broncher.
A l’auberge (qui est en fait une maison assez « riche » mais tellement kitsch), on rencontre Alex, un jeune français. Lui a décidé de continuer l’ascension jusqu’au sommet (en louant tout le matériel et sans guide). Au vu de la nuit glaciale et des trombes d’eaux qui n’arrêteront pas de tomber nous serons finalement assez contents de ne pas l’avoir tenté. Avec son organisation « à la cool » pour cette ascension assez difficile on espère qu’Alex reviendra vivant… C’est surtout la dernière partie qui est la plus éprouvante, il s’agit de monter les 700 derniers mètres de nuit, les pieds dans le sable !
On rigole mais cette année un suisse qui « avait l’habitude des sommets » est monté pour le coucher du soleil et n’est jamais revenu… il a été retrouvé plusieurs semaines plus tard par un guide du parc. Cette histoire nous aura été racontée par un des gardiens lors de notre souper.
Nous nous promettons de revenir un jour avec le bon équipement et lors de la saison sèche pour faire une tournée des volcans indonésiens.

Le matin suivant c’est au lever du jour que nous reprenons la route pour rejoindre Semoro Lawang. De là, nous trouvons rapidement un bus qui redescend sur Probolinggo où nous négocions directement un bus pour notre prochaine étape : Bali.

Le trajet jusqu’à l’île de Bali ne paraît pas si long sur la carte et, avec Maps.me, le temps est calculé à 3 heures de voiture. Il faut vite se rendre compte que l’application ne prend pas en compte l’état de la route et le nombre faramineux de camions chargés au double de leur hauteur initiale roulant à une moyenne de 30 km/h… Elle ne prend pas en compte non plus l’arrêt d’une heure après quelques kilomètres de route et un autre stop d’une heure non prévue après la panne du bus… Au final, il faudra 6 heures de bus et une heure de ferry pour atteindre Bali. La suite, dans un prochain épisode !

Bromo dans la brume du matin

Octobre
23
2017

Un petit tour de scooter et puis s’en va…

Yogyakarta - 25'548 km - J 133

Après trois jours dans la capitale nous voilà arrivés à Yogyakarta le 18 octobre dernier. La ville en elle-même est surtout connue pour être un bon point de chute pour les temples les plus connus de Java. Je nomme : Borobudur et Prambanan.

Le centre-ville regorge de boutiques de batik et d’artisanat, de mosquées, de bars, d’hôtels en tout genre. L’art javanais classique ainsi que la culture traditionnelle sont hautement représentés. La ville est aussi le berceau de l’héritage intellectuel et spirituel de l’île et de ses habitants.
Les scooters filent entre les becaks (tuk-tuk locaux, soit à vélo soit à moto) et les calèches. Ville débordante d’énergie Yogyakarta est bien différente de sa grande sœur. Tout près de la grande rue de Malioboro se situe, dans un dédale chaotique d’impasses et ruelles, un large choix d’hôtels et de homestay à petit budget.

Nous trouverons notre bonheur à l’auberge « La javanaise », un bon signe non ? Elle est tenue par un couple d’indonésiens âgés et charmants. Leur fils vivant en France est là pour quelques semaines. Nous le nommerons Junior, nom qui lui ira comme un gant. Son look ressemble à un boxer thaï en fin de carrière de quarante ans avec coupe mulet et tattoos flous en tout genre, bien sûr il adore porter de beaux marcels… Junior ça vous parle tout de suite plus non? Cependant, il était sympa mais un peu insupportable sur les bords, enfin surtout pour les bords d’Emma. David et Julien arriveront mieux à communiquer avec lui. Sa tendance à penser que les guides touristiques papier sont mauvais et que lui seul connait les bons plans s’avérera un peu énervante. On va vite apprendre qu’il n’y a pas qu’une vérité en Indonésie et que même les horaires des attractions changent selon qu’on demande au caissier, au garde du palais ou à un guide… bref, Junior nous donnera quand même quelques bons plans.

Les temples :
Première visite avec celui de Prambanan. Celui-là est accessible en bus en à peine une heure. Il faudrait plutôt parler des temples car Prambanan est en fait un ensemble de temples, ou candi, dédié aux divinités hindouistes. On débute la visite par le plus grand ensemble, composé de 240 candis. Ils sont en plutôt bon état et les pierres empilées ont l’air de tenir les unes sur les autres comme de gros légos noirs. La hauteur des temples est impressionnantes, une à deux volées de marche permettent d’entrer dans la pièce centrale sombre comme la nuit.

L’ensemble de Sewu saura nous charmer davantage que ses grands frères. Il est situé au nord du parc où, bizarrement il n’y a personne. Les hordes de touristes ne prennent apparemment pas le temps d’y aller (et oui, pour visiter l’Indonésie en deux semaines il faut faire des choix !). Ici beaucoup de candi sont en ruine, on a tout loisir de se balader et d’admirer la fragilité de ce décor magique. Deux grands gardiens surveillent l’entrée avec un air patibulaire.
Par ici pour les curieux et les amoureux d’histoire : whc.unesco.org

Borobudur est l’équivalent bouddhique de Prambanan. Il faut savoir qu’en Indonésie, enfin surtout à Java le must est de visiter les temples et les volcans au lever du soleil ! Un peu sceptiques mais aussi un peu curieux on décide de louer un scooter pour partir à 3h du matin en direction d’une colline surplombant le temple afin d’y voir le soleil pointer le bout de son nez.

Nous avions tirés à la courte paille pour savoir qui allait conduire. Emma a été désignée mais bien mal lui en a pris. En effet, à 3h, pas réveillée, sous la pluie la voilà qui se prend le premier coin de rue en voulant pousser le scooter pour sortir du dédale de notre quartier. Une chute, un choc et le volant un peu déglingué, la visite commence bien… C’est un peu secoués que partons quand même mais la pluie a redoublé d’intensité. Nous verrons plutôt le soleil se lever sous un abri à 2 km de Yogyakarta. Après deux heures, la pluie cesse et nous pouvons mettre le cap sur la colline. Les nuages restent de la partie mais nous pouvons quand même apercevoir le temple dans la brume du matin. Point positif, il n’y a plus un chat sur le point de vue, par contre ça construit partout sur la colline. Les indonésiens ont compris le filon et partout se montent des échafaudages en bambous pour profiter (contre rémunération) de la venue des touristes pour les fameux levers de soleil.
Nous voulions aussi profiter d’être sur place pour visiter la « Chicken Church » qui a la particularité d’être en forme de poulet… Mais le prix pour monter dans la « tête » est beaucoup trop élevé pour ce que c’est et le reste de l’église a été transformé en restaurant panoramique…

C’est vêtu d’un sarong que nous pouvons partir à l’assaut de Borobudur. Ce temple est construit tel un mandala géant sur trois étages. Des bouddhas et des gravures sont disposés régulièrement sur les plates-formes circulaires. Au sommet enfin, des centaines de stupas refermant des buddhas entourent une stupa géante. L’ensemble est majestueux, les gravures des bas-reliefs permettent de se plonger dans l’histoire de ce temple.
On vous laisse lire par ici si vous voulez plus de détails : whc.unesco.org

D’autres temples sont à visiter dans les alentours mais nous avions notre compte de vieilles pierres pour la journée. Après une si courte nuit et tant d’émotions (surtout pour Emma qui restera un peu stressée à l’idée de remonter sur un scooter dans la circulation chaotique de la région) nous rentrons à la case départ. Malheur, il faudra affronter Junior et nous appréhendons un peu sa réaction.

Cela ne s’est pas fait attendre et c’est avec un véritable œil de lynx qu’il détaillera sous nos yeux la casse. Il en rajoutera des tonnes, nous rappelant que la location ne comprenait pas l’assurance, blablabla (tout en ne demandant pas si nous avions été blessés…). Après un discours en boucle, nous devons nous présenter le lendemain avec lui au garage et être préparés à payer cher (selon ses propres mots) ! La fin de journée fut un peu morose surtout après avoir relu notre police d’assurance qui ne couvre pas les dégâts matériels en location… Julien, dans une dernière tentative de médiation parviendra quand même à rassurer Junior sur le fait que nous n’allions pas partir dans la nuit comme des voleurs…
Les garçons accompagnent donc Junior le lendemain avec tout le tact et la bonne volonté du monde. Après un peu d’angoisse, la facture s’élèvera finalement à 65CHF. Soulagement, la grosse facture promise par Junior parait d’un coup bien ridicule (ce que nous ne montrerons pas devant lui ni le garagiste).
Cette expérience scellera notre envie de louer d’autres scooters… la circulation est vraiment chaotique et les dangers guettent partout. Nous aurons eu de la chance car même si Emma a chuté et s’est un peu égratigné le genou et cogné l’épaule rien de grave ne nous est arrivé. Les accidents de scooters sont très fréquents surtout avec les touristes qui conduisent « à l’européenne » c’est-à-dire avec des règles de circulation… CQFD.

La plage :
A une demi-heure de voiture de Yogyakarta si situe la plage de Parangtritis au bord d’un océan indien déchainé. Des étendues de sable volcanique quasiment désertées des touristiques en raison des fortes vagues écumant le sable noir. Cependant, il est dit que le weekend et pendant les vacances, énormément d’indonésiens s’y rendent. Seules quelques calèches passent devant nous ainsi que deux quads conduits par des touristes eux-mêmes poursuivis par le loueur viennent interrompre la tranquillité du lieu.
Affronter les grosses déferlantes s’avérera plus sportif que nous le pensions au départ, il faut vraiment être attentif à chaque vague.

Junior nous avait parlé de quelques grottes se terrant dans les alentours de Parangtritis. Comme nous sommes venus en taxi, nous n’avions pas de moyen motorisé pour aller visiter la Gua Langse qui est la plus proche d’ici. Après notre repas de midi dans un restaurant de plage où nous sommes seuls, nous demandons à notre cuisinière comment nous y rendre. Elle nous répond qu’en moins d’une heure selon la marée, nous pouvons longer la plage et ensuite les rochers. Pas vraiment convaincus par ses propos, son fils nous propose de nous y conduire en scooter et de nous louer celui de son ami.
Emma monte avec le guide sur sa petite moto et Julien embarque David sur le scooter emprunté, le tout sans casque (ne le dites pas plus loin, de toute façon c’est ça ou rien !). Après un départ hasardeux dans le sable, Julien tente de suivre la moto qui gravi les routes sinueuses de montagne et ensuite redescends sur des chemins en graviers à toute vitesse. Emma verra sa vie défiler après chaque virage, heureusement (ou pas) son chauffeur connaît la route.

Contents d’être arrivés sans accident au parking, nous n’avions pas encore connaissance du vrai danger qui nous attendait ; la descente jusqu’à la grotte passe par une série d’échelles « de la mort » en bambou à ras de falaise. Emma et Julien évitent de regarder les 300 mètres de précipice pour oublier leur vertige. Les échelles grincent, les cordent sont usées, les « marches » creusées dans la roches ne sont pas de premières fraîcheur, mais dans quoi nous sommes nous engagé ?

En bas, un peu haut-dessus des vagues qui se fracassent avec force contre les rochers, la fameuse grotte est gardée par une chèvre et une poignée d’hommes qui résident là. Ce lieu de pèlerinage est très connu des indonésiens et a même eu l’honneur d’avoir la visite d’un président indonésien. Les alentours et l’horizon sans fin sont simplement éblouissants. Nous remarquons très vite que le passage par la plage à pied est plus une mission suicide qu’une simple balade à marée basse !

Le retour jusqu’au village de la plage est tout autant scabreux entre la remontée des échelles et la chevauchée en scooter. Nous remercions notre guide improvisé et arrivons juste à temps pour attraper le dernier bus pour rentrer à Yogyakarta. Le chauffeur, remarquant que nous sommes trois beaux touristes et les seuls passagers de sa course nous fait comprendre qu’il n’y a pas d’autre transport après lui et nous indique un prix exorbitant pour le bus.
Nous lui faisons un scandale et refusons de descendre au-dessous d’un prix raisonnable. Autant tête de mule que nous, il refuse la négociation et nous décidons de tenter notre chance en stop.
Après quelques minutes, une voiture s’arrête pour nous charger mais malheureusement le bus public le précède et s’arrête net. Le chauffeur sort furibond et commence à agresser verbalement l’amical conducteur de la voiture. Ne comprenant pas grand-chose, on peut traduire par : « Tu me voles mon travail en prenant ces touristes ! » Avant d’en arriver aux mains, notre preneur paye son agresseur la course que nous voulions lui payer.
Le chauffeur de bus est la personne la plus malhonnête que nous ayant rencontré en Indonésie, nous serons franchement choqués de voir comme il a agressé l’homme au volant de sa voiture.
Nous apprenons que la femme à ses côtés est en fait sa cliente et que lui est un chauffeur privé. Il nous déposera à deux pas de notre homestay et finalement nous lui donnerons la somme qu’il a payé au chauffeur de bus.

En résumé, notre conseil si vous souhaitez vous rendre à la plage de Parangtritis, louez un scooter et n’aller voir la grotte que si vous n’avez pas le vertige, assez de temps pour ne pas rentrer après le coucher du soleil et un guide pour vous montrer le chemin… On apprendra que plusieurs pèlerins sont tombés en chemin, vu les alentours on ne donne pas de grandes chances de survie…

Le palais, le café Luwuk et le batik :
A « Yogya », tu n’as pas le temps de t’ennuyer. Au centre de la ville, le palais du sultan, nommé Kraton, est compartimenté en trois parties, les trois payantes et avec des horaires différents. Les objets exposés appartenant aux sultans depuis des années sont entreposés dans des vitrines et commencent fortement à vieillir avec le temps. Ce musée nous a rappelé ceux en Russie ou en Chine qui donnaient cet aspect vieillot et mal entretenu. Il est sûrement intéressant d’avoir un guide car pour nous ce fut un peu une visite superficielle. Ce qui est intéressant de retenir c’est que les sultans ont résidés dans une partie du Kraton depuis 1755 à nos jours. L’actuel sultan se nomme Hamengku Buwono X.

La ville a la réputation d’être la capitale du batik. Ce dernier est un art appliqué sur des textiles comme des habits ou des toiles. Il est généralement composé de trois couleurs uniques. Le procédé est le suivant : l’artiste dessine un motif avec de la cire d’abeille sur le tissu, ensuite il trempe celui-ci dans une couleur, enlève la cire, recouvre son dessin avec de la cire pour protéger la couleur puis recommence autant de fois qu’il veut afin de faire apparaître le motif ou le sujet voulu. La technique est longue et elle est apprise à l’université des arts. Nous aurons la chance d’en visiter une où des toiles des étudiants sont exposées. Nous craquerons pour une très belle peinture qu’on imagine déjà bien dans notre futur appartement…
En ville, toutes les boutiques regorgent de tissus aux motifs batik, les « vrais » sont relativement chers et ceux avec un motif contemporain encore plus.

Un autre attrait de la région est la production du café de civette ou café Luwuk. La civette est un animal proche du raton-laveur vivant dans la jungle. Il se nourrit des grains de cafés qu’il défèque presque entiers. Un jour, dieu sait qui a eu l’idée de ramasser les excréments de cette bête pour en faire sécher les graines qui en ressortent presque comme à l’entrée… La particularité de ce café ainsi obtenu est qu’il est le plus cher du monde et les indonésiens aiment s’en vanter. Julien nous payera même une tournée cet or noir ! Nous pourrons même admirer le fameux animal de plus près (voir de trop près pour Emma, le vendeur lui mettra l’énorme animal sur les épaules). Celui-ci était particulièrement gros car il est en réhabilitation, mais il n’y a pas à dire, ça ne sent pas bon comme bête !). Nous aurons l’opportunité de déguster une tasse de café Luwuk, une du café de Bali et une tasse de café aux épices. Alors oui le café Luwuk est bon mais son prix est quand même trop cher. C’est avec un trop plein de caféine dans le sang que nous partirons nous coucher, le sommeil fut difficile !

Après ces quelques jours à Yogyakarta, nous pouvons tirer un bilan très positif ; les sites historiques, la culture batik et la plage auront pris le pas sur nos ennuis et frayeurs locales. Continuons vers l’est !

Plage de Parangtritis

Octobre
17
2017

Ne vous déplaise, en dansant la javanaise, nous nous aimions à Java !

Jakarta - 25'123 km - J 127

Jakarta la mal-aimée, déconseillée des voyageurs en tout genre. Ne pas trop y rester. C’est toxique ou quoi ?

Jakarta bruyante, étouffante, polluée, stressante. Trottoirs défoncés, impraticables, plaques d’égouts affaissées, trous, arbres, peur de tomber. Un œil sur tout, vigilance constante, motos, scooters, voitures, conduite à gauche, des yeux partout. Un bras tendu, traversée dangereuse mais obligée. Pas de passage piéton. Observer les gens, ok il faut de l’assurance. Non pas comme ça le bras, un petit signe, bon ok chacun sa technique.

Jakarta et sa nourriture de rue, omniprésente, petits stands sur les trottoirs, encore un obstacle. Nasi goreng, mie goreng, soto ayam, bubur, friture, attention rica rica, du rire aux larmes… la même rengaine partout, toujours, le même goût. Glutamate… le mot magique, non la poudre magique. Ne pas regarder le wok, ne pas regarder par terre, ne pas regarder les glaçons… thés froids maisons… Quatre cuillères à soupe de sucre. Vite dire non, un petit peu please. Rires des cuisiniers, bizarres les touristes. Ok on comprend les dents, les carries, les sourires toujours, partout.
Rafraîchissants à défaut de bières. Difficile d’en dénicher, oui île musulmane, c’est dit.

Jakarta et son marché aux puces. Batavia à la grande époque. Canaux comme à Amsterdam. Aujourd’hui puanteur, eau croupie, égouts, au revoir la romantique Dame. De tout de rien, le vrai du faux, regarder pour faire plaisir, négocier un peu beaucoup. Malgré tout, tout est trop cher. Un scaphandre, jolies lampes orientales, cloches en métal, coffres, trop grand, impossible à ramener, pas d’appartement à décorer.
Ecoute de disque, recherche de Gamelan, chants d’opéra, non non pas ça, acoustique, instrumental. Pour Romain, cadeau impossible, à voir. Cassettes, vinyles tout y passe. Recherche éperdue pour demande pleine d’espoir. A voir, ce n’est que le début. Pépites pop, jolis moments, la musique adoucit les mœurs. Pochettes de vinyles, l’époque, le style, ça manque, le groove.

Jakarta et sa grande mosquée, la plus grand de l’Asie du Sud-est… rien que ça. Construite par un chrétien, ça compte. En peignoir de soie. Visite guidée, les informations au moment adéquat, par cœur, minuté. Des chiffres, des dimensions, une oreille puis une autre. Ah tiens 33 mètres de diamètre, ça revient. On veut impressionner. Acier, dorures, 7 piliers de l’Islam, très grand mais froid. Donation, guide sympa puis ah non rien que ça ? Vendre des sacs pour les chaussures, on tente l’argument écologique, tiens une oreille puis une autre pour eux aussi.
Le port, on ne trouve pas. Bidonville, rivière acide, on se fait des films, la nuit tombe, on n’y reste pas.
Pollution, plastique partout dans les rues. Poubelles ? Joli mot ça en reste là. Des rats, ça court, ça surprend, ok on s’habitue. Beaucoup de chats, en bonne santé, on comprend ensuite. Jakarta ville de chats, partout.

Jakarta avec ses photos, que le début, de nous, selfies avec des inconnus. Nouveaux amis suisses dira-t-on. Marrant, les touristes des jours précédents en fond d’écran. Amis belges, français, hollandais, ah tiens, ils parlent tous quelques mots de français. Ok on joue le jeu, parfois oui, parfois non, on a le droit non ? Droit à l’image ? Ne connaissent pas…

Jakarta, ville de retrouvailles, petit bout de Suisse dans le sac à dos. Des nouvelles, plaisir de se retrouver, jouer à la console, boire finalement des bières. Se raconter, les nouvelles, petits à petits, dans un métro, au restaurant, tant à dire après tout ce temps. On pense déjà à l’après, non ne faut pas, profiter de l’instant, créer des souvenirs. Au bout du monde pour nous, de la chance quand même. Des cadeaux, les amis pensent à nous. Sugus, chocolats, miam, ouch attention ça fond, pas grave, le vrai goût est là. Petites attentions, chaud au cœur, l’ennui, oui un peu, par vagues. Les fêtes, les bons moments, les apéros. Tiens, l’été est fini en Suisse, les terrasses ont fermé. Pour nous, été éternel, enfin presque, illusion qui ne durera pas éternellement. On profite, les amis seront là en rentrant, on espère mais on le sait en fait. On réalise certaines choses. Ok pas de place à la déprime là, on repart d’attaque.

Transpirer ensemble, écumer la ville, sans se presser. Rencontrer des gens. Tiens un grand blanc avec une barbe blonde. Les deux petits bronzés on ne s’en occupe pas trop. Enfin surtout la petite dame, Emma la plante verte se nommera-t-elle. Oui une femme qui pose des questions, heureusement que ses copains sont là pour recevoir la réponse. Monsieur, vous venez d’où ? Vous faites quoi ? Vous allez ou ? Répondre, discuter échanger. On rit, on plaisante, on essaye de comprendre. Ok les petites filles avec le voile, on respecte, à quoi bon s’indigner. Le sourire des gens, la curiosité, sentiment bizarre, presque trop. Trop gentils, trop désintéressés ? Non, le touriste méfiant reste dans un coin de tête mais en fait parfois on s’attire-nous même les ennuis. Ok on touche du bois, les deux gringos sont superstitieux, très bien, on essaye de ne pas parler du temps. On a eu de la chance avec le temps ! Je peux le dire là, la journée est finie ? Heureusement il y a des arbres et leur tête, ils peuvent tâter. On s’en fout de la pluie de toute façon.

Jakarta, on planifie, un peu, pas trop, on ne veut pas. Profiter les trois surtout, ça passera vite on le sait déjà.
Train de nuit pour Yogyakarta, presque Jakarta mais Jogya disent comme les vrais, fuir Jakarta ils nous disaient. Le tétris dans le train, les jambes, un, deux, trois, on change de position, accord implicite avec son voisin. Courte nuit, l’habituelle illusion des trains de nuits. On est jeune dit-on, c’est vrai, il en faut plus pour enlever ces sourires de nos lèvres. On en verra d’autres, on a le temps, ah non pas tant que ça. Pas grave on part à l’assaut d’une nouvelle étape.

Jakarta, pas si mal au final mais en fait, on créer ses propres souvenirs, la ville, l’endroit on s’en fout tant qu’on est bien ensemble.

Pont à Jakarta

Octobre
14
2017

Des milliers de poissons plus tard…

Iles Togian - Unauna - 23'353 km - J 124

Après l’île de Malenge, nous restons dans l’archipel des Togian et mettons le cap sur Una-Una. Pour l’atteindre, nous prenons une pirogue à moteur avec un couple de belge. Comme à l’aller, nous sommes à nouveau trempés, les vagues et la houle sont trop fortes, le pécheur décide d’accoster le bateau et de nous faire monter dans le ferry public. Changement de ferry à Wakai : nous nous installons à même le sol d’une vieille coque de noix entourés de femmes, d’enfants et de marchandises diverses et variées. Les hommes sont quant à eux assis dans la partie arrière du bateau. La ligne de pêche mise à l’eau permettra même de sortir un beau barracuda ! Ce trajet ne fut pas de tout repos entre la cargaison, les gens, le bruit et l’inconfort du plancher de bois. Après environ cinq heures de mer nous arrivons sur le ponton de l’hôtel Sanctum, conseillé par un chilien rencontré à Bunaken. Il y avait fait sa formation de dive master et nous avait certifié que c’était un endroit magnifique.
Ici il n’y a que deux hôtels, nous irons quand même comparer le prix avec le nouvel établissement juste à côté et nous pouvons aussi le recommander.

L’île est réputée pour ses fonds marins majestueux et son volcan, autrement il n’y a rien d’autre à faire. Notre programme pour ces quelques jours se résumera principalement à plonger. David qui a passé sa certification Open Water à Bunaken en a profité pour passer le cours « Advanced » afin d’être au même niveau qu’Emma. Son instructrice est française et se nomme Emmeline. Le soir après le souper, nous passons de jolis moments avec elle à bucher les livres sur les poissons et tout autre habitant sous-marin. On compare, on cherche à identifier la bonne espèce et surtout elle nous parle de sa riche expérience de plongée. Elle nous racontera même comment elle a perdu tout son groupe de client lors d’une plongée de nuit en croisière (juste après notre plongée de nuit histoire de pas trop nous stresser !).

A aucun moment nous ne sommes déçus par nos plongées ; la réputation de l’île est plus que vraie. A chaque sortie on peut observer des énormes bancs de barracudas, des gros mérous, des poissons-lions, des raies pastenagues, des murènes et même quelques tortues. Nous découvrons aussi de plus petites espèces comme les nudibranches ou des anguilles de jardin.
Lors de la plongée sur le thème de la navigation, David devait utiliser une boussole pour effectuer un carré et revenir au point de départ. Emma quant à elle, devait compter les cycles de palmage qu’Emmeline lui avait transmis. Emma a réussi à lire 30 cycles au lieu de 10 et David s’est trompé de 1 à 2 degrés. Sur une telle distance ces quelques degrés ont suffi à nous décaler, nous avons commencé à descendre trop profondément… Emmeline est même remontée à la surface nous chercher. Normalement nous aurions aussi dû remonter mais comme Emma était sûre de ce nombre et qu’il nous était impossible de communiquer nous avons continué notre carré sous l’eau, sûrs (Emma surtout) que nous reviendrions sur nos pas à un moment ou un autre. Au final après presque dix minutes nous l’avons retrouvé et avons pu continuer la plongée. Ce n’est qu’une fois à la surface que nous avons pu nous expliquer et nous rendre compte chacun de nos belles erreurs. Heureusement, on a réussi à garder la tête froide et tout s’est très bien passé ! Et oui la gestion de crise devant une carte, un GPS ou même une boussole ça commence à nous connaître après ces quelques mois ! La bonne nouvelle c’est qu’Emmeline aura une nouvelle anecdote à raconter aux prochains clients !

Un soir, nous partons à l’aventure pour une plongée de nuit, une expérience que ni Emma ni David n’avait tentée jusqu’alors. Un nouveau monde s’est ouvert sous nos yeux avec des couleurs différentes que la lueur de la lampe de poche révèle d’un mince faisceau. On surprend les poissons perroquets en train de dormir alors que d’autres espèces chassent allègrement. Les crabes sont de sorties, malheureusement on ne verra pas le crabe décorateur qui brinqueballe un morceau d’anémone sur sa carapace ce soir… Le plus magique est le moment où, juste avant de remonter on éteint les lampes et on remue l’eau. Là, le plancton luminescent se révèle et scintille devant nous. Une fois la tête hors de l’eau, les étoiles remplissent le ciel, le moment est magique, on ne veut pas remonter sur le bateau. Cette plongée est peu profonde, cela nous permet donc de faire durer notre bouteille d’oxygène longtemps. Nous passerons presque 1h15 à sonder le récif et ses occupants.

A plusieurs kilomètres de l’île, un bombardier américain de la Seconde Guerre mondiale s’est abîmé en mer le 3 mai 1945. Les îles étant sous occupation japonaises les américains étaient engagés dans des missions de frappes aériennes dans les alentours. Ce jour-là, l’avion a subi des avaries de moteur et la décision fut de le faire amerrir en urgence. En effet, la base de Morotai était trop loin et les îles étaient trop densément recouvertes de jungle pour que les parachutistes ne courent aucun risque. Les onze membres de l’équipage ont pu s’échapper grâce à des radeaux et rejoindre la terre ferme. L’avion a fini par couler par 15 mètres de fond deux heures après cet amerrissage forcé. Dans sa chute il a perdu trois hélices et son nez a été bien amoché.
Ce fut notre première plongée sur épave et elle fut incroyable. L’avion repose sur un fond sableux et la visibilité n’est pas la meilleure. C’est un vrai choc de voir apparaître petit à petit ce gros appareil chargé d’histoire. On peut vraiment nager tout autour de la calandre et voir comment les coraux et les éponges ont colonisés l’avion tout entier alors que les poissons nagent tranquillement dans le cockpit. David a dû refaire un petit exercice de navigation et cette fois ce fut du sans faute (enfin c’est plutôt grâce à ses yeux que de sa boussole qu’il a pu retrouver la bouée pour remonter au bon endroit…).

Sur le chemin du retour, nous nous sommes arrêtés à un lac salé rempli de méduses. Celles-ci sont totalement inoffensives. Encore une fois, l’expérience est singulière et le fait de se baigner parmi ces êtres gélatineux et les voir évoluer dans cette eau d’un joli vert est très poétique. Même en sachant qu’elles ne piquent pas, nous ne trainerons pas trop longtemps dans l’eau car il y en a quelques bonnes centaines tout de même !

Après tant de mer il va bientôt nous pousser des branchies. Nous savons que l’île est surmontée d’un volcan encore actif dont sa dernière éruption date de 1983. Un petit trek d’une journée permet de s’en approcher. Nous partons donc le matin avec le père d’une des cuisinières et un ami à lui en moto. Il faut presque une heure sur une route chaotique pour atteindre la pointe est de l’île. Le paysage oscille entre des maisons isolées dans la jungle entourées de cadavres de noix de cocos et la plage de sable noire vierge de toute trace humaine. Les habitants ici vivent du commerce de la coco, autrement rien n’y pousse véritablement. Comme bien souvent nos guides sont là pour nous amener d’un point A à un point B, pas le temps de trainer. Ils courent presque (en tongs) dans le pierrier puis dans la jungle et enfin au pied des fumeroles et du petit lac soufré. Emma qui aime bien prendre son temps est quelque « stressée » par ce rythme effréné. Le guide principal prend quand même bien soin de nous en nous préparant le sol avec de grandes feuilles de bananiers lors des pauses et il nous coupera même de gigantesques feuilles à tenir au-dessus de nos têtes lors d’une averse. C’est simple ; nous serons trempés tant par la sueur que par les averses qui nous arrosent régulièrement. Le petit bain dans un lac sur le chemin nous permettra de nous rafraîchir quelques minutes. Tour à tour nous avons l’impression d’évoluer dans un décor du film Jurassic Park et d’Indiana Jones tant la végétation est luxuriante et la topographie très spéciale. On vous laisse regarder les photos pour vous faire une meilleure idée. Cette excursion nous en aura aussi mis pleins les yeux et c’est avec joie que nous retournerons encore observer quelques autres créatures (pré)historique du fond des océans.
Notre folle aventure dans les îles Togian se terminera sur une autre coquille de noix au confort inexistant afin de rallier cette fois-ci la ville d’Ampana au sud de l’archipel. Là-bas nous y reprendrons un avion direction la capitale indonésienne pour y accueillir un ami venu nous rendre visite.

Nous quittons ce paradis avec le sourire car une nouvelle aventure à trois va commencer !

#défi Schtroumpf : petite blessure de guerre avec un sparadrap au top !

PS : nos photos font la part belle aux fonds marins car oui on a passé presque plus de temps sous l’eau que sur la terre. Ou alors on était dans les hamacs… Le seul hic de nos photos sous-marines : les couleurs se perdent, à vous donc de colorer ces magnifiques fonds et poissons marins avec les couleurs les plus folles de votre imagination, car oui celles-ci sont vraiment spectaculaires. Nous avons inséré quelques photos prises par Emmeline et on voit vite la différence avec un vrai appareil submersible (même si la visibilité de l’avion n’était pas très bonne comparée aux sites habituels autour de l’île).

Ponton de l'hotel Sanctum

Octobre
08
2017

Le paradis serait-il aux îles Togian ?

Iles Togian - Malenge - 23'303 km - J 118

Les îles Togian sont perdues dans le centre-nord de Sulawesi et c’est la croix et la bannière pour y accéder. On peut y arriver depuis le nord ou depuis le sud mais dans les deux cas, il faut prendre son temps. Nous tenterons de décrire plusieurs itinéraires pour y arriver dans la partie « préparation » du blog.

Dans notre cas, depuis le pays Toraja, nous devions retourner à Makassar pour récupérer nos passeports. Comme à l’aller, nous prenons le bus de nuit le lundi soir de Rantepao à Makassar et nous arrivons le lendemain à 5 heures du matin. A cette heure, la ville dort encore et nous devons attendre l’ouverture du bureau de l’immigration à 8 heures. Trois longues heures à tuer… Nous trouvons refuge dans le hall d’un hôtel et profitons de leur connexion wifi pour surfer sur Internet. On sait que depuis les îles, plus aucune connexion n’est possible.

Après une heure de séance photo à l’immigration pour prolonger notre visa, nous nous rendons à l’aéroport 3 heures avant notre vol. Encore des heures à attendre dans un aéroport sans grand-chose à faire… Mais après une heure de retard et un changement de porte non indiquée (c’est normal en Indonésie que l’affichage de la porte d’embarquement ne corresponde pas), nous décollons pour Gorontalo, de retour au nord de Sulawesi. A peine atterri, nous récupérons nos bagages, embarquons dans un taxi et direction le port pour prendre des places dans le ferry de nuit.

Le ferry comporte 4 catégories de place. La première est constituée des quelques cabines de quatre personnes. Nous arrivons trop tard pour espérer une nuit en cabine. La seconde sont des sièges « VIP » soit disant confortable. Mais en réalité, il ne s’agit que de vieux sièges en cuir qui ne s’inclinent pas. Le guichetier nous a déconseillé cette catégorie si on souhaitait dormir. La troisième correspond à des lits superposés en bois comme dans les dortoirs des camps de ski sans le matelas. Nous choisirons cette catégorie et nous nous permettrons même de payer un extra pour louer un fin matelas. La dernière catégorie est simplement une place dans la partie basse du bateau entre les voitures et les scooters. Des enfants vendent des cartons pour plus de confort… De nombreuses personnes dormiront à cet endroit.

Après une courte nuit dans le bus de nuit, nous pensons que cette nuit sera encore pire mais étonnamment on dormira presque comme des bébés. Quatorze heures plus tard, nous accostons à Wakai, ville principale des îles Togian. Depuis là, il faut trouver un bateau pour relier les différentes petites îles de l’archipel. L’organisation sur place est bien faite ; les touristes sont enregistrés et regroupés dans un local pour ensuite être répartis selon leur destination. Le prix n’est non négociable par contre, une pirogue à moteur revient à 800'000 IDR pour maximum six personnes. Vu que nous sommes sept notre pécheur sera d’accord de tous nous embarquer après un petit conciliabule.
L’île de Malenge nous attend !
Nous rencontrons un couple de franco-québécois, un couple de français et une française avec qui nous partagerons le bateau.

Le deux heures de navigation jusqu’à Malenge se font dans des eaux mouvementées et sous une pluie comme seul les tropiques savent les faire. Nous arrivons trempés de la tête aux pieds et gelés (ça ne nous arrivera pas souvent en Indonésie). Mais après une nuit de bus, une journée d’attente, un vol, une nuit en ferry et une traversée de la mer, nous découvrons dans une crique, une plage au sable fin blanc ombragée de cocotiers, une eau translucide et de petits bungalows en bois directement les pieds dans le sable ; le paradis. Le trajet en valait la peine !

Nous n’attendons pas plus longtemps pour nous jeter à l’eau avec notre masque-tuba et après seulement quelques coups de palmes, nous repérons déjà de superbes poissons.

Une matinée, nous embarquons sur le bateau de l’hôtel pour une excursion au village Pulau Papan, un village bajo de quelques maisons construites une partie sur l’eau à flanc de rocher et l’autre sur le bord de la plage, les deux reliés par un magnifique pont en bois d’un kilomètre. Bajo signifie « gitan des mers » c’est une communauté de pêcheurs à l’origine nomade mais qui a été sédentarisé par le gouvernement indonésien (src : Lia beach).
A notre arrivée, des enfants se sont rués sur nous pour nous demander des bonbons, des stylos ou des livres. Ils ne voulaient plus nous lâcher quand nous voulions prendre des photos et nous balader tranquillement sur le pont. Après les avoir pris en photo sous toutes les coutures selon leurs souhaits on a pu s’émerveiller de ces paysages de carte postale. L’eau est si transparente que depuis le ponton on arrive à reconnaître les poissons clowns cachés dans leur anémone !
C’est la seule sortie que nous ferons et nous louperons l’expédition dans la jungle à 6h du matin avec le « docteur »… pas si grave, notre but est vraiment de nous reposer.

Tous les séjours sont en pension complète sur les îles Togian, en effet il n’y a rien d’autres que les petits bungalows des hôtels (et qui sont tous chacun dans une crique), l’effet seul au monde est bien au rendez-vous !
Le soir les indonésiens prennent la guitare et chantent, les touristes se joignent à eux (Emma n’en peut plus d’entendre « Hotel California » à la guitare). On va même goûter l’arak, l’alcool maison fait avec du jus de cocotier. Mélangé avec du coca ou tout autre soda avec un petit jus de citron c’est très bon !

L’ambiance de notre petit paradis, entre bronzette, plongées, snorkeling (et observation de bébés requins) va vite changer dès l’arrivée de plusieurs groupes de jeunes francophones. L’effet groupe et club Med qui va très vite s’établir entre ces nouveaux arrivants ne sont pas ce que nous sommes venus chercher ici. De plus, tous ont vu une vidéo postée par un blogueur sur Internet et viennent « vérifier » que l’endroit est bien comme derrière leur écran (malheureusement pour le jeune québécois fraîchement arrivé la déception est au rendez-vous… alors que franchement qui pourrait se plaindre d’un tel décor ?!). Bref c’est sans trop de regrets que nous quittons cette île pour en explorer une nouvelle. Direction Una-Una !

Pont du village bajo

Octobre
02
2017

Vivre pour la mort

Rantepao - 22'926 km - J 112

Pour étendre notre visa pour pouvoir rester plus de 30 jours en Indonésie, nous choisissons de déposer nos passeports à Makassar, capitale de Sulawesi. Nous prenons donc un vol de Manado, au nord, pour Makassar au sud où nous y passerons une nuit. A l’aéroport, Oscar, un guide touristique, nous alpague et nous propose une offre pour le pays Toraja, la destination à laquelle nous voulons aller ensuite. Son offre est assez bien ficelée et nous nous laissons tenter.

Le vendredi matin, dès l’ouverture du bureau de l’immigration à 8 heures, nous apportons nos carnets rouges à croix blanche que nous pourrons récupérer le mardi suivant : juste le bon laps de temps pour visiter le pays Toraja.

Le trajet de Makassar à Rantepao se fait en bus de nuit en 10 heures. Plusieurs compagnies proposent leurs services avec plusieurs formules ; avec lit, siège confort, siège sans inclinaison, etc. Arrivés à la gare routière, nous nous faisons harceler pour choisir la meilleure compagnie. Ça nous rappelle fortement l’Argentine. Après un peu de stress pour trouver le bon bus c’est le soulagement. Emma s’endormira bien vite après les 24h qu’elle passera couchée et fiévreuse et espère qu’elle ira mieux pour ces quelques jours qui s’annoncent bien remplis.

Rantepao est la ville principale du pays Toraja, nichée au cœur de montagnes au centre de Sulawesi. Sur place, Rio, notre guide pour les trois jours à venir, nous attend avec un autre couple de belges qui ont choisi le même tour. Cette région est principalement connue pour ses traditions de cérémonies funéraires d’un genre bien particulier. La région étant assez touristique les villageois ont l’habitude que des touristes viennent assister aux cérémonies guidés par un guide local (ce qui est fortement recommandé).

La première cérémonie à laquelle nous assistons est le sacrifice des buffles pour accompagner le mort au ciel. Il faut avoir le cœur bien accroché surtout lorsqu’on arrive à 7 heures du matin après 10 heures de bus chaotique.
On aperçoit une cinquantaine de personnes assises sur les perrons des maisons typiques et sur des tribunes provisoires assister à l’agonie d’environ cinq bœufs baignant dans leur sang. Le décor est posé, l’odeur de sang, de boue, d’excréments et de feu nous enveloppe et ne nous lâchera plus.

Rio nous encourage à regarder et à prendre des photos en signe de respect. David aura assez de cran pour s’approcher et canarder alors qu’Emma essayera de ne pas s’évanouir, heureusement nous avons pu nous asseoir dans les « tribunes » juste à temps. Par contre notre amie belge s’évanouira après quelques minutes. Nous verrons encore cinq buffles se faire sacrifier sous nos yeux. Un coup de machette à la carotide et les voilà qui se vident de leur sang en quelques (trop) longues minutes. Malheureusement parfois le coup de lame n’est pas assez précis et l’animal se relève, tente de lutter mais finit par rendre son dernier souffle. Les Toraja pensent que les buffles d’eau vont accompagner le défunt au pays des morts, plus on sacrifie d’animaux plus la personne pourra garder son rang dans l’au-delà. Pour les personnes les plus importantes de la société près de 36 buffles peuvent être sacrifiés pour une même cérémonie. Celles-ci s’étales sur plusieurs jours avec des danses, des combats de coq, de buffles et des sacrifices de porcs (auxquelles nous n’assisterons pas).

Après que la vie se soit retirée des animaux (parfois après presque une heure) les hommes dépècent les bêtes. Les queues sont un symbole fort et sont offertes aux personnes importantes, les peaux seront ensuite revendues sur le marché et la viande partagée et revendue. Les cornes seront ensuite accrochées sur la devanture de la maison de la famille du défunt.

Les buffles ont une place très importante. Le paysan en prend soin tous les jours en le lavant et le promenant. Certaines espèces peuvent valoir très cher comme les bœufs albinos. Pour les cérémonies, les invités achètent le bétail au marché qui provient des autres îles indonésiennes comme Bornéo ou Java. Il n’y a pas assez d’élevage en Sulawesi pour répondre à la forte demande pour chaque cérémonie.

Une autre particularité du pays Toraja est leurs maisons très typiques surélevées en forme de bateau. A l’époque, le toit était construit en bambou mais ce matériau est devenu beaucoup trop cher. Maintenant, il est remplacé par de la tôle. Les maisons sont construites sur 3 étages, le rez peut servir d’abri pour les buffles, le premier étage est constitué de trois pièces orientée nord-sud. Au nord une chambre à coucher, au centre la cuisine et au sud une chambre pour le défunt. Le troisième est pour les chats. Les enfants ou les invités sont parfois amenés à dormir à côté du cercueil. En effet, la tradition veut que la personne décédée reste plusieurs années avec la famille avant que la cérémonie puisse avoir lieu. Durant ce laps de temps la personne est considérée comme « malade ». Par exemple, la cérémonie à laquelle nous avons assisté était en l’honneur d’un mort décédé depuis trois ans. Nous avons aussi entendu l’histoire d’un vieux monsieur qui a perdu sa femme depuis sept ans et qui attend son heure avant de faire une cérémonie commune. Pour conserver les corps aussi longtemps, ils utilisent du formol disponible sur ordonnance spéciale délivré par le gouvernement indonésien en pharmacie ou à l’hôpital. Si le formol conserve les corps en bon état, il détruit les os. Jadis, une décoction de plantes était utilisée et était plus ou moins efficace (on pouvait savoir si quelqu’un était « malade » dans une maison à plus de 2 km à la ronde…).
En face de chaque maison on trouve un grenier à riz qui a la forme miniature d’une tongkonan (maison).

Une fois la cérémonie achevée, les hommes accompagnent le défunt sur un palanquin de la forme d’une tongkonan et hissent le cercueil ainsi que des offrandes dans une niche creusée dans une paroi rocheuse. Des figurines sculptées à l’image du mort, appelées « tau-tau » sont alignées un trou excavé dans la roche. Malheureusement de nombreuses tombes ont été pillées de leurs richesses. Une fois par année, les familles s’occupent des morts et les sortent de leur tombe. Cliquez ici pour en savoir davantage.

Nous aurons l’occasion de visiter plusieurs types de sépultures. Le premier est appelé les « cercueils suspendus ». Comme son nom l’indique des cercueils sont installés à flanc de falaises grâce à des poutres fichées dans la roche. Aujourd’hui bon nombre de ceux-ci se sont écrasés au sol et des ossements sont disséminés un peu partout au sol. Ce genre de sépulture n’est plus utilisé à ce jour. On va croiser de nombreux touristes indonésiens qui n’hésitent pas à se prendre en photo devant les crânes et les cercueils. Ils nous agresseront presque en voulant prendre des photos avec nous – ce que nous refusons catégoriquement. Rio, nous dira même que parfois les gens touchent aux ossements et dès qu’ils sont de retour chez eux le mauvais sort s’abat sur eux. Ils reviennent sacrifier un porc pour conjurer le mauvais œil…

A l’époque les bébés de moins de 6 mois qui décédaient étaient placés dans un arbre d’un type bien particulier. Si on l’incise, un liquide blanc doit s’écouler, ce liquide est considéré comme le lait maternel qui permettra de nourrir le bébé. Une petite fenêtre est creusée dans l’arbre, refermée par des feuilles tressées. Rapidement le tronc comblera la cavité. Le bébé est ainsi absorbé par l’arbre et pourra s’élever en grandissant avec l’arbre. Plusieurs bébés peuvent être confiés à un arbre (tant que la sève blanche continue de s’écouler) mais les fruits ne pourront plus être récoltés. Plusieurs grands arbres sont ainsi disséminés dans la forêt.

Le deuxième soir, nous serons invités à dormir dans une maison typique comme décrite plus haut. C’est aussi l’occasion de goûter au plat traditionnel : du riz et la viande cuite dans un bambou au feu de bois. Nous avions déjà testé le riz cuit dans le bambou en Chine et nous n’avions pas trop apprécié. A nouveau, nous ne sommes pas enchantés par le goût. Le poisson servi en second plat est nettement meilleur.

Le lendemain, après une nuit accompagnée par les aboiements des chiots et des cafards rampants (et le retour d’une puce de lit pour Emma), nous partons marcher. Nous traversons les villages typiques dans les montagnes entourés de caféiers, de cacaoyers et de papayers et longeons de magnifiques rizières. Notre guide Rio nous explique beaucoup de chose ce qui rend la balade encore plus intéressante (même si parfois on ne comprend pas tout avec son accent et sa manie de sauter du coq à l’âne : on passe des traditions de mariage, à la prostitution des guides touristiques sur demande des femmes européennes à la circoncision des enfants torajas avec un morceau de bambou….)

Nous repartirons avec le bus de nuit, après un dernier verre avec nos amis belges. Ce séjour au Tana Toraja aura été riche en émotions en tout genre même si la place des touristes au sein de ces cérémonies est discutable.

Crâne tombé d'un cercueil suspendu

Septembre
28
2017

Le royaume des tortues

Bunaken - 22'186 km - J 108

Nous quittons définitivement les mégalopoles. En effet nous voici en Indonésie et plus particulièrement sur l’île de Sulawesi. Celle-ci n’est pas la plus connue de tout l’archipel indonésien et pourtant c’est la plus grande ! Entre volcans, rizières, falaises, plages il y en a pour tous les goûts ici mais les déplacements ne sont pas très aisés.

Mais avant, retour à nos anciennes difficultés ; les passages de frontières. A Singapour, la compagnie aérienne ne voulait pas nous laisser faire le check in sans vol de retour, question de visa (lire la préparation du visa indonésien). Il faut donc, à 5h du matin, vite réserver un vol pour quitter le pays à une date quelconque… Un joli moment de stress.

Nous avons décidé de commencer par l’île de Bunaken tout au nord de Sulawesi. Nous atterrissons donc le vendredi 22 septembre à l’aéroport de Manado. Ensuite nous devions prendre un bateau organisé par notre hôtel mais faute de wifi à l’aéroport nous ne pouvons pas vérifier que tout est ok et impossible de les joindre. Un chauffeur de taxi nous organisera la traversée en compagnie d’habitants de l’île. Nous arrivons de nuit, où un délicieux souper nous attend.

Notre auberge est le Panorama Backpacker qui est une extension du Panorama Cottage. Il est moins luxueux et tenu indépendamment par Sylvia et son mari anglais Rob. Nous allons vite découvrir deux personnes extrêmement sympathiques et qui ont une quantité d’histoires à raconter. Les repas sont pris ensemble, ce qui nous permet d’en apprendre beaucoup sur eux, l’île de Bunaken, Sulawesi et l’Indonésie en général. Rob, après sa rencontre avec Sylvia, a repris en main l’hôtel des parents de Sylvia pour en faire un endroit accueillant pour les petits budgets. Christine, la cuisinière, rend l’emplacement encore plus merveilleux avec ses délicieux plats et nous gâtera même de quelques douceurs aux quatre heures ou en dessert. Nous ne pouvons que recommander ce lieu et remercier encore Sylvia et Rob pour leur accueil. Leurs petits bungalows sont charmants, très simples et correspondent tout à fait à notre budget (environ 14 CHF par personne et par nuit avec les trois repas inclus, thé, café, eau et fruits à volonté durant la journée).

Le programme de notre séjour à Bunaken est simple : plonger. Pour David, c’est l’occasion de passer son certificat de plongée « Open Water » avec PADI. Emma a déjà eu l’occasion de faire les deux premiers niveaux il y a dix ans maintenant en Egypte en compagnie de sa maman.
Etant donné que l’instructeur de l’hôtel est actuellement en vacances, il faudra faire quelques pas sur la plage pour atteindre l’hôtel suivant. Le rendez-vous est pris le lendemain avec Rhomé, une instructrice française et aussi gérante de l’hôtel et centre de plongée Bastianos.

Pendant que David passe sa journée devant la vidéo du cours de plongée, Emma s’en va explorer les fonds marins en compagnie d’un couple d’hollandais, de deux suissesses (qui seront tous aussi présente lors des autres plongées) et un monsieur plus âgé. Elle aura même la chance de voir des dauphins globicéphaux depuis le bateau (des dauphins mi baleine mi béluga avec leurs têtes arrondies). Rebelote pendant que David s’initie à la plongée en piscine. Les deux jours suivants, Emma accompagnera David et Rhomé pour les quatre plongées du cours. Et finalement après les premières plongées plus stressantes et hésitantes, la quatrième est la bonne et le certificat est en poche !

Ici, quand tu n’es pas sous l’eau, tu es juste au-dessus. Après les plongées, nous continuons de nous émerveiller avec notre masque-tuba en snorkeling. Pas besoin de faire des kilomètres pour voir de magnifiques poissons et surtout des tortues. A chaque virée de plongée ou de snorkeling les tortues nous font le plaisir de nager avec nous. Certaines peuvent attendre une sacrée taille et c’est toujours aussi magique de les voir de près en train de dormir tranquillement dans un trône de corail ou nager dans le grand bleu. Nous aurons l’occasion d’apercevoir deux requins à pointes noires et un requin à pointe blanche.
Le récif est un tombant qui offre beaucoup de variétés de poissons et de coraux, on ne nous a pas menti c’est bel et bien un endroit magnifique pour les plongeurs !

Une nuit, nous partons en excursion pour voir les crabes de noix de cocos. Sylvia demande à quelques gamins du village de nous en montrer. Après quelques minutes, un jeune arrive avec un énorme crabe plutôt hideux. Ses pinces peuvent facilement casser une noix de coco alors mieux vaut éviter d’y mettre le doigt. Sylvia en profite pour faire un « facebook live » afin de montrer le monstre à tous ses amis, apparemment même sur l’île, les habitants n’en voient pas tous les jours. Celui qui a été attrapé est de taille moyenne, on est presque content de ne pas avoir vu le papa ou la maman…

Le gros point noir de l’île de Bunaken est ses plages remplies de déchets. Par endroit, et lors de la saison humide, il n’est même plus possible de voir le sable dessous… Après une nuit de pluie et de vents violents, les détritus en tout genre formaient de véritables radeaux flottants. Il faut normalement payer une taxe d’entrée pour venir sur l’île de Bunaken mais la plupart des hôtels boycottent le fait de faire payer leurs clients car les autorités n’utilisent pas cet argent pour nettoyer les plages (personne sait vraiment pour quoi il est utilisé…). Et même si chaque jour les plages sont nettoyées, le lendemain tout autant de détritus s’amoncellent. Les courants venant de la ville de Manado déporte toute cette décharge sur l’île… Dommage, nous aurons notre photo « carte postale » une autre fois.
Nous apprendrons que l’Indonésie et la gestion des déchets ça fait deux… pas de politique de tri ni de poubelles, les gens balancent les déchets dans les rivières qui finissent dans la mer et au mieux sur le sable des petites îles où la tâche de ramassage est sans fin.

Nous n’avons pas plus exploré l’île mais des treks dans la jungle ou sur une île voisine ayant un volcan peuvent s’organiser. Reste que Bunaken est surtout conseillé aux gens qui veulent venir voir les fonds marins plutôt que se dorer au soleil sur une belle plage de sable fin.

Le trône de la tortue de Bunaken

Septembre
22
2017

Visite guidée VIP avec Swee Foo

Singapour - 19'852 km - J 102

Avant de nous éloigner des terres et de retrouver les îles indonésiennes, nous faisons une escale de cinq jours à Singapour. Swee Foo, un singapourien que David a connu à Stuttgart durant son année Erasmus, est ravi de notre visite et nous donne rendez-vous dès notre arrivée dans le quartier Clarke Quai pour souper ensemble. C’est le quartier huppé de la ville où se trouve le centre économique et un endroit rempli de bars en tout genre avec des concerts pour boire un verre.
Nous remarquons très vite que les prix des bières sont très élevés (plus cher qu’en Suisse). N ous nous accordons quand même quelques verres et sommes presque contents de ne pas être venus un vendredi. C’est le jour où les singapouriens sortent et font la fête.

Swee Foo aura même pris congé pour nous faire faire le tour de la ville. Au programme : rendez-vous à 10h, balade le long de l’esplanade où se trouve l’opéra en forme du fruit du durian, la fontaine en forme de lion, symbole de la ville et la vue clichée de Singapour avec son hôtel de luxe en forme de bateau tenu sur trois immeubles. Avant le rush du repas des businessmans, Swee Foo nous fait déguster quelques plats typiques, un vrai délice. Un plat était un peu fort (très très poivré) et quand il a remarqué nos têtes, il s’est empressé d’aller nous acheter une glace multicolore en forme de Cervin (sorte de montagne de glace pilée avec des sauces à la mangue, au sucre brun, petits filaments de gelées vertes et rouges, maïs et haricots noirs au fond ! Ça n’a pas l’air terrible mais c’était franchement bon. Pour la photo, c’est ici).

L’après-midi, nous continuons la visite par le musée des sciences et une balade virtuelle dans la jungle avec un appareil de réalité augmentée. Nous allons ensuite nous balader aux jardins de la baie, « Gardens by the Bay » aussi connus pour ses supers arbres bardés de cellules photovoltaïques, recyclant l’air des deux dômes à côté et servant de site de reproduction pour les oiseaux et les insectes. Ces arbres sont recouverts d’une peau végétale unique.

Avant le souper, Swee Foo nous invite chez lui et nous découvrons qu’il vit avec ses deux frères et ses parents. Tant que l’enfant n’est pas marié ou n’a pas plus de 35 ans, il doit vivre chez ses parents. Ensuite, il peut toucher des subventions s’il vit dans un logement à moins de deux kilomètres des parents. On imagine déjà que cette idée de subvention fait des envieux non ?
Pour le repas du soir, nous apprécions à nouveau une diversité de plats locaux telle que la raie. Nous rencontrons aussi son frère, Swee Lee, qui est son cadet de 11 mois et son côté « démon » comme il le dit ; toujours à faire la fête et à boire après son travail de banquier. Son plus petit frère suit son service militaire qui est également obligatoire dans le pays.

Le troisième jour, notre guide de luxe a repris le travail et ne peut pas nous accompagner. Cependant, il nous a conseillé, comme nous aimons la nature, de faire la marche sur les hauteurs du sud de la ville. Et effectivement nous ne sommes pas déçus. Comme avec Hong Kong, les balades dans ces parcs nous font vite oublier que nous sommes dans une mégalopole.

Pour les curieux qui souhaitent faire une bonne demi-journée de marche dans la nature à Singapour, voici notre tour :
  • Descendre à l’arrêt de métro Harbourfront et aller de l’autre côté de la route du centre commerciale (pas du côté Sentosa). Suivre le chemin et les escaliers du Marang Trail jusqu’au sommet du Faber parc.
  • Traverser le Henderson Waves qui est un magnifique pont en forme de vague au-dessus de la végétation.
  • Dans le parc Telok, découvrir un jardin en terrasse puis continuer sur les passerelles en fer au-dessus de la jungle et descendre jusqu’à l’arche Alexandra.
  • Entrer dans le parc d’horticulture (Hort park) et découvrir de magnifique fleur et traverser le jusqu’au Calopy Walk.
  • Remonter le chemin « Calopy » en suivant le « Pond » pour arriver au Kent Ridge Parc.
  • Descendre du côté du réservoir et ensuite prendre le métro à la station Kent Ridge.
Après notre marche, nous décidons de retourner au jardin de la baie pour visiter le Flower Dome et le Cloud Forest. Le premier est un jardin composé de fleurs méditerranéennes, de cactus et de baobabs ainsi qu’une multitude de plantes rares. Une partie est dédiée aux fleurs « de chez nous » et il est très amusant de voir les asiatiques se prendre en photo devant de beaux géraniums ou des marguerites, et oui c’est aussi ça l’exotisme ! Dans ce dôme les conditions sont réunies pour garder un printemps éternel.

Le second reflète la végétation d’une forêt pluvieuse tropicale située à 2000 mètres d’altitude. Une chute d’eau de 35 mètres s’écoule depuis une montagne recrée artificiellement (c’est la plus grande au monde en intérieur). Nous pouvons y monter et même marcher sur une plateforme faisant le tour de la montagne. La vue est réellement impressionnante et les plantes sont toutes plus magnifiques les unes que les autres.

La fin de la visite se termine par des vidéos sur la déforestation, la pollution, la destruction des ressources, etc. de quoi plomber le moral. Dommage que les groupes d’indiens et de chinois n’y prêtent aucune attention… Si vous voulez en savoir un peu plus, vous pouvez cliquer là : villedurable.org

Le soir à 19h45 et 20h45, un spectacle son et lumière anime les super trees. Ce moment est magique, le show vaut vraiment la peine !

L’hôtel Marina Bay qui surplombe le parc est très impressionnant de par son architecture futuriste et sa piscine à débordement située tout le long du « bateau ». Emma rêve d’y revenir et de passer une ou deux nuits dans cet hôtel…

Notre dernier jour, nous le passons au zoo de Singapour. Il est conçu de telle manière que les animaux peuvent se balader dans certaines zones définies. Nous avons donc l’impression d’être dans leur maison et non pas de les regarder derrière des barreaux. Le zoo privilégie les espèces en voie de disparition et essaye de sensibiliser le public (chinois) à arrêter de consommer des cornes de rhinocéros, des médicaments à base de tigre ou tous autres produits bizarres. Nous avons fait la connaissance entre autre de Inuka, un ours polaire, d’un tigre blanc (lui était quand même derrière un large fossé), de kangourous, de tapirs zébrés, d’éléphants d’Asie, de lémuriens, de taupes nues et aveugles et d’orangs outangs qui sont la fierté du zoo.

Le soir, nous profitons de souper et de boire un verre une dernière fois avec Swee Foo. Nous avons eu beaucoup de chance de partager une partie de sa culture. Nous n’aurions pas apprécié de la même manière cette ville sans lui. Il nous a appris beaucoup de chose sur ce petit pays (mais avec la densité de population est la plus élevée d’Asie) devenu indépendant en 1965. Véritable carrefour des cultures malaisiennes, chinoises, indonésiennes, indiennes, britanniques et néerlandaises. Aujourd’hui encore tout est écrit en 4 langues, un peu comme en Suisse !

La ville de Singapour a beaucoup de similarités avec celle de Hong Kong avec ces gratte-ciels ultra-modernes. La cité tente de préserver la nature luxuriante qui l’entoure et est extrêmement propre. Les chewing-gums sont d’ailleurs interdits dans le pays. Nous pensions Hong-Kong, le temple su shopping mais non, ici à chaque arrêt de métro se trouve un centre commercial. La nourriture prend une place prépondérante ici, les « foods corners » sont partout et vous avez un large choix. Swee se fait une joie de nous faire découvrir toutes les spécialités et on le remercie encore car sans lui pas sûr que nous aurions goûté à autant de choses et surtout les « vrais spécialités ». Pour avoir une idée et surtout les noms de plats c’est par là : firststopssingapore.com
et une photo du fameux dessert : glace multicolore en forme du Cervin

Comme dans beaucoup d’endroit, nous n’y sommes pas restés assez longtemps pour profiter pleinement de toutes les richesses de la ville. Mais nous y reviendrons, au moins pour boire une bière avec Swee Foo !

Super trees

Septembre
18
2017

Hong-Kong la fin avant le début

Hong-Kong - 17'265 km - J 98

Ce dimanche soir c’est avec un vrai pincement au cœur que nous quittons nos amis suisses et la ville de Hong-Kong. Cette ville fut sans conteste notre coup de cœur. Ce soir on se rend compte que nous ne serons jamais restés aussi longtemps dans un même lieu, c’est assez spécial car notre crédo est de prendre notre temps. Comme si, sans en être réellement conscients cette idée s’immisçait gentiment en nous après plus de trois mois sur les routes.
Ce pincement au cœur c’est la première fois que je le sens réellement. Les dernière fois nous étions toujours assez contents de découvrir la suite, l’excitation prenait le dessus et nous avion l’impression d’avoir «fait le tour ». Ce soir est différent, nous pouvons dire, « Hong-Kong à bientôt, tu nous reverras ! ».
Nos impressions sur la ville et ce que nous avons fait suivront dans de prochains articles (que nous devons écrire, on a du boulot !).

Dans chaque endroit je me suis projetée, imaginée vivre. Certains gestes du quotidien reviennent vite, nous en parlions dans notre article de Xi’An. La routine, les habitudes nous en avons besoin, nous en recréons même de nouvelles. Normalement c’est ce que la majorité des gens veulent à tout prix quitter. Tout plaquer, s’éloigner de cette routine du quotidien qui écrase tout. Celle-ci ne nous manque pas, les obligations non plus mais nous ne pourrons pas nous y soustraire indéfiniment. Nous commençons à voir les effets de cette vie nomade et j’ose espérer que ces effets ne se dissiperont pas trop vite à notre retour.

Ici, dans cette ville, le rêve a pris une place différente, teinté de la réalité de la vie de nos amis qui vivent cette vie d’expatriés depuis plusieurs mois. C’est en buvant en verre au bord de la mer dans la baie de Stanley que m’est venue cette question, la même que tout le monde nous posait avant même d’être partis : alors vous ferez quoi une fois rentrés ?
En en discutant, on s’est vite rendus compte que nous voulions l’impossible ou du moins une vision idyllique et hors de la réalité. Mal(heureusement) notre cerveau aurait une fâcheuse tendance à mettre de côté les côtés négatifs tout en ajoutant un soupçon d’idéalisation…
Nous sommes toutefois vite tombés d’accord pour dire que tout devions tout bonnement continuer notre voyage tant que la réponse à cette question ne nous satisferait pas.

Ce que nous savons par contre c’est que nous voulons continuer à profiter de la chance énorme que nous avons. Nous avons vu déjà tellement d’endroits et vécus plus de choses qu’en presque une année de notre vie d’avant, comment notre cerveau va t’il pouvoir stocker tout ça ? Réussirons-nous à être toujours émerveillés par toutes ces nouvelles découvertes ?
Je crois que nous nous sommes très bien fait à l’idée que nous ne pourrons pas tout voir ni tout faire, ce n’est pas un problème pour nous. Nous allons continuer à prendre notre temps. Mais finalement, comment faire si : plus nous restons à un endroit plus difficile est le départ ?

C’est sur tous ces questionnements que nous quittons demain matin Hong-Kong pour découvrir Singapour avant de nous envoler pour l’Indonésie et plus particulièrement le Sulawesi. Là-bas un véritable changement de décor nous attend et on se réjouit déjà de vous raconter tout ça !

La vue de Centrtal depuis le Star Ferry

Septembre
14
2017

Retour en Europe pendant une journée

Macao - 17'201 km - J 94

A seulement une heure de ferry express de Hong-Kong, Macao est une ville très particulière qui mérite de s’y arrêter. Comme sa voisine, c’est une ville-état appartenant à la Chine mais qui ne nécessite aucun visa pour les ressortissants suisses. Comme nous avons du temps, nous décidons d’aller la visiter durant une journée en prenant le bateau tôt le matin et le retour prévu tard le soir. Ancienne colonie portugaise, administré par le Portugal jusqu’en 1999, nous avons l’impression de faire un saut dans les ruelles étroites lisboètes et c’est très étrange de voir autant de portugais écrit dans les rues.

La vieille ville est encore composée de quelques ruines jésuites sous forme de fortifications, de ruelles pavées étroites en pente et des maisons typiques chinoises de l’époque comme la très bien conservée Maison du Mandarin.
Les ruines le plus connues sont celles de l’église St-Paul ; elles sont l’emblème de la ville. Il ne reste bel et bien que la façade faisant face à une volée d’escaliers. La cathédrale a été détruite en 1835 suite à un incendie.
Nous avons pris une petite télécabine pour monter sur la colline de Gua afin de visiter le fort mais celui-là était fermé suite aux nombreux dégâts engendré par le dernier typhon de niveau 10 qui avait balayé la région il y a moins d’un mois.

La partie moderne sur les bords de mer est occupée par des hôtels de luxe et les fameux casinos. En effet, les jeux d’argent de Macao engendrent plus de revenus que tous les casinos du monde réunis (plus de 45 milliards de dollars en 2015, soit environ 7 fois ceux de Las Vegas à la même période…). Nous tenterons notre chance au Grand Hotel Lisboa à la roulette et aux machines à sous mais sans succès. Les autres jeux tels de dés ou le baccarat nous sont complétement étrangers. Nous n’osons pas tenter notre chance, surtout vu les montants exorbitants que jouent les chinois.

A la lecture de notre guide, David apprend que le plus haut saut à l’élastique est installé sur la tour de Macao. Le prix très élevé de l’attraction le fait hésiter durant une nuit mais la possibilité de sauter d’un immeuble ne va pas se représenter d’aussi tôt et il adore les sensations fortes. L’hésitation a vite cédée la place à l’excitation, autant ne pas avoir de regrets en ne le faisant pas !

Arrivés au pied de la fameuse tour, Emma devait être plus stressée que David. Nous avons le loisir de voir sauter quelques personnes depuis les baies vitrées, c’est quand même haut 233 mètres ! Après le briefing sur la sécurité, les procédures, David est fin prêt, harnaché, les caméras sont en place. Emma qui doit attendre deux étages en dessous peut voir la préparation sur un écran. Les nombreux touristes indiens qui regardent poussent de grands cris lors du saut ! Whaou c’est impressionnant. David lui est resté serein et recommencerait sans plus attendre ! La sensation de voler durant quelques secondes est magique et difficilement descriptible sans l’avoir déjà éprouvée.

C’est après une journée bien remplie et pleine d’émotions fortes que nous rentrons dans notre minuscule chambre à Hong Kong. La mer sur le retour était déchaînée et l’estomac a eu du mal à suivre, on était content d’arriver sur la terre ferme !

Macao fut une jolie escapade d’une journée bien remplie. Sans nos amis suisses nous n’y serions pas allés, ne sachant pas qu’il était si facile de s’y rendre depuis Hong-Kong !


Septembre
13
2017

La ville chinoise la moins chinoise du monde

Hong-Kong - 17'157 km - J 93

Le 7 septembre nous débarquons à Hong-Kong après un passage de douane très facile. Et oui on quitte la Chine pour ce qu’on appelle « un pays, deux états ». Hong-Kong est revenue en mains chinoises en 1997. Avant cette date, elle était britannique après la guerre de l’Opium puis japonaise lors de la seconde Guerre et à nouveau britannique. La culture rosbif s’est imprégnée durablement dans cette ville-état de plus de 7 millions d’habitants. En effet l’anglais arrive presque à égalité avec le cantonais tant au niveau des panneaux de circulation, des informations touristiques ou des menus au restaurant. Certains quartiers par contre sont vraiment restés très typiques.

Nous avons décidé de rester un peu plus de 10 jours et nous ne regrettons pas notre choix. Premièrement nous avons revu Lara, une amie madrilène que nous avons connu à Lausanne et fait la connaissance de Jonathan son copain. Ils sont tous deux expatriés à Hong-Kong depuis plusieurs mois. Ca fait rudement du bien de reparler en français et de nos carences helvétiques ! Ils nous ont fait visiter quelques bars-restos dans des gratte-ciels pour nous faire apprécier la beauté de leur ville d’adoption vue de haut et de nuit. Secondement, nous avons eu notre coup de cœur ; il y a tout ce que vous voulez à Hong-Kong. Entre magnifiques immeubles ultramodernes, parcs et collines oxygénant la cité, bars chics sur les toits, pubs anglo-saxons ou petits troquets sympas on trouve toujours un endroit pour boire un verre. Surtout, quel bien ça fait de pouvoir manger autre chose que du riz à tous les repas. Entre la nourriture coréenne, mexicaine, indienne et plus encore on s’en est donné à cœur joie ! Le tramway vieux de plus de 200 ans traverse son centre-ville et donne un goût rétro tout comme le Star Ferry, véritable emblème qui permet de relier l’île de Hong Kong à Kowloon. Une ligne de tram qui monte au sommet du Victoria peak offre un retour dans le temps agréable. La randonnée pour redescendre en ville permet de voir la ville sous un angle inattendu, les buildings se devinent dans les percées de la forêt.
Se perdre dans les dédales de passerelles, les halls des buildings luxueux est aussi une manière de découvrir la ville. On a surtout appris à retrouver notre chemin dans les sous-sols afin de profiter au maximum de la climatisation.

Le (seul) point négatif est que les prix avoisinent ceux de la Suisse.
Pour notre hébergement, nous avons trouvé une cage à poule de 9m² où le bac de douche est en fait la salle de bain. On apprendra vite à laisser la climatisation toute la nuit pour éviter que de l’eau ne s’écoule des murs. En bref, on ne conseille que pour quelques jours à part si comme nous votre budget est réduit et que vous avez envie de profiter au maximum de la ville.
L’hôtel se situe au cœur du quartier de Tsim Sham Tsui dans Kowloon, il s’agit en fait d’une grand résidence appelée Chungking Mansion, le rez est un dédale de curry indiens et matériel électronique en tout genre. Au moins 6 ascenseurs desservent ces gigantesques immeubles avec un ascenseur pair et impair par bloc. Un vrai labyrinthe mais après quelques jours nous savons retrouver notre chemin et les vendeurs nous reconnaissent. Nous parvenons même à passer sans se faire refourguer des « copy watch » ou des cartes SIM, une victoire !
Pour vous faire une idée, on vous invite à visionner le film de 1995 Chungking Express. En bonus, quand la file d’attente est vraiment trop longue, nous prenions les escaliers pour les 3 étages mais nous avons eu quelques surprises : de jolis rats bien dodus et quelques cafards… On vous l’avait dit il faut le vouloir… heureusement que l’indien qui tient notre hôtel était vraiment très sympa.

La nature
Nous avons fait quelques balades sympas hors de la ville. Pas besoin de faire des kilomètres pour trouver la nature au milieu des immeubles, le Victoria Peak en est le parfait exemple. En prenant le funiculaire (ou à pied), On arrive au sommet de la colline et plusieurs chemins sont balisés. Nous avons choisi suivre le sentier qui longe le tour de la montagne, offrant une vue 360 imprenable sur l’île d’Hong Kong.

Après avoir visité un ancien quartier où nous pouvions découvrir l’ancienne poste et des bâtiments typiques européens peints en bleus, oranges et jaunes, nous montons plusieurs marches d’escalier pour atteindre le Rocher des amoureux. Il s’agit d’un rocher en forme de phallus où les femmes viennent prier pour plus de fertilité. Quelques pas plus bas, un chemin similaire à celui du Victoria Peak, offre une jolie balade sur cette montagne, juste au-dessus des immeubles. Le rocher en lui-même n’est pas incroyable…

Proche de la frontière chinoise mais encore sur le territoire hongkongais se trouve le village de Ping Shan (à environ 45 minutes de métro de TST). Un parcours historique permet de visiter les vestiges de cette ancienne ville en passant par un temple, une maison typique et une pagode. Nous avons l’impression de revenir en Chine. L’anglais a disparu et les habitants ne le parlent pas non plus. Les ruelles se croisant dans tous les sens ont mis nos sens de l’orientation en éveil. Cette disposition embrouillait les pirates qui venaient régulièrement piller la région. Plus haut, sur une légère colline, un ancien poste de police a été aménagé en musée pour expliquer le parcours dans le village. Il est fortement conseillé de commencer par-là contrairement à nous…

La plage
La beauté de la ville est aussi sans aucun doute ses plages au sable fin accessible en moins de deux heures du centre-ville en transport public. Une des plus connue et la plus prisée durant le weekend est la Stanley Beach. Nous y allons la semaine pour éviter la cohue des weekends et profitons d’acheter quelques souvenirs au marché dans le village. On y trouve principalement des textiles mais aussi des joujoux électroniques. En fin de soirée, nous profitons de la plage Saint Stephen où il n’y a quasiment personne. La baignade au coucher du soleil est un vrai plaisir.
Ce côté de l’île est aussi connu pour sa triste histoire durant l’invasion japonaise durant la Seconde Guerre. Un cimetière commémore les soldats disparus pendant cette période. Lors de l’invasion japonaise, les soldats capturés avaient l’habitude de se recueillir dans cet endroit, ils ont d’ailleurs enterré certains de leurs frères d’armes et taillés leur pierre tombale eux-mêmes. En s’y baladant on ressent vraiment cette atmosphère particulière des lieux chargés d’histoire. L’occupation japonaise dans cette région a été particulièrement dure, cet aspect de la guerre a été un peu effacé par les faits tragiques en Europe à la même époque.
La visite au musée d’histoire dont on vous parle plus bas nous a beaucoup appris.

Les activités
Il y a beaucoup de choses à faire à Hong-Kong, nous n’avons bien entendu pas pu tout faire et nous pouvons dire que nous y reviendrons ! Nous avons commencé par réserver un tour pour voir les dauphins roses. Ils nagent uniquement dans les eaux aux alentours de Hong Kong et sont en voie de disparition. Le mystère sur leur couleur rose (oui ils sont vraiment roses !) n’est pas élucidé mais il s’avère qu’ils n’ont pas de prédateur, donc pas besoin de « camouflage ». Son seul ennemi est l’humain qui réduit de plus en plus son habitat. Le nouvel aéroport d’Hong Kong, Disneyland et maintenant la construction du pont reliant Hong Kong à Macao (long de 65 km) sont entre autre les destructeurs du peu de place restant pour ces mammifères. Ces derniers semblent être le dernier souci du gouvernement hongkongais et les quelques associations tentant de les protéger ne semblent rien pouvoir y faire… Nous avons eu la grande chance d’en voir au moins huit différents et la matinée en mer a été très plaisante.

Les mercredis et les samedis, c’est jour de course de chevaux. Nous n’étions jamais allés dans un hippodrome et l’Happy Valley Racecourse est l’activité principale de paris des hongkongais. Pour la modique somme de 10$ (environ 1.20 CHF), nous avons pu assister aux courses et nous ne pouvions pas être dans l’arène sans être pris au jeu. Nous avons donc achetés une grille de pari et comme nous ne savions pas comment la remplir et ne savions pas quelques chevaux étaient favoris, nous avons coché au pif. La chance du débutant ne nous a pas souri mais à force de regarder les tableaux d’affichage et les courses, nous commencions à mieux connaitre le fonctionnement et les cotes. L’ambiance devient vite électrique, entre les touristes qui parient sur un coup de chance et les vrais accros des paris sportifs il y a autant à voir sur l’herbe quand dans les gradins. Nous finirons par gagner quelques dollars mais rien qui ne puisse renflouer durablement notre cagnotte de voyage malheureusement…

Le mercredi, c’est aussi la journée des musées. Les musées publics ouvrent leurs portes gratuitement. Nous en profitons pour découvrir le superbe musée d’histoire. Contrairement à ceux visités précédemment il est très bien organisé, on remonte le temps à partir de la préhistoire à l’heure actuelle. Des décors grandeurs nature ont été construits rendant encore plus intéressant certaines parties de l’histoire (une partie de la jungle avec les animaux, un bateau où l’on peut monter à bord, un opéra chinois, etc.). L’histoire de Hong Kong est tellement riche que nous nous attarderions des heures sur toutes les explications (la dynastie Tan, la guerre d’opium, la colonisation anglaise, l’invasion japonaise, le boom économique, la reprise chinoise,…). Malheureusement nous n’avions qu’un jour à y consacrer alors qu’il en faudrait facilement deux.

Nous avons visité aussi le musée maritime qui retrace l’évolution des bateaux du temps des conquêtes chinoises, européennes aux divers problèmes liés à la mer actuellement. Egalement très intéressant, nous avons eu la chance d’avoir un étudiant hongkongais parlant français à la veille de son examen. On lui a permis de s’entrainer et en plus on a appris beaucoup de choses comme par exemple que les trois plus grands buildings d’Hong Kong sont construits sur la mer. Le musée compte un simulateur de bateau que vous pouvez piloter vous-même mais Emma avait le mal de mer rien que regardant depuis l’extérieur… On a laissé les enfants aux commandes.

Les bâtiments réaffectés PMQ (Police Married Quarters) au centre de l’île de Hong Kong et JCCAC (Jockey Club Creative Arts Centre) dans Kowloon regroupent des espaces artistiques et des boutiques artisanales. Le PMQ est plus vivant que ce dernier et nous le recommandons.

La nuit
La nuit, il est très agréable de se balader le long des quais du côté de Tsim Sham Tsui pour avoir la magnifique vue des gratte-ciels en face avec leur éclairage. Chaque soir, à 20 heures, un spectacle « son et lumière » est joué depuis la berge et fait danser les immeubles en face. Nous nous attendions à un magnifique show mais le manque de synchronisation entre la musique et les lumières et les 5 minutes de publicités avant casse l’ambiance…

Les restaurants et les bars branchés sont installés sur les hauteurs des gratte-ciels. Il vaut le coup d’œil d’aller prendre un bon repas ou un verre sur leur terrasse pour apprécier encore plus la beauté de la ville. Le Star Ferry permet aussi de traverser le détroit en quelques minutes avec un panorama incroyable, nous ne nous sommes pas lassés de cette vue vertigineuse.

Sur les hauteurs de Hong-Kong

Septembre
07
2017

Du jardin au jardin d’enfants en un battement d’aile

Huizhou - 17'065 km - J 87

Après un trajet qui s’est déroulé comme sur des roulettes avec un avion, un bus et un taxi, nous voilà accueillis par Manzhai, Yaya, sa femme enceinte de 8 mois et Cora qui travaille 6 mois à la ferme avec eux.
Ce jeune couple dynamique a repris une petite exploitation dans le but d’en faire un lieu de partage pour grands et petits afin de leur apprendre comment fonctionne une ferme organique et écologique. Ils organisent des camps d’été et divers workshops.
Nous arrivons juste après un camp et les organisateurs sont lessivés, ils doivent déjà penser à organiser la suite.

Cette fois-ci l’organisation est au top, les horaires sont clairs ; la journée débute à 6h30 jusqu’à 8h puis petit déjeuner, reprise de 8h30 à 11h, repas de midi et pause jusqu’à 16h30 à cause de la chaleur et travail jusqu’à la tombée de la nuit soit vers 18h30. Ils parlent bien anglais ce qui facilite les échanges (mais comme d’habitude certaines infos ne passeront pas comme il faut).
La ferme est située dans un petit village Hakka typique, notre travail durant 2 jours et demi sera de désherber les plants de gingembre, agrandir les rigoles d’eau entre les cannes à sucre, nettoyer la route et les alentours, réparer une clôture et cuisiner.

La maman de Manzhai, très bonne cuisinière n’est pas là en ce moment et ils veulent tester notre cuisine. Nous avons préparé une tortillas et une ratatouille qui seront même dégustés par des invités. La plat espagnol a eu beaucoup de succès, un homme veut même reprendre la recette et la baptiser avec le nom de la maman d’Emma (qui lui a transmis la recette). Il est vrai que les chinois ne cuisinent que des plats cuits rapidement (légumes revenus, viande émincée fine) alors quand on leur dit que nos patates doivent cuire à feux doux pendant un bon moment ils font de sacrés yeux. Nous ferons aussi un gâteau aux carottes car ils n’ont pas non plus l’habitude de faire ou de manger des cakes (et ceux qui connaissent bien Emma savent qu’elle aime bien régaler ses amis avec ses pâtisseries). C’est assez agréable de se remettre derrière les fourneaux même si on se demande s’ils vont aimer ou pas ce que nous préparons.

Ici encore la chaleur est terrible, l’humidité surtout, même à 6h30 nous transpirons au moindre effort. Nous avons eu la chance de tester une piscine naturelle construite sous une chute d’eau. Les chinois ne savent que très peu nager alors leur méthode pour apprendre à leurs enfants est assez brutale…
Nous aurions voulu explorer davantage les alentours avec les vélos mis à disposition mais n’en avons finalement pas eu l’occasion.
En effet, Manzhai nous avait demandé si nous étions d’accord d’aller un jour dans un jardin d’enfants tenu par une amie à lui. Nous étions partants mais en fait il voulait que nous terminions la semaine-là. Ils n’ont pas assez de temps pour nous expliquer quoi faire à la ferme… Un peu pris de court et ne nous voyants pas refuser, le taxi fut réservé pour le lendemain matin.

Il faut l’avouer, nous n’avons pas forcément une grande habitude des enfants ni un plaisir particulier à les côtoyer (sauf ben sûr ceux de notre entourage). Nous ne connaissons pas vraiment de jeux ni de chansons… Nous passerons quelques heures à écumer les sites internet pour piquer quelques idées et demandons même conseils aux spécialistes que nous connaissons (merci à Line et la maman de David).

Nous debarquons dans une ville dont nous n’arrivons pas à connaître le nom même en nous géolocalisant. Nous dirons que nous sommes dans les environs de Huizou. La ville est agréable mais ne possède pas d’attraits particuliers en tant que touristes. Elle doit ressembler à des centaines de villes modernes avec ses tours d’habitations de minimum 25 étages qui poussent par touffes de 4 ou 5 par quartier.

Le jardin d’enfant qui n’a d’international que le nom regroupe environ 200 enfants de trois catégories d’âges différentes. Les maîtresses ne parlent pas anglais même si nous voyons quelques cahiers d’anglais trainer, les quelques volontaires envoyés par Manzhai doivent suffire à la réputation « internationale » de l’école. Avec toutes les photos prises lors de nos activités, on s’imagine déjà sur les brochures comme l’est actuellement un autre gars occidental.
La directrice est une caricature ambulante ; elle est grande, carrée d’épaule, porte des talons hauts, a un visage sévère et donne beaucoup d’ordres (ou serait-ce sa manière de parler habituelle ? On ne sait jamais avec les chinois s’ils haussent le ton ou si c’est normal). En tout cas il ne doit pas faire bon lui désobéir. Comme elle ne parle très peu anglais et a une tendance à sauter du coq à l’âne de manière abrupte il est difficile de la comprendre. Nous échangerons principalement avec Lily, l’amie de Manzhai. Son anglais n’est pas non plus évident à comprendre et nos deux cerveaux ne sont pas de trop. On doit vraiment essayer de reformuler et surtout ne pas poser des questions ouvertes car la réponse est toujours « oui »…
Nous comprendrons néanmoins que nous dormirons à l’hôtel (payé par l’école), que nous prendrons nos repas là (petit déjeuner à 7h30, dîner à 11h30 mais ferons l’impasse sur le souper à 17h30 !). Le premier matin nous ferons un atelier pâtisserie pour 50 enfants et une quinzaine de professeurs. Nous cuisinerons à nouveau le cake aux carottes qui a déjà une réputation dans la région. Le deuxième, nous préparons une présentation ayant pour thème la sécurité en Suisse et sur les choses typiques helvétiques. On ne lésinera pas sur les clichés d’ailleurs. Les après-midi, nous ferons des jeux avec deux classes différentes.

A 8h les enfants arrivent, il faut donc les accueillir à l’entrée, l’infirmière scolaire prend la température, contrôle la gorge et les mains de tous les enfants. Ensuite les petits repartent avec une plaquette verte dans la main ou rouge s’ils doivent être mis en quarantaine pour la journée. Le soir venu c’est à nouveau une haie d’honneur avec les professeurs et la directrice pour dire bye bye.

Finalement, ces derniers jours se sont bien déroulés et notre expérience est enrichie d’une nouvelle partie de la culture chinoise. On a eu beaucoup de plaisir à voir ces petits chinois et à jouer avec eux. Un taxi est commandé et payé par l’école pour nous conduire jusqu’à la gare de Shenzhen où nous passerons sur le territoire hongkongais.

Sur le chemin de l'école
Au jardin d'enfant on apprend la patience

Août
31
2017

Aux couleurs des crevettes ; grises sous la pluie, rouges au soleil

Beihai - 16'491 km - J 80

Nous restons dans la même province que Guilin mais 430 kilomètres plus au sud, au bord de la mer. Nous voulons passer quelques jours de détente à la plage avant de retourner travailler dans une ferme. La météo prévue annonce plutôt une visite de la ville sous des trombes d’eau (on commence à s’y habituer, la pluie nous suit)… Heureusement la météo n’a été mauvaise qu’un jour sur trois. A nouveau, nous avons pu constater que quand il pleut ça ressemble plus à une tempête tropicale qu’autre chose. Finalement nous rattraperons notre retard dans le visionnage de séries (et même de Games of Throne grâce aux enregistrements Swisscom TV de la maman d’Emma).

Notre auberge ici est tenue par des jeunes qui ne parlent pas un mot d’anglais et qui semblent ne rien avoir à faire des clients… Pour leur faire comprendre que notre première chambre ne correspondait pas à notre réservation, c’était tout un plat… Ou après leur avoir demandé des renseignements sur les sites touristiques de la ville, leur réponse est : « je ne sais pas, je n’y suis jamais allé… ». Pour une auberge, le service est très limite et manque cruellement de professionnalisme… Bref ce n’est que trois nuits mais un sourire ça ne coûte pas grand-chose.

Beihai est une ville vivant de la pêche et nous nous arrêtons un moment sur la berge pour observer l’arrivée des pêcheurs qui trient les crabes, les écrevisses et les poissons en tout genre. Son air marin est réputé pour être riche en ion négatifs d’oxygène (air très pure). Les premières voies maritimes marchandes de Chine passaient dans le port de la ville et de nombreuses nations occidentales y ont installées leur consulat. Même des missionnaires français y ont tenu un diocèse catholique, les bâtiments de la vieille ville en sont les vestiges. Cette ruelle piétonne nous renvoie dans nos souvenirs cubains à Trinidad. Différentes échoppes de souvenirs, de vente de perles ou de nourriture agrémentent la rue.

Une île volcanique se situant à quelques miles nautiques de Beihai est devenu un lieu incontournable pour les touristes de passage au sud du Guangxi. Ses mangroves, ses sports nautiques et ses spots de snorkeling sont ses attraits principaux. Au débarcadère nous demandons deux billets pour l’île de Weizhou. Le prix nous refroidit directement ; plus cher que notre trajet Guilin-Beihai. En plus, le ferry suivant est à midi alors qu’il est 10h. Ne sachant pas quand est le dernier bateau de retour et à ce prix, nous préférons éviter de courir sur l’île pour tout voir et choisissons d’aller à la plage.

La plage d’Argent est la plus belle de Chine selon les publicités faites de la ville. Une longue étendue de sable blanc et fin sur plusieurs kilomètres (24km) se déroule devant nous. Quelques familles chinoises sont installées par-ci par-là. Impatient de nous baigner dans la mer pour nous rafraîchir, nous nous jetons à l’eau sans plus attendre. Après quelques secondes, nous avons l’impression de nous baigner dans un champ d’orties ! La mer est infectée de petites méduses rouges ! Nous avions bien vu quelques grosses méduses blanches échouées sur la plage mais comme nous n’en voyons pas dans l’eau, on s’était dit que c’était bon. En sortant de l’eau nos jambes et nos pieds picotent et nous regardons les gens autour pour constater que les méduses piquent aussi les chinois qui se grattent les jambes. Tant pis pour la baignade, nous faisons une sieste sur le sable à la place. La chaleur de midi est forte et nous nous abritons sous notre mini parapluie et en quelques minutes nous nous endormons. Au réveil, nous sommes rouges écrevisse sur le ventre et les jambes et nous ne pensons pas que c’est dû aux délicieuses crevettes mangées la veille… Entre piqûres de méduses et coups de soleil, notre séjour à la plage ne fut pas aussi reposant qu’imaginé.

Avant notre dernière étape en Chine, nous passons une nuit à Nanning dans un hôtel proche de l’aéroport. La navette prévoit de nous prendre à 5h30 du matin devant l’hôtel, David se dit que ça tombe bien pour avancer le réveil à 3h du matin pour pouvoir suivre le match de football Suisse-Andorre et un bout du match de l’US Open de Federer contre Youzhni (quand on est fan…).

Bord de mer à Beihai

Août
28
2017

Les dents de dragon et la colère du dragon

Guilin - 16'060 km - J 77

Direction la ville de Guilin dans la province du Guangxi pour un changement de paysage correspondant plus à la carte postale que l’on se fait de la Chine ; les pics karstiques et les rizières en terrasse parsèment la région. Après la Seconde Guerre, les dignitaires étrangers étaient invités dans la ville de Guilin pour redorer le blason chinois et la cité est devenue du fait un des premier lieu touristique du pays.

Dès notre arrivée, nous sommes émerveillés par ces caractéristiques pics karstiques, de petites montagnes de quelques centaines de mètres de hauteur éparpillées par-ci par-là. C’est en quelque sorte des pains de sucre recouvertes de forêt ou également appelés dents de dragon. Les rivières Li (la section dans la ville) et Taohua (Rivière des fleurs de pêcher), le Lac Mulong (Lac du Dragon de bois), le Lac Guihu (Lac de l'osmanthus), le Lac Ronghu (Lac de banian) et le Lac Shanhu (Lac de sapin) irriguent la ville et rendent l’atmosphère agréable malgré un temps toujours aussi lourd.

Notre première visite est le parc des Sept Etoiles au prix exorbitant pour ce qu’il y a à voir ; un temple, un pavillon sur une petite colline, une chute d’eau de quelques mètres et trois rochers ressemblant à un chameau. Beaucoup d’activités sont prévues pour les enfants comme un accro-branche, des manèges ou des parois d’escalade.

Le principal attrait du parc est la grotte du même nom et qui est en sus de l’entrée. Une visite guidée débute toutes les demi-heures et est obligatoirement faite avec un guide qui allumera la grotte au fur et à mesure de l’avancement dans les profondeurs du souterrain. Nous voici avec une vingtaine de chinois très vite émerveillés et qui veulent que chaque stalactite et chaque stalagmite soient sur leurs selfies… L’éclairage rouge, vert, orange, bleu donne au lieu un côté féérique et est très beau à voir. Par moment, c’est quand même « too much » et on a l’impression d’être dans la file d’attente d’un Grand Huit au thème spatial. Le summum de l’exagération touristique est quand les lumières s’allument au milieu de la grotte pour faire surgir cinq stands de vente de souvenirs… Ou la fontaine artificielle devant laquelle vous pouvez être pris en photo par un photographe professionnel qui vous la vendra à la sortie. Les grottes de Réclère ont encore beaucoup à apprendre ;).

La balade dans le parc nous a fait croiser de singes sauvages. Emma n’aimant pas du tout ces animaux a surmoné sa peur pour réaliser le défi « un selfie avec un singe ». Nous ne savons pas comment ils peuvent réagir surtout que nous avions lu qu’ils deviennent de plus en plus agressifs dans les lieux fréquentés par beaucoup de touristes (qui ont la mauvaise habitude de les nourrir…). C’est muni d’un bâton que nous traversons le chemin entouré de de singes plutôt curieux qu’offensifs.

Il existe beaucoup de randonnées et de manières pour voir les rizières en terrasse. Le plus compliqué est de s’y rendre sans tomber sur des rabatteurs peu scrupuleux. Notre guide nous expliquait comment y aller en transport public mais pour cette fois nous avons choisi la facilité : prendre un tour organisé par notre auberge. Sur le papier ça paraissait bien et sans prise de tête ; petit groupe de sept avec randonnée jusqu’au sommet d’une colline pour profiter de la vue sur les rizières et un spectacle d’une tribu locale, le tout accompagné d’un guide anglais. Mais nous nous retrouvons dans un groupe de 20 personnes réparties en trois minibus, à suivre le guide avec son drapeau comme de bons touristes chinois, tout ce que nous n’aimons pas en somme. Le premier arrêt, pour le show de la tribu, est un village (re)construit pour attirer les touristes pour qu’ils achètent le plus de tissus ou d’objets « artisanaux ». Pour un couple d’australien de notre groupe, c’est une dizaine de foulards à ramener pour des cadeaux. Le spectacle est une reconstitution à la façon comédie musicale sur les femmes aux cheveux longs et sur leur style de vie. Les femmes mariées avec des enfants sont coiffées d’une manière alors que celle mariées mais sans progéniture portent la coiffe autrement. Les jeunes femmes en quête de maris portent leur chevelure sous un foulard et le show permettra d’en marier quelques-unes aux touristes qui sont pris au jeu (avec un petit supplément pécuniaire bien entendu). Bien sûr la musique, les costumes traditionnels et les danses sont jolis à voir. Les dames avec leurs chevelures dignes de Raiponce qui trainent presque au sol sont impressionnantes. Malgré tout, en les voyant faire et défaire leur grand chignon et sachant que les spectacles s’enchainent ça doit pas être une si grande partie de plaisir que ça.
Cette mise en scène n’est pas du tout à notre goût mais nous prenons un certain plaisir à voir le malaise des hommes volontaires montés sur scène.

A la sortie du spectacle (les femmes nous pincent les fesses, apparemment c’est un signe de bienvenu), nous allons manger plusieurs plats typiques et délicieux. Le « bamboo rice », le riz cuit directement dans un morceau de bambou, fut inventé avant le tupperware (!) pour que les hommes travaillant aux champs puissent manger chaud et consistant. Ce n’est pas franchement ce que nous préférerons. Nous ferons plus ample connaissance avec notre groupe composés de plusieurs couples de voyageurs ayant plutôt l’âge de nos parents et d’une fille de notre âge voyageant à la vitesse de l’éclair (en 3 mois elle sera allée en Australie, aux USA, en Asie du Sud-est et en Chine…), bref elle n’a pas notre budget non plus, son travail à la City à Londres l’attend patiemment.

Le second arrêt est au pied des rizières en terrasse. Le guide précise qu’il faut payer pour prendre la télécabine qui monte au sommet. Surpris, nous lui disons qu’aucun moment un supplément n’est indiqué dans l’excursion et que nous avons déjà payé assez cher. Il répond qu’on peut monter à pied en une heure mais avec la pluie le chemin est difficilement praticable et qu’on n’aura pas assez de temps pour admirer la vue, il ajoute même que nous manquerons le plus important ! Têtus comme nous sommes, nous décidons de laisser le groupe monter en cabine pendant que nous grimpons. Il nous a fallu 40 minutes pour gravir la pente avec des arrêts photos qui valent la peine et tout le temps qu’il faut pour admirer la magnifique vue depuis le sommet. Le chemin si dangereux n’était en fait que des marches en pierres, certes un peu glissantes avec la pluie mais moins dangereuse en montant qu’en descendant (le guide avait dit qu’il était possible de descendre à pied facilement…) Bref cet épisode énerva passablement Emma qui déteste se faire avoir. Au moins elle aura monté le chemin avec l’énergie de sa colère. David, lui toujours aussi pragmatique laissait couler et profitait de narguer les gens dans les cabines au-dessus de nous (comme d’habitude en Chine, il faut ajouter du bruit partout : des hauts parleurs donnaient Dieu sait quel conseils ou pub… impossible de profiter du silence dans la nature).

Même si la pluie s’est invitée, nous avons pu profiter du paysage grandiose sur ces terrasses naturelles. Les rizières mouillées font ressortir magnifiquement leur couleur verte et nous font oublier les déconvenues de ce tour. De retour, Emma n’hésitera pas à faire part de son mécontentement à notre auberge et ainsi nous serons remboursés de plus de 10%, c’est toujours ça de pris.

Les deux jours suivants, nous louons des vélos, la région plate s’y prête bien et ici les deux roues sont rois. Le premier parcours nous conduira de Guilin à Daxu avec des vélos en parfait état et même des casques (très rare, ou alors un casque de chantier faisant office de casque à moto pour les scooters). Ce petit village n’est pas encore trop submergé par le tourisme et est très typique de la région avec ses vieilles bâtisses et ses rues pavées. Après coup, une gentille tenancière de bar à cocktail nous recommande le village de Xiongcun tout autant typique mais moins populaire. Nous prenons le ferry pour visiter une toute petite île et sa forêt de bambous. Personne sur les chemins, c’est agréable. Ensuite, nous suivons la piste cyclable (très bien balisée même s’il faut suivre les panneaux verts alors que l’asphalte est rouge) et à l’endroit où elle traverse la rivière, le pont n’existe plus… Les inondations de cette année ont détruit beaucoup de parcelles de route et quand on regarde les arbres, ils ont des tonnes de déchets accrochés aux branches assez hautes. Nous apprenons par notre loueur que deux crues importantes ont sévi cette année. Le bilan de la journée se soldera par une bonne virée d’environ 60 kilomètres au compteur. On n’est pas encore prêts pour le grand Raid et la course magnifique de Tim même si David s’est essayé en traversant la rivière.

Pour le second jour sportif, nous nous déplaçons à Yangshuo, à quelques kilomètres de Guilin en bus. Les vélos loués sont en moins bon état que le jour précédent ; une roue voilée, les vitesses qui péclotent et la chaîne distendue mais ils feront l’affaire. Dans le Lonely Planet, nous avons lu que nous pouvions prendre un radeau en bambou jusqu’au village de Xingping et descendre en vélo. Il s’est avéré qu’aucun bateau ne remonte le lit de la rivière aujourd’hui alors nous faisons la boucle en sens inverse.

La chaleur intense et la route en plein soleil aura eu raison de notre énergie (ou alors les 60 km d’hier n’y sont pas pour rien, allez savoir) mais c’est beaucoup plus dur que la veille. Arrivés au village de Xinping après 25 kilomètres, le panorama est fabuleux, la rivière Li coule au milieu des pics, un vrai décor de carte postale. D’ailleurs nous voyons même l’endroit imprimé sur les billets de 20 ¥ ! Une petite pluie (pour changer) et nous nous mettons à la recherche d’un « bamboo boat » pour retourner à Yangshuo, on espère vraiment en trouver un car refaire le chemin inverse nous tuerait. Nous avions un certain prix en tête et après avoir tenté de le négocier auprès des rabatteuses qui nous rient au nez, David tombera sur un couple de chinois nous proposant de partager leur bateau. Jackpot nous pourrons payer ce que nous voulions, le couple est gagnant et la rabatteuse n’a pas trop son mot à dire.

Première surprise le radeau n’est pas devant nous, il faut prendre un ferry (payant) et sur l’autre rive monter dans une pette camionnette. Nous serons 8 personnes serrés avec nos vélos au milieu durant 40 minutes de chemin très cahoteux. Une femme enceinte finira même par terminer à pied tellement elle était secouée. Les autres touristes chinois avaient l’air de trouver ça amusant d’être avec nous et ne paraissaient pas dérangés par ce contretemps. Finalement installés avec un couple et avec nos vélos sur le radeau la balade commence. Le fleuve est assez calme même si quelques légers rapides nous mouillent les pieds. C’est la fin de journée donc nous sommes seuls sur l’eau. Nous ne regrettons, à ce moment, pas le moins du monde cette petite croisière, la lumière du coucher du soleil est magnifique sur ces pics typiques de la région.

Soudainement le radeau s’arrime à la berge, l’homme explique qu’il faut descendre. Le couple de chinois avec nous posera quelques questions mais apparemment il faut aller jusqu’à la ville à pied et prendre un taxi. Nous regardons notre GPS et voyons que nous sommes quand même à 3km du début de la ville. Nous sommes très étonnés que les touristes ne font pas plus d’histoire, si nous n’avions pas eu les vélos nous n’aurions de loin pas payés l’entier du prix et aurions (enfin Emma) exigé d’être amenés où il était prévu. Pour nous le retour en vélo fut assez rapide mais pour le couple habillé plus chic que sportif et chaussés de petites claquettes ça n’a pas dû être évident (la route n’était en plus, pas du tout fréquentée). Le sentier remontant à la berge était très boueux et un troupeau de buffles d’eau nous a barré le passage. David essayant de les faire avancer plus vite depuis son vélo aura bien fait rire le fermier.

Une fois les vélos rendus, la nuit commençait sérieusement à tomber, nous ne sommes pas allés à la bonne gare routière, la partie de la ville traversée n’était pas éclairée et le trottoir était défoncé. Une fois là-bas personne ne voulait nous renseigner, c’est un peu paniqués que nous sommes finalement tombés sur un homme qui a compris que nous faire de vagues signes ne nous aiderait pas. Il nous a amené et a attendu avec nous au bon endroit le bus. Ouf, nous étions soulagés, il était quand même presque 20h et, comble de l’histoire, n’avions presque plus d’argent, juste de quoi payer le ticket… Au final tout s’est bien passé et nous nous sommes écroulés pour une bonne nuit de sommeil.

La ville de Guilin possède d’autres atouts que l’on n’aura pas le temps de voir comme le pic de l’Eléphant (un rocher se jetant dans l’eau en forme de tête d’éléphant), la colline de la Solitude ou les pagodes du Soleil et de la Lune que nous avons pu admirer de nuit avec un très bel éclairage sur le lac. La ruelle « Zhengyang » permet de se restaurer à petit prix et de déguster des escargots et surtout des insectes, une première pour nous et surtout un défi à relever ! Nous avons testé les grillons, les bébés scorpions et les petites larves, le tout frit. Le lien de notre dégustation ici.

Le dimanche c’est journée farniente, rien de prévu sauf des Skypes, des recherches pour la suite du voyage et bien sûr refaire le sac pour la prochaine destination. Cette dernière n’est qu’à 4h30 de train, à côté pour la Chine.

#defiValetDeCarreau : faire un selfie avec un singe
#defiQuatreDePique : manger plein d’insectes

Rizières en terrasse de Dazhai

Août
22
2017

Sichuan, la région au mauvais karma

Dujiangyan - 15'206 km - J 71

Quelques jours après le tremblement de terre qui a touché la région du Sichuan, nous partons dans cette direction et plus exactement dans une ferme à 280 km de l'épicentre. Si celui de cette année a épargné le village de Longchi et la ferme dans laquelle nous avons rendez-vous, l'énorme séisme de 2008 a dévasté les environs et tué plus de 69'000 personnes, inimaginable. Si nous avons décidé d'aller là-bas, ce n'est pas parce que nous sommes spécialement fan du tagada version mère nature mais parce que nous avions programmé un nouveau workaway ici, à moins de 20 kilomètres de Dujiangyan et parce que le projet nous intéressait.

L'histoire de cette ferme et surtout de son propriétaire, Dahuzi, est humainement incroyable et triste. Nous vous mettons après notre article, le récit de ce bon samaritain qui ferait un très bon scénario de film à Oscar. Dahuzi a tout perdu lors du tremblement de terre de 2008 et des inondations qui ont suivies en 2010. Sans jamais baisser les bras, il a reconstruit pour la 3ème fois sa ferme. Cette année, ce ne sont pas les éléments qui tentent de stopper son projet mais le gouvernement chinois qui lui réclame un loyer pour sa propriété (d’après ce qu’on n’a pu comprendre, en tout cas, une histoire d’argent)... L’avenir est donc plus qu’incertain pour lui.

Notre arrivée dans le Sichuan se fait en train de nuit. Comme nous y sommes pris trop tard, nous n’avons pas eu de place en wagon couchette. Le trajet fût de 15 heures sur des sièges assis plus dur que ceux des ICN suisses, à quatre avec une table au milieu. Notre nuit ne sera pas très réparatrice… Et Emma essayait de ne pas s’écorcher la peau durant ce trajet à cause des puces du coiffeur de Xi’An.

La ferme
De la gare de Chengdu, capitale de la province du Sichuan, nous prenons un autre train pour la ville de Dujiangyan, à 45 minutes. De là, nous rencontrons notre contact Winnie, une autre jeune volontaire italienne Giada, déjà à la ferme depuis trois semaines et Dahuzi qui sera notre chauffeur. Sa voiture est un vieux break chinois (que l’on nommera la voiture moustache suite à une traduction automatique hasardeuse de notre messagerie instantanée) qui n’a plus qu’un siège à l’arrière. Du coup, nous nous asseyons difficilement sur une bâche au-dessus de la nourriture pour cochon qui remplit le coffre et nous (sur)chauffe les fesses.

Après les quelques kilomètres de route entre la ville et la ferme en mode Grand Theft Auto à se faire chahuter dans tous les sens, notre première tâche est de nourrir les cochons avec notre siège provisoire. Ensuite, c’est notre première cueillette de courges sous la pluie avec Winnie qui n’hésite pas à mettre la main à la pâte même habillée d’une très chic robe blanche et de talons.

Nous découvrons la ferme qui au premier abord ressemble plus à un complexe hôtelier à l’abandon. Avec quelques aménagements et rénovation, le lieu pourrait devenir une auberge touristique prisée. Il y un emplacement pour le bar, une terrasse avec vue sur le lac, une autre avec vue sur les montagnes et plusieurs chambres. La cuisine est énorme et équipée professionnellement. Mais son état actuel ferait partir en courant le chef Etchebest dans l’émission « cauchemar en cuisine ». Le jardin, la principale source de nourriture est gigantesque, pratiquement tout y pousse (tomates, courges, haricots en tout genre, patates, radis, courgettes et concombres, piments, aubergines, gingembre, etc.). Il y a tellement de légumes que nous découvrons souvent des spécimens géants qui ont été oubliés. Le climat se prête bien au jardinage en tout cas. Emma pensera beaucoup à sa maman occupée elle aussi à récolter pleins de légumes.

Nos journées sont consacrées à cueillir les légumes frais et entretenir le jardin. Après avoir déraciné les plans d’haricots et désherbé à la main, il faut retourner la terre à la pelle, parsemer de crottin de chèvre et piocher les grosses mottes. Avec tous ces efforts physiques en pleine chaleur ; nous ruisselons comme si nous sortions d’une piscine à longueur de journée durant trois jours. Heureusement nous pouvons nous rafraîchir après ces efforts en plongeant dans le lac en contrebas. Etonnement celui-ci descendra chaque jour de plus de 3 mètres et faisant ressurgir des montagnes de déchets.

C’est très agréable d’aller chaque jour cueillir les légumes qu’on va manger, surtout tout est bio et non traité. Les plats sont en plus délicieux même si des fois trop épicés pour nos papilles européennes. Petit bémol toutefois pour les petits déjeuners qui sont composés de riz (parfois en mode pudding), des piments cuits, quelques fois des légumes ou les restes de la veille. Pas toujours évident dès le matin… Nous avons eu l’occasion de confectionner des baozi (des petits pains farcis à la vapeur) qui furent délicieux mais très moches. Emma a presque pris le tour de main mais il faudrait encore un peu plus de pratique.

Dahuzi, c'est "beard man" ou "the boss" comme les volontaires de la ferme l’appellent en anglais, car on ne comprend jamais les prénoms en chinois, c’est plus simple les surnoms et un chinois avec de la barbe, ça ne court pas les rues… Nous ne le voyons pas très souvent, uniquement de temps à autres lors du repas. La communauté vivant à la ferme est composée de sept personnes « permanentes », en tout cas avec qui nous mangions. Depuis le début du voyage, comme les prénoms sont compliqués à comprendre et à retenir, nous donnons des surnoms ou des prénoms français aux personnes rencontrées. Du coup, il y a Dahuzi, Winnie et sa maman (Fernande), Albert (un vieux monsieur), Charly (le petit qui porte toujours des habits beaucoup trop grands et qui finit une bouteille d’alcool fort aux fruits à chaque repas), 42 (on a été choqué d’apprendre qu’il avait 42 ans alors qu’il en fait 28…) et Laurel (l’acolyte de 42). Giada le jeune italienne, qui fait des études de sport et qui rêve de devenir actrice a eu beaucoup de courage de rester là, toute seule durant un mois. Il lui ait arrivé pleins de (més)aventures lors de son séjour chinois. Ce fut sympa de pouvoir discuter avec quelqu’un qui parlait anglais durant ces quelques jours.

Les derniers jours, nous découvrons la vraie nature de la région ; des pluies torrentielles durant toute la journée. Impossible d’aller au jardin par ce temps, on va aider en cuisine à peler et couper les légumes et faire un peu de nettoyage. Un couple de malaisiens nous a rejoints comme volontaires. Ils étaient déjà venus l’année passée et sont devenus amis avec Winnie. Régulièrement, nous n’avons plus d’eau et plus d’électricité à la ferme pour des raisons mystérieuses alors pas possible de recharger l’ordinateur ou les smartphones pour s’occuper à l’abri… Aucun système de récupération d’eau n’est prévu, quand on voit des trombes d’eau tomber et que l’on ne peut même pas se laver, c’est décourageant. Notre salle de bain n’était de toute façon pas équipée d’une douche à proprement parler mais une vraie toilette nous aura bien manqué surtout avec la chaleur tropicale.

L’orage dans l’air n’était pas que dans le climat ; nous avons vécu une scène digne des feux de l’amour. D’abord Winnie s’engueule avec sa maman puis une grosse dispute éclate entre Winnie et Dahuzi. Bilan : une table cassée, un verre brisé, une claque et des larmes (c’est Winnie qui a baffé Dahuzi, lui s’est retenu et a cassé des objets). Nous ne saurons jamais les raisons de cette colère et de toutes ces larmes mais ce fut impressionnant et juste sous les yeux de tout le monde.

Les pandas géants
Lors de notre journée de repos, nous décidons d’aller voir les pandas car la région est le berceau de cette espèce sauvée in extremis. Notre premier choix s’est porté sur le parc national du Wolong, géographiquement pas très éloigné de la ferme. Nous préférons un parc dans la nature que celui présenté à Chengdu qui ressemble plus à un zoo sur-touristique.

Mais Dahuzi n’arrive pas à nous trouver un chauffeur pour nous y rendre et les malaisiens qui utilisent une application de co-voiturage pourraient nous avoir une voiture qui y va mais aucune garantie de retour… Nous apprenons qu’un bus part de Dujiangyan à 15h pour le village de Wolong et profitons que la « voiture moustache » descende en ville pour déposer Giada pour nous renseigner sur le billet de bus. Nous préparons un sac à dos avec nos affaires pour dormir une nuit là-bas.

Une gentille dame des renseignements de la gare routière nous informe que le bus du retour de Wolong à Dujiangyan est le lendemain matin. Ce qui signifie que nous devrions rester deux nuits dans le parc, ce que nous voulons éviter. Elle nous montre sur la carte de la ville une autre réserve de pandas à quelques kilomètres du centre-ville. Après concertation, nous montons dans le bus pour le parc à la périphérie de Dujiangyan. Après une demi-heure de trajet, nous entrons dans le parc dans lequel, à notre grande surprise, il n’y a quasiment personne. Nous avons toute la place pour bien observer et prendre en photo une trentaine de pandas géants et deux pandas roux (pas trop motivés à sortir sous la pluie…). La balade se passe très bien et nous avons beaucoup de plaisir à regarder ces grosses peluches qui vivent pépères, à manger du bambou, boire et faire la sieste à longueur de journée.
Quelques groupes de chinois arriveront en faisant un bruit pas possible et effrayant les pandas. Il nous suffira toujours d’attendre une dizaine de minutes qu’ils partent pour que les pandas reviennent de leur maison.

En fin de journée, nous écrivons à Winnie pour lui demander de venir nous chercher à Dujiangyan pour retourner à la ferme. Elle nous indique que Dahuzi viendra vers 20h, le temps pour nous de visiter cette ville et sa rue touristique remplie de restaurant. Des poissons, des tortues, des crapauds, des écrevisses et par endroit des serpents sont présentés dans des bacs d’eau comme carte du menu. Nous optons pour les délicieuses écrevisses, nous n’avons pas le courage de tenter de manger du crapaud ou de la tortue… Un SMS nous informe que la « voiture moustache » (c’est la traduction du dit message qui donnera ce surnom) est tombée en panne et qu’il faut qu’on prenne un taxi. Nous demandons le prix au premier taxi qui s’arrête et il correspond à celui indiqué dans le message soit 60 yens. La route prise par le chauffeur ne passe pas par l’autoroute (celle que l’on prend avec Dahuzi) mais par la montagne. Au milieu du parcours, un barrage de police bloque la route qui est fermée. Mais le détour est trop compliqué pour le taxi qui traverse quand même mais il ne paraît pas du tout sûr de lui. Nous tentons de lui expliquer comment rejoindre l’autoroute mais il ne comprend rien… La suite, en pleine nuit, fait penser à un film de zombie post-apocalypse ; pas un chat dans les rues, pas une voiture, des tronçons de route détruits, un village fantôme et un tunnel sans lumière très glauque. Le chemin devient impraticable à quelque mètre de l’arrêt demandé. Le taxi nous dit que le tarif à payer est celui par personne alors que pour nous il s’agissait du prix total… Pas d’accord de payer, nous appelons Winnie qui vient à la rescousse avec Dahuzi. Après s’être marré d’avoir vu le chemin pris par le taxi et quelques discussions, ils nous arrangent le tarif de nuit à 80 yens au lieu des 120 voulus.

Le samedi, un cortège d’une dizaine de voitures bien entretenues débarque à la ferme. Nous comprenons que ce midi et ce soir nous accueillons 50 personnes pour le repas. Ça chauffe en cuisine et c’est le stress des grands restaurants qui monte. Pas de bol, l’électricité et l’eau joueront à cache-cache. Les 4 volontaires (les deux malaisiens et nous) suivent les instructions de Winnie pour peler les patates, cueillir les piments et préparer « la salle » pour les hôtes, etc. Ils utilisent des couteaux de bouchers énormes (nous essuierons quelques moqueries sur notre façon de les utiliser). Heureusement nous sortons notre couteau suisse qui les fera encore plus rire pour émincer. On tentera quand même d’utiliser le couteau géant et nos doigts sont tous intactes, un miracle ! Nous nous occupons également du service en table et de la vaisselle (pas évident sans eau). Le soir, rebelote, on s’affaire à la préparation du souper pour les mêmes convives. Un cochonnet, deux coqs et une chèvre ont été spécialement abattus et bouchoyés pour le grill de la soirée. Nous aidons à monter la broche et nous nous réjouissons déjà de goûter, malheureusement, en bons commis nous mangeront les restes à la fin du repas. Nous n’aurons droit qu’à un tout petit morceau de viande, sur ce coup on est un peu frustrés ! C’est une impression très bizarre de s’activer dans tous les sens devant ces chinois très bien habillés (alors qu’on est habillés avec les mêmes habits sales depuis une semaine) qui nous regardent avec des gros yeux et nous demanderont même pour nous prendre en photo…

Petit bilan de notre séjour :
Emma a eu un petit coup de mou niveau moral, entre les nuits sans beaucoup de sommeil, des envies de s’arracher la peau à cause des bebêtes et le climat ; les journées ont paru bien longues (surtout quand à 20h il fait nuit et qu’il n’y a plus rien à faire car il n’y a pas d’électricité). Les échanges avec Winnie n’ont pas toujours été faciles, entre ses difficultés à nous écouter jusqu’au bout et son anglais approximatif ce ne fut pas évident de savoir où était notre place dans ce projet. Par exemple, Giada, la jeune italienne là depuis 3 semaines a appris qu’elle devait payer ses bouteilles d’eau alors que personne ne lui avait dit avant. D’ailleurs elle a plus travaillé avec nous au jardin en une semaine qu’auparavant car personne ne lui a clairement donné de tâches.

C’est toujours la surprise avec le workaway, soit ils ont l’habitude d’accueillir du monde et tout est bien expliqué et vous trouvez votre place soit c’est un peu le flou artistique. Malgré des moments moins faciles, cette expérience fut très enrichissante et nous sommes très contents d’avoir pu donner un coup de main à Dahuzi (même si notre travail d’une journée au jardin est fait en 30 minutes par un acolyte local…). On donne ce qu’on peut !

Le grand Bouddha de Leshan
De retour à Chengdu, nous avons prévu une journée pour visiter le grand Bouddha à Leshan, une ville à 2 heures de route de la capitale du Sichuan. Ce bouddha est taillé dans la roche le long de la falaise et mesure 71 mètres de haut, ce qui fait de lui un des plus grands du monde. Ce qui impressionne, en plus de sa hauteur, c’est son âge de plus de 1’200 ans. Encore en parfait état, il a été érigé pour protéger les marins et la ville des caprices de la rivière Min.

Après une semaine à la campagne, retour dans la masse touristique. Un chemin permet de descendre la falaise pour voir le bouddha depuis le bas mais pour se faire, il faut faire la queue à la mode « parc d’attraction ». Nous pensions que le flux de gens était régulé en haut pour descendre les escaliers scabreux. Mais non, nous serons en file indienne tout le long des 250 mètres de descente… Tellement oppressés durant plus d’une heure et demi que arrivé en bas, nous avons à peine profité de l’immensité de la sculpture et vite pris quelques photos. C’est seulement durant le bus du retour que nous nous sommes rendu compte de la chance d’avoir vu une pareille réalisation.

L’ordinateur
Le mauvais karma de la région s’est ressenti jusque dans notre ordinateur portable. Son séjour à la ferme ne lui a pas profité et il est malheureusement tombé en panne. Nous trouvons un magasin Lenovo de vente à Chengdu et tentons d’expliquer notre souci à la vendeuse qui ne comprend rien… On arrive au final à comprendre qu’il y a un centre de réparation de la marque à un arrêt de métro du shop.

Après le diagnostic du technicien, mauvais nouvelle, c’est la carte mère qu’il faut remplacer… David pense fortement à son collègue Nidhal qui lui aurait trouvé une solution pour réparer le problème en deux coups de soudure. Autre problème, nous quittons Chengdu le mardi matin et nous sommes dimanche fin d’après-midi. Le technicien avance un temps d’intervention à une semaine et après lui avoir expliqué que ce n’était pas possible dans ce délai, il s’arrange pour que l’ordinateur soit prêt le lendemain avant la fermeture à 18h.

Notre timing, très limite de notre visite à Leshan, nous fait arriver à 18h05 au centre de réparation. Après quelques tests d’usage, il faut payer la douloureuse (qui s’élèvera à la moitié de la valeur totale de la bécane…) et malgré l’affirmation du vendeur le jour précédent, la MasterCard et la Maestro ne fonctionnent pas. David s’en va chercher un distributeur pour payer en cash. Première banque, plus de cash dans les cinq distributeurs. Seconde banque, fermée. Troisième et quatrième banques, elles n’acceptent pas les retraits par Maestro. Au final, la tentative de retrait avec la MasterCard fonctionne mais avec des frais élevés… La boutique de réparation fermera une heure plus tard que prévue à attendre le paiement. Heureusement les vendeurs furent très sympas, la situation les aura plutôt amusés (ça aura au moins fait rire quelqu’un !). Cet imprévu sera déduit de notre cagnotte pour le retour en Suisse, nous repartons confiants pour la suite du voyage, cette fois on croise les doigts pour que tous nos appareils tiennent le coup (merci de croiser les doigts en lisant ce passage également).

L’opéra sichuanais
Nous avions lu que certaines maisons de thés proposaient des spectacles d’opéra chaque jour en début de soirée. Nous avons tenté le tout pour le tout après avoir récupéré notre ordinateur et sommes arrivés juste à l’heure pour le spectacle. Au programme : marionnettiste, ombres chinoises, cracheur de feu, acrobates, clown, musiciens et chanteurs et surtout les fameux changeurs de visages, appelés BanLian. Ces derniers sont très impressionnants, ils changent de masques à une vitesse incroyable, même si parfois on croit voir une ficelle ci ou là on est toujours surpris de la rapidité avec laquelle les masques se découvrent. Ce spectacle valait vraiment la peine et la maison de thé est un endroit très agréable ; on vous sert du thé durant tout le spectacle, vous avez même l’occasion de vous faire nettoyer les oreilles, malheureusement on n’aura pas eu le temps de tester au grand damne de David.

En bref, cette province chinoise du Sichuan est souvent touchée par les catastrophes naturelles mais demeure une belle région à visiter. Nous aurions encore voulu gravir les 60'000 marches du Mont Emei mais nous ne pouvons pas tout faire. Voir les pandas et vivre ailleurs que dans ces mégalopoles ont été un plaisir.

Nous passerons la semaine suivante dans la province du Guangxi, au sud-est de la Chine.

Dahuzi est le gérant de la ferme de la Famille heureuse à Dujiangyan dans le Sichuan. Il est très connu dans la ville pour son courage et sa générosité.

Le 12 mai 2008, un tremblement de terre de magnitude 8 a frappé le Sichuan. Plus de 69'000 personnes ont perdu la vie pendant ce séisme et 18'222 ont été portées disparues. Environ 15 millions de personnes vivaient dans la zone affectée par le tremblement de terre. Dahuzi a vu son village entier détruit, ainsi que ces deux fermes. Il a beaucoup aidé les malades et les blessés. Il a aussi essayé par lui-même de recréer la flore des environs.

Après des mois de travail, il a, avec l’aide de ses proches, réussi à reconstruire en partie ses fermes, sa maison et son village.

En 2009, le Sichuan a été marqué par une autre catastrophe naturelle. D’impressionnantes inondations se sont produites dans une grande partie de la région. Dans la zone de Dujiangyan, l’eau est montée jusqu’à 6 mètres de haut. Le total des pertes matérielles est colossale. L’environnement et le paysage ont aussi été complétement détruits. Les familles ont été dévastées par cette seconde catastrophe. Mais ils sont attachés à leur maison, leur village et leurs amis, d’autant plus après avoir enduré le tremblement de terre de 2008. Ils ont donc décidé de rester habiter dans la zone de Dujiangyan, même si cela était dangereux.

Moins d’un an après, en 2010, de graves glissements de terrain sont survenus. Ces glissements de terrain ont mis la vie de milliers de personnes en danger dans la zone de Longchi – Dujiangyan. Dahuzi a sauvé autant de personnes qu’il le pouvait, sans ne jamais penser à sa propre sécurité. Ses deux fermes ont été détruites de nouveau. En même temps, sa famille a voulu se mettre à l’abri sur le toit de leur maison. Malheureusement, sa femme, sa fille et sa belle-mère ont perdu la vie.

Depuis ce triste événement, le village entier tient Dahuzi en haute estime. Les gens disent souvent qu’il pense au bien-être des autres avant de penser au sien et son altruisme reflète le reste de sa personnalité. Il est aussi connu sous le nom de « l’Homme bon de LongChi ».

Désormais, Dahuzi et ses amis travaillent dans la ferme de la Famille Heureuse à Dujiangyan. Depuis les multiples catastrophes, la ferme est devenue un endroit important dans la région, c’est un endroit où les gens viennent pour partager un repas, une chambre, parler et passer du bon temps. Tous les week-ends, toutes sortes d’invités viennent apprécier le paysage et la vie à la campagne.
(source : inconnue)

Travail à la ferme

Août
11
2017

Quand il fait bon oublier d’être un touriste durant quelques heures

Xi'an - 14'586 km - J 60

Notre but après l’agitation de Pékin est de nous poser quelques jours à Xi’an. Cette ville est principalement connue pour ses guerriers en terre cuite millénaires. Elle est aussi une des dernières villes chinoises à avoir gardée ses remparts de l’époque Ming et fut le point de départ de la route de la soie.

Arrivés le 6 août après 6h de train à grande vitesse (pics de 303 km/h !) et sous la pluie nous découvrons notre auberge de jeunesse. Elle était assez bien notée et cette fois les commentaires ne mentent pas. Notre dortoir à 6 est plutôt grand (nos colocs pas chiants ni trop causants), les lits sont confortables, les salles de bains sont propres et l’hôtel est immense. Une terrasse avec une vue sur les remparts est magnifique, deux chats sont même de la partie ! Tout est réuni pour que nous soufflions un peu. Une rue de la soif est située juste à côté de l’hôtel, sous entendue, remplie de bars en tout genre (clin d’œil à la rue Solferino à Lille). Malheureusement pour les rabatteurs qui veulent nous vendre la meilleure bière chinoise, nous n’allons que dans les bars où on ne nous accoste pas.

Nous avons pu tester un restaurant pour manger la fondue chinoise : deux bacs avec des bouillons sont chauffés au centre de la table, vous allez vous servir de différentes brochettes en tout genre (ça va de la pastèque, aux pattes de poulets, crevettes, morceaux de viande et poissons plus ou moins reconnaissables). Nous ne comprenons rien mais les très gentils serveurs nous montrent comment faire et on se marre bien. Sauf pour David qui a bien sûr choisit les pires morceaux inconnus et qui fera presque un malaise (au final, mieux vaut ne pas savoir ce que c’était…). On peut dire que tout est bien épicé mais le voyage c’est aussi ça !

Quel bonheur le lendemain de faire une grasse matinée, de prendre le temps de faire tout ce que nous voulons faire (ou presque) avec le blog, les photos, etc. Se faire un thé, déjeuner dans la chambre, ranger son linge voilà bien quelques gestes qui nous manquaient. Non non ne sautez pas au plafond, on peut se l’avouer, on a parfois l’ennui de notre routine... En plus quand il pleut des seaux toute la journée ça ne donne pas envie d’aller crapahuter sur les 14km de remparts à vélo aujourd’hui. Emma aime déjà cette ville qui paraît petite et où les « choses à voir et à faire » ne sont pas infinies.

Nous mettons à profit ce temps libre pour tester le coiffeur. Les deux employés du salon sont tout heureux de voir des clients mais surtout des européens (ils ne doivent pas avoir une clientèle étrangère très grande…). Pour David, en Suisse, la coupe prenait un quart d’heure. Ici, le coiffeur veut faire le mieux qu’il peut, il mesure la coupe de presque chaque cheveux et les place un à un dans le bon sens. Après une heure, David ressemble à une star de K-Pop… Pour Emma ce fut long, très long… 3h en tout pour une couleur et une coupe. Cette dernière ne prendra que 10 minutes. Un des coiffeurs fera en tout cas 10 vidéos où Emma devait répondre aux seules questions anglaises qu’il connaissait « hello, I’m fine, yes I am your friend, it’s great to be here ». Ce fut un moment sympa sauf lorsqu’elle se rendit compte en partant que le siège de coiffeur lui a transmis des puces de lit ! En gros c’est une bête de la grandeur d’un pépin de pomme qui vous mord plusieurs fois d’affilés et ça gratte affreusement. Emma qui fait déjà des réactions fortes à des piqûres de moustiques a vraiment passé une nuit horrible. Manque de chance c’est le lendemain matin que nous embarquions pour 15h de train. La crème achetée en pharmacie se révélera inefficace contre les démangeaisons, Emma finira (sur conseils de sa chère maman toujours prête à aider) par acheter des antihistaminiques. Ca a aidé même si ça n’a pas été miraculeux, au moins elle pouvait marcher et supporter le contact des habits et du sac à dos.

Nous profiterons quand même pour voir les quelques centres d’intérêts de la ville :

Porte du tambour et de la cloche :
Nous étions passés à côté de celles de Pékin, voilà une bonne occasion de nous rattraper. Les deux portes situées à une centaine de mètres l’une de l’autre permettent d’admirer la ville sous une autre facette. Pas de chance il pleut encore mais la « petite ville » qu’Emma imaginait se révèle être en fait, une gigantesque mégalopole. On peut apercevoir les barres d’immeubles se détachant du brouillard au loin et au premier plan, la ville entourée des remparts. Le contraste est saisissant.
Nous avions lu qu’un « spectacle » avait lieu presque toutes les heures la journée, ça tombe bien nous sommes au bon endroit au bon moment. En fait il s’agit d’une courte mais intense représentation de tambours, une petite dizaine de musiciens sont présents et nous font découvrir leurs instruments à percussion.
Si vous avez déjà vu ce type de porte, autant passer votre chemin sinon ça meuble une journée de pluie.

Le marché musulman :
Aussi connu sous le nom de marché de nuit, ce quartier est grouillant de vie. Les chinois musulmans, appelés les Hui, se sont installés ici au temps de la route de la Soie. Les petites échoppes de vendeurs de nourriture côtoient les souvenirs, les stands de massage, de « fish spa », etc. Nous gouterons des brochettes de mouton épicées à tomber par terre (les carcasses sont accrochées au stand et à la fin de la journée il ne reste que les os !), les hamburgers chinois ; il s’agit de viande de bœuf mijotée longtemps, hachée minute au couteau puis fourrée dans une sorte de pain à l’eau mi croustillant mi moelleux, un délice. Nous gouterons également le tofu grillé, les petites patates grillées épicées, des gaufres en forme de noix fourrées et une sorte de gâteau aux dattes bien compactes mais excellentes. Nous avons tellement aimé ce marché que nous y retournerons une seconde fois pour l’apprécier sans la pluie.

Le musée du Shanxi :
Nous n’avons pas pu le visiter car 4'000 billets sont mis en vente par jour. Nous ne nous voyions pas attendre devant les portes à 8h30 le matin, nous y sommes donc allés à 13h30 heure à laquelle les 1'500 derniers billets sont en vente. Arrivés devant, grosse surprise, une file d’attente monumentale patiente devant l’entrée. Tout est prévu : brumisateur, temps d’attente expliqué, vendeur de boissons fraîches, abri contre le soleil… nous savons déjà que l’attente sera veine. Est-ce la gratuité du lieu qui provoque cet engouement ou la collection du musée (qui retrace l’histoire de la région) ? Nous ne le saurons pas…
Un peu dépités en rentrant nous tombons toutefois sur un petit restaurant japonais où nous mangerons extrêmement bien. Emma profitera même pour faire un peu de shopping. Etre habillée avec les mêmes quatre T-shirts, un pantalon et un short ça commence à être difficile. Malheureusement il faut porter tout ça donc les élans sont vite refreinés.

Les guerriers de terre cuite :
Tout le monde a déjà vu une photo ou même un guerrier miniature (le papa d’Emma en a même deux chez lui sans qu’elle sache, avant quelques années en arrières qu’ils étaient des répliques de Xi’An). Pour revenir à nos petits guerriers (ah non, ils font presque 2 mètres !), c’est l’empereur Qin qui fit ériger cette véritable armée fantôme. Et oui encore lui, le même qui ordonna la construction de la grande muraille ! Il fit édifier 8'000 statues de terres cuites de soldats, ainsi que des chevaux, des chariots et des armes en parfait état de conservation répartis en 4 fosses. Les spécialistes ne sont pas tous d’accord sur la signification : est-ce pour continuer à régner au-delà de la mort ou pour se protéger de l’effet de sa tyrannie? Mystère mais cet endroit n’a pas encore délivré tous ses secrets. En effet il n’a été découvert qu’en 1974, par hasard par un fermier qui cherchait de l’eau pour ses cultures ! Imaginez le choc des historiens de l’époque lorsqu’ils découvrirent l’ampleur du tombeau.
L’image que nous avons des soldats, debout, au garde à vous existe bel et bien mais il ne s’agit que d’une partie du site. A ce jour les fouilles continuent car les guerriers encore sous les décombres de toits sont à reconstituer.
Nous pouvons voir 4 statues de plus près : les détails sont d’une précision remarquable. Tous les guerriers sont différents, bien que les corps aient été fabriqués en série, 85 maîtres et leurs assistants ont ensuite donné une personnalité à chacune des statues. Il paraîtrait même qu’ils ont les traits des véritables soldats de l’empereur. Les chaussures, les vêtements, les coiffures sont toutes singulières. Les chevaux sont harnachés, les naseaux sont grands ouverts, les muscles tendus, prêts à en découdre également.

L’émerveillement fait malheureusement vite place à l’agacement dû aux, encore et toujours, trop nombreux groupes de touristes. Ça pousse, ça crie, ça crache, ça veut tout prendre en photo à 3 mm… une chose est sûre, en Chine il ne faut pas être agoraphobe. Emma finira même par taper un monsieur qui l’a écrasé contre une vitrine…
L’attraction phare de Xi’An mérite le détour, mais qui sait à quoi ressemblera le site d’ici quelques années. Madeleine qui avait été visité au début de l’ouverture au public ne reconnaîtrait plus du tous les alentours qui ne sont qu’en enfer mercantile de boutiques et de fast-food et nous craignons que cela n’empire encore…

La question nous taraudera tout le long de notre voyage : mais comment la Chine va-t-elle faire pour transformer ses infrastructures touristiques pour accueillir les millions de touristes (chinois) qui déferlent sur des sites avec une telle valeur historique ? Une solution doit être trouvée car même si les sites sont ajoutés au patrimoine mondial de l’Unesco, cela ne fait qu’augmenter l’attractivité des lieux. Ils construisent en conséquence des grandes plateformes, des routes, crées des bus pour éviter à tout ce monde de marcher mais en déformant les alentours… Les chinois découvrent le tourisme, tant mieux pour eux, mais comment en faire un tourisme éclairé ?

Si vous voulez plus de détails sur les guerriers : www.herode.net

La grande pagode de l’Oie Sauvage :
Le prix est très élevé pour ce monument, il faut payer l’entrée du parc où se trouve le temple et un supplément si vous souhaitez monter dans la pagode. Il s’agit d’une pagode carrée en brique plutôt qu’en bois, elle a été construite en 652 après J.C. pour protéger du feu des sutras bouddhiques rapportés d’Inde par un moine. Les petites cloches accrochées à chaque extrémité des toits tintent joliment dans le vent. La vue est jolie mais des vitres avec une petite encoche pour les téléphones obstruent la vue permettent juste de prendre sa photo. Il faut encore et toujours jouer des coudes pour se faire de la place.

Tombeau de l’empereur Jingdi :
La région renferme plusieurs tombeaux, celui-ci est le plus conseillé. Y parvenir fut un peu compliqué, le bus sensé partir à certaines heures de la journée (5x/jour) ne respecte pas vraiment les horaires. Après 1h30 d’attente et après avoir fait la connaissance de sympathiques jeunes chinois qui ne savent pas non plus quand le bus arrivera, nous découvrons le tombeau. Ce dernier se trouve presque sous terre, un musée avec des sols en verre permet de voir de très près les fosses dans lesquelles sont enterrés plus de 50'000 figurines en terre cuites. Bizarrement tout le lieu est gardé dans l’obscurité avec des lumières très tamisées, nous avons failli plus d’une fois nous prendre les vitrines en pleine tête. Reste que nous pouvons admirer des quantités d’animaux en terre en parfait été (cochons, chiens, chats, poules, chevaux, bœuf, etc.) et des figurines en terres avec des bras articulés en bois.
La visite fut agréable et très instructive sur le quotidien de l’époque.

Ces quelques jours nous auront fait du bien même si de nouveau nous avons encore du mal à ne pas faire grand-chose. Emma ne garde bien évidemment pas un souvenir très agréable du coiffeur, elle espère ne pas avoir infesté toutes ses affaires. Le récit du voyage en train de 15h se fera au prochain épisode.

Direction le Sichuan !

Les soldats de terre cuite

Août
06
2017

La ville qui met tous vos sens en éveil

Pékin - 13'674 km - J 55

Nous ne sommes décidément pas très bons pour quitter un pays comme nous l’imaginons. Nous voulions reprendre le transmongolien en direction de Pékin mais nous avons réalisé, trop tard, qu’il n’y avait que 3 départs par semaine. Le hic, notre visa arrive à expiration avant le prochain départ. Nous voilà donc devant deux options : prendre des trains régionaux puis traverser la frontière en jeep puis continuer en bus/train ou prendre l’avion. Cette fois nous avons opté pour la solution de facilité sans (trop) nous ruiner et sans perdre un à deux jours entiers de voyage.

Nous arrivons à Pékin le 31 juillet (après une petite mésaventure à l’aéroport lors du contrôle de sécurité. Emma a oublié d’enlever son mini couteau suisse, celui offert par sa maman. Elle a dû beaucoup insister pour aller le remettre dans son sac en soute. Sans insistance, la réponse automatique des fonctionnaires est NON).
Nous voulons voyager au jour le jour et on s’est rendu compte qu’on a un peu atteint un extrême ici. En effet, nous avons à peine ouvert de guide de la Chine et n’avons aucune idée de notre itinéraire pour ces 40 prochains jours. Tous ce que nous avons c’est nos quatre premières nuits à Pékin au Léo Hostel dans le quartier des Hutong.
C’est un peu déphasés et pas vraiment prêts pour cette baffe chinoise que nous arrivons en fin de soirée. Le premier choc, la chaleur ; un vent chaud comme un sèche-cheveux géant nous accueil, l’air est moite. Nous arrivons trop tard pour le métro qui ferme à 22h55. Un taxi nous propose ses services très rapidement. Et là, nous nous faisons avoir comme des bleus, arnaqués propre en ordre, même après avoir négocié la moitié du tarif demandé. Le taximan nous expliquera quand même qu’à Pékin, le taxi la nuit coûte très cher (!) et il se fendra même de quelques pauvres explications touristiques (« cette porte est très vieille » en passant devant la porte de la pace Tian’an Men). Bref, le goût amer de l’arnaque nous poursuivra dans la nuit qui fut très chaude. En effet, les autres touristes dans le dortoir minuscule de notre auberge ont actionné le bouton chauffage de la climatisation…

Comme dit précédemment, nous ne savons absolument pas ce que nous allons visiter. Après un moment de total flip nous prenons un moment pour faire des choix. La Chine c’est une population de 1,35 milliard d’habitants et on peut y mettre 233 fois la Suisse. Ce pays regorge de régions toutes plus belles les unes que les autres, comment se décider sans passer notre vie dans les avions ? Ce pays ne nous a jamais particulièrement attiré mais nous sommes très curieux et avons très envie de nous faire une idée du pays du Soleil-Levant (ok c’est le Japon mais le soleil se lève aussi ici). Nous connaissons plusieurs personnes qui y sont allés et tous les avis sont unanimes : c’est un choc !

Après avoir lu rapidement notre guide et quelques blogs de voyage, nous arrivons à nous faire un planning global en ciblant 2 à 3 destinations dans le pays. Nous écrivons des mails pour faire du volontariat vers les lieux retenus et surtout nous essayons de prioriser nos envies pour nos quelques jours à Pékin.

La ville, avec ses 21,5 millions d’habitants est une mégalopole immense. Entre modernité et histoire ancienne, elle a de nombreux atouts à faire valoir. Avec la chaleur extrême (la température avoisine les 32° la journée), l’humidité (proche des 70%), le nombre ahurissant de touristes chinois (98% des touristes sont des ressortissants du pays), la pollution (plus de 20 fois supérieur aux normes tolérées) et la grandeur de la ville, nous limiterons nos visites à un ou deux sites touristiques par jour. Au vu du nombre de centres d’intérêt, nous décidons de prolonger notre séjour pékinois de deux nuits, soit 6 nuits au total, histoire de ne pas nous stresser.

Le weekend, les auberges de jeunesse sont vite remplies (de chinois), nous avons dû changer d’auberge pour les deux nuits supplémentaires, à quelques pas de la première. En voyage, le monde est petit. En effet, nous avons eu la belle surprise de partager le même dortoir que Marta, notre amie polonaise que nous avions rencontrée chez Bayaraa (lire nos articles sur la Mongolie). Nous nous étions revus à Oulan-Bator avec Sonia pour boire un verre tous ensembles. Nous savions qu’elle allait également en Chine mais son programme n’était pas très avancé non plus. Et ici, dans la seconde plus grande ville du monde, nous nous revoyons dans une chambre pour quatre personnes…

Après le mouton sous toutes ses formes en Mongolie, nous avons beaucoup de plaisir à déguster la cuisine chinoise, variée et pleine de saveurs. Surtout rien à voir avec un restaurant chinois que l’on peut trouver en Suisse ! Nous avons aussi retrouvé des fruits et des légumes très peu présents au pays des steppes. A Pékin, nous ne pouvions pas éviter le traditionnel « canard pékinois » ou appelé canard laqué. Ce dernier est proposé avec des galettes de lotus, des tronçons d’oignon vert et de concombre et une sauce soja. Nous avons un peu regardé nos voisins pour savoir s’il fallait mettre les lamelles de canard enroulé dans la galette et la technique de roulage. Un vrai délice !

Les plats dégustés dans les hútòng (les ruelles tortueuses typiques de Beijing) étaient les meilleurs. Rien n’est écrit en anglais, heureusement les cartes ont souvent des images ou bien les quelques plats sont affichés en photo sur les murs. Nous n’avons jamais été déçus (ni malades d’ailleurs). On dit que s’il y a du débit et du monde dedans c’est que ça ne doit pas être mauvais.

Pour les visites, nous nous sommes limités aux points d’intérêt les plus connus, c’est-à-dire la cité interdite et la grande muraille ainsi qu’à quelques sites qui nous semblaient plus intéressants que d’autres. Voici donc nos choix et nos impressions :

La Cité Interdite
Pour accéder à la cité interdite, c’est la croix et la bannière. Sur le plan, c’est à côté (notre auberge est à 10 minutes de la place Tian’an’men). Mais à chaque fois que nous nous rapprochions, nous étions détournés. On ne peut y accéder que par la porte de la Paix céleste devant la grande place Tian’an’men, au sud. Dès que nous étions dans un sous voie qui permettait de remonter sur la place, un policier détournait les piétons à l’opposé. Il faut contourner toute la place et passer un premier contrôle de sécurité comme à l’aéroport. Nous découvrirons qu’en Chine les contrôles de sécurité sont partout, dans le métro, les musées, la rue. On passe son sac au scanner et on se fait fouiller.
Sur la place, connue notamment pour les manifestations de 1989, nous prenons à peine le temps d’observer l’immense portrait de Mao avant de nous diriger vers un nouveau sous voie et un autre contrôle.

Une fois la Porte de la Paix céleste passée, vous n’êtes pas encore dans la cité. Il faut acheter un billet d’entrée et pour se faire, prévoyez : une bouteille d’eau, un chapeau et un éventail. Tout ce que nous n’avions pas pour faire la demi-heure de file d’attente en plein soleil avec une température ressentie autour des 40°C. Le nombre de billet est limité, prévoyez d’y aller le matin, car nous avons entendu que dès 13 heures le weekend, plus aucune entrée n’était vendue. En effet, ils ne limitent les entrées qu’« à » 80'000 personnes par jour… si peu…

Le billet d’entrée en main, la visite de la Cité Interdite peut commencer. Construite en 1420, après 14 ans d’esclavagisme de milliers d’ouvriers. Elle faisait office de palais à l’Empereur de Chine lequel y était assigné à résidence avec son entourage. Quiconque y pénétrait sans invitation était exécuté. Sa superficie est de 72 ha et compte selon la légende 9'999 pièces (8’704 selon une étude). Seulement une centaine des salles peut être visitée.

La chaleur de la journée rend chaque coin d’ombre ou salle climatisée un lieu prisé par les milliers de touristes. Les visites des différents endroits se fait à la queue leu leu, ce qui ne correspond pas vraiment à notre style de visite.

Certaines parties de la cité sont payantes en plus de l’entrée principale. Notamment la salle des horloges et celle des joyaux. Dans la première une exposition d’horloges et de pendules reçues par les différents empereurs durant plusieurs siècles sont exposées. Les quelques modèles suisses sont trop kitsch pour que nous commandions une reproduction pour remplacer la pendule du papa de David. Nous avions lu que deux fois par jour (11h et 14h) un « spectacle » des horloges était proposé. Nous avons joué des coudes pour garder notre place au premier rang pendant 15 minutes pour voir … une horloge en or surmontée d’un rhinocéros dont le cadran s’est mis à scintiller ! Nous ne savons pas si c’est du fait que nous sommes suisses et que nous sommes déjà allé voir l’horloge à Berne ou celle de la Palud à Lausanne, mais il nous en faut beaucoup plus pour nous impressionner. En plus c’est un gardien qui remonte le mécanisme aux heures prévues…
Dans la seconde salle, nous pouvons admirer une magnifique exposition sur les joyaux de l’Empereur. Pas aussi impressionnante que le Palais des Armures de Moscou mais elle vaut le coup d’œil.

Dans la grande salle de la Gloire littéraire, une galerie consacrée à la céramique y est aménagée. Nous avons pris quelques modèles en photo pour que Marjo puisse les copier.

Nous avons passé très rapidement les cours intérieures, avec la température et la masse de touriste, nous ne voulions pas trop trainer. Cependant, les portes (notamment la Porte de l’Harmonie suprême avec le trône du Dragon), les édifices et les jardins sont grandioses et à l’image que l’on peut se faire de l’Empire du Milieu. Notre conseil serait d’y aller par temps plus frais et prendre plus de temps avec un guide pour connaître toute l’histoire passionnante du lieu.

La Grande Muraille
L’histoire de cette colossale construction débuta en 221 av. J.-C lors de la dynastie Qin, date à laquelle l’empereur unifia la Chine. Des remparts isolés furent reliés entre eux pour se protéger des nomades. Des centaines de milliers d’ouvriers (la plupart des prisonniers politiques puis des fermiers des alentours) œuvreront durant plus d’un siècle et mourront pour ériger cette barrière. Finalement, pour quelle utilité ? Gengis Khan imposa sa domination à la Chine en soudoyant les sentinelles entre 1279 et 1368, les mandchous conquirent l’Empire du Milieu pendant 250 ans, les européens débarquèrent par la mer au XIXe siècle et les japonais envahirent le pays en 1937…

Pour notre visite de la grande muraille, nous avons décidé de choisir un tronçon non-rénové et moins connu afin d’éviter la masse touristique. Beaucoup d’excursions sont proposées par les auberges et hôtels, mais nous avons préféré un peu d’aventure. Il faut aussi dire que les prix s’envolent rapidement avec un tour organisé. Le Lonely Planet propose différents itinéraires et nous prenons celui qui correspond le mieux à la durée de marche que nous voulons.

Nous partons donc le matin de Pékin pour Zhuàngdàokou en passant par la ville de Huáiróu (notre itinéraire détaillé dans l’encadré ci-après). Dans le bus, nous rencontrons des espagnols qui ont été conseillés par un ami chinois pour la visite. Ne sachant pas exactement où descendre du bus, nous les suivons jusqu’au terminus. A notre grand étonnement, nous nous retrouvons devant une billetterie pour un nouveau complexe touristique qui allie une partie rénovée de la muraille à un barrage et des tours en bateau. Nous savions les endroits rénovés payants mais notre tronçon ne devait pas l’être. David est persuadé qu’il y a un autre endroit pour y accéder et Emma est persuadée qu’il faut payer. Après une petite prise de bec, nous voyons surgir de la forêt un groupe de touristes trempés de sueur et à bout de souffle. Par chance ils viennent d’effectuer en sens inverse ce que nous voulons faire.
Ils nous montrent volontiers le chemin mais nous mettent en garde : il faut un bon niveau de randonnée, le trajet dure 4 heures, des bouts de chemin sont manquants et il faut une corde par endroit… Emma n’est pas confiante du tout et David arrive à la convaincre que si ça n’allait pas, nous pouvons toujours faire demi-tour. Un marcheur nous accompagne les 50 premiers mètres pour nous montrer le sentier caché dans la flore qui est très dense à cette période de l’année.

Désormais seuls, nous grimpons, escaladons et surmontons les quelques mètres de chemin escarpé jusqu’au premier pan du mur en ruine. Il nous aura fallu trente bonnes minutes pour y accéder… La suite n’est pas plus aisée ; le mur est construit sur les crêtes des montagnes, il suit donc les dénivelés. Sur ce tronçon, les marches ne sont réduites qu’à quelques briques éparses qu’il faut enjamber sur presque 70 cm, la végétation a gagné la partie, des arbustes poussent littéralement sur la muraille ! Une corde permet d’atteindre la première tour sur le sommet de la montagne. C’est complétement ruisselant de sueur que la vue nous coupera le souffle. Le jeu en vaut vraiment la chandelle. Sur le bas, nous voyons le barrage avec le superbe lac, une partie du mur rénové, la vallée habitée et de l’autre côté les montagnes à perte de vue et la suite du mur éparpillé sur toutes les crêtes. Une forêt dense entoure tout cela. Quelle idée de construire une muraille, l’environnement nous paraît déjà assez inhospitalier comme ça. Bref ces chinois ont de drôles d’idées…

La suite de la balade est moins ardue et nous allons croiser uniquement sept touristes ! Après 3 heures de rando, nous arrivons sur une partie rénovée du mur. Nous aurions pu continuer jusqu’à un autre lac dans le village de Huanghua Cheng mais nous aurions été trop limités avec les horaires de bus pour rentrer sur Pékin (et n’avons plus d’eau ce qui avec la chaleur est un peu ennuyant). Nous restons un moment sur place à contempler la folie chinoise et imaginer le sort des pauvres ouvriers tenus de construire un tel édifice. Une atmosphère particulière entoure ce lieu hors norme.

En fin de journée, nous redescendons au village de Zhuàng dào kou prendre le bus. Pour trouver l’arrêt de ce dernier, nous questionnons toutes les mamies du village pour connaître l’emplacement exact. Aucune indication n’est signalée… Au final il faut guetter le bus et gesticuler devant lui en espérant qu’il s’arrête.

De retour à Pékin, nous sommes fatigués mais revenons avec plein d’images dans la tête (et dans l’appareil photo) et une satisfaction d’avoir pu marcher sur ce mur légendaire (si la question à 1 million est : la voit-on depuis la lune, la réponse est NON). Comme dit Mao Zedong : « Qui n’a pas gravi la Grande Muraille n’est pas un homme véritable ».

Visite de la grande muraille depuis le village Huanghua Cheng
  • A Pékin, prendre la ligne 2 du métro jusqu’à Dongzhimen
  • En sortant du métro, prendre le bus N°916 dans le bâtiment de la gare routière (et non au bord de la route) en direction de Huáiróu, départ régulier. 12¥ par personne, 1h30 à 2h (beaucoup de circulation).
  • De Huáiróu, sortir à l’arrêt Nanhuayuan Sanqu et continuer la route à pied jusqu’à l’arrêt suivant (après avoir traversé la route perpendiculaire) Nanhuayuan Siqu. Le nom ne sont pas vraiment indiqué sur le abris de bus.
  • Prendre le bus H21. Le numéro n’apparaît nulle part donc il faut guetter un bus sans numéro et demander au chauffeur s’il s’arrête à Shui Chángchéng. 8¥ par personne
  • Descendre au terminus du bus à Shui Chángchéng (sur maps.me, le nom est Xishui Yucun), l’arrêt est sur un grand parking, à côté du barrage après 1h de trajet.
  • Monter la route au-dessus du premier parking pour arriver au second parking devant la billetterie du « Water Great Wall Scenic Spot ». Si vous voulez, vous pouvez payer 50¥ pour monter sur le barrage et sur une partie rénovée du mur. Il est possible aussi de prendre un ticket pour faire du bateau sur le lac.
  • Pour le sentier du mur non rénové : Devant la billetterie, tourner à droite. Dans l’angle de la billetterie et des toilettes, un petit sentier s’avance dans la forêt. Escalader (le chemin est très escarpé) jusqu’aux premières pierres du mur.
  • Partir sur la droite en direction de la tour la plus élevée. Continuer de suivre le mur entre la végétation et les ruines
  • Après environ 3h de marche, vous arrivez sur une partie rénové avec des escaliers descendants très raides. Soit continuer sur la partie rénovée jusqu’au lac de Huang Hua Cheng (encore 1h de marche) soit descendre au village de Zhuàngdàokou (sur maps.me indiqué par « Great Wall, attraction »).
  • Descendre au village jusqu’à la route et traverser la rivière pour trouver l’arrêt de bus. Le dernier bus est à 17h. Demander à un habitant où se trouve l’arrêt exactement, aucun panneau ne l’indique
  • Faire le même trajet qu’à l’aller

Prix total pour la visite de la grande muraille : 50¥ par personne.

Palais d’Été
Quand il faisait une chaleur insoutenable dans la Cité Interdite, les empereurs se rendaient dans leur Palais d’Été. D’une grandeur de 290ha, couvert par les trois quarts du lac Kummíng la colline de la Longévité domine le lac.
Nous avions prévu de visiter le palais en une après-midi, mais nous n’avons pu tout voir. Le cadre est magnifique avec les temples dans la verdure de la colline et le lac bordé de nénuphars. La salle de la Bienveillance et de la Longévité se trouvent au sommet de la colline. Il faut gravir quelques marches pour l’atteindre mais la vue sur le parc et la région environnante sont splendides. Des maisonnettes le long de la rivière forment le village de Suzhou Jie. Le cadre donne un aspect très typique et l’endroit permet d’apprécier un bon repas au bord de l’eau. Il y a un peu moins de touriste que dans la cité interdite rendant la balade du palais plus agréable. A notre avis il faut compter une journée entière pour pleinement en profiter. En plus, toutes les attractions ferment relativement tôt ici.

Musée national
Il s’agit d’une sorte de Louvre à l’échelle chinoise. Le bâtiment gigantesque renferme des centaines de salles allant de la préhistoire à l’histoire contemporaine. L’entrée est gratuite mais il faut son passeport. Nous ne sommes pas encore habitués mais tout est en chinois, nous ne comprenons rien au plan des salles, nous errons donc un peu au hasard. Une exposition temporaire (payante) sur Rembrandt et ses disciples est très intéressante, les chinois sont fascinés par les portraits et les scènes de la vie quotidienne de l’époque.
Le musée est bondé, les familles pique-niquent dans les allées, des petits stands vendent de tout à tous les étages. Les chinois prennent TOUT en photo, de la moindre poterie à l’explication de l’œuvre, tout y passe.

Il est difficile de tout apprécier tellement il y a des choses à voir dans ce musée ; des peintures, de la typographie, des photos de la construction du musée, des expositions d’artistes chinois et l’étage inférieur consacré à l’histoire de la Chine. Une salle qui est peut-être un peu plus intéressante (selon les goûts bien sûr) que d’autres et celle des cadeaux reçus des dignitaires étrangers. En quelques sortes, c’est un voyage à travers le monde que l’on effectue en regardant ces biens venus des quatre coins du monde. Nous n’avons pas trouvé de cadeaux offerts par la Suisse mais on peut dire que certains cadeaux sont franchement très moches (ou pas à notre goût c’est sûr et certain).

Temple du Lama, temple Confucius et parc Ditán
Le temple du Lama est le premier que nous visitons en Chine, (c’est LE temple qui est conseillé de voir si on a peu de temps). Il s’agit d’un temple bouddhique tibétain le plus renommé hors du Tibet. Des pèlerins viennent en nombre enfumer les pauvres touristes que nous sommes de fumée d’encens. Plus sérieusement, les salles et les pavillons se succèdent recelant de magnifiques statues, peintures et bronzes. Nous prenons plaisir à déambuler parmi les fidèles, les groupes d’enfants et encore et toujours les touristes à parapluie. Nous pouvons profiter de l’ombre de grands arbres pour admirer l’architecture typique des bâtiments et les détails cachés.


Le temple de Confucius, situé à une centaine de mètre du Lama, vaut le détour pour en apprendre d’avantage sur ce grand personnage chinois. Les explications sont, pour une fois, très bien traduites et didactiques. L’exposition est claire et est construite dans le sens chronologique de la vie du savant. Des petits films pour les enfants viennent détaillés les explications. De grands cyprès noueux, une forêt de stèles en pierres où sont notés les « treize classiques confucéens » et les bixi (des dragons myhologiques en forme de tortue qui lancent des éclairs avec leur yeux) font partie des choses à voir. Cette fois-ci le calme est de mise, nous pouvons souffler un peu.


La ville compte de nombreux parcs où se balader ou faire de l’exercice. Le parc de Ditán se situe au nord du temple du Lama. A l’intérieur, se trouve le temple de la Terre. Nous sommes arrivés alors qu’il était déjà fermé, nous avons à peine eu le temps de réaliser que nous ne pouvions pas nous allonger tranquillement dans l’herbe pour profiter d’un peu d’ombre. La visite fut brève. D’ailleurs comme nous le disaient nos amis globe-trotteurs : attention au fait de ne plus nous émerveiller par les temples par exemple ; ça ne sert à rien de tous les voir car on a vite l’impression « qu’un temple est un temple ».


En résumé, Pékin c’est grand. Il faudrait plus d’une semaine pour visiter tous les centres d’intérêt, profiter de la nourriture des hútòngs ou aller voir un spectacle d’acrobatie. Nous avons apprécié la ville malgré nos aprioris de ville polluée et surpeuplée. Nous nous habituons gentiment aux cohortes de touristes chinois mais avons parfois envie de les étrangler avec leur parapluie. Fait étrange, les familles avec des enfants en bas âge visitent tous les sites touristiques. On a un peu de mal à comprendre comment un enfant de moins de 8 ans (voir même davantage) puisse réellement apprécier faire des km dans ces attractions touristiques en plein soleil avec des milliers de gens autour. Pour nous ce fut déjà une sacrée gageure par moment…

Nous nous plaignons beaucoup des touristes chinois qui dès qu’ils sont en groupe sont tels que les clichés les dépeignent. Toutefois les chinois « seuls » sont très gentils et serviables, la plupart du temps, ils ont essayé de nous aider même sans parler un mot d’anglais. Au départ ils ne montrent que peu d’expression du visage rendant la communication moins évidente mais un sourire s’affiche rapidement. Notre meilleur allié fut Google Translate et la plupart ont des applications qui traduisent en direct ce qu’ils disent. A utiliser donc sans retenue !

La grand muraille

Juillet
31
2017

Un pays à l’image de ses chevaux ; sauvage et indomptable !

Oulan-Bator - 12'504 km - J 49

Il est déjà venu l'heure de tirer un bilan sur nos 28 jours en Mongolie.
La vie nomade est à l'inverse de notre vie matérialiste occidentale et nous renvoie à une époque que nous n'avons pas connue. Électricité sommaire, pas d’eau courante pas d'ordinateur, pas d'ondes wifi, pas de robot ménager, etc. Notre séjour à la ferme reste le point d’orgue de notre séjour mongol. Nous avons pu partager la vie quotidienne de familles mongoles et apprécier leur incroyable générosité. Ce n'est pas dans les excursions organisées que vous découvrirez l’hospitalité traditionnelle ou la vraie vie nomade...

Les étendues sans fin des steppes et tous les animaux en liberté nous insufflent un vent de liberté. Si certains paysages peuvent nous renvoyer dans notre Suisse avec ses forêts de pins, ses plaines vallonnées, ses edelweiss et ses fins ruisseaux creusés dans la roche, les terres à perte de vue nous rappellent que les distances ici sont décuplées. 300 kilomètres sur un terrain bosselé sans asphalte est une courte distance pour atteindre sa destination. Autant dire que les pauvres 200 km d’autoroute séparant Vevey de Delémont sont une goutte d’eau à l’échelle mongole.

Nous avons visité 3 régions, très peu par rapport à l'immensité du pays, qui sont distinctement différentes. Au nord, la lac Khövsgöl a un air de Caraïbes avec ses eaux turquoises surplombé de montagnes semblables à la Suisse. Au centre, des champs de pierres volcaniques parsèment les steppes très vertes, de nombreuses rivières sont à traverser pour admirer la chute d’eau de la vallée d’Orkhon. Et au sud, le désert de Gobi avec ses dunes de sables et ses formations rocheuses impressionnantes au milieu des steppes à perte d’horizon. Ces kilomètres de transport nous ont permis de nous faire une idée globale de quoi ressemble géographiquement la Mongolie.

La capitale, Oulan-Bator est souvent décriée par sa pollution, ses immeubles soviétiques gris et sa circulation infernale. Elle vaut tout de même le détour pour ses intéressants musées et monastères. Elle permet également de manger autre chose que du mouton à toutes les sauces.

Un sérieux point noir vient néanmoins ternir la belle image de carte postale. Nous ne pouvons pas ignorer la face cachée de la Mongolie ; un gros manque d’éducation et une volonté politique inexistante concernant la gestion des déchets.

Alors notre regard se perd dans les étendues des steppes nos yeux s’arrêtent systématiquement sur un déchet, voir un tas semi enfoui au milieu de nulle part.
Personne ne tri car aucune infrastructure n’existe. Les mongols se défendent en disant qu'ils n’ont pas la logistique et les usines pour recycler. Mais voir un mongole autant à la ville qu’à la campagne jeter en toute impunité son sachet, sa bouteille, son mégot et plus encore par terre sans état d’âme fait mal au cœur. D’autant plus que les animaux les mangent et que certaines choses ne disparaîtront jamais.
Tant que les mentalités ne changerons pas, rien ne semble faisable... Certains, légèrement plus soucieux du sort de l'environnement (même pas sûr), regroupent les déchets au même endroit. Mais pour malheureusement ensuite soit tout brûler soit tout enterrer. Quelle est la solution ? Bonne question mais on espère que ça bougera dans le bon sens prochainement.

Après avoir discuté avec notre guide, elle nous fait comprendre que leur système politique est corrompu et que les hauts placés n'hésitent pas à vendre les terres mongoles aux industriels mondiaux. La lecture des romans de Ian Manook pointe aussi ce triste problème. (D’ailleurs nous ne pouvons que vous conseiller ses excellents polars !)
Le sol mongol est très riche (cuivre, or, uranium et peut-être même énergie fossile) et actuellement très peu exploité. Les étendues de terre énormes du pays demandent des ressources technologiques que seul les gros pays industriels possèdent pour sonder les sols. Et même si une mine est découverte, la Mongolie n'a pas le savoir-faire ni les outils pour l'exploiter. Il faut aussi beaucoup d'argent pour construire des routes pour acheminer les camions jusqu'à l'exploitation et gérer toute la logistique. Donc, La solution de facilité choisie est de vendre les terres aux gros groupes étrangers. Ces derniers n'hésitent pas à tout détruire comme ce n'est pas leurs terres pour chercher et exploiter les mines. Nous préférons éviter de penser à ce que peuvent devenir ces magnifiques steppes d'ici une vingtaine d'année...

L'histoire récente de la Mongolie est marquée par le communisme. Le Grand Gengis Khan qui a régné sur le plus grand empire au monde jamais égalé, a été réduit a un rôle de soumissionnaire. Toute la culture et la tradition mongole centenaire a presque été totalement éradiqué par un système politique avec d'autres principes. Un exemple repris de Ian Manook de la purge soviétique sur les croyances nomades est l'obligation d’enterrer les morts sous terre et dans un cimetière. L'incinération étant pratiquée dans le bouddhisme et le chamanisme est impensable pour les communistes. La tradition nomade veut que le mort soit laissé à la nature pour que les charognes brisent ses os afin de libérer son âme qui se retrouvera dans le feutre de la yourte.
Si nous devions quand même cité un point positif du Régime d'Avant est qu'il n'y avait pas de différence sociale. Actuellement le fossé riche - pauvre s'agrandit fortement et est ressentie surtout dans la capitale. De nombreux terrains ont été offerts aux nomades dans la ville pour en faire une vraie capitale ce qui fait augmenter le chômage et la pauvreté. Les bons éleveurs ne peuvent même plus subvenir aux besoins de leur famille. On aperçoit dans de nombreux jardins de la banlieue des yourtes habitées ; et oui l’esprit nomade est plus fort !

Tout paradis a sa face caché, nous recommandons néanmoins fortement la visite de ce magnifique pays. Le tourisme est en plein essor et des camps de yourtes toutes équipées fleurissent un peu partout mais n’oublions pas que des nomades vivent sur ces terres et il nous paraît un peu surfait de vouloir un hôtel 3* au milieu du désert de Gobi avec douches chaudes et climatisation. C’est un pays rude pour tout voyageur et les backpackeurs que nous sommes avons dû nous résigner à prendre des excursions organisées. Il est quasiment impossible de voyager de ses propres moyens en toute tranquillité. Que vous aimiez la nature, les grands espaces, les animaux, la vie sauvage, les rencontres humaines, la géologie ou voir les étoiles comme jamais vous ne les avez vu dans votre vie, la Mongolie est faite pour vous. A vous de voir quelles sont vos valeurs et le confort que vous êtes prêts à sacrifier. Le jeu en vaut la chandelle !

Désolé, on a pris un peu de retard dans nos articles, on réalise qu’écrire des trucs sensés prennent pas mal de temps en plus d’organiser notre voyage. Ouh que c’est fatiguant la vie de globetrotteur quand même ! Ok on arrête de vous narguer et on va aller boire une bière à Pékin. Rendez-vous à l’Empire du Millieu.

Etendue de la steppe mongole

Juillet
30
2017

Le désert de Gobi, mais où sont donc ces dunes ?

Dalanzadgad - 11'931 km - J 48

Nous embarquons le 23 juillet à bord de notre mini van pour 7 jours d’excursions dans le Gobi et un jour dans le parc du Terelj, près de la capitale. Nos compagnons de voyage sont Pablo et Montserrat (alias Montse ou « MonsterRat » pour la prononciation catalane exacte), un couple de policiers espagnols voyageurs ET végétariens qui cassent les clichés habituels de la police. Pablo aime boire des bières fraîches en vacances donc à chaque arrêt pipi vers un magasin il achetait sa bière ; même à 10h du matin. Montse a adoré apprendre le poker mongol, nous avons fait des parties endiablées. Nous avons aussi profité de leur régime sans viande pour faire un break avec le mouton, Emma n’en pouvait vraiment plus. Et si vous avez suivi, Sonia que nous avons rencontrée lors du Nadaam à Khatgal, et qui a travaillé dans la ferme juste après nous, était aussi de la partie. C’est même elle qui nous a recommandé ce tour et la Guest House. Ce fut un plaisir de la revoir à cette occasion, comme elle termine ses deux mois de voyage en Mongolie, elle est une vraie mine d’information.

Nous avons passé beaucoup de temps sur la route, c’est que nous reprocherions à cette excursion (env. 1'500 km parcourus en tout) et presque 6 heures par jour dans le mini van. Les routes asphaltés ne sont pas monnaie courante dans cette partie de pays. Le Gobi est une région énorme qui fait 1 300 000 km2, l’un des plus grands désert du monde. Donc parfois même si nous ne roulions « que 200 km », sur une piste pleine de caillasse, c’était assez éprouvant. Notre excursion était organisée par notre Guest House, Wonder Mongolia que nous ne pouvons que recommander. Comme dans notre première excursion, tout est inclus, sauf les boissons et glaces/bières sur la route. Les prix sont dégressifs en fonction du nombre de personnes. Pour nous ce fut donc 55 USD par personne et par jour.

Si, comme nous, vous vous faisiez l’idée du Gobi comme d’un grand désert de sable avec des dunes à perte de vue, vous vous mettez un caillou dans l’œil. En fait le Gobi est principalement recouvert de pierres. La surface totale des dunes est de 3% du territoire total. Cependant, elles gagnent du terrain car elles avancent sur la Chine à vitesse grand V ; environ 2500 km² par an soit environ 8 mètres par jour ! La Chine est d’ailleurs en train s’essayer de se racheter une conduite écolo en construisant une « grande muraille verte » qui stopperait l’avancé du Gobi vers Pékin. (lien : geo.fr).
Revenons à nos moutons, enfin c’est plutôt des chèvres à cachemire, des chameaux et des chevaux que nous avons croisé cette semaine et voici les lieux que nous avons visités :

Tsagaan suvraga, dits « stupa blanc » :
Ces formations rocheuses apparaissent au milieu de la steppe tel un village en ruine, nous nous trouvons à la frontière de la province de Dundgovi (et pas Bon Jovi…). Les falaises de couleur ocre, rose et rouge sont impressionnantes, elles mesurent 60 mètres de haut et s’étendent sur environ 400 mètres. Un océan recouvrait la zone il y a plusieurs millions d’année. Une jolie balade permet d’apprécier les falaises depuis le haut puis de descendre à leur pied. On voit bien les différentes couches géologiques, les couleurs sont magnifiques. Ça nous a rappelé les « Cerro de los Siete Colores » en Argentine.

Le canyon de Yoliin Am :
Il se situe dans le parc national de Gurvan Saikhan, à environ 60 km de Dalandzadgad. La rivière qui coule dans ce canyon à 2'500 mètres d’altitude est connue pour rester emprisonnée des glaces une bonne partie de l’année. Malheureusement avec le réchauffement climatique cela devient de moins en moins fréquent. En 1996 et 1998, la rivière est restée gelée l’année entière. Lors de notre visite, un simple glaçon restait encore visible (enfin on l’a loupé, mais vu sur une photo d’un groupe de coréens, apparemment il faut qu’un guide vous le signale).

La ballade le long du canyon est très bucolique, l’herbe est d’un joli vert et les fleurs tapissent le sol. La vallée est aussi connue pour ses rapaces mais la pluie les a sans doute fait fuir lors de notre passage. Nous n’avons pu observer que des pikas, sortes de gros rongeurs assez mignons et pas farouches. Le parc abrite de nombreux animaux sauvages tels que bouquetins de Sibérie, des moutons argalis ou encore des gypaètes barbus. Les léopards des neiges et d’autres prédateurs occupent également la région de la vallée de Yol.

Khongor dunes ou Khongoriin Els :
Cette fois les voici les fameuses dunes de sable blond ! Elles s’étendent sur 900 km² et paraissent avoir été posées là comme un gros tas de sable. Les dunes peuvent mesurer jusqu’à 300 mètres de haut, ce qui est énorme lorsqu’on grimpe au sommet à pied. Nous avons eu la chance de faire une petit tour en chameau jusqu’en bas des dunes puis d’en escalader une pour admirer le coucher du soleil. Sur le papier c’est assez chouette mais en réalité ce fut une épreuve sportive à elle toute seule. Dès notre arrivée, le vent s’est mis à souffler, c’était une véritable tempête de sable. Celui-ci s’immisce partout et fouette le corps d’une manière très désagréable. Nous disions donc 300 mètres en ligne quasi droite, un pas en avant, deux en arrière, si on s’arrête trop longtemps nos pieds sont recouverts en 3 secondes. Emma a failli mourir en montant là-haut, faut dire qu’avec 3 kg dans chaque chaussure ce n’est pas facile. Malheureusement nous sommes arrivés un peu tard pour voir le coucher du soleil et la tempête était telle que nous n’avons pas pu rester très longtemps sur la crête. La vue était toutefois à couper le souffle ! Le jeu en valait la chandelle. La descente était beaucoup plus facile et marrante, on s’y est donné à cœur joie et on était déjà pannés de tous côtés. NOTE : pas de douche sur le camp de yourte cette nuit-là, on vous laisse imaginer la nuit. D’ailleurs si on dit désert, on s’imagine que la nuit on va grelotter mais non pas du tout, il a fait bon.

On ne l’a pas forcément dit avant mais en Mongolie la notion d’intimité n’existe pas dans une yourte. La famille dort ensemble, vit ensemble, etc. Donc quand vous partez avec un groupe il faut avoir un peu de chance car on est constamment ensemble et on dort aussi très proche les uns des autres. La majorité du temps nous avions des yourtes « petits formats » qui abritaient 5 lits se touchant, parfois une table au centre et juste la place de mettre nos sacs à côté des lits. Les lits sont aussi en mode petit format, heureusement qu’on est à la taille locale mais Pablo a plus souffert que nous. Pour l’intimité, enfin l’inintimité on commence à avoir l’habitude entre les auberges de jeunesse à minimum 4 lits et les trains de nuit… Lors de ce tour on a toutefois eu la chance d’avoir une fois une yourte pour nous seuls.

Les falaises de Bayanzag :
Egalement appelées falaises enflammées, on ne vous fait pas un dessin pour vous faire deviner leur couleur. Un magnifique paysage ardent nous faisait face sous un ciel menaçant. Durant cette excursion, des orages, de la pluie et des bourrasques de vent nous ont accompagnés quotidiennement. C’est sur ce site que des ossement d’un nouveau dinosaure et des œufs ont été découverts par Roy Chapman Andrews. Il lui a même donné son nom : protoceratops Andrews. Malheureusement sur le site rien n’est exposé ou expliqué sur ces fameux dinos. C’est toujours un peu comme ça en Mongolie, il y aurait beaucoup à faire pour rendre les sites touristiques plus didactiques ou simplement mieux informer les quelques touristes présents.

Bagagazariin chuluu :
Cette fois encore des cailloux mais en granite et d’une forme totalement différente. Cela ressemble à des gros tas de pierres un peu tassés érodés posés les uns sur les autres formant une assez grande formation rocheuse au milieu de la steppe à 1750 m d’altitude. Nous avons pris plaisir à nous y balader à la tombée de la nuit (notre camp était situé à deux pas) et grimper au sommet. De loin tout paraît vertigineux mais en fait on y accède très facilement et sans danger, c’est un peu la grimpe pour les nuls.

Le lendemain nous avons pu visiter un temple datant du 17e siècle dans lequel Zanabazarr s’est caché pendant un certain temps (cet homme doit avoir été immortel tellement il a fait de choses pour la Mongolie, on vous laisse lire son histoire ici si ça vous intéresse).
Le temple est caché par un canyon formé desdits cailloux en granit avec en son centre des bouleaux magnifiques, on dirait une oasis dans ce paysage de rocaille. On peut encore y lire quelques inscriptions bouddhiques et des moines y viennent encore prier parfois. Un peu partout des tas de cailloux sacrés nommés ovoo sont disposés sur les monticules de granite. L’endroit est charmant et on se prend pour des petites chèvres à grimper partout.
Un peu plus loin, notre guide nous fait découvrir un puits naturel creusé dans la roche. L’eau qu’il contient est sensée guérir les maladies oculaires. David s’est bien aspergé les yeux mais en vain. Selon la légende, l’homme malvoyant qui avait découvert cet endroit est revenu se laver les yeux tous les jours pendant des jours et des jours pour retrouver la vue…

Parc national Gorki Terelj :
Nous terminons cette excursion avec un dernier jour dans le parc du Terelj situé à moins de deux heures de route asphalté (enfin plus ou moins) d’Oulan Bator. A nouveau le paysage change complétement et pourrait faire un peu penser à la Suisse, il s’agit de steppes boisées. Le parc se situe à 1600m d’altitude dans la province du Khentii. L’entrée du parc est très touristique, les nombreux (et horribles) camps de yourtes fleurissent n’importe où. On dirait presque une station de ski valaisanne, c’est dire !

L’endroit est connu pour abriter le Rocher de la Tortue, une formation rocheuse de 24 mètres de haut. On ne voit la forme de tortue qu’en arrivant de la route principale. Nous avons bien aimé nous balader et escalader pour y découvrir des rochers bien ronds posés sur une très petite base sur une falaise de plusieurs mètres de haut. Nous espérions ne pas nous faire écraser en mode Indiana Jones, heureusement tout à tenu le coup.

Le soir venu nous avons pu apprécier le khorkhog, le barbecue mongol : des pierres sont chauffées dans les braises puis ajoutées à la viande fraîche de mouton avec quelques carottes, oignons et patates. La suite de soirée s’est terminée bien au chaud dans notre yourte, car dans cette région les nuits sont plus froides, autour d’une bouteille de vodka et plusieurs parties de poker mongol avec nos acolytes.
Le lendemain matin suite à quelques changements de dernière minute, une balade à cheval d’une heure est organisée. Ça nous parait très court après nos précédentes montées. Le trajet se fait de notre camp au centre de méditation Aryaval. Ce dernier, comme son nom l’indique, est un temple qui accueille généralement des groupes de méditation. Les touristes se contenteront de tourner un moulin à prière surmonté d’une aiguille (en mode roue de la fortune) qui affiche un nombre entre 1 à 150. Le chiffre correspond à une pensée bouddhiste. On a essayé de comprendre les nôtres mais nos qualités de traducteurs anglais pour ce genre de texte n’étaient pas optimum.

Ensuite nous sommes allés voir la « plus grande statue montée du monde », c’est-à-dire celle de Gengis Khan en personne, en acier inoxydable de 40 m de haut. Cette merveille a été construite en 2008 pour le 800e anniversaire de l’empire mongol. La statue est impressionnante mais très moche visuellement et surtout l’intérieur est plus que kitsch. Vous pourrez y voir une énorme botte en cuir de plusieurs mètres (inscrite dans le Guiness Book), une reproduction très agrandie de sa cravache (la légende dit qu’il l’aurait perdu à cet endroit), un petit musée sur l’empire mongol avec quelques objets usuels de l’époque et un film sur les prouesses de construction de l’édifice. On se demande à quoi ressemblera l’intérieur d’ici quelques années car on voit déjà des signes de fatigue après moins de 10 ans de vie. Les touristes mongols se pressent pour monter sur la crinière du cheval. De là on peut admirer la vue (Gengis a de sacrées belles narines) et observer un début d’armée de cavaliers en contrebas. Les constructeurs veulent reproduire une énorme armée plus grande et vraie que nature avec des « héros de la nation ». Paraît-il que Jackie Chan aurait déjà réservé sa statue contre quelques dollars, ne nous demandez pas en quoi il est un héros. Renseignements pris, le projet ne comptera pas d’héroïnes de la nation… Comme quoi les mentalités ne changent pas tant que ça.

Petite parenthèse féministe ; la tradition d’aller enlever une femme au milieu de la nuit pour la marier de force existe encore dans la région du Gobi. Notre guide a eu l’air un peu gênée de nous le raconter. Elle n’a pas trop eu l’air de comprendre non plus notre question sur le divorce. Apparemment ce mot ne doit pas exister en mongol. ABE.

Conclusion :
Nous avons adoré cette excursion et partager ces moments avec nos compagnons de route. Nous aurions bien aimé nous téléporter pour diminuer le temps dans le mini van, heureusement nous arrivons à lire en voiture ce qui fait passer le temps nettement plus vite.
Nous avons adoré voir les étoiles comme jamais nous ne les avions vues. C’est un spectacle incroyable et malgré une météo capricieuse la journée nous avons toujours eu beaucoup de chance le soir. Nous avons eu l’occasion de faire quelques bonne dizaine de vœux avec les étoiles filantes aperçues.

Un chameau très fatigué

Juillet
22
2017

Un vent de liberté souffle sur les plaines du centre de la Mongolie

Orkhon - 10'925 km - J 40

Avant notre excursion prévue pour le sud de la Mongolie, au désert de Gobi, nous décidons d’en choisir une qui nous fera découvrir la Mongolie centrale. Deux jours de trajet pour deux jours de visite tel est le programme. Un coréen que nous avons renommé Mitch (son « nice to meet you » s’est transformé en Mitch lors des salutations. Nous avons été incapables de nous souvenir de son nom coréen). Il tentera de nous apprendre quelques mots mais quand il faut en aligner 3 pour dire merci nous avons abandonné.

La première nuitée se fait dans un camp de yourtes touristiques au pied du monastère de la ville de Karakoroum. Sur le chemin, nous faisons une halte environ à mi-parcours dans des dunes de sable incongrues et inattendues. Au milieu de la steppe, très verdoyante, s’étend 120km² de sable fin où les chameaux sont rois.

Karakorum et le monastère d’Erdene Zuu :
Devant les portes du monastère, quelques stands et un chapiteau ont été installés et nous profitons de nous rendre à ce festival local en soirée pour y boire une bière. Nous nous attablons à un joli banc d’école très rétro et attendons patiemment le concert qui se prépare. Nous sommes la même semaine que Paléo, ce qui nous fait penser aux copains qui profitent des festivals. Et oui cette année nous allons tous les louper !

Avant le début des concerts, la musique passe de la pop actuelle (Ed Sheeran par exemple)et de l’électro. Ensuite un premier groupe monte sur scène, un homme et une femme commencent à chanter un medley de chansons mongoles. Comme nous avons passé beaucoup de temps dans les bus dans lesquels les clips populaires nationaux tournent en boucle, nous connaissons presque tous les chansons par cœur. Ces dernières se ressemblent toutes avec aucun rythme et les mêmes thématiques (l’amour, la nature, la famille, l’amitié et ainsi de suite). Nous vous mettons un lien pour vous faire une idée ici. Le 2e groupe, des bébés rockeurs (genre BB Brune) vêtus de cuir montent sur scène, nous espérons un peu bouger. Hélas entre les coupures à cause du son de mauvaise qualité et les chansons d’amour point de danse à l’horizon. Nous repartons sous les étoiles en ayant bien ri quand même.

La ville de Karakoroum était l’ancienne capitale de la Mongolie et a été fondée en 1235, jusqu’à ce que Kubilaï Khan (petit fils de Gengis) décide de la déplacer à Pékin. Des remparts de 400 mètres de côté entourent le temple d’Erdene Zuu, le monastère bouddhique le plus ancien de Mongolie. Actuellement il reste surtout des remparts énormes et un temple encore en activité ainsi que 3 petits temples transformés en musée. Cet endroit a été sauvé de justesse de la destruction lors de la purge soviétique, il a pu être réhabilité comme lieu de culte qu’en 1990. Nous profitons de la visite guidée pour en apprendre davantage sur les différentes œuvres exposées (représentations des divinités bouddhiques, broderies de soie, peintures diverses, statues, etc.). Nous devons encore un peu travailler pour pouvoir retenir tous ces noms de divinités bouddhiques, l’histoire du Bouddha et les légendes qui s’y rapportent.

Le musée de la ville retrace l’évolution de la Mongolie au fils des siècles. On constate notamment la grandeur de l’Empire mongol sous le règne de Kubilaï Khan qui s’étendait de la Turquie actuelle à la Corée. Et même Moscou, le Viêtnam, les Emirats arabes et la Serbie par exemple sont tributaires et paient l’impôt pour éviter la guerre. Les italiens qui voyaient l’arrivée de cette armée particulière s’imaginaient la venue des Chevaliers de l’Apocalypse du Nouveau Testament.

Chute d’eau de la vallée d’Orkhon :
Le lendemain nous arrivons à la chute d’eau de la vallée d’Orkhon, le but de notre excursion. Nous nous dégourdissons les jambes en explorant la fameuse chute située à 500 mètres de là. Un chemin escarpé (ou plutôt une voie d’escalade) nous permet de descendre directement à la chute. L’endroit est magnifique, un grand cirque rocheux entoure la rivière Ulaan Tsutgalan, qui se jette 20 mètres en contrebas. On peut suivre le tracé de la rivière au fond du canyon, une jolie balade entre des grands pins et divers arbustes. Cette chute a été formée il y a environ 20'000 ans suite à des éruptions et des tremblements de terre répétés.

La région est très active sismiquement et on peut apercevoir des champs entiers de roches volcaniques consteller la steppe et la rivière. Le mini van a d’ailleurs dû à de nombreuses reprises traverser des gués et des champs de pierres. Notre chauffeur connaît plus ou moins la route mais nous nous demandions quand même s’il savait par où passer. La piste de 70 km pour rejoindre le camp fut d’ailleurs bien mouvementée.

Le 3e jour, nous devions partir pour toute une journée de cheval. Comme ils sont à moitié sauvages, ils ont décidés d’aller pâturer trop loin durant la nuit. Nous avons eu la matinée pour nous et avons décidé de retourner à la chute d’eau pour faire un brin de toilette. Ni une ni deux, nous plongeons dans l’eau glacée (toutefois moins froide que le lac Baïkal et celui de Hövsgol réunis). David se lance dans un reportage à la GoPro presque sous la chute tandis qu’Emma essaye de nager jusqu’à lui. Ce n’est pas très chaud mais ça fait vraiment du bien de barboter même si nous devenons l’attraction des touristes entourant le bassin.

C’est donc tout frais que nous pouvons entamer notre ballade. Nous pensons à demander à notre guide si nous pouvons aller un peu plus vite avec les chevaux. Emma avait quand même envie de tester le galop dans la steppe. Mitch n’avait jamais trop fait de cheval et a dû monter sur le plus lent. Bien sûr son cheval l’a senti et à peine 20 mètres après le départ il s’est retrouvé arrêté sans pouvoir rien faire. Le guide a voulu qu’Emma passe son cheval (le plus rapide) à David et qu’elle prenne celui du coréen. Quelques coups de talons et un peu de persévérance plus tard ce fameux cheval avançait très bien. David lui était ravi de ce cheval qu’il ne fallait pas pousser (ça le changeait pour une fois qu’un cheval lui obéisse).
Nous avons eu l’occasion de voir une plus petite chute d’eau et goûter le thé et les biscuits secs indigestes dans une yourte sur le chemin. C’est à ce moment-là que le temps s’est mis à changer, des orages grondaient de tous côtés dans les montagnes nous entourant. Notre guide faisait signe qu’il allait pleuvoir mais qu’on y pouvait rien. Bien sûr nous n’avions pas pris de veste ni de K-Way, juste un pull. Après 2h nous avons vu une petite stèle à cervidés, nous avons fait un demi-tour entre les chèvres et le guide d’un signe de tête nous a indiqué de galoper. Il n’en fallait pas plus pour que nous poussions nos chevaux à coup de « Tchu Tchu » endiablés pour enfin galoper en toute liberté parmi les yaks dans la steppe. David a maitrisé parfaitement son cheval qui pourtant partait toujours trop loin du guide. Nous avons ensuite entamé une ascension dans une vallée, après presque une heure, le guide fait demi-tour nous décrochant juste un « bad way ». Entre temps Emma avait échangé de cheval avec David pour tester les capacités de ce dernier. Malheureusement, David s’est vite retrouvé dernier et avec le temps plus que menaçant et le détour de 45 minutes, Emma a repris son bon vieux canasson pour ne pas perdre plus de temps (finalement sa selle était plus confortable !). Après avoir retrouvé le bon chemin nous nous sommes retrouvés en haut d’une crête, de là nous avons pu contempler la vallée en contrebas baignée de brume grise de pluie. Nous avons dû mettre pied à terre pour redescendre de la montagne et nous ne saurons jamais si c’était le chemin habituel ou un raccourci pour le temps perdu auparavant. La descente sous la pluie et dans les hautes herbes parsemées de gros troncs d’arbres bien glissants fut épique. Nos chaussures, même en GorTex n’ont pas supporté le sol détrempé et nous ne fûmes plus qu’une vaste flaque.

Le paysage était toutefois très joli, de grandes fleurs roses tapissaient la forêt. Arrivés en bas le guide nous signale que nous pouvons rejoindre le camp aussi vite que nous le voulons.
Les chevaux, aussi trempés que nous ne se sont pas fait prier pour repartir au grand galop sur la quasi-totalité du chemin. Ce fut un moment incroyable, nous pouvions à peine faire une pause au pas qu’ils voulaient déjà aller plus vite. Cette folle course nous aura au moins permis de faire sécher nos vêtements (et d’attraper un bon rhume pour Emma).

C’est avec un grand sourire aux lèvres que nous arriverons sur le camp lessivés (au propre comme au figuré) après ces 6h de cheval. Mitch a bien tenu le coup même s’il n’a pas autant galopé mais on se fait déjà du souci pour lui pour le lendemain avec les courbatures.
Emma a voulu remercier les chevaux mais ceux-ci n’aiment pas le sucre ! Faut dire qu’en Argentine ils n’aimaient pas les pommes, heureusement cette fois personne ne nous a regardé comme des extraterrestres à vouloir donner des trucs comme ça aux animaux…
La nuit tombé nous profiterons bien du barbecue mongol préparé par notre guide en notre absence.

Le lendemain, une journée de trajet nous attend pour retourner à la capitale avant un jour de repos puis une nouvelle aventure en mini van pour explorer le désert de Gobi.

Cette expérience dans le centre du pays fut exceptionnelle, comme quoi sur un coup de tête, un mot entendu par la responsable de la Guest House et hop une expédition est mise sur pied. Galoper dans ces énormes étendues de steppes sans obstacle est tous simplement magnifique. La sensation de liberté sur ces chevaux bien braves a été à la hauteur de nos espérances. Nos courbatures nous l’ont d’ailleurs rappelé encore quelques jours après.

Chute d'eau dans la vallée d'Orkhon

Juillet
18
2017

Le Héros Rouge ou la plus soviétique des capitales

Oulan-Bator - 10'492 km - J 36

En arrivant à Oulan-Bator, les vielles tours d’immeubles soviétiques en béton sortent de terre après les larges étendues de steppes. Toutes grises et très hautes, elles font contrastes avec le reste de la Mongolie et les traditionnelles yourtes. L’artère principale de la ville est la Peace Avenue qui la traverse d’ouest en est. Elle est une vraie jungle routière parfois sur 6 voies où les voitures sont reines. Les embouteillages sont constants et se déplacer est un enfer. En taxi, il faut être patient et en bus publique, il faut être chanceux. Aucun plan détaillé du réseau de bus n’existe.

Comme pour les précédentes villes de Moscou et de Saint-Pétersbourg, nous allons lister les lieux d’intérêts que nous avons visités. Avant de commencer, il faut rappeler un point d’histoire récent d’Oulan-Bator ; pendant la Seconde Guerre Mondiale, le parti soviétique commence sa purge en détruisant une bonne partie des monastères et icones religieuses. Des centaines des moines disparaitront durant cette période. Tout un pan de l’histoire immémoriale mongole et ses trésors sont perdus durant cette période. A la chute de l’URSS, les temples restants sont rétablis et les moines bouddhistes peuvent à nouveau pratiquer.

Monastère de Gandantegchinlin
Le monastère simplement connu sous le nom de Gandan Khiid est un des rares temples qui a repris les pratiques du culte bouddhismes après la purge soviétique dans la capitale. Son nom complet signifie « lieu sacré de la béatitude suprême ». Deux parties sont visitables pour les touristes. La première est une cour composée de quelques temples. La seconde est le magnifique temple blanc qui recèle l’imposante statue de Megjid-Janraisig de 26 mètres de hauteur. Elle fût érigée en 1911 et détruite en 1937 (fondue pour en faire des munitions…) pour ensuite être reconstruite en 1996. Elle est réalisée en cuivre recouverte d’or et sa partie centrale creuse renferme 27 tonnes d’herbes médicinales, 334 soutras, 2 millions de liasses de mantras et d’une yourte entièrement meublée.

Nous avons pu assister à une cérémonie religieuse par des moines bouddhistes dans un des temples du monastère. Les voix sont envoutantes et les instruments tels que les cymbales et le gong nous auront bien surpris, nous en frissonnons encore.

Prix : 4'000 MNT par personne
Les photos sont en sus, comme dans tout temple en activité ou musée. Le prix est souvent exorbitant par rapport au billet d’entrée (25'000 MNT).

Palais d’hiver du Bogd Khan
Le Palais d’hiver a été terminé 1903 et a été la demeure du plus prestigieux réincarné Jebtsündamba de Mongolie (le 8è) pour monter sur le trône et devenir Bogd Khan en 1911. Contrairement au palais d’été au bord de la rivière Tuul, celui-ci a été mystérieusement non-détruit par les russes. Le palais est construit sur un mode occidental et on y trouve notamment une paire de bottes en or, une robe faite de 80 renards et une yourte dont la toile est composée de 150 peaux de léopards des neiges. Plusieurs salles exposent la lubie du Bogd Khan : les animaux exotiques empaillés. La plupart appartenait à son zoo personnel (il avait ramené un éléphant d’Inde !). Et non David, même s’il y a des images d’éléphants partout dans les temples, cet animal n’a jamais vécu en Mongolie.
A côté du palais lui-même, six temples exposent des œuvres bouddhiques et des tankas.

Prix : 8'000 MNT par personne

Monastère de Choïjin
Ce temple au milieu des immeubles d’affaire ultra modernes (au pied de la Blue Sky Tower) est un musée où plus aucune cérémonie n’est pratiquée. Il est le seul que la purge soviétique à décider de conserver en état pour y établir un musée dénonçant les coutumes « féodales » du passé. Sa construction débuta en 1904 et dura 4 ans pour le petit frère du Bogd Khan et oracle de la ville. Il est composé de 5 temples dont le premier comporte la dépouille de Bogd Khan dans sa statue entourée des statues du Bouddha historique et du Choïjin Lama. Les autres recèlent des magnifiques masques de danse tsam (typiques de Mongolie), des statues en bois et en bronze et une statue de yab-yum signifiant l’union sexuelle mystique (tantra).

Si nous devions recommander un temple à visiter à Oulan-Bator, c’est celui-ci. Sa disposition et les œuvres exposées sont assez similaires au Palais d’Hiver mais il est mieux organisé avec d’avantages d’explications sur l’histoire et les rites religieux. Les statues présentées sont aussi plus belles et plus variées qu’au Palais d’Hiver.

Prix : 8'000 MNT par personne

Place Gengis Khan ou Sükhbaatar
Au centre de la ville, en face de l’ultra-moderne Blue Sky Tower, on trouve la place Gengis Khan ou anciennement place Sükhbaatar, elle a été renommée en 2013. Sükhbaatar, le héros de la révolution, libéra la Mongolie du joug chinois et proclama son indépendance en 1921. Sa statue en bronze sur son cheval est érigée au centre de la place. Tout au nord, devant le Parlement, se tient la statue en bronze de Grand Gengis Khan assis sur son trône, entouré de son fils et de son petit fils. Celle-ci a été érigée en 2006 pour fêter les 800 ans du couronnement du grand Gengis. L’immense surface de la place est impressionnante et nous rappelle beaucoup la folie des grandeurs russe.

Monument de Zaïsan
Ce monument sur la petite colline de Zaïsan au sud de la ville a été érigé par les russes en souvenir des « soldats et héros inconnus » à la fin de la guerre. Après avoir monté 300 marches (ou emprunté un chemin escarpé par l’arrière), on découvre un soldat portant une bannière sous forme de couronne en béton et un fusil le long du corps. L’intérieur est décoré d’une fresque retraçant l’amitié russo-mongole. Les dessins sont très exagérés avec les soldats russes semblables à Clark Kent. Par exemple, nous trouvons un enfant blond (comme bien sûr tous les mongols…) qui est sauvé des occupants nazis (qui ont bien sûr envahi la Mongolie…). Aucune image de la steppe ni des animaux qui illustreraient bien mieux le peuple mongole.

La vue panoramique de la ville depuis ce monument en vaut la peine afin de constater sa laideur ; tout à l’ouest, de vieux entrepôts industriels, des usines et une centrale nucléaire, au nord, quelques immeubles modernes entourés de tours de béton pseudo terminées, au sud quelques yourtes englouties sous des armatures de béton d’immeubles en construction et à l’est encore une banlieue d’immeubles soviétiques. Au pied du monument, on peut y voir une statue de Sakyamuni, un bouddha doré de 16 mètres de haut.

Actuellement, le monument vaut le détour pour les photos panoramiques de la ville mais il ne faut pas trop tarder. Quand on regarde toutes les constructions aux alentours, dans quelques années les seules photos que vous pourrez prendre sont celle d’employés de bureau au travail ou du linge suspendu aux balcons…

Théâtre national d’art dramatique
Tous les jours à 18h, vous pouvez assister à un spectacle folklorique dans le bâtiment rose du théâtre national en face de la place Gengis Khan. Une heure trente de show font découvrir les danses, les chants, les instruments (comme une trompette dans une corne de vache), la musique avec ses chants de gorges pas si agréables à l’oreille, les masques (tsam) de la tradition mongole mais aussi de la contorsion et un orchestre. Sonia notre amie française nous avait chaudement conseillé ce spectacle et nous pouvons la remercier. En effet nous avons pu apprécier la grande diversité et la richesse du patrimoine culturel. Nous avons tout particulièrement aimé la qualité de la troupe de danse et les costumes. Nous le recommandons chaudement !

Prix : 25'000 MNT par personne. Les billets sont à acheter dans le petit bâtiment brun à droite du théâtre. On a pu se rendre 40 minutes avant le début et avoir de très bonnes places.

Et encore…
Tout à l’est de la ville, il y a le marché Naraantuul ou communément appelé le « Black Market ». On y trouve de tout pour meubler sa yourte ou sa maison, équiper son cheval, habiller toute la famille et plus encore. L’endroit est réputé pour ses pickpockets donc attention à vos affaires. L’endroit est un peu excentré, il faut compter 1h de marche depuis le centre ou 20 minutes en bus.

Le musée national de Mongolie nous a été recommandé mais nous n’avons malheureusement pas pris le temps d’aller le visiter. La ville en possède beaucoup d’autres comme celui des Beaux-Arts Zanabazar, des dinosaures ou des costumes mais notre motivation et notre fatigue nous ont conduits plutôt au cinéma que vers la culture. On a aussi apprécié profiter des terrasses ombragées pour rattraper notre retard dans l’écriture de nos articles .

A noter que tous les week-ends, la rue de Séoul Street est fermée aux voitures et le soir venu, des food-trucks, des bars et divers stands en font un endroit sympa pour manger un bout, écouter de la musique et voir vivre la jeunesse de la capitale. On est tombé un festival de comic-on (de déguisements de héro de mangas) avec des mises en scènes de combats tout à fait drôles.

Oulan Bator est aussi beaucoup plus calme le dimanche, moins de klaxons et moins de frénésie, on a presque eu plaisir à s’y promener, c’est dire !

Que vous fassiez des excursions ou un tour par vous-même, il est presque obligatoire de toujours revenir dans la capitale, de ce fait, on ne conseillerait de ne pas prévoir plus de 2-3 jours pour la visiter.

La ville d'Oulan-Bator
Monastère de Choïjin devant la Blue Sky Tower

Juillet
15
2017

Le Nadaam ou la fête du slip, une fierté toute mongole

Khatgal - 9'714 km - J 33

Notre première étape mongole se passe au nord, dans un petit village appelé Hatgal (écrit Хатгал en mongole d’où le « K » parfois en anglais non prononcé).

Pour y arriver, nous avons pris un bus depuis Oulan-Bator jusqu’au chef-lieu du district ; Mörön. En Mongolie, il y a très peu de routes et de connexions en transports communs. Dès que vous décidez de vous rendre à un endroit, vous devez passer par la capitale pour rayonner et passer par la plus grande gare routière de Mongolie. Des bus éparpillés partout, des voitures tentant d’entrer dans le parking et d’en sortir en même temps, des véhicules stationnés un peu partout et des piétons évitant de se faire écraser font du Dragon Center un vrai capharnaüm.

Le trajet jusqu’à Mörön dure 14 heures dans un bus « couchettes ». Il est composé de 3 lignées de lits superposés mais ils ne sont pas en position couché, plutôt comme dans un transat (voir photo dans la galerie). Impossible d’être assis, c’est la position semi couchée, un point c’est tout. Nous dirons que c’est assez confortable. Nous apprendrons plus tard que ces bus sont rares, nous avons donc eu de la chance de tomber sur celui-là. Notre voyage fut assez agréable parmi des voyageurs mongoles très sympas.
Les 100 km séparant Mörön de Hatgal se font ensuite en taxi.

Lac Khövsgöl

Wikipédia utilise beaucoup de superlatifs pour décrire ce lac : le deuxième plus grand et le plus profond de Mongolie, le plus ancien lac existant,… Il contient 2% des réserves mondiales d’eau douce, une centaine de rivières s’y jettent mais une seule en sort, la rivière Eg (src : voyage-mongolie). Voilà un rapide descriptif pour situer le contexte de cette « perle bleue de Mongolie ».

Quoi de plus facile pour en découvrir ses merveilles qu’une balade à cheval ? Nous optons pour 2 jours. Pour la Mongolie et tous les autres touristes rencontrés c’est « peu ». En effet ces derniers, partent entre 3 et 21 jours sans en avoir jamais vraiment fait avant. Emma les plaint lorsqu’ils réaliseront qu’un cheval n’est pas une sorte de moto confortable mais bref revenons à nos moutons. Deux jours ce n’est pas si mal pour débuter et ne pas dégoûter David. Et oui, Emma adore ça et a déjà l’ennui de Midway. David lui aime suffisamment Emma pour la suivre sur un cheval à chacune de leurs vacances…

La balade prévue passe le premier jour par les montagnes surplombant le lac et le second doit suivre la rive. Notre guide est un vieux monsieur qui ne doit pas avoir loin de 80 ans et sa santé n’a pas l’air au top. D’ailleurs celui-ci n’a pris aucune nourriture et rien à boire il n’avait que des cigarettes et des médicaments qu’il ne prenait pas à des heures très régulières en plus. Heureusement qu’on avait acheté un peu plus à manger. Nous avons loué un cheval de bât pour porter nos affaires car nous passerons la nuit sous tente. Sur la route, nous nous arrêtons deux fois chez l’habitant dans des yourtes pour déguster le « mongol tea ». Nous n’arrivons pas à savoir si le guide connait déjà les personnes chez qui il s’invite ou si la tradition mongole oblige à accueillir n’importe qui et se voir offrir un thé et des biscuits.

Nous passons, sur les hauteurs de la montagne, vers un mini « Tsataan festival ». Les Tsataans sont un peuple de nomades vivant dans cette région, au nord-ouest du lac, à la frontière russe. L’accès se fait uniquement à cheval (compter minimum 9 jours pour un aller). Se rendre sur leur terre est très controversé car c’est un des derniers peuples aux traditions ancestrales encore exclut de toute civilisation moderne. La curiosité des touristes peut menacer cette culture et ce mode de vie traditionnel. Leur survie est assuré grâce notamment aux rennes qui leur servent de monture, de nourriture et leurs peaux pour les habits et l’armature des tipis. Etant donné la difficulté d’accéder et de trouver ces nomades, certains habitants qui ont bien compris l’attrait touristique, montent ici et là des campements de Tsataans. C’est-à-dire qu’ils enferment une dizaine de rennes dans un enclos entouré de stands de souvenirs et font payer la photo avec le cervidé l’équivalant de 20 CHF… Nous n’avons pas trop traîné là et nous avons entamé la descente sur le lac.

Ce tour nous a été organisé par Bayaraa (lire l’article sur notre séjour à la ferme) qui devait nous fournir une tente pour la nuit. Arrivés au camping, la pluie s’est mise à tomber drue et décidons de monter le campement sous l’averse. Le guide nous demande où est notre tente et quand on lui montre le sac bleu accroché au cheval de bât, il nous fait comprendre que celle-ci est la sienne. Nous saurons en rentrant que Bayaraa avait dit au guide de prendre une seconde tente mais qu’il a dû oublier … Après avoir montée la canadienne du guide, nous nous rendons compte que le sol est trempé et que toutes les fermetures Éclair sont cassées. Sa gentillesse lui force de nous offrir son toit mais il est hors de question de passer une nuit dans ce pneumonitorium.

Trempés et à bout de nerfs, Emma veut prendre un taxi au milieu de nulle part pour retourner à Hatgal. Il faut dire que son petit vol plané juste avant la pluie n’a pas aidé. Heureusement plus de peur que de mal mais être trempé et se rendre compte qu’on n’a pas d’endroit où dormir en ayant quelques ecchymoses n’aide pas à rester zen. Ici, ce n’est qu’un camping avec des mongoles principalement, sans aucune Guest House. Une dame nous propose la location d’une yourte à 100'000 Tugriks (50CHF), quasiment le prix des deux jours à cheval. À côté, une famille d’Oulan-Bator est en vacances et nous voyant désespérés, elle vient nous offrir une de leur tente qu’elle avait prévue pour les enfants. La proposition est tellement sincère que nous ne pouvons refuser! Efficacement, les enfants nous montent la tente et les adultes nous chauffent de l’eau et préparent des biscuits pour nos réchauffer le corps et le moral. Cette famille est à l’image des mongoles : incroyablement hospitalière et donnant tout ce qu’ils ont à offrir. Leur accueil alors que nous étions au bout du rouleau nous pousse aux bords des larmes ; ils nous offrent leur feu pour nous sécher, leurs denrées pour nous nourrir, leur eau pour nous nettoyer, leur tente pour dormir et leurs sourires. Nous avions aucunement prévu une telle rencontre et étions mal à l’aise de rien pouvoir leur offrir de décent en remerciement. Ils se partageront quand même avec plaisir la bouteille de vodka que nous avions prévu de donner au guide.

Au deuxième jour, après avoir rempaqueté nos affaires et dit au revoir à la famille oulan-batoraise, la balade se poursuit en longeant le lac. Le soleil est rayonnant et donne une couleur émeraude à cette étendue d’eau douce. Les sentiers empruntés sont escarpés et entourés de conifères ; nous pourrions nous imaginer dans les Franches-Montagnes si la perle bleue de Mongolie ne nous éblouissait pas autant les yeux. A la pause de midi, nous tentons la baignade mais l’eau n’est pas beaucoup plus chaude que celle du lac Baïkal. Un rapide bain de pied revigorant et sieste sur la plage de galets nous détendent les muscles.

De retour à notre hébergement chez Bayaraa, nous sommes exténués mais content d’être arrivés et d’avoir pu profiter des paysages magnifiques.

Festival du Naadam

Le Festival du Naadam se déroule les 11 et 12 juillet partout en Mongolie. C’est une fête qui permet de se retrouver en famille et de proposer des compétitions de sports nationaux.

Nous avons eu la chance de pouvoir nous y rendre durant les deux jours. Les festivités se passent dans un champ aménagé à quelques kilomètres de la ville d’Hatgal. On y trouve des yourtes-restaurants proposant principalement des khuusuurs (sortes de crêpes frits à la viande hachée de mouton), des stands de souvenirs à même le sol et l’arène des combats. Trois sports sont présentés durant les deux jours ; le tir-à-l’arc (que nous avons malheureusement loupé), les courses de chevaux et la lutte.

Les chevaux mongols sont plutôt de petites tailles ce qui fait que les jockeys ne doivent pas être trop grand ni trop lourds pour participer aux courses. La solution est de faire monter des enfants de 6 à 10 ans. C’est impressionnant de voir ces très jeunes enfants arriver au grand galop à cru ou avec une minuscule selle, bien entendu ils n’ont pas de bombes ou parfois un casque de vélo. Il existe différentes catégories de courses selon l’âge des chevaux (ils concourent à partir d’une année) sur une distance allant de 10 km à 35 km. A la remise des prix, une grande fierté se lit sur les visages et le cheval reçoit une belle médaille qui peut être ajouté souvent à une collection déjà bien fournie.

La principale attraction du Naadam est sans aucun doute les compétitions de lutte. Chaque ville, chaque district et chaque région ont leur propre champion et compétition. C’est LE sport national en Mongolie. Bayaraa a notamment été plusieurs fois champion de la ville d’Hatgal mais aussi de Mörön, aujourd’hui il entraîne les jeunes. Son chapeau traditionnel (en tissu coloré surmonté d’une pointe) l’atteste en abordant deux rubans rouges brodés chacun de quelques barres représentant le nombre de victoire.

Les lutteurs sont habillés d’un petit slip et d’un boléro recouvrant uniquement les omoplates souvent bleue ou rouge agrémentés de dorures. Par le passé, le haut couvrait aussi la poitrine jusqu’au jour où une femme gagna la compétition et fit scandale car ils ne le découvrirent qu’après sa victoire. Le vêtement actuel ne fait plus aucun doute sur le genre du lutteur. La particularité de la lutte mongole est qu’il n’y a pas de catégorie de poids.
Les lutteurs, en entrant dans l’arène, se dirigent vers le juge-arbitre qui leur ôte leurs couvre-chefs. Puis ils font la danse de l’aigle autour d’un promontoire dotés des drapeaux officiels. Le perdant est celui qui touche le sol le premier avec la partie de son corps au dessus des genoux. Le vainqueur peut replacer son chapeau sur sa tête, il claque la fesse de son adversaire et part chercher un morceau de fromage vers les membres d’honneur. Il peut ensuite en redistribuer au public comme signe de remerciement.

Lors du premier tour de la compétition, les lutteurs licenciés s’avancent dans l’arène et attendent qu’un adversaire vienne les affronter. N’importe qui du public peut aller les défier. Il est très rare que le challenger rapporte le combat. Ensuite chaque round se fait par élimination directe jusqu’à qu’il n’en reste que deux pour la finale. Le grand vainqueur de la compétition se voit adulé par la foule et tout le public souhait être pris en photo à ses côtés ; il devient une star locale.

Assister à ce festival nous a permis d’être au plus proche de la culture sportive et festive mongole. Nous avons passé un agréable moment même si l’organisation était parfois bancale et manquait un peu d’ambiance. Nous imaginons que le festival à Oulan-Bator doit être plus impressionnant que dans une petite bourgade de campagne. Nous avons néanmoins profité de ces deux jours pour faire la connaissances d’autres touristes et volontaires logeant chez Bayaraa. C’est drôle de discuter autant avec des voyageurs qui resteront deux semaines en Mongolie qu’avec des vrais baroudeurs qui sont sur la route depuis plus d’un an. Par exemple, Martha une polonaise énergique qui aime raconter ses histoires de voyage est sur la route depuis 15 mois et ne compte pas rentrer de sitôt.
Nous ferons aussi la connaissance de Sonia, française d’origine qui travaille dans le tourisme et a eu la chance de vivre dans de nombreux pays. Nous aurons l’occasion de la revoir mais on vous le racontera dans un prochain épisode.

Un autre jour dans une autre ville, nous sommes tombés sur un autre Naadam. A notre arrivée, les compétitions de lutte, de tir-à-l’arc et de chevaux étaient encore en préparation. Mais nous avons découvert au nouveau sport mongol : le lancer d’os de cheville. Le principe est simple ; le joueur, à moitié assis sur un minuscule tabouret et une jambe à terre tient une sorte de rail en bois d’environ 20 cm et un carré d’environ 3 cm en os de chèvre. Le but est d’envoyer d’un coup de pichenette avec le majeur l’os pour renverser un tout petit bout d’os à environ 5 mètres de distance. Ce jeu est uniquement réservé aux hommes. Après deux tentatives de David, sans même atteindre la distance de la cible, il peut affirmer que ce n’est pas si facile… C’est un vrai sport avec ses supporters et la tension monte juste avant que le joueur n’envoie son os, comme au tennis certains joueurs ont même leurs petits tics…

Stèles à cervidés

A une vingtaine de kilomètre de la ville de Mörön se trouve des stèles à cervidés, sur le site archéologique de Delgermörön. Si la petite capitale de l’aimak (district) de Khövsgöl ne vaut pas la peine d’être visitée, les stèles à cervidés sont incontournables dans la région. Il s’agit de blocs de pierre de différentes grandeurs, entre une trentaine de centimètre à 5 mètres de haut. Ils en existent 500 dans le monde dont 300 uniquement en Mongolie. Ce site en compte une douzaine. Les stèles représentent des animaux, principalement des rennes et des symboles comme le soleil, la lune, un couteau, une ceinture ou des symboles géométriques. Les gravures sont encore extrêmement bien conservées sur la plupart malgré l’estimation de leur âge datant de l’âge de Bronze (3.500 – 4.000 avant J.C.).

La plus surprenant est que le site est à ciel ouvert et uniquement protégé par un grillage. Son accès est gratuit aux touristes et les stèles ne sont pas délimitées d’une corde pour les protéger d’un accident ou d’un touriste peu soucieux des instructions (comme de ne pas toucher). Ce trésor millénaire est inestimable pour le patrimoine mongol et devrait être mieux conservés à notre avis. Certaines stèles sont très élimées il est donc difficile de voir les motifs, n’est pas archéologue qui veut !

La région Khövsgöl en 2 mots :

La ville d’Hatgal au bord du lac Khövsgöl est un bon arrêt pour admirer les magnifiques paysages. Une balade à cheval ou une virée en bateau sont d’excellents moyens pour profiter du lieu. La ville de Mörön ne propose pas d’attrait particulier mais les stèles à cervidés proches ne doivent pas être évitées si vous vous avez comme nous une demi-journée à tuer avant de prendre votre bus.

Les prix à titre informatifs en 2017 :
D’Oulan-Bator à Mörön en bus (14h) : 32'600 MNT par personne
De Mörön à Hatgal en taxi (2-3h): 20'000 à 25'000 MNT par personne
Excursion à cheval : 30'000 MNT par jour pour le guide + 18'000 MNT par cheval et par jour
De Möron aux stèles à cervidés (30 min) : 20'000 MNT pour un chauffeur, site gratuit


#defiTroisDeCoeur vainqueur de lutte à Hatgal, une vraie célébrité locale

Les lutteurs en pleine action au Naadam Festival

Juillet
11
2017

La petite maison dans la prairie sauce mongole

Khatgal - 9'714 km - J 29

Préambule:
Nous voulions visiter la Mongolie d’une manière un peu différente, nous en rêvions tous les deux et nous voulions nous imprégner au maximum dans cette culture nomade. Forts de cette idée nous avons cherché des offres de volontariat, on nous a conseillé le site Workaway. Le principe est simple, on paye une petite cotisation d’inscription au site et c’est tout. On donne de son temps, normalement calculé et clairement noté et en échange on est nourris et logés. Bayaraa, fut notre personne de contact, il gère plusieurs Guest Houses dans la région de Hatgal, travaille dans différents domaines et est très occupé, ce que nous nous rendrons compte au fur et à mesure de notre aventure.


Nous sommes le 6 juillet, le fils de Bayaraa qui ne doit pas avoir 18 ans nous conduit avec la voiture de son père sur une piste de terre à travers des paysages ressemblants fortement à nos chers Franches-Montagnes dans le Jura. Au loin des collines d’épineux à perte de vue et la steppe, d’un beau vert lumineux. Nous croisons quelques yourtes et surtout une quantité de troupeaux ; des museaux froids (chèvres, yaks) et des museaux chauds (chevaux, moutons) qui paissent ci ou là en toute liberté.

Nous arrivons devant une bâtisse en bois, pas bien grande. Une dame forte en sort, le sourire aux lèvres qui nous accueille à bras ouverts. Son nom est Hot, c’est avec elle qui nous resterons et aiderons durant ces prochains jours. Bayaraa nous a expliqué qu’elle était sa grande tante, il l’appelle grande sœur comme le veut la coutume ici. Elle est veuve et a une fille qui vit dans une yourte à une centaine de mètres de là. Elle s’occupe d’un troupeau de yaks composé de sept femelles et d’une dizaine de mâles.

L’accueil est toujours le même en Mongolie, chaque hôte a le devoir d’offrir le thé et quelque chose à manger. Cela passe d’un morceau de pain avec de l’öröm (peau du lait épaisse) ou de l’aruul (des biscuits de fromage séché au soleil) ou simplement des bonbons ou des gaufrettes. Les mongoles adorent les sucreries en tout genre et gâtent particulièrement les enfants.

Lors de ce premier contact nous réalisons l’extrême bonté de notre hôtesse et avec ses quelques mots d’anglais et quelques gestes arrivons à établir une communication. Notre première tâche sera de faire du bois pendant qu’elle profitera du taxi pour aller voter en ville (et oui c’est le second tour des élections présidentielles en Mongolie, l’enjeu est important, il doit y avoir un taux de participation de plus de 50% pour qu’elle soit validée !).
Voilà donc David armé d’une hache pas bien affutée. Après quelques coups hésitants Emma préfère que cette lame ne soit pas plus tranchante car elle imagine déjà comment lutter contre une hémorragie et l’amputation d’un orteil voir d’un pied au milieu de rien.
Au final, pas d’accident à signaler. Le bois se débite, le tas qu’Emma construit se remplit bien. Motivés et infatigables nous ne voyons pas passer les heures.

Nous profitons néanmoins pour explorer un peu la fameuse bâtisse. C’est une « maison d’été ». Hot, y habite seule mais deux lits supplémentaires sont là pour accueillir les éventuels voyageurs. La première chose qui nous frappera sera l’odeur des produits laitiers à base de yak. Ici pas de frigo, une batterie de voiture reliée à un panneau solaire permet de regarder la télé, de recharger la batterie du téléphone portable et d’allumer une maigre ampoule le soir venu. Les murs sont isolés tant bien que mal avec des fonds de caisses en bois, c’est un vrai palais des courants d’air. Une fenêtre amovible (composée d’une simple bâche mal fixée) et deux autres fenêtres aux quelques carreaux cassés permettent de surveiller les troupeaux.

Dans la maison, rien de superflu, le mobilier tout en bois est traditionnel. D’un côté un coin cuisine avec des récipients en tout genre remplis de nourriture blanche (lait, fromage, yogourt), des morceaux de gras et de viande sèchent contre les murs, quelques casseroles bosselées sur une étagère, des boilles à lait parterre et au centre de la pièce trône un poêle. Juste à côté de l’entrée se trouve le lit de Hot qui fait également office de canapé : quelques pauvres matelas bien fins posés sur une structure en bois. Au fond deux lits simples à ressorts entourent les malles fermées à clés, sur lesquelles trônent la TV et la photo du mari de Hot avec quelques offrandes (nous verrons qu’il a droit au premier thé le matin, un peu de vodka, de jolis morceaux de gras, des bonbons et un peu d’argent).
On note la présence de trois petits tabourets bas qui servent autant de chaises (pour les invités) que de plan de travail. Les mongoles sont plus volontiers assis au sol avec une souplesse qui nous dépasse (les hommes s’asseyent sur une jambe en repliant l’autre sous eux, enfin bref même après beaucoup de yoga on n’est pas sûr de pouvoir le reproduire) ou carrément couché.

En fin d’après-midi, Hot revient. Elle est ravie de notre travail, à 17h elle nous explique que nous devons aller rechercher les yaks pour la traite. Le souci, on n’a absolument aucune idée à quoi ressemble son troupeau. Elle nous explique tant bien que mal que les femelles ont des colliers avec du jaune. Autant vous le dire, nous venons peut-être de la campagne mais nous n’avons jamais tâté du yak (ou de n’importe quel museau chaud ou froid de très près). Nous partons donc direction le nord grimper la colline à la recherche des fameux yaks. On s’organise, chacun d’un côté on se lance dans des grandes gesticulations pour espérer les faire avancer et surtout les garder groupés ! Certaines femelles ont la tête dure et refusent tout bonnement d’avancer, les veaux plus grands gambadent et nous narguent. Ne sachant pas très bien qui nous devions ramener (sept « mamas yaks »), nous avons laissé quelques retardataires en chemin. Arrivés près de la ferme, Hot nous signifie que nous devons aussi réunir les autres. David repart les chercher alors qu’Emma aide Hot à réunir les femelles et les petits dans l’enclos.

Notre job lors de la traite est de libérer un petit à la fois, de le laisser téter quelques instants, de le faire changer de côté puis de l’attacher à la barrière pendant que Hot trait la mère. En théorie ça va mais quand il faut enlever ce pauvre petit des jupes de sa mère c’est autre chose. Emma a l’air d’aimer ça et elle fond littéralement devant ces bouilles toutes frisées et toutes douces. Après ça on éloigne les mères puis on doit mener les petits à la rivière en contrebas. Ce moment est magique, les petits sont complétement fous et il est impossible de les mener en ligne droite, on les course un peu pour rire et eux sautent partout.

Retour à la maison, Hot réchauffe de la soupe de mouton séché avec des nouilles. Ce repas s’avérera la base de notre alimentation future. Un peu de vaisselle, une visite d’un voisin, un coup de balai et à 21h il faut ramener le troupeau et enfermer les petits pour la nuit. Cette fois on est un peu plus performants. La soirée passe, on est morts ! On s’habille bien en imaginant que la nuit sera froide, au village dans notre petite maison on avait déjà pu s’en rendre compte.

La nuit fut au-delà de ce que nous imaginions, Emma a eu des crampes dans les jambes tellement elle a tremblé, nous avions de sacs de couchage mais pas prévus pour une telle température, la couverture prêtée n’a pas suffi. Nous nous réveillons à 7h transis de froid, Hot le remarquera très vite et nous donnera plus de couvertures pour les nuits suivantes.

C’est reparti pour la traite du matin, une voisine vient donner un coup de main. On va puiser l’eau à la rivière, ici toutes les rivières ont de l’eau potable (et oui dans les campagnes pas d’usines polluantes ni de produits chimiques issus de l’agriculture). Potable est un bien grand mot, on tentera de ne pas trop puiser les petites bêtes qui s’immiscent dans les boilles et fermerons les yeux sur la couleur de l’eau.

La température remonte peu à peu, nous dégelant au passage, on tente une rapide toilette à la rivière, c’est glacé et faudra s’y habituer !

Les matins s’égrainent avec le même rituel du lait qu’on chauffe pour le bouillir, on en garde toujours une bonne partie pour le thé mongole. Ensuite il est soit laissé une nuit pour que la peau du lait se détache (rappelez-vous, le fameux öröm, qui a un goût de fromage frais/beurre et qui a la texture de beurre), soit on fait du yogourt (tarag), du fromage à pâte mi-dure, des biscuits secs de fromage (aarul) et du beurre.

Pour la petite histoire, un jour on a « fait » du beurre : nous avons baraté pendant une journée entière en nous relayant ; après quelques déboires avec la baratte, qui a d’ailleurs perdu son clou au fond du baquet. On avait aucune idée si nous faisons juste ou pas mais sans contre-indication nous continuions, après un certain moment Hot a ajouté de l’eau chaude, du sucre. Le lendemain il fallait laisser poser, puis re-mélanger un peu. Une sorte de mousse se formait sur le dessus. Malheureusement nous n’avons pas vu le résultat final.
Rectification : en parlant avec une autre volontaire rencontrée qui est allé à la ferme après nous. En fait nous avons fait de l’alcool et la mousse que nous voyions était le champignon qui permettrait la fermentation. Point de beurre à l’horizon, ça nous rassure un peu de savoir que nous ne barattions pas dans le vide et que notre beurre ne prenait pas…

En ce qui concerne les goûts, comment dire, le lait de yak sent le yak… donc toutes les préparations gardent un goût bien distinctif. De base, nous ne sommes pas habitués au lait entier et frais donc manger et boire ce lait à toutes les sauces à longueur de journée fut une sacrée gageure. Le thé mongole est bu en toute occasion, en fait les gens ne boivent pas d’eau ou simplement un peu d’eau chaude avec du sucre. Le matin nous essayions toujours de faire cuire un peu d’eau pour avoir une gourde de thé pour la journée. On pense que leurs organismes sont vraiment habitués à ingérer autant de graisse (car oui le lait de yak ce n’est pas léger léger…). D’ailleurs ils adorent le gras, dans la soupe de nouilles (faites maison bien sûre), Hot découpe des morceaux de gras séchés qui gonflent. Pour nous ce fut plutôt comment éviter d’en avoir trop dans notre bol et ne pas l’offenser en les laissant de côté. Heureusement on n’a pas été malade durant notre séjour malgré ce régime ultraprotéiné et lactique ! Ouf.

Quelques jours avant le Nadaam, les parents de Hot sont arrivés en moto, le soir venu d’autres personnes ont rejoint la ferme pour faire une fête. La vodka coulait à flots et on la boit pure à petites gorgées en faisant tourner le bol. Les premiers servis sont les aînés puis les invités. Emma apprendra plus tard qu’elle n’est pas obligée de finir toute la dose servie dans le bol, on peut laisser un fond… On a mis un certain temps à comprendre les liens familiaux entre les personnes présentes mais une fois compris on a également pu leur montrer des photos de nos familles respectives. La soirée battait son plein, nous ne comprenions pas grand-chose mais une chose était sûre, l’état d’ébriété de chacun augmentait à un bon rythme. D’un coup le père de Hot s’est retrouvé couché parterre, un homme l’a couché sur le sol à côté du lit d’Emma et il y a passé la nuit tel quel.
Deux hommes sont rentrés en camionnette en tenant à peine debout, heureusement qu’il n’y a pas grand monde sur la route.

Le lendemain, David est allé en moto avec le grand-père pour chercher une chèvre. Il a dû tenir l’animal vivant sur ses genoux durant le trajet, pas si facile avec les bosses de la piste (et la gueule de bois du pilote). Ensuite le travail des hommes a commencé, David tenait les pattes avant de la bête en la regardant dans les yeux pendant qu’un premier homme l’étourdissait d’un coup de marteau sur la tête. Le grand-père a ensuite fait une incision dans l’abdomen, y a plongé sa main pour arrêter le cœur de l’animal. Ils ont fait la blague à David en lui faisant croire que c’était à lui de faire ça… ah l’humour mongole !
Une fois l’animal mort, on enlève la peau, on récupère le sang dans une bassine puis on la vide de toutes les entrailles qu’il faut nettoyer de fond en comble. Il y en a du cheni là-dedans et merci l’odeur. On a pu déguster le foie juste cuit dans les braises et ça n’est pas si mauvais. Les femmes ont préparé toutes les entrailles en remplissant les boyaux de sang puis tout à cuit à l’eau pendant un certain temps. Emma a pu aider à nettoyer la maison après ce bain de sang (au sens propre comme au figuré).
Le soir venu nous avons eu l’honneur de manger les entrailles… ce fut un peu compliqué car ça sent vraiment fort la bête, même les gros morceaux de pâtes sentaient forts. David a un peu tout testé courageusement mais ça restait difficile à avaler. Eux par-contre se régalaient.
La carcasse est divisée en gros morceaux qu’on pend au mur et on fume la viande avec les bouses de yaks séchées, et oui toujours pas de frigo à l’horizon. Etonnement les mouches n’envahissaient pas la maison.

Un jour plus tard, Hot a préparé un bouillon avec les pattes et la tête de la chèvre. Il faut préalablement les passer au feu pour enlever les poils et bien gratter la peau. Toute la chaire se manger et ils ont une facilité à décoller la viande des os déconcertante. On a apprécié manger des meilleurs morceaux de viande « fraîche ».

Nous avons pu prendre peu à peu nos marques et anticiper les demandes de Hot, nos nuits sont devenus moins glaciales. Les visites s’enchainaient avant le Nadaam et avons pu faire la connaissance d’une famille de la capitale. La fille aînée parlait anglais et était ravie de pratiquer un peu. Le père aurait été ravi de nous inviter chez eux mais finalement nos agendas n’ont pas été compatibles.

Emma a pu expérimenter la lessive locale. On commence par se laver les cheveux dans la bassine avec un peu d’eau tiède puis on lave les habits puis les draps du moins sale au plus sale. Tout ça à la force de bras pour essorer tout ça. Autant vous dire qu’Emma n’a jamais vu une eau aussi noire même après le rinçage. Et on ne gaspille rien, avec l’eau restante on panosse le sol, on vous laisse imaginer l’état de propreté dudit sol après.

Le dernier soir, la grand-mère de la famille d’UB est restée dormir et a confectionné des buzz avec la viande de la chèvre. Il s’agit de sortes de raviolis cuits à l’eau, ce fut un repas excellent. Le lendemain matin nous avons eu les restes cuits dans le thé mongol. Là par-contre ça passait un peu plus difficilement à 9 heures du matin...

Nous avions demandé d’aller voir le Nadaam au village, c’est donc le 11 que notre séjour à la ferme s’est terminé. Et c’est avec une pointe de nostalgie que nous avons quitté la ferme.

#defiSixDeCarreau : nous avons mis notre estomac à rude épreuve avec ces plats typiques et des fois peu ragoûtant. Tout se mange dans le mouton !

La ferme de Hot
La ferme de Hot et son petit fils découvrant un parapluie arrosé par Emma

Juillet
04
2017

De la Russie à la Mongolie

Oulan-Bator - 8'936 km - J 22

La suite de nos aventures se déroulera en Mongolie et pour y arriver, nous devons cumuler quelques kilomètres de trajet et ce, depuis l’île d’Olkhon.

Lundi 3 juillet, 12h30 : départ de notre hôtel de Khoujir sur l’île d’Olkhon. Cette fois, le retour se fait avec un mini-van (et non avec un bus de 50 places) et nous sommes 4.

17h30 : arrivée à Irkoutsk. Nous avons un peu de temps avant d’aller prendre le train. Nous en profitons pour annuler notre carte SIM pour le lendemain, trouver un café avec Wifi et faire quelques courses pour le train.

21h00 : départ d’Irkoutsk, gare ferroviaire. 16h, heure de Moscou. Il faut faire attention, les horloges des gares et les heures sur les billets sont indiquées à l’heure de la capitale. Nous nous sommes dit que pour quelques heures, nous pouvons voyager en 3e catégorie (comme lors de notre parcours Saint-Pétersbourg à Moscou). Le wagon est bondé et sent très mauvais. La nuit va être compliquée…

Mardi 4 juillet, 05h30 : arrivée Oulan-Oude. Après une courte nuit de sommeil, nous arrivons dans la ville d’Oulan-Oude qui est un peu la passerelle entre la Russie et la Mongolie. C’est aussi ici que la plus grande statue de la tête de Lénine est édifiée. Trois possibilités existent pour passer d’un pays à l’autre :

  • Le train : il faut compter environ 23 heures pour faire la traversée et les prix avoisinent les 5000 RUB en 3e catégorie. En résumé, c’est cher et long… L’attente au passage de douane est de minimum 5h.
  • Le bus : départ tous les jours à 07h30 du matin de la gare routière, coûte 1500 RUB par personne (2000 RUB en passant par une agence ou par une auberge comme UU Hostel) et environ 12 heures de trajet. Il faut penser à réserver à l’avance.
  • A la roots ! En jonglant entre les bus régionaux, les passeurs et les taxis.
Le premier choix est écarté d’office, nous ne voulons pas perdre de temps et de l’argent en sachant qu’il nous reste encore beaucoup de trajet…
Nous prenons donc la décision, en arrivant tôt le matin à Oulan-Oude, d’attendre à la gare routière pour acheter des billets sur place. Nous avons été un peu trop optimistes en nous disant que nous pourrions avoir des places le matin même.
A 6h devant les portes, David fait la queue dans les premiers. Le guichet s’ouvre seulement à 7h et la personne devant prend 2 billets. David, en seconde position, demande 2 billets pour Oulan-Bator aujourd’hui, réponse : plus aucun billet pour la Mongolie…
La seule solution qui reste pour atteindre notre hôtel ce soir à Oulan-Bator est la troisième option. Le blog « Le monde qui tourne », nous a sauvé la mise sur ce coup avec leurs conseils avisés. Ils sont d’ailleurs beaucoup plus précis que le Lonely Planet, c’est pourquoi on va donner quelques infos plus précises à la fin de l’article, si notre expérience de 2017 peut aider…

08h30 : départ d’Oulan-Oude. Comme décrit ci-après, nous prenons le bus 260 jusqu’à Kiakhta.

12h00 : arrivée à la frontière. Après que le bus nous ait conduit jusqu’à la frontière, nous négocions le passage avec un « passeur ».

14h00 : départ d’Altanboulag (frontière mongole). Nous embarquons dans un taxi avec trois autres personnes. Le voyage s’annonce très serré à 4 personnes sur une banquette. Nous changeons nos roubles par des tugriks au marché noir et devenons riches ; presque 400'000 MNT sont entre notre possession (ce qui équivaut à environ 200 CHF).
La route défile, nous voyons apparaître les stappes, quelques forêts, des yourtes, des troupeaux de chèvres qui traversent au milieu de la route, des chevaux et des vaches en liberté. La pluie et les gros nuages font gentiment place au fil des heures à un magnifique ciel bleu.

19h00 : arrivée à Oulan-Bator. Les jambes engourdies par le long trajet mais content d’y être. Maintenant, nous devons trouver la billetterie des bus pour notre voyage du lendemain et notre hôtel. Le trajet Oulan-Oude à Oulan-Bator nous aura finalement coûté 1370 RUB par personne (un peu moins de 23 CHF).

Mercredi 5 juillet, 15h00 : départ de Oulan-Bator. Nous avons réservés nos billets pour faire 14h de bus en direction de Mörön au nord-ouest du pays. De là, nous aurons encore 3h de taxi jusqu’à Hatgal, au bord du lac Hövsgöl où nous irons travailler auprès d’une famille mongole, dans leur ferme.
Pour le trajet d’Oulan-Oude à Oulan-Bator avec la 3ème méthode, il faut donc :
  • Prendre le bus 260 pour Kiakhta à la gare routière d’Oulan-Oude (le mieux est d’y aller en taxi depuis la gare ferroviaire, env. 200 RUB). Prix : 420 RUB par personne pour 3h30 de trajet. Les places se payent directement dans le bus. Départ à 8h, 9h et 10h (rien de sûr cependant…).
  • Aller jusqu’à la frontière. Le bus 260 s’arrête à la gare routière de Kiakhta à quelques kilomètres de la frontière. Dans notre cas, pour 50 RUB supplémentaires par personne, le chauffeur du bus nous y a poussé, sinon il faut trouver quelqu’un pour vous y amener.
  • Passer la frontière. Plusieurs « passeurs » attendent pour vous proposer de vous passer de l’autre côté. Il n’est pas possible de passer la douane à pied. Le passage de la frontière côté russe se fait lentement. D’abord, une inspection complète du véhicule (moteur, coffre, intérieur et dessous), puis les bagages avec les questions élémentaires du genre ; avez-vous des armes, des drogues ou des explosifs ? Ensuite contrôle des passeports. Les douaniers viennent à vous.
    Côté mongole, il faut aller dans le bâtiment, remplir une petite fiche avec les informations de base + l’adresse de votre hôtel et le numéro de plaque du « passeur ». Ensuite c’est un contrôle comme à l’aéroport.
    Temps total : environ 2 heures (selon le nombre de véhicules qui veulent traverser).
    Prix du passeur 200 RUB par personne, il nous dépose à Altanbulag.
  • Pour aller jusqu’à Oulan-Bator, nous avons lu qu’il est possible de prendre un bus une fois sur le territoire mongol pour rallier la capitale mais qu’il fallait compter plus de temps qu’un taxi. Notre passeur nous organise un taxi avec 3 autres personnes pour 700 RUB par personne. Ne pas trop compter sur du confort durant le 5h de voiture à cinq…

Tête de Lénine à Oulan-Oude

Juillet
04
2017

Россия, до свидания (Russie, au revoir)

Oulan-Oude - 8'496 km - J 22

Nous sommes le mardi 4 juillet aux alentours de 13h30 quand nos passeports se font tamponner pour la sortie du territoire russe.

Il est l’heure de résumer notre première étape de notre périple; la Russie.

Côté ambiance citadine, nous avons clairement préféré la ville de Saint-Pétersbourg qui est beaucoup moins métropolitaine que Moscou. Dans cette dernière, nous nous sommes presque sentis oppressés par tant de monde, tant de circulation, tant de bruit, tant de travaux… Alors qu’à Saint-Pétersbourg, nous avons apprécié ses musées (l’Hermitage en particulier) et nous avons ressenti cette ambiance post-soviétique propre à la Russie que l’on cherche en venant visiter ce pays. Un air de légèreté plane sur St-Petersbourg que Moscou n’a pas.

Le point culminant de notre passage en Russie est clairement l’île d’Olkhon. Est-ce l’ambiance des bonnes ondes chamaniques ou juste ses magnifiques paysages qui n’ont rien à envier à une magnifique station balnéaire qui font de cet endroit un lieu tout particulier ? Pour véritablement en profiter il faudrait peut-être revenir une fois que l’été est bien installé afin de pouvoir s’y baigner (un peu) plus facilement. Rappelons que l’eau ne dépasse pas les 10 à 12°C. La petite ville de Listvianka en comparaison fait pâle figure, nous avons toutefois pu apprécier le Great Baïkal Trail qui sillonne les forêts typiques de Sibérie tout en donnant un magnifique aperçu du lac.

Retournerions-nous en Russie si nous en avions l’occasion ? La réponse est claire, OUI ! Nous envisageons déjà de revenir au Lac Baïkal en hiver quand il est gelé afin de comparer la différence des paysages à cette période-là. L’atmosphère doit-être complétement différente de celle vécue en été. L’expérience du transsibérien a été un tel plaisir que nous le ferions sur une beaucoup plus longue distance (ex: Moscou – Vladivostok sans arrêt) et nous profiterions du retour pour explorer d'autres villes sur la fameuse ligne.

Niveau humain, nous avons été charmés par l’accueil des russes. Que ce soit dans notre Kommounalka à Saint-Pétersbourg, dans le transsibérien ou sur l’île d’Olkhon. Nous sommes contents d’avoir pu apprendre quelques rudiment de russe qui nous ont permis d’aborder et de davantage essayer de discuter avec les gens rencontrés. Nous aurions peut-être dû gouter plus de vodka pour pouvoir réaliser quelques défis supplémentaires. Mais en Mongolie, il y en a aussi, rien n’est joué ;) !

Ile d'Olkhon

Juillet
03
2017

Atmosphère chamanique de l’île d’Olkhon

Khoujir - 8'343 km - J 21

Jour 1
Levés au pied de guerre, nous devons prendre la navette à 7h du matin de Listvyanka pour retourner à Irkoutsk où un autre bus nous attend pour nous conduire sur l’île d’Olkhon. Arrivée dans la ville d’Irkoutsk, rapide détour par notre précédente auberge où nous avions oublié notre gourde et par un distributeur de billet, tout se paie en cash sur l’île. Nous sommes prêts pour le trajet d’environ 5 heures qui nous sépare de Khoujir, la principale ville d’Olkhon. Dans le bus, un car de 50 places, nous sommes 5 avec le conducteur… Moins de 2h après le départ, le chauffeur s’arrête et sort sa caisse à outil : la transmission ou la suspension de la roue avant gauche péclote. Une demi-heure de réparation et nous repartons. Un bruit étrange s’invite et nous roulons à 2 à l’heure. Environ tous les 2-3 kilomètres, le chauffeur s’arrête et donne un coup de clé à molette ceci jusqu’au ferry. Là, un gentil monsieur vient prendre le relai pour nous conduire du ferry à notre hôtel.

Sur l’île, pas de goudron, il y a une piste principale en terre et une multitude de plus petites qui se croisent dans les champs. Pas de sens défini de conduite, c’est le chauffeur qui choisit la meilleure piste, où celle qui fera le plus sauter les touristes sur leur sièges. Ici les minibus sont rois, ils connaissent les routes !

Sur conseil du Lonely Planet nous avons décidé de dormir dans la pension de Nikita, un ancien champion de ping-pong, qui a grandement contribué à l’essor touristique de l’île. Il doit avoir des hôtels un peu partout, nous ne verrons pas « la légende de l’île ». Deux dames ne parlant que trois mots et demi d’anglais nous accueillent au Mini Hotel. Nous nous octroyons un peu de luxe avec une chambre individuelle avec sa propre salle de bain ! L’hôtel est un peu excentré mais tout proche des Rochers du Chaman et de la longue plage appelée « Petite Mer » (Maloe More).

Le premier soir nous partons explorer un peu la ville. Une lignée de maisons et différentes échoppent sont réparties de chaque côté de l’artère principale de la ville large de presque 10 mètres. Quelques rues transverses forment le noyau de la cité. Toute cette poussière de terre qui vole partout, ces petites maisons et le peu de personnes circulant à pied nous envoient directement dans un film de western juste avant un duel au pistolet. Cette allée centrale mène directement au port. En tout cas ce qui fait office de port. Le nom de cimetière de bateaux serait plus approprié; des carcasses de navires rouillés sont échouées sur la place à côté d’un bâtiment en miettes et un ponton principal aux planches manquantes (à notre premier passage, nous avons même évité d’emprunter le ponton, trop peur de perdre une jambe dans un trou ou dans la rupture d’une planche…).

Nous étions persuadé que le bâtiment de l’hôtel où nous séjournions était équipé d’une cuisine. Nous prévoyons donc de nous cuire des pâtes au pesto que nous trimballons depuis Irkoutsk. Malgré les casseroles et les poêles, aucune plaque de cuisson n’est installée… Heureusement, nous avions acheté pendant notre balade un pique-nique pour notre excursion du lendemain (saucisson, pain, fruits,…) qui finalement nous a servi de souper.

Jour 2
Le petit-déjeuner est compris dans notre chambre et nous nous en réjouissions en s’imaginant un buffet de fruits, de fromages, de viennoiseries et de charcuteries. Le plateau que l’on nous sert est plutôt décevant : une tranche de pain avec une tranche de fromage dessus, du porridge (qu’Emma n’a quasiment pas touché) et une tranche de cake. Et ceci pareil pour les 3 autres matins (excepté une fois ou la tranche de fromage a été remplacé par 3 demies rondelles de salami). Nous saurons pour les prochains matins qu’il faut prendre des fruits et de la confiture avec.

Il faut s’avoir que l’île d’Olkhon est considérée comme un des cinq pôles mondiaux de l’énergie chamanique selon les bouriates qui ont été les premiers à peupler le lieu. Toutes les excursions sont centrés là-dessus et sur les histoires et légendes qui se diraient sur l’île.

L’excursion de la journée est le tour du nord de l’île. Le départ est prévu pour 10h30, le chauffeur et le bus sont les mêmes que la veille pour venir à l’hôtel du ferry. Nous serons 5 touristes (la fille qui est dans le même hôtel que nous et qui est aussi arrivée avec nous + 2 amies qui viennent de Tchita à quelques kilomètres de là) à occuper le mini-van. Le premier stop se fait au bord du lac sur une magnifique plage de sable. Notre guide parle uniquement russe mais une fille nous accompagnant à la gentillesse de nous traduire dans les très très grandes lignes en anglais (souvent en une phrase ce que le guide dit pendant 10 minutes). Nous apprenons que des trous sont creusés à 2m50 de profondeur en hiver pour conserver la glace l’été et réfrigérer le poisson.

Pour la suite, il faut entrer dans le parc national Pribaïkalsky où les sentiers de terre se dégradent à en devenir des pistes du Paris-Dakar. Après quelques minutes à être valdingués dans tous les sens dans le bus, nous arrivons sur les rochers du cape Khoboï, les plus au nord de l’île. Le panorama sur 360° est grandiose avec une vue sur l’étendu infinie du lac Baïkal et des falaises à vous en donner le vertige. Un poteau en bois indique le point le plus élevé de l’île et fait aussi office de totem chamanique. Des rubans multicolores y sont attachés et des pièces de monnaie y sont lancé. Nous avons pu observer depuis le haut, des groupes de nerpas (phoques) qui se prélassaient sur les rochers dans l’eau. Après un long moment de contemplation et de marche au bord de la falaise, un repas nous est servi dans le mini-van : émincé de poulet avec riz, salade, biscuits et tasse de thé.

Pas de chance pour nous, les panneaux explicatifs sont uniquement en russe et notre connaissance dans le chamanisme n’est pas au point, il nous a été difficile de comprendre exactement la signification des autres rochers que nous avons vus. Au premier, un chemin se sépare sur deux rochers identiques. Selon la légende, si vous souhaitez avoir une fille, il faut grimper sur celui de droite et pour espérer un garçon celui de gauche. On vous laisse deviner de quel côté nous sommes allé (ou si nous y sommes allé).
Au second, les rochers se nomment les trois frères. David envoi les bonnes ondes chamaniques à ses frangins en ce jour d’anniversaire pour l’un d’eux.

La dernière étape de l’excursion est un arrêt à la plage de galet et à la centrale météorologique et sismique du lac Baïkal. Aucune visite de la centrale n’est faite, donc rien de spécial à dire ici.

De retour en ville, nous nous renseignons sur les autres excursions possibles à faire le lendemain et allons visiter le rocher du Chaman avant que le soleil ne disparaisse pour la journée. Nous nous arrêtons dans une yourte pour manger des pozis (ravioli fourré à la viande) et des ragoûts de bœuf. Un énorme chien errant s’invite à notre table pour finir les bouts de gras et les os.

Jour 3
Après une longue hésitation, entre rester à la plage, visiter en vélo et faire une excursion en bateau, nous choisissions de prendre la mer (ou c’est la mer qui nous prend ?) ou plutôt le lac. Le ciel est couvert et la température est fraîche, c’est peut-être mieux d’être dans une cabine de bateau que d’avoir froid sur la plage…

Donc le bateau nous conduit sur une petite île à 2 heures de flotte. Il s’agit d’une simple colline avec à son sommet (environ à 200 mètre de dénivelé), un monument carré blanc avec une pointe. Il doit servir de lieu de pèlerinage chamanique car la plupart des gens ôtent leurs chaussures et tournent en rond autour pour ensuite aller l’embrasser. Pendant ce temps, nous trouvons de bonnes pierres sur les hauteurs pour nous y assoir et contempler le paysage grisâtre.

Apres le repas, nous atteignons enfin le continent. Comme nous ne comprenons pas le guide expliquant l’intérêt de ce lieu, nous suivons le troupeau de touristes. La marche commence à devenir vraiment longue et nous nous interrogeons sur ce qui peut pousser tout ce monde à faire autant de kilomètres dans les champs, puis dans la forêt et pour finir dans la montagne. A environ 2 kilomètres de l’amarrage de notre bateau, nous découvrons le dénouement de notre excursion : deux filets d’eau sortis de terre guidés par deux gouttières en bois. Nous comprenons enfin pourquoi tout le monde avait des bouteilles de PET vides dans leur sac et nous terminons vite notre gourde de thé pour y remplir de cette eau sûrement sacrée, en tout cas très fraîche. Par la suite, nous apprenons qu’elle a des vertus de guérissons contre les maux intestinaux et d’estomac.

L’excursion se termine à 19h et nous ne la conseillerons pas si vous n’êtes pas absolument dans le mouvement chamanique. Beaucoup de temps passé sur le bateau pour pas grand-chose à voir au final… Pas vraiment de regrets car (ne le dites pas plus loin) nous avons oublié de payer... et surtout ils ne nous l’ont pas rappelé…

Jour 4
Le dernier jour sur l’île, nous avons uniquement le matin de libre avant de faire plusieurs kilomètres jusqu’en Mongolie. Après notre déjeuner, nous décidons d’aller faire une demi-heure de pédalos autour du Rocher du Chaman. Les nuages se dégagent et c’est l’occasion pour nous de se prélasser pour ces derniers moments sur la plage de sable blanc. Et aussi de tenter de se jeter une dernière fois dans l’eau glaciale (aux alentours de 10°C). David y arrive complétement pendant 2 minis secondes et Emma se contentera uniquement de tremper les jambes jusqu’aux cuisses.

Nous avons énormément apprécié cette île pleine de mystères, il faut vraiment quitter la ville pour l’apprécier comme il se doit. C’est vraiment un endroit que l’on conseille tant par la beauté des paysages que les possibilités d’excursions ou simplement l’exploration par vos propres moyens.

Petit mer de Olkhon

Juin
29
2017

Du lac Baïkal aux portes de la Sibérie

Listvianka - 8'120 km - J 17

Mardi 27 juin, nous décidons d’aller prendre un bus pour un petit village à 65 kilomètres d’Irkoutsk au bord du lac Baïkal. Pour connaître les horaires des bus qui s’y rendent, c’est comme savoir combien de phoques vivent dans le lac. Entre ce que nous avons lu et ce qu’on nous a dit, rien ne concorde, nous filons donc direction la gare routière. Dans la file d’attente pour l’achat d’un billet, un taxi vient vers nous (avec nos sacs à dos, l’étiquette « gros touristes » est collée sur nous) et nous dit qu’il n’y a plus de bus pour Listvyanka. Il est vrai que l’affichage dans la station de bus n’indique aucune correspondance pour cette destination. Nous lui demandons le prix de la course (il tente de prendre le téléphone d’Emma pour entrer le montant) pour nous faire une idée : 2’000 RUB. Sachant que le bus est beaucoup moins cher, nous restons dans la queue et l’envoyons balader. Il revient deux minutes plus tard avec un nouveau tarif. David insiste et continue de dire « Niet ». Quand il demande quel prix serait le nôtre, David lui écrit sur son téléphone : 200 RUB. Le chauffeur fait toc-toc avec son index sur son crâne en disant un mot en russe qui signifie sûrement : « t’es malade ou quoi ? » et repart. Il retente une dernière fois quelques minutes après à 1’500 RUB ; « Niet ! Spasiba… ».
Dès que notre tour arrive, la guichetière nous trouve deux places dans le bus de 13h30 (1 heure après) pour la modique somme totale de 222 RUB (moins de 4 CHF pour les deux).

Le village de Listvyanka s’étend sur environ 6 km et aucun transport public n’est prévu pour passer d’un bout à l’autre (si vous voulez faire fortune ici, il faut organiser une navette). Il est coupé en 3 parties ; le port, le centre et le marché aux poissons.

Notre auberge se situe dans la partie centrale du village à quelques pas du lac, dans une bâtisse en bois (comme toutes les maisons) sur 3 étages. Tous les hôtels sont récents et encore beaucoup sont en cours de construction. On sent tout de suite que l’essor touristique est en plein boom. Comme d’habitude, les maisons ne sont jamais bien « finies », tout est supposé être neuf comme dans notre hébergement où le sol ne tient pas, il y a des fuites dans les salles de bains, notre serrure s’est cassée, Emma a tout le temps peur de rester enfermer dans les toilettes, etc.

Arrivée en début d’après-midi nous décidons de visiter la partie « ouest » du village et le musée sur le lac Baikal. Il date de 2012 mais la manière de transmettre les informations n’est pas du tout au goût du jour ; entre vieux bocaux de formol, fossiles et explications sur la formation de la terre au temps de dinosaures tout se mélange. Bien sûr tout est en russe et rien n’est en anglais. On a vite fait le tour. Les quelques photos du lac en hiver et les anciens équipements de plongée étaient plus intéressants. On trouve aussi quelques aquarium avec les poissons du lac et 2 nerpas (phoques d’eau douce) dans un minuscule espace qui font des allers retours.
Pour les enfants, il y a un simulateur de plongée sous-marine et un laboratoire avec des microscopes pour analyser différent éléments du lac (corail, pierre, petite crevette,…). La visite se termine à l’extérieur sur un parcours botanique dans le parc et un bout sur la montagne.

Dans le village, un « zoo » sibérien propose de faire des photos avec un ourson et un népinarium montre des phoques faire des tours avec des déguisements… c’est fou de voir qu’à notre époque on peut encore voir ce genre de chose mais apparemment ça plait aux gens…

Le lendemain, le temps est pluvieux et la motivation n’est pas de la partie. Nous décidons de faire un tour dans le village aux alentours de notre auberge, c’est-à-dire vers l’église, un pseudo musée sur des œuvres faites avec de vieilles motos et voitures et le centre équestre (sans chevaux mais avec des chiens de traineaux…). Nous avons l’impression de nous balader dans un village ajoulot. En partant, nous bloquons la serrure de notre chambre ; plus possible de rouvrir la porte…
Pour continuer cette journée brumeuse, nous nous posons sur la plage de galets et inventons la pétanque avec les galets.

Pour notre avant-dernier jour dans le village de Listvyanka, le soleil est présent et nous choisissons de faire une partie du Great Baïkal Trail. Ce sentier pédestre est un des seuls balisé en Russie. Il a été créé pour sensibiliser la population locale à l’environnement et au développement durable. Il est prévu pour faire le tour du lac mais n’est pas encore terminé, son itinéraire avance un peu chaque année grâce à de nombreux volontaires. Son parcours longe les rives du lac en passant par les montagnes et la section partant de Listvyanka à Bolshie Koty est de 24,7 km. Généralement, les trekkeurs partent avec leur tente et font une section du parcours par jour. Nous avons parcouru environ 20 km aller/retour durant la journée. Le chemin était assez escarpé au début avec une bonne montée puis une descente en lacets jusqu’au lac. La marche se fit en compagnie de nuées de mouches et de taons mais aussi de quantité de papillons multicolores. La végétation change radicalement selon l’altitude passant des bouleaux, aux pins puis aux fougères géantes. Les incendies ont l’air habituels, nous avons croisé beaucoup d’arbres calcinés sur le chemin, toutefois la végétation repousse gentiment.

Dans la brochure et sur un panneau à l’entrée du parc, il est clairement indiqué qu’il faut un permis délivré par l’office principal du parc à Irkoutsk ou par le garde forestier pour avoir l’autorisation de camper et de randonner. Nous nous disons, une fois au pied du sentier, mais qui va contrôler le permis de toute façon et que peut-il bien nous arriver si on n’en a pas ? Nous verrons bien et nous lançons en toute illégalité. Au retour, à la sortie du parc, personne ne nous a contrôlé et nous avons fait une superbe balade !

Le lac Baïkal au moins de juin à une température de 5°C et approche des 10°C début juillet. Cette fraîcheur vient du fait que la glace du lac vient à peine de fondre. L’avantage, c’est que nous pouvons utiliser le lac comme frigo et remplir nos gourdes de son eau très pure. Il va sans dire que nos baignades sont repoussées à plus tard. David a toutefois tenté une rapide trempette des jambes et de sa tête. Emma a juste fait un bain de pieds, ça revigore et nous avions des pieds tout neufs pour les 2h30 qu’il nous restait à parcourir pour rentrer.

Parlons cuisine ; la spécialité de la région est l’omoul. Un poisson de la famille du saumon qui vit uniquement dans les eaux du lac Baïkal. Le premier soir, nous l’avons mangé cuit à la poêle et avons eu la chance d’être les seuls clients du restaurant. Le second jour, nous l’avons goûté en salade, cru et salé. Et pour finir, le dernier repas, il était cuit au grill. Les différents marchés aux poissons vendent aussi sa version séchée, que nous regrettons de ne pas avoir goûté.

Ce petit séjour à Listvyanka n’a pas forcément répondu à toutes nos attentes, avec du recul nous ferions un jour de moins dans ce village. Entre la météo capricieuse, la configuration des lieux et le manque d’organisation pour accueillir les touristes le village doit encore faire un petit effort. Malgré tout, le lac reste incroyablement magnifique, le matin ou le soir la brume recouvre les abords du lac nimbant le paysage d’un voile mystérieux.

Nous attendons avec impatience d’être sur l’ile d’Olkhon pour continuer notre exploration du lac.

Emma qui construit une tour de galets

Juin
26
2017

Irkoutsk, le petit Paris ou pas…

Irkoutsk - 8'041 km - J 14

Nous avons posé pied à terre après les 4 jours de train à Irkoutsk, cette ville à la prononciation imprononçable et à l’orthographe inorthographiable. Elle est une des plus peuplée de Sibérie orientale. La plupart des guides que nous avons lus indiquent que ce lieu est incontournable sur la ligne du Transsibérien. Notre avis après y avoir erré une petite journée : décevante.

Il faut dire que le contexte n’a pas aidé. Vous vous souvenez de nos deux articles des galères du lundi ? Premier lundi, nos bagages bloqués et second lundi appareil photo en rade… Nous ne pouvions pas passer notre troisième lundi sans un couac. Cette fois, c’est le chargeur de notre ordi qui a cramé. Nous l’avions déjà remarqué dans le train que ça ne chargeait plus. Conséquence, sans portable ; difficile de réserver des billets (train, avion) et des hôtels, de sauvegarder les photos, de faire des appels Skype et d’écrire des articles sur le blog. Transporter un ordinateur qui est l’élément le plus lourd du sac sans pouvoir l’utiliser serait encore plus embêtant…

De ce fait, nous décidons de chercher un magasin d’informatique pour changer le chargeur. Le premier, style Digitec en plus geek, nous indique qu’ils n’ont pas ce type de chargeur. Pour trouver le second, il faut nous rendre dans un espèce de centre commercial qui ressemble plus au marché des bouibouis. Après avoir arpenté les trois étages, nous trouvons le bureau qui fait office de magasin. Le vendeur qui ne parle pas anglais et nous qui ne parlons pas assez russe pour avoir un débat sur les réparations d’ordinateur, utilise son portable et Google Translate pour communiquer. Après avoir compris qu’il peut nous en trouver un si on laisse un acompte de 2’000 RUB et payer ensuite encore 2’500 RUB (total équivalant à plus de 70 CHF), nous lui disons que nous réfléchirons et nous partons. Le dernier magasin où nous rendons (conseillé par le premier) se trouve à l’autre bout de la ville. L’occasion de visiter un peu. Nous tombons sur un vague marché chinois mais rien de bien extraordinaire. Nous nous trompons bien évidemment de bâtiment et arrivons dans un énorme centre commercial très moderne et à l’européenne mais complètement vide. Pour accéder à ce troisième temple de l’informatique, nous devons tourner tout autour d’un immeuble genre HLM pour finalement découvrir la porte d’entrée. Dedans, le Chip Service est en face de nous et leurs locaux, sur climatisés, ressemblent à un centre téléphonique avec que des femmes dans un cabinet de dentiste (tout est blanc pétant). Nous expliquons notre problème à une réceptionniste et elle nous répond qu’ils n’ont rien ici de ce type. Quand David demande « Gde eta ? » (traduction plus ou moins de : Où alors puis-je trouver un chargeur tel que celui-ci), elle consulte sa collège, puis pianote sur son ordinateur pour finalement passe un coup de fil. A peine le téléphone raccroché, qu’un livreur débarque avec un carton contenant ledit chargeur. Le test est concluant et nous pouvons crier un « ouf » de soulagement. Comme d’habitude, il faut un peu insister car les vendeurs russes se fichent royalement de notre problème.

Après toutes ces émotions, nous décidons de nous poser dans le parc juste à côté du magasin d’informatique qui est le « Central Park » de la ville. Nous l’avons élu à l’unanimité le parc public le plus triste et déprimant rencontré à ce jour. Aucun banc pour s’assoir, les chemins en terre au milieu des bouleaux ne sont pas entretenus et le monument historique du parc est une pauvre arche décrépie. Nous nous sommes quand même assis 10 minutes sur un bloc de béton qui trainait là. On a d’ailleurs pu avoir un bel échantillon de la canicule qui sévit sur la Suisse depuis un certain moment, plus de 32° pour nous après tant de jours avec une météo capricieuse, ça nous a tué.

Irkoutsk était la ville Far East de l’Extrême-Orient russe. Elle a fait fortune grâce aux exportations d’or, d’ivoire de mammouth et de zibeline avec la Chine vers le XVIIe siècle. Elle servait aussi de point de départ pour les expéditions dans le Grand Nord, jusqu’en Alaska. En 1879, un incendie détruit une grande partie de la ville construite en bois et les habitants ont eu l’obligation de rebâtir leurs maisons en pierre et en brique. La ville se base sur un plan quadrillé et certains immeubles ressemblent de loin à ceux de Paris. Le fleuve Angara la traverse et des trams de l’époque la parcours ce qui lui confère un petit charme. Un chemin didactique de 5 km a été réalisé dans la ville mais nous n’avions pas forcément envie de le suivre. Plusieurs musées ont été mis sur pied pour augmenter l’attrait des touristes mais la plupart étaient fermés le lundi. Ce ne fut pas une grande perte, nous avons l’impression parfois que les autorités créent des musées juste pour le plaisir (et l’argent).

Récemment, un quartier de la ville, si joliment appelé « 130 Kvartal » a été reconstruit comme à l’époque, des maisons en bois, très typique du style sibérien, pour en faire un quartier touristique, avec des boutiques et des bars-restaurants. Nous y retrouvons une ressemblance avec un village des Westerns américains. Nous nous y croirions, c’est presque désert et ils ne sont pas fanas des terrasses. Le côté kitsch et carton-pâte rend tout ça un peu suranné. Emma a fini par voir son ours, enfin sa peau et sa tête rugissante, au prix de 88'000 roubles… Ça aurait été difficile à transporter.
Note à nous-même : il faut qu’on arrête de chercher des terrasses partout, pour rappel nous sommes en Sibérie et c’est l’été 2 mois par année, nous devons sans doute avoir la nostalgie des terrasses avec les copains qui nous narguent sur Whatsapp…

Nous avons aussi visité une cathédrale orthodoxe (après tous ces jours de train, ça manquait une église…) qui n’est pas aussi flamboyante que celle vues à Saint-Pétersbourg ou Moscou. Une dame et un pasteur orthodoxe psalmodiaient ensemble et c’est aussi très joli une voix de femme dans une église !

Notre auberge à Irkoutsk est un appartement avec 2 dortoirs de 6 places, une chambre double, une cuisine - salle à manger, une toilette et une douche (pour 15 personnes). Nous partageons la chambre avec deux couples sud-coréens. L’une des fille suit des études d’ergo, l’occasion pour elle d’en parler avec une experte, enfin nous apprenons juste qu’il y a trois écoles en Corée du Sud et qu’il lui reste deux ans d’études. Elle a l’air hyper heureuse d’apprendre que quelqu’un d’autre fait ce métier. Malheureusement elle ne parle pas beaucoup anglais et la discussion est vite terminée.

En mangeant, nous rencontrons Christian, un péruvien qui fait un voyage aussi sur une longue période. Il parle très bien français et ça nous fait du bien de pouvoir avoir une discussion en français. Le soir nous allons boire un verre dans un bar conseillé par la réceptionniste de notre auberge et nous en profitons pour inviter Will (l’anglais rencontré dans le train qui passait aussi une nuit à Irkoutsk dans un autre hôtel) et pour finir sur une bonne note notre journée dans cette ville.

Nous voilà partis pour Listvianka, à 65km de Irkoutsk, au bord du Lac Baïkal.

Irkoutsk

Juin
25
2017

Transsibérien, partie II

Krasnoïarsk - 6'797 km - J 13

[Deux articles en même temps, c’est la magie du chargeur d’ordinateur qui nous lâche dès le début du trajet]

Après des journées à plus de 15 km de marche par jour en ville, nous voilà dans le train où nos nombres de pas dépassent difficilement les 2000 quotidiennement. Heureusement que des arrêts fréquents nous permettent d’aller nous dégourdir les gambettes et faire notre effort physique de la journée.

Le paysage défile sous nos yeux à travers la fenêtre de notre compartiment à grande allure. Des forêts de conifères, des forêts de bouleaux, des marécages et des étendues de plaines qui se perdent à l'horizon. Ça et là un parterre de fleurs tantôt jaunes, violettes vient égayer ce paysage. Emma essaye à tout prix d’observer des animaux, excepté 5 vaches et 2 chevaux rien n’a véritablement surgi de la forêt… De temps à autre, un village parsemé de vieilles maisons en tôle ou en bois puis une ville industrielle avec ses hautes tours de béton et ses cheminées d'usines rouillées.
Nous ne savons jamais vraiment où nous nous trouvons et quelle heure est-il. De temps en temps nous nous géolocalisons pour constater que nous sommes au milieu de nul part; à des milliers de kilomètres de notre point de départ et à des milliers de kilomètres de notre point d'arrivée.

Nous avons perdu complètement la notion du temps. L'heure dans le train est celle de Moscou. Mais quasiment chaque jour nous traversons un nouveau fuseau horaire qui nous fait "perdre" une heure. A notre destination à Irkoutsk, l'horloge indiquera 6h30 alors qu'il sera 11h30, heure locale. Pas évident de gérer le décalage pour se mettre à l'heure régionale...

Nos journées se résument à la lecture, les parties de cartes et des jeux d'échec. Quelques sympathiques rencontrent nous permettent de déguster la vodka ou le cognac russe et de comprendre un peu mieux le quotidien des "pendulaires" qui utilisent ce train pour se rendre de leur famille à leur travail. Nous voyons aussi des touristes russes mais pas d’autres voyageurs comme nous. Nous sommes surpris, nous pensions en voir davantage.

Nous avons fait la connaissance de Dimi qui laisse sa femme et ses enfants, passe 2 nuits dans notre train pour aller bosser lundi à des centaines de kilomètres de sa maison. Tout de suite, il nous a invité, avec Will (le seul touriste non russe avec nous...), dans son compartiment et nous offre une bière. Il tente de s'exprimer avec ses quelques mots d'anglais et dès que le réseau le permet dans cette profonde Sibérie, s'aide de Google Translate. Sa technique a lui pour ce trajet et de réserver les deux lits du bas. En sachant que les russes n'aiment pas dormir sur les lits du haut, cela lui permet de s'assurer d'avoir un compartiment pour lui seul. Après plusieurs questions sur son travail ou ses études, les seules réponses sont : "secret secret". On en déduit qu'il doit être espion ou quelque choses du genre...

Comme précédemment avec les amies russes, il s'inquiète de l'image que nous avons des russes. Cette question a l’air d’être importante à leur yeux…

Sa dernière nuit, il nous enseigne quelques techniques aux échecs (apprises par son grand-père) et nous apprend à vider une bouteille de vodka en mode tequila, la rondelle de citron et le sel est ici remplacé par une rondelle de saucisson ou un morceau d'un gros cornichon. Après lui avoir dit merci, il répond : "niet spasiba" pour dire ; pas besoin de merci, ça fait partie de l'hospitalité russe. Il a partagé avec tellement de gentillesse toute la nourriture qu’il avait acheté pour le voyage (calamar séché, cornichons, salami avec un soupçon de cognac, croûtons à l’ail et plus encore), nous a montré avec fierté les photos de ses enfants et s’est donné une telle peine de parler en anglais !

Au final, nous ne voyons pas passer le temps et les jours. Les 5193 km de Moscou à Irkoutsk sont déjà derrière nous et l'aventure côté asiatique peut démarrer.

#defiRoidePique : on a même fait quatre jours sans se laver grâce au trajet dans le transsibérien.

Partie intense d'échec
Concentration maximale pour tenter de vaincre Will aux échecs et ça a marché !

Juin
23
2017

Transsibérien, partie I

Omsk - 5'564 km - J 11

Ce train c’était un peu un rêve, un rêve un peu fou et nous y voilà, nous avons embarqué jeudi 22 juin à Moscou à 13h50 et arriverons à Irkoutsk dimanche 26 juin à 11h30 heure locale (+ 5h de décalage avec Moscou, donc 6h avec la Suisse). Cette fois nous avions réservé des places dans un compartiment à 4. Avant d’embarquer nous avons fait quelques emplettes de vivres (soupes instantanées, quelques fruits et légumes, café soluble et thé). Nous voilà prêts à vivre cette expérience !

A peine installés, David a fait la connaissance de trois amies russes qui rentraient de vacances de Turquie avec leurs filles. Très communicatives, elles nous ont très vite invitées à nous asseoir dans leur compartiment ainsi qu’un autre voyageur étranger. Il s’appelle Will et a aussi tout plaqué chez lui à Londres pour partir explorer le monde.

C’est ainsi que nous nous retrouvons à boire de la vodka et du champagne « crémeux » russe à 16h, manger des frites du McDo, du salami et de cerises avec 8 personnes que nous ne connaissions pas quelques heures avant. Leurs filles qui ont entre 4 et 13 ans parlent un peu anglais, les deux grandes l’apprennent à l’école et les amies le savent un peu aussi. On arrive à se débrouiller tant bien que mal. Nous profitons des arrêts en gare pour faire fonctionner Google Translate. C’est assez irréel de se retrouver là et parler de politique et de l’image qu’ont les européens de Poutine et de la Russie. Tout de suite Irina nous demande ce que nous pensons de Poutine… pas évident de savoir quoi dire en français… Alors en anglais… Puis traduit par Google c’est quelque chose ! Au final nous apprenons qu’elle ne l’aime pas trop mais qu’il ne s’agit pas vraiment de l’aimer ou non et qu’il n’y a pas de véritable solution alternative à l’heure actuelle. Elle pense aussi que les médias européens donnent une mauvaise image de la Russie et que nous pensons tous qu’ils sont les « méchants ». Nous en avions déjà discuté avec notre prof de russe et Emma avait pu lire un extrait de livre qui parle de la « russophoie ». Il est vrai que l’image que l’occident a de la Russie n’est pas rose mais nous avons vite pu rassurer Irina en lui disant que nous ne pensions pas ça du tout. La magie de Facebook fera que nous pourrons rester en contact et elle sera très contente de nous aider si nous avons des problèmes. C’est touchant de voir la générosité des gens rencontrés jusqu’à maintenant.

La Provdenistsa (la « cheffe » de notre wagon), qui ressemble à une tata gâteau, vient rire avec nous et boit même un peu de vodka. Après le repas chaud livré (nous sommes mieux qu’en avion, nous avons eu droit à des pantoufles, un petit kit de brosse à dent, un petit linge, une bouteille d’eau, des couverts et un bonbon à la menthe chacun), nous retournons nous reposer un peu et apprécier le paysage qui défile. On voit de la forêt et quelques villes avec des églises reconnaissables de loin avec leurs dômes dorés. Entre thés et cafés grâce au samovar d’eau chaude à disposition pour l’instant on ne s’ennuie pas. Certains arrêts durent plus longtemps, nous profitons pour nous dégourdir les jambes. Des vendeurs arpentent les quais avec tout un tas de choses. Entre les bouquets d’herbes aromatiques, les oignons, les cornichons, les poissons séchés, les bières (cachée au fond du sac d’une mamita édentée), les glaces, les fruits, les poissons séchés, les peluches, nous avons l’embarra du choix.

Nous oublions vite le rythme « normal », nous mangeons quand nous avons faim les fameuses noodles, nous pouvons passer des heures à dévorer un livre puis jouer un peu, boire une bière en soirée avec notre ami anglais, observer le paysage, écrire un peu et c’est à peu près tout. Ça fait un bien fou de ne pas se soucier de savoir quoi visiter, ou manger… La phrase un peu bateau qu’on connaît tous : « L’important n’est pas la destination mais le voyage » de Stevenson, prend ici tout son sens. On s’en ficherait de savoir où on va arriver, on est juste bien, bercés par les roulis du train, on guette les arrêts, le temps est suspendu, quel bien ça fait d’être hors du temps pendant 4 jours !

Kit personnel d'Emma pour le transsibérien

Juin
21
2017

Moscou, la plus new-yorkaise des européennes

Moscou - 2'848 km - J 9

La deuxième étape de notre périple est la capitale russe. Pour y parvenir depuis Saint-Pétersbourg nous avons pris le train en troisième classe ; wagon couchette avec des espaces de 3 lits superposés. Le départ était à 1h du matin et nous sommes arrivés à 9h45 à Moscou. Après avoir fait notre lit, le sommeil ne nous a pas lâché jusqu’à notre destination, trajet plutôt tranquille et agréable.

Nous avons réservé une chambre à l’hôtel Winterfell. Et oui comme dans Game of Thrones. Mais mis à part le nom et une figurine de John Snow à la réception, il n’a pas grand-chose en relation avec la série… Tout l’établissement est situé au sous-sol sans aucune fenêtre. Notre chambre est plus petite que celle que David avait à Stuttgart (pour ceux qui s’en souvienne, chambre d’étudiant de 12m2), attention à la claustrophobie au réveil au milieu de la nuit… Sinon son emplacement dans la ville est très pratique ; à côté de restaurants et du métro, à 10 minutes du centre.

Moscou, c’est la plus grande ville d’Europe et c’est plus de 12 millions d’habitants. Conséquence : des routes à 6 voies, des gratte-ciels partout, du bruit constant, une présence policière omniprésente et des distances de marche très longues. Elle abrite aussi de nombreux musées et lieux d’intérêt, il est impossible de pouvoir tout visiter en 4 jours et ce n’est pas notre objectif non plus.

Le Krémlin, la Place Rouge et le mausolée de Lénine
Un des lieux à ne pas louper à Moscou et où il faut s’armer de patience, c’est bien sûr le Kremlin. La billetterie se trouve à l’extérieur de l’enceinte fortifiée dans le parc Alexandrovsky. La file d’attente s’étend bien au-delà du « box » qui contient les caisses. Comme de bons touristes, nous nous mettons à la suite de la queue et après environ 45 minutes nous voilà devant la caissière. Et là, pas de chance, nous sommes devant la caisse qui vend uniquement les billets pour une exposition sur des diamants (que nous ne voulons pas voir) et pas du tout pour les visites des musées du Kremlin… Pas question de refaire une heure de queue, surtout qu’elle s’était bien allongée entre temps, David force un peu et nous voilà avec les sésames : les monuments sur la place centrale du Kremlin et le palais des Armures.

Ce dernier contient une collection impressionnante d’argenterie, d’armes, de costumes et même de carrosses du XXe au XVIIIe siècle. Peu importe où se posent nos yeux tout est d’une richesse inestimable. Il faut compter une bonne heure avec l’audioguide (compris dans le prix d’entrée) pour la visite. L’histoire est passionnante et l’audioguide nous permet d’expliquer en détails certaines pièces maîtresses.
La suite, nous l’avons passé dans les différentes cathédrales et palais dans l’enceinte du Kremlin (cathédrale de l’Archange-Saint-Michel, de l’Annonciation et de la Dormition, l’église de la Déposition-de-la-robe-de-la-Sainte-Vierge et des Douze Apôtres et le palais du Patriarche). Globalement, il n’y pas beaucoup de différence entre toutes même si elles sont magnifiques. Les photos sont pour la plupart interdites à l’intérieur de tous les bâtiments du Kremlin. Emma a risqué le coup au Palais des Armures.

La Place Rouge est impressionnante par sa grandeur, qui ne l’a jamais vu en photo ou dans un film ? S’en rendre compte en vrai dépasse l’imagination. Sa superficie est l’équivalant d’environ 7 terrains de football. D’un côté, un bâtiment rouge vif assorti au mur du Kremlin qui est le musée d’histoire et de l’autre la magnifique cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux qui est une illustration de l’architecture russe traditionnelle. L’intérieur est un vrai labyrinthe de petites salles exiguës peintes avec des décors fleuris et de magnifiques couleurs. Comme pour les autres monuments religieux moscovites, beaucoup d’icônes y sont présentées. Nous avons pu écouter un chant traditionnel orthodoxe par un quatuor d’hommes avec des voix puissantes (vous pourrez en voir un extrait dans une de nos vidéo). Ces chants prennent vraiment aux tripes.

Sur la fameuse Place Rouge, on ne peut pas passer à côté du mausolée de Lénine. Comme d’habitude rien n’est fait en demi-mesures et là on passe un stade supérieur. Etonnement c’est très sobre, un grand rectangle de marbre rouge situé sur un côté de la Place Rouge avec un espèce de jardin avec d’autres tombes d’hommes connus (enfin on imagine). Les heures d’ouvertures sont assez limitées, de 10h à 13h uniquement les mardis, mercredis, jeudis et samedi mais c’est gratuit ! Tout ce qu’il faut, c’est s’armer de patience ; pour nous ce fut quasiment 1h d’attente. Après un contrôle de sécurité comme à l’aéroport (enfin presque comme dans chaque musée), on commence à suivre le chemin officiel par le « jardin » puis on pénètre dans le mausolée. De jeunes policiers sont disposés à tous les recoins possibles alignés par 2 ou 3 (nous en avons compté 20 uniquement dedans), l’éclairage est tamisée et au détour d’un angle, nous le voyons enfin ! Lenine ! La lumière est très spéciale ; on dirait qu’il est éclairé de l’intérieur. On ne peut bien sûr pas prendre de photo et pas s’arrêter plus de 3 secondes sinon le garde te pousse et t’ordonne de continuer ton chemin (« daï daï ! »). Nous pouvons presque faire le tour du cercueil avant de sortir. On est ressorti avec une impression très bizarre, c’est quand même tellement spécial de voir une « momie » pas si vieille que ça (1924) et surtout tout le cirque sécuritaire, le sérieux des policiers, le bâtiment… c’est vraiment une « attraction »…

Pour la petite histoire, Vladimir Illich Oulianov fut le principal dirigeant de la Révolution d’Octobre en 1917 et premier président soviétique. Il est décédé d’une crise cardiaque à l’âge de 53 ans. La population voulait le voir une dernière fois, des files interminables s’étaient formées et Staline décida d’embaumer son corps. Une commission a même été chargée de concocter la formule magique qui le conserverait ad aeternam. Un laboratoire est installé dans le mausolée et chaque année pendant 2 mois le corps est traité pour le conserver encore plus longtemps, les vêtements sont même changés.

(Source : russiable.fr et avec une photo en prime !)

Est-ce qu’on le recommanderait ? Oui et non, ça fait partie de ces choses « qu’il faut avoir vu » si vous êtes à Moscou mais on comprend que ça puisse être controversé.

Musée du Goulag
Nous avons aussi visité le Musée du Goulag. Pour info, les musées d’Etat sont gratuits le troisième dimanche du mois. Ça tombait bien pour nous. Il est très bien documenté en russe mais malheureusement trop résumé pour la partie traduite en anglais. Notre connaissance sur l’Histoire russe n’est pas assez développée pour pouvoir remettre ces tristes événements dans leur contexte exact. Cela fait penser aux camps de concentration Nazi et on pense que l’on n’en est pas loin… Le nombre de prisonniers enfermés pour des raisons politiques, criminelles, ethniques, religieuses ou autres qui sont passés par le Goulag est estimé à 18 millions de 1934 à 1953. Il s’agissait de sorte de camps de travail forcés, disséminés partout dans la Russie. Certains ont refermés plus de 200'000 personnes. On a pu voir quelques témoignages de rescapés et leurs récits vous font vraiment froids dans le dos.

La cathédrale du Christ-Sauveur
Le jour avant notre départ de Moscou, nous avons encore tenté d’aller visiter la cathédrale du Christ-Sauveur, la plus grande de Russie. Petit point historique : Elle a été construite en 1839 et terminé en 1883 pour célébrer la victoire russe sur les troupes de Napoléon Ier en 1812. En 1931, Staline décida de la dynamiter pour y créer le palais des Soviets censé mesurer plus de 500 mètres de haut. Mal(hereusement), le projet fut interrompu suite à la Seconde Guerre Mondiale. Puis en 1958, la plus grande piscine extérieure y est construite. Pour terminer, en 1990, Boris Elstine accorde au Saint-Synode le droit de rebâtir la cathédrale quasiment à l’identique à la place de la piscine. Les travaux ont pris fin en l’an 2000.

Arrivés devant, un policier nous a dit de faire le tour du quartier pour y parvenir. Nous avons pensé que le détour était dû aux nombreux travaux entourant le monument religieux. A chaque rue qui pouvait nous ramener dans la bonne direction, un policier nous disait de continuer à l’opposé. Nous sommes arrivées devant la route qui devait pouvoir nous ramener sur le bon chemin mais sur le trottoir opposé, le long de la Moskva, des barrières délimitaient une file de gens sur une longueur de plus de 2 kilomètres. Nous avons présumé qu’il faisait la queue pour la cathédrale mais nous n’avions pas envie dy passer la journée…

Le couvent et le cimetière Novodievitchi
A la place, nous sommes allés au Couvent Novodievitchi qui était en partie en rénovation. Plus de la moitié des lieux à visiter étaient donc fermés mais le prix d’entrée restait le même que quand tout est ouvert. A part une exposition sur des icônes (encore, après le Kremlin, nous en avions notre dose d’icônes religieuses…), absolument rien d’autre n’était visitable... Une déception.

Adjacent au couvent, se trouve le cimetière où sont enterrés les grandes personnalités russes tels que Tchekhov, Gogol, Eltsine, Khrouchtchev… Quasiment toutes les sépultures sont de grandes sculptures (des statues même) en marbre représentant le défunt et/ou son métier (aviateur, physicien, mathématicien, militaire,…). Les femmes ne sont pas très représentées, à peine une photo ou une gravure sur la tombe de feu leur mari. Si vous avez aimé le cimetière du Père Lachaise, vous adorerez celui-ci.

Le parc Gorki
Pour finir, nous voulions nous reposer et explorer l’énorme parc Gorki. A peine le temps de nous coucher sur des sortes de transat que l’orage et le froid nous ont rattrapés. Nous avions quelques regrets de ne pas y être venu plus tôt quand le soleil rayonnait car le parc est vraiment magnifique avec ses jardins, places de jeux, petit lac avec pédalos, grandes étendues vertes, terrains de foot, beachvolley et plus encore. Et ce qui est le plus plaisant : l’absence de bruit constant de la ville (mise à part quelques sirènes policières…).

Ce que nous retenons de ce périple citadin : nous avons clairement préféré Saint-Pétersbourg qui paraît plus typique et moins « bling-bling ». Tous les musées et monuments veulent montrer la richesse que la Russie a emmagasinée durant des décennies ce qui donne un effet de « trop ». Moscou est vraiment une capitale avec ses buildings, ses quartiers à la mode, les grands hôtels et ses policiers à tous le coins de rue.

Nous nous réjouissons déjà de nous rendre dans la campagne qui nous fera sûrement du bien. Direction le lac Baïkal avec un train de la ligne du transsibérien, premier arrêt Irkoutsk !

Kremlin de Moscou